Ce texte est extrait d'un cours de J-M Martin à l'Institut Catholique de Paris en 1976-77. La première partie s'appuie sur le texte de Heidegger. La deuxième partie s'appuie sur la lecture de textes de saint Jean faits auparavant. Certains d'entre eux, déjà présents sur le blog, sont signalés dans les notes 8 à 13 avec aussi quelques indications.

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Lire notre lecture ?

 

Acheminement vers la paroleNous avons jusqu'ici mis en œuvre une lecture de textes de saint Jean[1]. Il s'agit aujourd'hui de réfléchir sur ce qu'il en est de lire comme nous avons lu. Il s'agit de lire notre lecture. La situation se complique du fait que j'ai choisi cette fois comme fil conducteur, le texte d'un lecteur qui lit lui-même la lecture qu'il fait. C'est-à-dire que nous allons lire un lecteur "lisant" sa lecture, dans le but de lire notre propre lecture. Le lecteur que nous avons choisi est Martin Heidegger, un penseur allemand de très grande importance me semble-t-il.

La conférence choisie La parole dans l'élément du poème, dont nous ne lirons que l'introduction, porte comme sous-titre : Situation du Poème de Georg Trakl. Il s'agit d'une conférence qui lit un poème de ce poète allemand et qui, dans son introduction, réfléchit précisément sur ce qu'il en est de lire un poème. Cette conférence se trouve en traduction française dans un recueil de conférences de Heidegger intitulé Acheminement vers la parole[2], paru chez Gallimard. La conférence que nous lisons se trouve p.39 et suivantes.

Dans notre cours d'aujourd'hui, deux parties :

I – Situation du poème, où nous nous donnons pour tâche, tout simplement, de comprendre la lecture que Heidegger fait du poème ;

II – Situation de l'Évangile : nous nous libérerons de la lecture proprement dite de Heidegger pour essayer, en fonction de certaines affinités que je ressens personnellement, de mettre au jour ce qu'il en est de notre façon de lire l'Évangile.

 

I – Situation du poème

 

1°) Premier paragraphe.

J'indique un certain nombre de mots repères, d'abord le mot situation.

Le mot "situation".

Heidegger explique d'entrée : « Situer veut dire ici avant tout : indiquer le site. » Le mot site, qui est très important, n'est pas expliqué ici, nous en trouverons l'explication au troisième paragraphe. Ce qui importe, c'est l'attitude active qui est impliquée dans le mot "situation", c'est-à-dire "acte de situer", et cet acte est marqué comme étant premièrement l'acte d'indiquer un site. On trouvera plus tard, pour cette même étape, le mot montrer.

« Cela signifie ensuite – donc deuxième élément de la situation – être attentif au site. – Nous trouverons également dans les lignes qui sui­vent, pour désigner cette étape, le verbe "méditer". – Ces deux démarches : montrer où est le site et être attentif à lui, sont l'acheminement préparatoire à une situation, – c'est-à-direque l'acte de situation n'est pas encore accompli lorsque ces deux démar­ches sont parcourues. – Mais nous aurons fait preuve déjà d'assez d'audace si, dans ce qui va suivre, nous nous contentons de ces démarches préparatoires. La situation, quand elle répond à un acheminement véritable, aboutit à une question. Celle-ci questionne en direction de la contrée à laquelle appartient le site. »

1. Indiquer le site
2. Méditer le site
3. Questionner vers la contrée du site.

En fait, ce disant, Heidegger a noté les trois parties de sa conférence :
– dans la première partie, il montre le site du poème, en le désignant d'un mot, peu importe lequel puisque nous n'avons pas à lire le poème lui-même.
– dans la deuxième partie, il fréquente ce site, il le médite, il l'habite, il y est attentif.
– enfin, dans une troisième partie, il s'achemine vers la question : à quelle contrée originaire appartient ce site, c'est-à-dire : d'où finalement parle cette parole ?

Alors, évidemment, ce que je viens de dire ici ne peut pas être pleinement entendu, puisque nous ne savons pas ce que c'est que le mot site.

Le mot poème.

Le mot de site va s'expli­quer par la suite, et il y a un autre mot qui ne s'expliquera pas ici, et pour lequel cependant je dois introduire un élément informatif. C'est le mot "poème". Ce mot, tel qu'il signifie spontanément chez nous, ne répond pas à ce qui est en question ici. D'abord parce que l'idéevague et diffuse de poésie est chez nous située dans l'ensemble de nos perspectives d'une façon très seconde. Il reste quelque chose, chez nous, de ce quis'exprime dès le XVIIIe siècle, par exemple dans l'article "poésie", du dic­tionnaire philosophique de Voltaire, où il apparaît que finalement le poème n'est qu'une prose ornée, c'est-à-dire que l'utile du discours est simplement rendu en plus agréable. Ce qui joue fondamentalement ici, c'est une distinction occidentale entre l'utile et l'agréable, éventuellement entre le travail et le loisir, entre la science et l'art, toutes ces préconceptions, selon lesquelles ces mots sont reçus dans notre monde, sous un certain type de dominance qui n'est précisément pas la dominance du poème. C'est une première erreur qui risque de nous atteindre lorsque nous entendons ce mot ici.

