Jean-Marie Martin se réfère souvent à ces versets où Paul fait une lecture du début de la Genèse qui n'est pas une lecture créationniste. Ici il replace ces versets dans leur contexte, et tire de sa méditation des conséquences pour notre vie d'aujourd'hui.

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2 Cor 4, 5-7

 

« 5Car ce n'est pas nous-mêmes que nous proclamons (kêrussomen) mais Jésus Christ Seigneur, par contre nous-mêmes [sommes] vos serviteurs à cause de Jésus. 6Car le Dieu qui a dit : "De la ténèbre luira la lumière", c'est lui qui a fait luire dans nos cœurs (én taïs kardiaïs) pour  l'illumination de la connaissance de la gloire (de la présence) de Dieu dans le visage du Christ. 7Nous avons ce trésor dans des vases d'argile en sorte que l'hyperbolique de la dynamis soit de Dieu et non pas de nous. »(2 Cor 4, 5-7)[1].

 

1) Verset 5 : notre proclamation.

La Torah, Berna Lopez « Ce n'est pas nous-mêmes que nous proclamons – nous trouvons ici le verbe "proclamer" qui est de la même famille que le mot kérygme, mot qui désigne la proclamation du héraut qui annonce une nouvelle. – mais Jésus Christ Seigneur, » : le kérygme est toujours lié à « Jésus Christ est Seigneur[2] » c'est-à-dire ressuscité[3] : le témoignage même de ce qui fait le plus intime, le plus profond et le plus vrai de ma vie, ne se dit pas en je, il se dit en il, et il dit essentiellement : « Il est ressuscité ».

La configuration {je, tu, il}. La parole précède l'homme.

Il faut revisiter la configuration {je, tu, il}, sans compter la mise au pluriel de ce que nous appelons des pronoms personnels (c'est ainsi que la grammaire les appelle). C'est de l'expérience fondamentale de l'être-homme. L'Occident est une parole de la première personne en ce que les grammairiens déjà privilégiaient le je. Or ce qui est premier ce n'est pas je, ce qui est premier c'est la configuration simultanée de cet ensemble {je, tu, il} parce que « Je suis ton tu et son il », sans compter que cela dit mon être-au-monde par le biais et dans le champ de la parole : « Je te parle de lui ». Il, c'est celui dont on me parle, ce qui est une définition des mots croisés : « celui dont on parle », deux lettres. Autrement dit, l'homme est l'être toujours déjà dans la parole. Et c'est en cela aussi que la parole précède l'homme. Et j'entre au monde dans cette configuration-là.

Il faut noter, comme je le disais, que l'Occident a privilégié le je de longtemps, mais cela s'est aggravé au cours des siècles jusqu'à ce que toute la métaphysique elle-même soit suspendue à « Je pense donc je suis », à l'avènement de l'homme d'abord comme sujet à partir de quoi on pense la personne. Et la personne se pense à partir de la subjectivité, donc de l'égoïté. Or il n'en est rien : la personnation, c'est-à-dire la résonance première de la parole, est résonance entre je, tu et il.

L'homme est le gardien de la parole.

Alors ceci situe la proclamation première dans un ensemble, un ensemble d'un entendre et d'un dire, puisque c'est l'ensemble de la parole : parler commence par entendre, et ensuite j'entends dire (le verbe entendre prend ici un sens légèrement glissé : "j'entends bien"). Et ceci est tout à fait constitutif de l'homme.

Depuis toujours l'homme s'est défini comme ce vivant qui a la parole, phrase qui est devenue ensuite « Homo est animal rationale » et qui est entendue finalement comme « un parmi les animaux mais qui, à la différence des autres, a la parole ». Mais ce n'est pas le sens : le verbe avoir ici est beaucoup plus grand que ce que représente le genre et la différence spécifique entre animal et homme.

