Baraque, Mathigot 1984

 

Le lieu n'est pas un espace neutre, il est d'emblée ciel et terre. On n'y représente pas des objets, mais l'arbre et la maison y sont de la qualité du lieu. Il n'est de lieu que recueilli par le peintre. Parce qu'il se tient auprès d'eux, le peintre approche le ciel et la terre, mais il l'approche comme réservé dans son lointain et tel que la terre s'éclaire de son retrait. Peindre approche et donne que nous habitions, non certes de l'habitation d'usage, mais de cet avoir-lieu originaire que habiter garde dans son étymologie.

Penser la proximité au lieu de l'objectivité dérange trop d'habitudes acquises pour ne pas paraître fumeux, mais nous dégrise plus sûrement des discours qui brouillent le regard. Cela pourtant ne donne pas encore de voir. Car la peinture n'est pas indication littéraire du paysage, ni idéogramme du ciel, de la terre, de l'arbre ou de la pierre. La proximité n'est pas donnée d'être nommée. Elle s'accomplit dans l'indicible du lieu-lumière, quand il veut bien s'ouvrir. Et l'identification des qualités du lieu ne renvoie pas plus à la description du paysage qu'à la plasticité formelle. Il y a lieu quand le tableau est l'essence du lieu.

On pourrait craindre que, en deçà de l'universelle épure de l'espace, le lieu ne retienne dans l'anecdote du local et dans ce que certaine littérature appellera précisément le pittoresque. Or l'universel de l'espace n'est sans doute que la localité inconsciente de l'Occident avancé. Tandis que le mode essentiel d'être au lieu dans sa plus propre propriété, donne d'être à la totalité du monde. Une toile peinte dans le Midi, au midi de l'année et même au midi du jour, un midi orthogonal pour la décision de la lumière, cette toile met au monde celui qui voit midi devant sa porte.

Pour autant, l'essence du lieu ne se délivre qu'à celui qui insiste devant sa porte. Il faut la patience du lieu, pâtir longuement le même thème. On date aisément les étapes successives de cette insistance. Une lumière plus naturaliste se laisse prendre d'abord aux premières recherches. L'approche peut être heureuse déjà. Mais dans ce long échange, des décisions se préparent pour une lumière plus essentielle égale à sa propre architecture. Ce maintenant stable ne se répète pas. Il faudra encore pâtir le lieu et se soumettre à lui pour qu'il se donne à nouveau. Habiter, non plus qu'être, n'est jamais acquis.

 

                                                                      Jean-Marie Martin

 

Texte écrit pour l'exposition Mathigot 1984, Galerie Weiller – Paris.

Tableau La Baraque, 1984.

52 x 60 cm, Huile sur toile, collection particulière

 

Pour plus d'informations aller voir le messageJean-Marie Martin et Mathigot. La peinture. ainsi que le site de Mathigot : http://www.mathigot.com/ .