Une seconde erreur, qui serait plus subtile, celle-là, consisterait à entendre le poème comme le discours poétique, ou le dire poétique, alors que Heidegger va très nettement distinguer les deux choses.

Le "Poème", tel que le terme est employé ici, c'est le mot "Gedicht", considéré comme la racine du dire poétique (cela sera expliqué dans le texte), ou la source (selon une expression qui sera utilisée explicitement) du dire poétique, donc comme la source de ce que nous appelons le poème. Il faut donc écrire "Poème" avec un P majuscule. Je vous signale d'ailleurs que j'ai réintroduit ce mot pour faciliter un peu la lecture. Le traducteur de l'ouvrage que j'ai cité, évite le mot poème et introduit le vieux mot français : "dict", le dict. Situation du Dict de Georg Trakl,  tel est exactement le sous-titre[3].

 

2°) Paragraphes 2 et 3 : le site.

Le deuxième paragraphe entreprend de distinguer la tâche du lecteur par rapport au poème, de la distinguer d'un certain nombre d'activités usuelles quise font autour des poèmes.

« La situation entreprise ici ne parle de Georg Trakl que pour méditer le site de son Poème. Pour notre époque, avide d'information, de biographie, depsychanalyse,de sociologie […] une telle démarche reste unilatéralement restreinte, à moins qu'elle ne soit totalement aberrante. »

La démarche qu'entreprend Heidegger ne se confond pasavec ce qui est répertorié ordinairement lorsqu'on approche un texte littéraire. Nous dirions par exemple aujourd'hui que, dans l'approche d'un texte littéraire, il ya deux grandes voies :

– La première voie est celle de l'historico-critique, qui s'enquiert de l'authenticité de celui qui parle, mais de son authenticité historique et d'autre part qui essaie de restituer le sens à partir de la vraisemblance psychologique, ou à partir de la biographie de l'auteur, bref ce que vous avez fait en Secondaire lorsque vous étudiiez Racine, par exemple.

– Il est une autre voie qui est peut-être plus fréquente aujourd'hui, et qui est la voie de type linguistique ou struc­turaliste, qui se pose d'une autre façon par rapport au texte.

Mais il est clair que ce que Heidegger engage ici par rapport au poème de Trakl est autre chose. Il a le souci de distinguer négativement, donc de faire le chemin, de débroussailler, en distinguant son intention d'un certain nombre d'attitudes usuelles à l'égard d'un texte.

Le mot de "site" va enfin s'éclairer. Heidegger l'expli­que à partir de deux métaphores : la première dans le troisième paragraphe que nous lisons maintenant, la seconde dans les paragraphes suivants où elle jouera une certaine fonction. Mais nous allonsessayer d'anticiper sur les paragraphes suivants en mettant en évidence cette seconde métaphore.

Première métaphore.

« Originellement, site (Ort) désigne la pointe de la lance. – Ici apparaît une complication supplémentaire. Nous disions que nous lisions un lecteur-lisant-sa-lecture, mais en fait, nous lisons la traduction d'un lecteur-lisant-sa-lecture. En effet Heidegger parle au plus près des sources de l'allemand. Donc ici il se réfère à l'emploi du mot allemand Ort (site)[4]. – C'est en lui que tout vient se rejoindre. Le site recueille à soi comme au suprême et à l'extrême. Ce qui recueille ainsi – l'idée de lance continue à jouer – pénètre et transit tout le reste. Comme lieu du recueil, le site ramène à soi, maintient en garde ce qu'il ramène, non pas sans doute à la façon d'une enveloppe hermétiquement close, car il anime de trans-parence et de trans-sonnance ce qui est recueilli, et par là seulement le libère en son être propre

Je ne sais pas si vous vous rappelez ce discours que j'ai tenu ici une fois au sujet de l'espace. Le mot de site ne désigne pas ici simplement l'espace neutre en quoi le poète se tient, car il s'agit d'un tenir qui donne d'être, et d'être libre, à cela qu'il tient. Je pense que les anciens et notamment nos sources (mais ceci est une parenthèse) comportent quelque chose d'un peu semblable dans la notion de pneuma, dont les deux fonctions sont d'envelopper et de pénétrer. Le terme de pneuma, en ce sens, nous est devenu inutilisable, surtout quand il est traduit par le mot Esprit.

Deuxième métaphore.