L'homme est le gardien de la parole. L'homme ne peut jamais parler de façon authentique que de ce qu'il a entendu. Or le simple entendre, le simple « on dit » est affecté d'une grande faiblesse dans notre langage par opposition à ce que l'on peut « savoir ». Savoir c'est prendre maîtrise sur quelque chose. Savoir, chez les anciens, c'est traverser quelque chose et le circonscrire, le définir. La définition répond à la question « Qu'est-ce que ? », question qui est porteuse de tout l'Occident. C'est une question qui ne se trouve qu'une fois chez saint Jean : « Qu'est-ce que la vérité ? » Mais justement, c'est l'Occidental Pilate qui la pose, ce n'est pas une question johannique.

La question johannique parle à partir de l'expérience d'être au monde, c'est la question spatiale, la question « où ? », qui se trouve sous la forme privilégiée « D'où je viens et où je vais ? ». Ceci est une quête, une question.

En effet « Le pneuma – qui désigne à la fois l'Esprit Saint (si vous voulez) et le divin en général, et qui désigne aussi ce qu'il y a de christité en moi – le pneuma pnei (souffle) où il veut – ce « où il veut » ne signifie pas « comme ça lui chante » ; « où il veut » c'est : dans la direction de son vouloir, de son désir, de sa semence, autant de termes qui sont synonymes dans notre Nouveau Testament – mais tu ne sais d'où il vient ni où il va. » (Jn 3, 8). « Tu ne sais » : alors je n'ai pas de rapport avec cela ? Si. Et comment s'appelle ce rapport ? « Tu entends sa voix. » Donc entendre est premier, et si j'ai véritablement entendu, je dis.

On pourrait aller dans cette direction assez longtemps, mais je reviens à ce qui concerne la proclamation : « Ce n'est pas nous que nous proclamons » mais nous proclamons « il ».

Notre rapport à l'expérience apostolique.

Or dire c'est essentiellement montrer, ce que confirme l'étymologie puisque le grec déïknumi donne le latin dicere qui devient le français dire, or déiknumi signifie montrer et dire donne à voir. Nous ne voyons rien que dans la parole qui montre, donc qui indique, d'où la dignité de l'index qui montre. Et c'est l'ordre que saint Jean suit constamment.

« 1Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché au sujet du Logos de Vie– le verset 2 est une parenthèse– 2et la Vie s'est manifestée, – l'espace de Résurrection s'est manifesté – et nous avons vu, et nous témoignons (marturoumen) et vous annonçons (apaggellomen) la Vie éonique qui était auprès du Père – comme Fils – et qui s’est manifestée à nous. 3Ce que nous avons vu et entendu, – ici on prend le mouvement inverse, parce que "ce que nous avons entendu et vu" va redevenir parole pour être annoncé – nous vous l'annonçons à vous aussi… » (1 Jn 1). Le  verbe apaggelleïn (annoncer), est de la même racine que évangélion (évangile) mot qui signifie "la bonne annonce" ("la bonne nouvelle" si vous voulez, mais "la belle annonce" c'est mieux). »

Nous disons ce que nous avons effectivement entendu, et entre-temps il y a, dirions-nous, une sorte d'expérience – encore que le mot soit à prendre avec infiniment de précaution – une expérience qui se dit dans le vocabulaire de la sensorialité : entendre, voir, toucher, dans cet ordre, car c'est entendre qui donne de voir, voir ouvre une distance, une perspective, et le toucher est l'approchement de ce qui a été ouvert par la perspective. Seulement, ceci, est-ce une expérience au sens usuel du mot expérience[4] ?

C'est donc une expérience donnée à l'âge apostolique. Est-ce que nous pouvons dire au même titre que nous faisons cette expérience ? Oui et non. L'expérience de l'âge apostolique est une expérience d'un sens plénier parce que c'est une expérience pour la totalité. L'Évangile est pour la totalité de l'humanité, et l'Évangile, qui est l'œuvre singulière d'un seul, est donné à l'âge apostolique pour parler à la totalité de l'humanité. En quoi l'entendre, de notre part, demeure-t-il une expérience ?

