"Écoute de la Parole et compréhension du magistère" est le titre d'un article de Jean-Marie MARTIN paru dans le numéro de Recherche et débat n°79, DDB 1973 qui avait pour titre "Église infaillible ou intemporelle ?". Du fait qu'il est très "dense" et pas facile d'accès, sauf quelques extraits, il ne figure que dans le fichier pdf ci-dessous, et il est accompagné de commentaires venant de cours à l'Institut Catholique des années 1974-76 ajoutés par nos soins.

Dans le fichier pdf cet article est suivi de deux textes  :

  • "Un lieu propre à la foi", texte très court qui prolonge un commentaire donné à propos d'une phrase de l'article (ce texte ne figure lui aussi que dans le fichier pdf)
  • "Le statut de l'obligation dans l'évangile de la liberté", ce texte peut se lire indépendamment de l'article, et il figure ci-dessous.

Sur un sujet proche, on pourra aussi lire les derniers chapitre de la session sur "Le sacré dans l'Evangile" dont la transcription figure sur le blog au tag SACRÉ.

                                                                                                     Christiane Marmèche et Colette Netzer

 Voici le  fichier pdf qu'on peut ouvrir pour lire ou imprimer, ou bien télécharger : Ecoute_de_la_Parole_et_comprehension_du_magistere

 

 

 

Écoute de la Parole et compréhension du magistère

La parole en Église : le dogme de l'infaillibilité

 

Concile Vatican I, Pie IX, 1870

Dans cet article Jean-Marie MARTIN il s'agit d'expliquer comment elle prend la forme de l'infaillibilité dans l'Occident chrétien des derniers siècles, comment elle prend la forme qui sera définie au concile de Vatican I en 1870 .

L'article comporte plusieurs parties :

  • La notion d'autorité en différents langages ;
  • La notion vaticane de dogme : il s'agit de rappeler le contenu du discours de Vatican I sur l'infaillibilité.
  • La notion contemporaine d'infaillibilité : il s'agit de voir comment les contemporains traitent ou peuvent traiter de cette question

 

Voici un extrait de la dernière partie :

« S'il faut dire notre sentiment, la question de l'infaillibilité dans l'Église ne s'éclairera qu'à partir d'une lecture plus « écoutante » de l'Écriture. Non pas en ce sens que nous y chercherions l'apo­logie ou la réfutation des modèles institutionnels pratiqués par les siècles chrétiens, mais en ce sens qu'une façon vraie de se tenir devant l'Écriture fait accéder au lieu d'où se discerne le sens de l'infaillibilité définie. [...]

Nous pensons que le fondamen­talisme et l'exégèse dominante ne sont pas les seules façons possibles de se tenir devant l'Écriture, où une écoute plus origi­nelle permet d'apprécier dans son mouvement et son autorité la pensée des siècles chrétiens.Les questions que l'exégèse pose à l'Écriture sont suscitées de notre terre historiale. Mais la mort du Christ fissure cette terre ferme. Elle libère Jésus comme Parole et l'intronise dans les « lieux célestes », région non recensée dans la topographie de notre première naissance. Le retour de Jésus au Père est le « retour » de la Résurrection qui nous vient, la condition de l'Esprit, en langage johannique. Et l'Esprit est le discours de Dieu. [...]

Ce discours n'est audible que pour autant qu'il libère en nous une écoute que nous ne connaissions pas, pour autant qu'il ne répond pas aux questions qui constituaient et constituent avec insistance notre humanité. L'écoute ainsi libérée est l'homme nouveau que nous sommes et que nous ne sommes pas, nous qui sommes ressuscités et qui ressusciterons. La proximité de la Parousie était vraie pour Jésus et pour ses témoins : c'est nous qui nous éloi­gnons des derniers Temps, et cet éloignement constitue l'histoire de l'Église sub-apostolique, là où se situe le discours ecclésial... »

                                                                                        

 

Le statut de l'obligation dans l'Évangile de la liberté

Ce texte  provient du cours donné en 1973-1974 à l'Institut Catholique de Paris

 

Ce que nous examinons aujourd'hui est l'obligation de croire, et ce n'est qu'un secteur d'une question qui est plus grande : celle du statut de l'obligation dans l'évangile de la liberté, singulièrement de l'obligation en tant qu'elle s'institue et s'exprime dans le langage du droit canonique. [---]

Liberté évangélique et obligation sont d'une certaine façon incompatibles. Il importe de toute façon de ne pas confondre l'audition de la Parole et le gouvernement magistériel du discours. Il importe de se rapprocher en vérité et autant que nous le pouvons de la liberté évangélique.