La deuxième métaphore qui apparaîtra dans la suite des paragraphes et que j'anticipe un peu ici est une métaphore de la liquidité, ou de l'eau. Il s'agit de la source qui est le site du poème, c'est-à-dire à partir de quoi le poème s'irrigue et s'anime, mais tel que ce mouvement d'animation et d'irrigation renvoie à la pétition du centre, ou ramène à ce centre. Là aussi il y a un symbole fondamental. (Par parenthèse je signale ici, parce que ce n'est pas le texte de Heidegger, que cela est en rapport avec la signification de la source du jardin d'Eden, dans son quadruple déploiement, dans son caractère irrigant, et à la fois fixant et centrant la totalité du Jardin).

 

3°) Paragraphes 4 et 5 : rapport du Poème (du Dict) et du dire poétique.

Les paragraphes 4 et 5 précisent le rapport du Poème (du Dict), et du dire poétique, cette distinction que j'anticipais tout à l'heure. Et c'est d'ailleurs dans l'exposé de cette distinction qu'interviendra la métaphore de l'irrigation que j'ai anticipée aussi.

« Il s'agit maintenant de situer le lieu même qui ramène le dire poétique à son Dict, le site de ce Dit poétique.

Tout grand poète n'est poète qu'à partir de la dictée d'un Dict unique. La grandeur se mesure à l'ampleur de sa dévotion à l'Unique, de telle sorte qu'il sache y contenir pur son dire de poète. » Eh oui! Le poète n'a qu'une chose à dire. Mais ce n'est pas ça encore, parce que justement cette chose-là, il ne la dit pas. C'est ce à partir de quoi il dit, et ce qui fait l'unité de son dire multiple.

 

4°) Paragraphe 6 : la source du Poème.

écoulementC'est ce qu'il exprime aussitôt après. « Le Dict d'un poète n'est pas divulgué par la parole. – Nous verrons qu'il s'agit là d'un site, d'une certaine façon célé. – Aucun des textes poétiques pris isolément, pas même leur ensemble, ne dit tout. Et pourtant chaque texte parle à partir du Tout de ce Dict unique, et dit à chaque fois celui-ci. – Ce qui est intéressant ici, c'est que le poème ne dit pas tout, mais que le poème dit le Tout. C'est bien ce que nous lisons. Chaque élément du poème dit le Tout, mais non pas totalement. C'est là qu'interviendra la métaphore que j'anticipais tout à l'heure. – C'est au site même du poème que l'onde prend source qui anime d'un séjour le dire comme poétique. L'onde déserte si peu le dire du poème – c'est-à-dire que, sortant de la source, elle reste dans la source, et c'est ça la source : c'est que l'eau sorte, mais qu'elle reste – que, surgissant, elle laisse au contraire tout mouvement du dire refluer vers l'origine toujours plus voilée. Le site du poème, en tant qu'il est la source de l'onde mou­vante, abrite la vérité secrète de ce qui, à la représentation métaphysique que s'en fait l'esthétique – dans nos conceptions de l'esthétique –, n'apparaît d'abord que comme rythme. »

Je n'explique pas ceci. C'est important sans doute, et difficile. Le mot ruthmos, qui est en rapport avec rhéo, qui signifie couler[5] en grec, n'est pas étranger à l'o­reille de Heidegger ici, mais l'interprétation que nous avons spontanément en esthétique du rythme ne répond pas du tout à ce qui est en question. Mais laissons cela.

 

5°) Paragraphes 7 à 9 : la distinction entre élucidation et situation.

« Parce que le Dict de l'Unique ne sort pas de l'indivulgué – le Dict comme Dict ne sort pas de l'indivulgué – nous ne pouvons situer son site qu'à condition d'essayer, à partir de ce que divulguent tels textes isolés, de mander jusqu'au site. – Cela veut dire "questionner vers le site du poème". Alors ici, nous sommes déjà entrés dans le cinquième point que j'ai retenu,et qui est une distinction intéressante entre élucidation etsituation : nous avons dit qu'il fallait mander jusqu'au site, questionner vers le site. – Mais pour ce faire, chaque texte pris isolément a besoin d'élucidation. – Élucidation ! – Elle promeut l'élément limpide, qui rayonne à travers tout ce qui est dit poétiquement (tout le dire poétique) à une première splendeur. » On voit aisément que bonne élucidation présuppose déjà "si­tuation".

Il y a donc deux tâches.
– Il y a la tâche d'élucider- le dire poétique, le cours du texte : c'est l'explication du texte, l'élucidation du texte.
– Ce n'est qu'à partir d'une première élucidation qu'on pourra opérer la situation du texte.

Cependant, comme il le dit juste après, il n'est d'élucidation possible: qu'à partir de la situation, puisque le texte parle à partir de son site. C'est là qu'apparaît une sorte de cercle. Et c'est très importantdu point de vue herméneutique par rapport à nos problèmes de lec­ture du Nouveau Testament, nous le verrons tout à l'heure.

« On voit aisément que bonne élucidation présuppose déjà situation. Car ce n'est qu'à partir du site du Dit poétique que resplendissent et vibrent les poèmes pris isolé­ment. Inversement, une situation du Dit poétique nécessite déjà un parcours précurseur à travers une première élucidation des différents textes.