C'est une expérience certainement, mais pas nécessairement au sens le plus usuel du mot. Aucun tribunal ne prendrait cette prétendue expérience au sérieux. Donc, que peut-on dire de ce mot "expérience" ? La racine du mot expérience, c'est le i qu'il y a dans le verbe ire (aller) ; ensuite il y a deux préfixes ex et per : donc aller à partir de, à travers quelque chose. C'est une sorte de marche.

Il est vrai que l'expérience de la résurrection, en un certain sens, nous la faisons, et cependant elle n'est jamais expérience satisfaisante au sens de la sécurité, dans le sens où elle est faite par chacun d'entre nous. Il y a quelque chose d'essentiel à la foi christique, c'est qu'elle est collective parce qu'elle est appelée à se déployer dans la totalité de l'humanité, mais initialement elle est concentrée dans l'expérience du Christ lui-même, la traversée christique du Christ lui-même (mort-résurrection), et par le témoignage que le Christ en fait lorsqu'il se donne à voir à l'âge apostolique. Tout est fondé sur cette écoute fondamentale qui est une écoute de quelques-uns pour tous.

 

2) Verset 6 : notre cœur comme lieu de la Genèse.

 « 6 Car le Dieu qui a dit : "De la ténèbre luira la lumière", c'est lui qui a fait luire dans nos cœurs (en taïs kardiaïs) pour (en vue de) l'illumination de la connaissance (gnôsis) de la gloire (de la présence) de Dieu dans le visage du Christ. » C'est de notre expérience à la mesure où nous expérimentons la parole, et c'est ce que nous tentons de faire, nous ne répétons pas des mots, nous essayons d'entrer dans la monstration d'une expérience.

Qu'est-ce qui est dit ici ? C'est l'Écriture « Fiat lux » du troisième verset de la Genèse. Comment Paul interprète-t-il « Dieu dit lumière soit » ? « Que le Christ soit ». En effet Jésus dit « Je suis la lumière ». Nous avons ici une lecture qui est très loin des représentations créationnistes qui se sont développées ensuite au cours des siècles.

En effet, où a lieu cette illumination ? « Dans nos cœurs ». Le mot cœur ici est à prendre avec ses résonances hébraïques où le mot hébreu lev désigne, non pas du tout ce que nous appelons le cœur par opposition à l'intelligence, c'est-à-dire le sentiment, mais désigne le fond même de l'intelligence, le fond de l'être, la source de l'intelligence.

En quoi consiste cet éclairement (ce phôtismon) ? C'est « la gnôsis (la connaissance) de la gloire qui luit sur le visage du Christos ». Gloire signifie présence radieuse, et le mot est utilisé pour dire la résurrection. Le mot de gloire est un mot fréquent dans nos Écritures, et il est étranger à ce que nous entendons aujourd'hui par gloire. La gloire est un des modes de monstration et donc de cette relation qui me met dans un "rapport à…"

Ici il est donc question de l'expérience de la connaissance chrétienne exprimée dans un langage cosmogonique, c'est-à-dire en référence avec les premiers versets de la Genèse qui font paraître la lumière sur un préalable de ténèbre : « Que la lumière soit » ou le don de la lumière, c'est ce qui sépare notre ténèbre et donc ce qui stabilise notre errance, c'est ce qui met en ordre (en cosmos) notre chaos, c'est la connaissance qui met en déroute notre ignorance et donc nous constitue comme un être ordonné, comme un être "cosmisé".

Et il est important de noter que lorsque les premiers chrétiens réfléchissent sur le Christ, ils cherchent à voir en quel sens il est "l'homme" (au singulier), c'est-à-dire en quel sens il est image de Dieu[5].

 

3) Verset 7 : la dynamis de Dieu.

 « Nous avons ce trésor dans des vases d'argile en sorte que l'hyperbolique de la dynamis soit de Dieu et non pas de nous. » « Nous avons ce trésor dans des vases d'argile » donc dans des vases fragiles. Cette fragilité a en plus pour Paul une sorte de valeur de témoignage hyperbolique puisque annoncer ce que nous ne sommes pas donne à entendre et à voir la force hyperbolique à travers notre faiblesse. Hyperbolique est un mot paulinien et il l'emploie à plusieurs titres : son écriture est une écriture hyperbolique en général ; de plus ça lui donne l'occasion de méditer le rapport paradoxal de la faiblesse et de la force qui est un thème constant chez Paul : c'est dans notre faiblesse que reluit la force du Christos.

