Voici l'homélie faite par Jean-Marie Martin lors du premier jour de la retraite "Le signe de croix signe de la foi" qui a eu lieu à l'Espace Bernadette, Nevers 2010. Pour savoir qui est J-M Martin : Qui est Jean-Marie Martin ?.

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Homélie Jean Marie Martin

 Mt 12, 14-21

« Les pharisiens se réunirent contre Jésus pour voir comment le faire périr. Jésus, l'ayant appris, quitta cet endroit ; beaucoup de gens le suivirent, et il les guérit tous. Mais Jésus leur défendit vivement de le faire connaître.

Ainsi devait s'accomplir la parole prononcée par le prophète Isaïe : “ Voici mon serviteur que j'ai choisi, mon bien-aimé en qui j'ai mis toute ma joie. Je ferai reposer sur lui mon Esprit, aux nations il fera connaître le jugement. Il ne protestera pas, il ne criera pas, on n'entendra pas sa voix sur les places publiques. Il n'écrasera pas le roseau froissé, il n'éteindra pas la mèche qui faiblit, jusqu'à ce qu'il ait fait triompher le jugement. Les nations païennes mettent leur espoir en son nom.” »

 

 Homélie

 

Je prends opportunément appui sur cette citation du prophète Isaïe en tant qu'elle révèle une constante des écritures de notre Nouveau Testament et en particulier de saint Jean : « Voici mon serviteur que j'ai choisi, mon bien-aimé en qui j'ai mis toute ma joie. » « Voici mon serviteur » deviendra « Voici mon fils » dans l'évangile. Nous attendons du texte que nous lirons demain (Ph 2, 6-11) d'entendre que serviteur et fils, dans l'esprit du Nouveau Testament, c'est la même chose : le fils (ou le serviteur) “bien-aimé”.

 “Le fils bien-aimé” est une expression qui, dans l'Ancien Testament, désigne Isaac[1], c'est-à-dire le fils de la promesse, celui qui a en lui toutes les semences de la descendance qui sera nombreuse comme les étoiles du ciel, les grains de sable sur le littoral. Or c'est l'expression qu'on trouve dans la salutation que Dieu fait à Jésus lors la scénographie du baptême du Christ qui ouvre les évangiles et singulièrement l'évangile de Jean[2] : « Tu es mon Fils bien-aimé en qui je me suis complu »[3] et en Isaïe on a : « mon serviteur que j'ai choisi, mon bien-aimé en qui j'ai mis ma joie. »

C'est très bien que l'Évangile s'ouvre par une salutation. Dieu salue, il salue le Fils dans cette dénomination, et saluant le Fils il salue l'humanité tout entière. La première Église a constamment entendu cela : le “Fils un” qui ne signifie pas un parmi d'autres ou un seul (fils unique) mais le Fils un et plein de la donation qui est la vérité (grâce et vérité), plein de la multitude des hommes qui sont tous donation de Dieu.

Rien n'est mieux pour commencer un moment de recueil que de se mettre sous la salutation de Dieu, sous la béné-diction paternelle. C'est en faisant allusion à la même chose que saint Paul dit : « Béni soit le Dieu et Père qui nous a bénis – bénir est en tout cas une façon d'accueillir, de saluer, de dire bien (eulogeïn) ; donc se mettre sous la parole d'accueil, se savoir accueilli – il nous a bénis dans les lieux célestes »[4], ceci a lieu quand le Père, ouvrant le ciel à la terre, parle et dit « Tu es mon Fils bien-aimé ». Il s'adresse au Fils Un mais plein de toute la filiation destinée à être répandue, et dont nous sommes les parties prenantes, recevantes.

« Je ferai reposer sur lui mon Pneuma (mon Esprit) », cet Esprit dont il est plein : il est « plein de grâce et vérité » qui sont des noms de l'Esprit.

Et cet Esprit qui est en plénitude dans le Christ est fait pour que, par sa Résurrection et son absentement de ce monde sous un mode, il soit présent sous le mode du Ressuscité.

En effet c'est constamment cela : Jésus s'en va et vient dans le même temps, il s'en va d'une certaine manière pour qu'il puisse venir de façon plus répandue et plus intime : c'est la donation de l'Esprit de Résurrection qui nous constitue fils de Dieu.

J'anticipe maintenant. Nous verrons demain dimanche à la messe le texte de la visite des anges (des envoyés) à Abraham et la prophétie faite à Sarah : elle sera mère d'Isaac, le fils unique, le fils bien-aimé. Et nous entrons, nous nous laissons saluer, parce que nous avons entendu que nous sommes les enfants de Dieu dans le Fils bien-aimé. C'est cela qui nous permet de poursuivre notre prière, notre réponse ; et parce que nous sommes les enfants, cela nous habilite à dire « Notre Père qui es aux cieux » et ce qui s'ensuit. Amen.



[1] Gn 22, 2.

[2] Le Baptême de Jésus est raconté par Jean-Baptiste à la fin du premier chapitre de l'évangile de Jean, et J-M Martin montre souvent qu'en fait tout le premier chapitre est dans le récit du Baptême.Cf Prologue de Jean. Chapitre V : Le Baptême de Jésus et la figure du Baptiste et éventuellement le chapitre VI.

[3] Mt 3, 17.

[4] Ep 1, 3.