Dans ce jeu d'échange entre élucidation et situation persiste tout dialogue de la pensée avec le Dict d'un poète. »

 

6°) Paragraphes 10 et 11 : le rapport pensée-poème.

Ce qui intervient désormais, c'est le sixième point que j'ai retenu, à savoir le rapport pensée-poème. Chez Heidegger, ce rapport est pensé dans bien des endroits de son œuvre, et ce rapport s'exprime dans ce qu'il appelle un dialogue, c'est-à-dire l'entre-deux de deux fonctionsde la parole : dia-logue. Fonction poétique et fonction de la pensée.

« Le dialogue authentique avec le Dict d'un poète n'appartient qu'à la poésie ; il est le dialogue poétique entre poètes. Possible est cependant, et même parfois indispensable, un entretien de la pensée avec la poésie, et cela pour la raison qu'aux deux est propre un rapport insigne, quoique respectivement différent, à la parole.

L'entretien de la pensée avec la poésie vise à évoquer l'être de la parole, pour que les mortels apprennent de nouveau à trouver séjour dans la parole. »

 

7°) Paragraphes des pages 76-77 : les mots déploient plusieurs sens.

Je voudrais maintenant faire un saut jusqu'à la page 76. Donc septième remarque, parce que là je trouve aussi quelque chose d'étonnant.

Entre temps Heidegger a montré le Dict du poème de Georg Trakl comme étant l'étranger. Mais ce mot a besoin d'être traduit. « Tout ce que disent les poèmes de Trakl demeure ramassé sur le voyage de l'étranger. Il est et il s'appelle le "Dis-cédé" (Der Ab-geschiedene)[6]. À travers lui et à l'entour, le dire poétique est accordé à un seul et unique charme. Parce que les poèmes de ce poète sont recueillis sur le chant du Dis-cédé, nous nommerons le site de son Dict poétique le Dis-cès (die Ab-geschiedenheit). » (p. 55).  Le Dis-cès n'est pas le décès, mais "quelque chose comme" le décès[7]. Et il y a un passage où Heidegger méditant ensuite le lieu du Dis-cès, de la séparation, marque comment c'est vraiment le site, parce que c'est de là que prennent sens les mots.

(Au milieu de la page 76) « La parole du Dict poétique parle à partir de l'être-en-route qu'est le Dis-cès. Voilà pourquoi elle ne cesse de parler aussi bien à partir de ce qu'elle quitte en son départ, que de ce vers quoi le départ va cédant, et cela en sa propre guise. Nous n'entendons rien au dire de cette poésie, tant que nous ne l'abordons que dans l'obtusion d'une pensée à sens unique.

Crépuscule et nuit, déclin et mort, démence et gibier, lac et roche, vol d'oiseau et barque, étranger et frère, esprit et Dieu – ainsi que les mots qui nomment la couleur : bleu et vert, blanc et noir, rouge et argent, or et ombre – tous ces mots appartiennent à ce court poème – déploient chaque fois plusieurs sens.

"Vert" est pourriture et éclosion, "blanc" est pâleur et pureté, "noir" est occlusion ténébreuse et recel obscurément voilé, "rouge" est pourpre […]

La pluralité ainsi nommée n'est d'abord qu'ambiguïté" – Combien de fois nous avons fait des réflexions de ce genre à propos du symbole, mais cela va plus loin que cette simple remarque d'une pluralité de sens, ou d'une ambiguïté –. Mais cette ambiguïté elle-même en vient, dans son tout, à constituer un seul côté dont l'autre est déterminé à partir du site le plus intérieur du Dict. […]

Mais cette pluralité de sens que prodigue la parole poétique ne s'éparpille pas en une polyvalence indistincte […] La polyphonie de cette parole poétique n'est pas le relâchement du laisser-aller – par rapport à la rigueur du concept – mais la rigueur du laisser-être qui a consenti au scrupule de la vision irréprochable et à l'établissement de son ordre.

Il est d'autres poètes […] La rigueur unique en son genre de la parole essentiellement plurivoque de Trakl est, en un sens plus haut, si univoque qu'elle 1'emporte même infiniment sur l'exactitude technique des concepts dont l'univocité n'est que celle de la science. » Et la raison est simple, c'est que tout mot parle ici à partir d'un passage, d'un être-en-route ; c'est-à-dire : soit à partir de ce qui est quitté ; soit à partir de ce qui vient, ou de ce vers quoi on va.

 

II - Situation de l'Évangile

 

J'avais indiqué qu'en deuxième partie nous nous servirions de notre lecture comme émulatrice pour indiquer certains aspects de la lecture de Jean que nous avons faite au cours de cette année[8]. Nous reprenons donc paragraphe par paragraphe, cette fois non plus dans le but de les comprendre tels qu'ils sont dits par l'auteur, mais dans le but de nous en servir comme support pour dire ce que nous avons à dire.