Il faut bien savoir que le Christos n'est pas purement et simplement un autre. Notre je insu est précisément cette christité, c'est le pneuma qui demeure au cœur de nous, au cœur de tout homme séminalement (en semence) et qui est appelé à se déployer, à s'épanouir[6]. Le rapport semence-fruit (ou semence-fleur) est un rapport de base de l'écriture néotestamentaire, c'est une symbolique verbale qu'il faut constamment retenir.

Nous revenons à ces paradoxes messianiques qui se trouvent relevés chez Paul : c'est dans notre faiblesse que se manifeste la force de ce que nous annonçons. Je ne crois pas à la Parole qui m'est dite parce que celui qui la porte parle bien ou parce qu'il démontre de façon apodictique. C'est en toutes lettres chez saint Paul.

En effet il y a deux catégories de la parole dans l'antiquité : la logique et la rhétorique.

– La logique est la parole qui donne à entendre par déduction et cette parole-là est ensuite susceptible d'être reprise intégralement : lorsque j'ai donné la démonstration d'un théorème, l'autre peut le refaire pour son propre compte, aussi bien que moi, avec la même évidence. La logique a une sorte de vœu mathématique. Dans la mathématique (mot qui vient du mot mathêsis) le professeur ne fait que rendre possible pour l'autre de refaire la même chose que lui : il découvre ce qui est déjà secrètement dans ses possibilités et c'est tout à fait un travail platonicien.

– La rhétorique est une parole qui a pour tâche de convaincre mais par éloquence, pas par démonstration. C'est une parole essentiellement démocratique, c'est-à-dire qu'elle naît en même temps que la démocratie dans le monde grec. C'est la parole de celui qui veut être élu, c'est le programme du candidat, et sa parole n'est pas réussie quand elle est juste, elle est réussie quand je mets le bulletin dans l'urne. C'est aussi la parole de la publicité de nos jours. Et c'est la parole de l'avocat : l'avocat n'a pas réussi sa parole quand il a dit la justice, mais quand il a fait libérer le client. Donc c'est une fonction de force : la force de l'éloquence.

Or Paul distingue de ces deux paroles la parole de l'Évangile qui ne procède ni par des paroles persuasives – la persuasion c'est la rhétorique – ni par les paroles de la sophia – la sophia c'est la sagesse humaine, la philosophie qui correspond à la logique et qui n'a rien à voir avec ce que nous appelons philosophie aujourd'hui.

Donc la Parole est une parole qui, en un sens, en elle-même, est éminemment faible. C'est une parole que je peux porter, mais je ne peux en assurer l'accomplissement. Autrement dit c'est une parole qui parle à travers moi et ce n'est pas ma parole. Je ne suis en aucune façon maître de l'écoute. Je porte une parole à travers laquelle c'est Dieu qui parle pour autant que j'annonce le propre de l'Évangile.

La parole de Dieu est œuvrante, c'est un autre thème très important. Elle n'est pas une parole de loi, ce n'est pas une parole qui dit « tu dois faire » mais c'est une parole qui donne que je fasse. Et il est à présumer que cette parole est donnée à tout le monde à l'heure où cela est donné à chacun. Autrement dit je ne suis pas le maître de la parole que j'annonce, je suis porteur d'une parole. D'où la première exigence qui est une exigence de fidélité à ce que j'entends.

Cette parole est énergéia, mise en œuvre de ce qu'elle dit : elle fait ce qu'elle dit. Ce n'est pas une parole qui dit « Tu dois ressusciter » c'est une parole qui me ressuscite, c'est-à-dire qui ouvre en moi un champ nouveau de vie quand je l'entends, pour autant qu'il m'est donné de l'entendre.