Cependant la pire erreur probablement – la pire parce qu'on touche à ce qu'il y a de plus précieux, errer à ce sujet est le pire – la pire erreur serait pour chacun individuellement pris de se targuer de cette liberté évangélique, qui reste toujours quelque chose en avant de nous. Nous disons que c'est la façon même de confesser que nous ne sommes pas le Christ puisque nous disons ceci : « “Il” est ressuscité » et que nous ne sommes pas intégralement morts en lui ; c'est donc confesser notre péché que de découvrir cet aspect ou cette apparence de non-liberté qui est la soumission à certaines obligations.

Deux degrés dans ce que nous voulons énoncer à ce sujet :
– le premier, c'est la prise de sens du principe de l'obligation qui s'est exercée dans l'histoire de l'Église :
– mais secondement les langages dans lesquels ceux du Christ sont amenés à exprimer et à instituer leurs obligations ne sont pas issus, eux, du discours chrétien originel. Nous voulons dire par là que s'il est énoncé le principe qu'il y aura toujours dans l'Église des temps à venir quelque chose qui ressemble à certaine obligation en dépit de la liberté évangélique, de la liberté qui est essentielle à l'Évangile, cependant il n'est pas également nécessaire que cela se fasse partout et toujours dans le langage déterminé du droit, et singulièrement du droit qui est à la base de la culture occidentale.

Nous faisons-nous bien entendre ?
– Le premier principe tend à chercher le fondement de ce qui se vit comme droit et comme obligation dans l'Église. Ce fondement est la confession de Jésus-Christ ; la confession de Jésus-Christ n'est pas le fondement positif, elle est le fondement négatif de cela ; autrement dit cela est l'attestation de notre "n'être pas" (ou n'être pas encore pleinement) à la liberté évangélique ; et cela toujours, jusqu'à, si l'on veut parler un langage du temps, jusqu'à l'Église eschatologique. La première chose énoncée n'est donc pas occasionnelle.

 

Mais une fois encore, nous voudrions que ce type de discours ne soit pas pris comme astucieusement récupérateur, c'est-à-dire qu'au terme, bien que l'on ait dit beaucoup de mal de l'obligation, cependant le résultat est le même : il faut quand même se soumettre ! Eh bien non. Les différentes étapes de notre discours sont à prendre en compte, et en vérité. Et ce n'est pas une petite chose, ou une chose que l'on pourrait aisément franchir pour dire : bon, ça va, il faut que j'en vienne à l'obligation. Il y a cette part, ce moment qui est impliqué dans toute écoute de l'Évangile, qui est un moment d'authentique liberté. Il peut se faire du reste que l'exigence de liberté, ce par quoi s'annonce la liberté évangélique, soit parfois différent ou conflictuel par rapport à ce que la sagesse de l'obligation conseillerait. Nous disons que notre discours ne permet pas de supprimer hâtivement le premier élément et qu'il faut que cette recherche de liberté effectivement s'exprime et se joue. C'est une question qui ne peut pas se dire mais qui se vit ; autrement dit à partir de ce que nous avons dit ou bien on se hâte à la conclusion apparemment récupératrice, ou bien alors on essaye effectivement de prendre en compte la liberté, avec le soupçon que notre liberté n'est jamais tout à fait liberté bien sûr ; mais il y a le temps de chercher aussi cette liberté.

Il nous semble que ces questions qui ont une importance générale à propos de tout ce qui est la façon de régir, de conduire, prennent une importance plus décisive et plus importante encore lorsqu'il s'agit précisément de penser. Et penser ne peut se faire que librement. Seulement la liberté de la pensée, ce n'est pas rompre des chaînes vaticanes pour s'attacher à des chaînes de la banalité, c'est-à-dire aux choses qui toujours déjà d'une certaine façon nous lient.