 

1°) Premier paragraphe.

Le premier paragraphe indiquait le mot "situation" : 1. Indiquer ; 2. Méditer ; 3. Questionner vers la contrée. Peut-être que vous pouvez vous-même répondre aux questions.

1 – Indiquer. Quand il s'est agi dans nos lectures johanniques d'indiquer le site de l'Évangile, nous nous sommes servis évidemment d'un certain repère, d'un certain mot. Nous avons vu le mot qui avait été retenu tout à l'heure par Heidegger comme indiquant le site. Quel mot indiquait pour nous le site de l'Évangile ? Résurrection, ou plutôt Mort-Résurrection. C'est que, dans cette perspective, Mort-Résurrection n'est pas un élément entre autres du dire évangélique, mais c'est la source cachée, c'est-à-­dire non divulguée (nous avons dit souvent en elle-même non compréhensible) de la totalité du texte évangélique[9]. Il ne s'agissait pas de détecter, disons, le thème principal – vous voyez la différence – mais bien ce site à partir de quoi la parole s'ouvre, ce qui est tout autre chose. Alors il nous restera à préciser si nous avons été suf­fisamment attentifs à la façon dont ce site irriguait la totalité du texte de l'Évangile, et donc si la totalité du texte avait besoin d'être entendue par rapport à cette situation, et si inversement notre élucidation des passages différents mandait vers, c'est-à-dire nous poussait à questionner vers l'intelligence jamais divulguée et pourtant toujours présente de ce site.

2 – Méditer ce site. C'était véritablement fréquenter les péricopes particulières, les poèmes particuliers, ou la totalité même. Mais toujours en fonction, ou en re­lation à ce site. Je vous fais remarquer que le terme de site est un terme topogra­phique, mais que, en l'utilisant, Heidegger n'essaye pas de situer, au sens vulgaire du terme cette fois, ce qu'il fait dans unensemble régional plus grand qui serait la série des points de vue sur une question, ou la série des sciences. Situer pour nous est une question géographique, mais nous avons une certaine pré-compréhension de la géographie en fonction de la notion d'espace neutre dont nous parlions l'autre jour – et l'exemplaire de cet espace neutre est le tableau noir par exemple, sur lequel nous pouvons faire des accolades et situer différentes sciences (le regard de la psychologie, de la sociologie, etc.). II y a donc une topographie qui est figurée sur le blanc.de la page ou le noir du tableau, peu importe, lesquels représentent l'espace neutre dans lequel nous sommes habitués à situer géographiquement, ou cosmographique­ment à notre façon, le monde et les choses. Or il ne s'agissait pas de cela ici. Il s'agissait de prendre conscience del'importance toute première de la question "Où ?", à condition qu'on ne réduise pas la -question "Où ?" à la question : "dans quelle case de notre espace neutre pouvons-nous mettre...?"[10]

3 – Et nous avons marqué comment cette ques­tion "où ?" était elle-même fondamentale dans l'évangile de Jean. Faisant cela, d'une certaine façon, nous avons quelque peu touché à la troisième ambition de Heidegger, c'est-à-dire de questionner sur le "où" du site, c'est-à-dire sur le "d'où… ?" et "pour où… ?" la Résur­rection. Et cela touche finalement à la question : "Que signifie Parole de Dieu?". Pour faire comprendre qu'il y a une certaine analogie avec la question de Heidegger, il faudrait indiquer comment lui a questionné sur la contrée du poème de Georg Trakl.

Tout d'abord Heidegger n'a pas situé le poème psycho-sociologiquement, ni en fonction de l'histoire, de la chro­nologie, ou de toutes cessciences qui sont énumérées dans le deuxième paragraphe. Il l'a situé à partir de l'idée de mise en route, une mise en route qui est exprimée dans le poème comme déclin, mais un déclin non pris au sens négatif du terme. C'est plutôt le fait d'incliner à partir de et vers quelque chose, donc le mot déclin disant positivement la même chose que mise en route, et le terme de déclin lui paraissant synonyme du couchant ou de l'Occident. En effet il lui semblait que la contrée fondamentale­ où se situait ce poème était l'Occident, non pas l'Occident au sens où nous avons employé ce terme ici, mais comme désignant uniquement l'étape métaphysique de l'Occident.

Mais ce qui a intéressé depuis toujours Heidegger, c'est ce qui précède en Occident la métaphysique. C'est pourquoi ils'est intéressé aux pré-socratiques his­toriquement. Cependant la précédence ici n'est pas une précédence purement chronologique. Autrement dit, de l'Occident, quelque chose en Georg Trakl parle : peut-être que chez le poète se dit quelque chose à partir de l'homme occidental. C'était la situation. Or une question posée de cette façon-là ne ressemble pas du tout à une question d'historien sur l'origine d'un texte ou d'une parole. Et par suite les mêmes méthodes ne peuvent être mises en œuvre.

Or je dis que la question : "qui parle ?" quand on sous-entend que la réponse est " Dieu parle", cette question se réfère à quelque chose de plus semblable à la ques­tion de Heidegger que la question de l'histoire questionnant sur l'origine historique et l'authenticité d'une parole.

 

2°) Paragraphe 2 et 3 : le site.

Le deuxième paragraphe distinguait la mise en œuvre d'un certain nombre d'activités usuelles que l'on exerce autour d'un texte. J'ai dit et redit bien souvent que je n'avais nul mépris pour le questionnement his­torico-critique qui est exercé par l'exégèse dominante, ni pour les tentatives de lec­tures de type structurel qui commencent à se divulguer également. Je pensais même que tous ces questionnements, en tant qu'ils sont issus de notre façon de questionner et d'être au monde, étaient relativement nécessaires, mais simultanément j'ai toujours indiqué que ce que nous tentions de faire ici ne se réduisait pas à cela, mais que s'ouvrait là un certain type d'être au texte irréductible à ces démarches répertoriées. C'est un point qui me paraît assez important parce que, quand on parle de pluridisciplinarité justement, les disciplines en elles-mêmes ont peut-être des objets favoris, comme disaient les anciens, ou des points de vue divers sur les choses. Il est certain par ailleurs qu'à défaut d'objets formels différents des disciplines, il y a des fonctionnements différents des différents professeurs à l'égard de ces textes, à l'égard des sources. Et il y a place pour tous.

Seulement ce qu'il faut éviter, c'est de confondre un questionnement avec un autre questionnement. Ce qu'il faut éviter aussi, c'est de croire que ces questionnements sont contradictoires ou s'excluent. Donc il m'importait de faire signe ici vers ce qu'il y a de propre dans l'attitude que nous avons eue à 1'égard de l'Écriture qui se distingue fortement des questionnements les plus usuels.

Ce serait une chose assez intéressante que chacun d'entre vous essaie de rendre compte, pour lui­-même, de ce qu'il fait en cours d'exégèse, et de ce qu'il fait ici, d'en marquer la différence.

 

3°) Paragraphes 4 et 5 : rapport du Poème (du Dict) et du dire poétique.

« Tout grand poète n'est poète qu'à partir de la dictée d'un Dict. unique. » L'Évangile n'est évangile qu'à partir de la dictée du Dict unique. Mais le Dict de l'Évangile n'est pas divulgué par la parole. Aucun des textes évangéliques pris iso­lément, pas même dans leur ensemble, ne dit tout le site, ne dit tout de la Résurrection. Et pourtant chaque texte parle à partir du Tout de ce Dict unique et dit chaque fois celui-ci. Chaque péricope dit à chaque fois le Tout, la Résurrection.

 

4°) Paragraphe 6 : la source du dire évangélique.

C'est au site même de l'Évangile que l'onde prend source qui anime d'un séjour le dire comme évangé­lique. – Je transpose maintenant. – L'onde déserte si peu le site de l'Évangile que, surgissant, elle laisse au contraire tout mouvement du dire refluer vers l'o­rigine toujours plus voilée.

Et la Mort-Résurrection ne cesse de se voiler et de se céler à mesure même où elle s'entend, où elle entre dans le dire évangélique.

 

5°) Paragraphes 7 à 9 : la distinction entre élucidation et situation.

C'est ici qu'intervient ensuite tout ce que nous avons expérimenté, c'est-à-dire le rapport de l'élucidation et de la situation. Il est vrai que nous ne pouvons entendre quoi que ce soit de la Résurrection si nous n'avons expliqué, élucidé attentivement le texte, par exemple de la guérison de l'aveugle de naissance[11]. Mais il est vrai aussi que nous sommes incapables d'élucider ce texte sinon par rapport à sa situation, c'est-à-dire autant qu'il dit la Résurrection par ailleurs indivulguée. On voit aisément que bonne élucidation présuppose déjà situation. On peut très bien envisager d'entendre l'Évangile dans un sens qui ne se pose pas cette question de la situation. C'est ce qu'on fait assez couramment quand on essaie d'élucider ou d'expliquer un texte en fonction de présupposés autres, qui jouent un rôle de pseudo-situation, par exemple le présupposé : est-ce que cela a eu lieu historiquement...? Je ne dis pas que ces questions sont absurdes, je ne dis pas cela. Je dis simplement que ce n'est pas le lieu à partir de quoi le texte peut s'entendre. On peut faire la sémantique d'un mot, ou de l'expression "Fils de Dieu" conjecturée à partir de l'Ancien Testament, les différents emplois en différents contextes du Nouveau Testament, c'est un travail. Et cependant jamais le mot n'est entendu à partir du site d'où il parle dans l'Évangile et qui est la Résurrection. Je pense que là-dessus aussi nous avons bien procédé de cette façon.

 

6°) Paragraphes 10 et 11 : le rapport foi / pensée de la foi.

Ensuite, le dernier point que nous avions relevé, c'est le rapport de la pensée et de la poésie, du penseur et du poète. Ici, il faut transposer bien sûr.

Ce qui est en question, c'est le rapport de la foi et de la pensée de la foi, c'est-à-dire, entre :

– d'une part la foi, autrement dit ce qui entend la Parole à partir de son site (à partir d'où elle parle), la parole comme Parole de Dieu ou Parole de Résurrection,

 – et d'autre part la pensée de la foi, ou la pensée chrétienne.

La pensée chrétienne s'appelle le plus souvent en Occident théologie. Il pourrait ici être question des rapports entre la foi et la théologie. Cependant le mot de théologie a pris dans le cours de l'histoire des significations de fonction différentes. Peut-être que s'il fallait sauver le terme de théologie, il faudrait essayer de repenser les rapports de la foi comme poème et de la pensée en un sens proche de celui qui est évoqué ici, réflexion qui ne ferait pas qu'entériner tout ce qui a été véhiculé sous le nom de théologie dans l'Occident, mais qui pourrait peut-être proposer une tâche intéressante. Du reste les deux ne sont jamais complètement disjointes, la pensée et la poésie, c'est-à-dire la foi et une certaine intelligence de la foi, à la mesure où d'une part la situation entendue comme acte de situer met en œuvre la foi elle-même, et donc la détection de la source (affaire de sourcier, en-tendre, chose de sourcier) ; et d'autre part, cependant la situation comme acte d'indiquer, de méditer et de questionner n'est peut-être pas le simple entendre mais la mise en œuvre d'une attitude proprement théologique.

 

7°) Paragraphes des pages 76-77 : les mots déploient plusieurs sens.

J'en viens rapidement à la dernière lecture que nous faisions tout à l'heure à propos des éléments du vocabulaire. Nous avons marqué très fortement ensemble, ici, que les éléments du vocabulaire de l'évangile de Jean n'étaient pas univoques, qu'ils n'avaient pas un sens une fois pour toutes. C'est ainsi[12] que le mot "sarx" (chair ou humanité) peut designer ce qui n'entend pas la Parole (“ceux qui ne sont pas nés de la chair et du sang” : ce sont ceux-là qui entendent) ; et "sarx " peut désigner aussi la présence, la gloire de la Parole : « Et la Parole s'est faite sarx » (Jn 1).

Nous avions dit que couramment nous nous en tirions en postulant un sens neutre, c'est-à-dire en considérant qu'il y a une humanité qui n'est, en soi, ni bonne, ni mauvaise, et qui peut être prise en bonne part ou en mauvaise part. Or ce passage par un troisième concept neutre correspond exactement à l'inscription de l'espace homogène, au plan de l'imaginaire, dans lequel nous situons les choses.

Je fais ici un passage entre, d'une part une attitude conceptuelle qui nous caractérise (qui est de passer par un équivoque non qualifié, neutre, pour expliquer les sens adverses d'un même mot), et d'autre part, dans l'imaginaire cette fois, l'idée d'un espace neutre dans lequel n'importe quoi peut être mis n'importe où.

Nous avons critiqué l'idée d'espace neutre par rapport à l'idée de lieu ou de localité qu'on trouve chez les anciens. De la même façon, nous ne pouvons pas passer par l'idée d'une humanité neutre. Pour expliquer le sens adverse d'expressions comme celle de "sarx" chez Saint Jean, nous est bouchée cette fausse voie, ce faux chemin dans lequel fa­cilement nous tombons quand nous faisons un lexique ou un dictionnaire.

Et cependant, le même mot de sarx dit les deux choses. Qu'est-ce qui lui permet de dire ces deux choses ? Ce n'est pas d'être localisable dans un concept neutre non qualifié, homogène donc par rapport à la qualification, mais c'est que le même mot parle, et par rapport à ce qui est dénoncé, et par rapport à ce qui est sauf. Et cela, le rapport du dénoncé (ou du jugé) et du sauf, c'est ce que nous avons étudié dans la figure de "krisis" (du jugement, du discernement)[13] (Jn 3) comme ce qui advient à l'homme, ce qui advient au vocabulaire même. Fondamentalement, le signe de la croix porte sur le vocabulaire. C'est l'activité, la dyna­mique active de la croix dans la parole. Et ce n'est pas à partir du faux refuge d'un sens neutre que cette dualité doit s'expliquer, mais à partir de cette action de dénoncer et de rendre sauve notre parole, c'est-à-dire notre être. Cette no­tion de dis-cès ou de mise en route postule une possibilité de double sens ou de sens adverse pour les mots, pour les couleurs, pour les significations symboliques les plus élémentaires. Or cette notion de dis-cès correspond dans l'Évangile à Mort-Résurrection.

Vous voyez que le site joue, non pas simplement à l'extérieur de ce qui est dit, comme si la parole le commentait – le site. Mais du site sort la parole, du site sort le dire, et donc l'entendre du dire, et c'est pour cette raison que nul ne peut entendre et nul ne peut dire "Jésus est Seigneur", c'est-à-dire l'Évangile, sinon dans le pneuma (l'Esprit-Saint) qui est le site de l'Évangile[14].



[1] Pluieurs notes de ce message s'inspirent de l'article de Françoise Dastur, « Heidegger et Trakl : le site occidental et le voyage poétique », Noesis [Online], 7 | 2004, URL : http://noesis.revues.org/22

[2] Martin Heidegger, Acheminement vers la parole, traduit par Jean Beaufret, Wolfgang Brokmeier et François Fédier, Paris, Gallimard, 1976. Texte original : Unterwegs zur Sprache, Neske, Pfullingen, 1959.

[3] « La conférence Die Sprache im Gedicht comporte le sous-titre Eine Erörterung von Georg Trakls Gedicht, que J. Beaufret, qui a traduit cette conférence dès 1958, rend par « Situation du Dict de Georg Trakl ». Le mot Gedicht est utilisé pour désigner un poème singulier, mais il a aussi, à cause de la particule ge-, le sens du rassemblement de l’ensemble de ce qui est œuvre poétique. » (D'après F. Dastur, cf note 1).

[4] Le mot Erörterung, désigne la situation. En allemand courant il signifie « discussion », « débat », mais Heidegger veut ici lui donner son sens étymologique, car ce mot est construit sur Ort (site), qui ne signifie pas le lieu au sens général, mais désigne originellement la pointe de la lance où se rassemble toute la puissance de l’arme, c’est-à-dire ici le point de convergence, de rassemblement, le point suprême et extrême de l’œuvre. (D'après F. Dastur).

[5] « On peut facilement établir que 1° que ruthmos ne signifie jamais “rythme” depuis l'origine jusqu'à la période attique ; 2° qu’il n’est jamais appliqué au mouvement régulier des flots ; 3° que le sens constant est “forme distinctive ; figure proportionnée ; disposition”, dans les conditions d’emploi les plus variés. Ruthmos, d'après les contextes où il est donné, désigne la forme dans l'instant telle qu'elle est assumée par ce qui est mouvant, mobile, fluide, la forme de ce qui n'a pas consistance organique.  Ruthmos, qui signifie littéralement "manière particulière de fluer", est le terme le plus propre à décrire des "dispositions" ou des “configurations” sans fixité ni nécessité naturelle résultant d'un arrangement toujours sujet à changer. » (D'après Benveniste, «La notion de “rythme” dans son expression linguistique», dans Problèmes de linguistique générale 1, Paris, Gallimard, Tel, 1966, p. 332-335.)

[6]Heidegger a pris le terme ab-geschiedenheit chez Trakl. Il a le sens courant de retraite,  isolement, état de celui qui est séparé ou décédé (abgeschieden) et qui a pris congé (abschied)

[7] Dans la deuxième partie, à la fin du "1°) Premier paragraphe", J-M Martin parle du "déclin" dans un sens qui est analogue à celui de "dis-cès".

[8] Cette deuxième partie est difficile à comprendre si on n'a pas médité des textes de saint Jean et de saint Paul avec J-M Martin, ou bien lu d'autres messages. Par exemple 1 Cor 15, 1-11: L'Évangile au singulier. ; Jn 9, 1-41 : Guérison de l'aveugle-né suivie d'une enquête à son sujet..

[9] « Les Écritures sont relues à partir de la résurrection. Le lieu sourciel est la résurrection qui permet de relire rétrospectivement la biographie de Jésus : « Ils se remémorèrent ce qu'il (Jésus) avait dit et ils crurent à l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite (il s'agit de l'Ancien Testament)» (Jn 2, 22). Donc c'est un principe de lecture rétrospective, de lecture ressaisie à nouveau frais. Pour Paul en particulier et pour tout le Nouveau Testament, l'Ancien Testament contient en semence ce qui se déploie en fruit, qui vient à corps et à manifestation dans le Christ ressuscité. C'est un rapport de semence et fruit. Seulement il faut bien se rappeler qu'on ne connaît la semence qu'au fruit. Autrement dit, c'est à partir du fruit que se lit la semence. Bien sûr quelqu'un qui ne reconnaît pas la résurrection du Christ ne peut pas lire de la même manière l'Ancien Testament. Il y a des lectures juive, talmudique, cabalistique, une lecture qui est commune à tout le monde aujourd'hui et qui est purement historique, ce sont des lectures de l'Ancien Testament. Mais la lecture propre que fait le Nouveau Testament de l'Ancien est tout entière orientée par ce qui se révèle dans la dimension ressuscitée de Jésus. » (Credo et joie fin du chapitre 4, p. 20 du fichier pdf)

[14] Cf Rm 8, 15.