D'où toute la critique que Paul fait de la Loi[7] entendue comme nomos c'est-à-dire comme législation. Nul n'est sauvé par la Loi pour la bonne raison que personne n'observe la Loi intégralement. En effet c'est une parole désœuvrée. Ce mot "désœuvré" est un très beau mot de Paul au chapitre 7 de l'épître aux Romains.

La parole de Dieu est originellement une parole œuvrante, une parole donnante : « Dieu dit "Lumière soit"... Lumière est. » Mais Dieu dit « Tu ne mangeras pas » et ça mange ! Pourquoi ? Parce que la parole est désœuvrée. Et qui a désœuvré la parole ? Le serpent qui en a fait une parole de loi, et en plus une parole de loi intéressée.

Cette analyse (qui est celle de Paul en Rm 7) est faite dans un langage mythique d'une certaine façon, mais elle est d'une pertinence prodigieuse. Il faut l'y trouver car ce n'est pas facile à lire, mais c'est bien ce que vise ce chapitre 7[8].

Donc je suis porteur de ce que je ne maîtrise pas du tout.

Faut-il être exemplaire pour pouvoir témoigner ?

Comment dire la parole ? C'est sans doute dire peu de choses. On peut conjecturer la plus grande opportunité pour dire la chose de la façon la plus essentielle. Est-ce que notre comportement est indifférent ? Non pas. Si vous lisez le début de ce qui précède nos versets[9], vous verrez que pour Paul ce n'est pas indifférent. Et cependant ce n'est pas la force de notre exemple qui est en œuvre dans l'adhésion de foi.

Paul est apparemment soucieux du comportement de ses correspondants, et surtout il est soucieux de ne pas laisser médire de ses communautés. Le judaïsme dans la synagogue est réputé être observant de la Loi. Les communautés d'origine païenne de Paul comportent toutes sortes de gens, il y a des désordres, donc il est soucieux, mais ce qui l'inquiète ce n'est pas que ce soit immoral, ce qui l'inquiète c'est que cela soit "scandale" par rapport à la Parole. Ce n'est pas une très haute fondation de la morale en tant que morale, ce n'est pas son sujet.

Du reste une pareille attitude pourrait facilement mener à l'hypocrisie du « ne pas scandaliser ». Ce « ne pas scandaliser » est un souci majeur. Le skandalon, qui est occasion de chute pour l'autre (donc le scandale au sens fort), pourrait induire une hypocrisie. Or chacun sait que la parole du Christ est constamment soucieuse de dénoncer l'hypocrisie des pharisiens. Mais il dénonce l'hypocrisie des pharisiens parce que précisément ils prétendent observer la Loi. Or la parole de Paul n'est pas une parole qui donne la Loi, c'est une parole au contraire qui annonce le salut par autre chose que par les pratiques de la Loi.

Tout ceci est très fin, très complexe, très subtil. C'est très difficile à articuler avec les présupposés de notre discours et nous en avons tout à fait conscience.



[1] Ceci est un extrait de la dernière soirée qui a eu lieu sur le thème du "Témoignage" au Forum 104 en mars 2013, Jean-Marie Martin a médité ce texte pour répondre à une question portant sur les témoins de la foi. Par ailleurs il évoque souvent le verset 6 pour indiquer comment le texte de Gn 1 est lu par Paul.

[2] « La foi comporte en elle-même le trait de la prière. Nous voulons dire par là que la formule "Jésus est Seigneur" est toujours susceptible de se traduire par : "Seigneur Jésus". En 1 Cor. 12.3, faut-il traduire : « Personne ne peut dire "Jésus est Seigneur" sinon dans l'Esprit Saint » ou « Personne ne peut dire "Seigneur Jésus" sinon dans l'Esprit Saint » ? L'un et l'autre. Ce que nous voulons dire par là, c'est qu'il faut nous habituer à penser la prière non pas comme un acte distinct, mais comme une dimension du discours chrétien. C'est sa dimension vocative. » (J-M. Martin, Cours à l'Institut catholique en 1972-73).

[3] « Si l'on proclame (kêrussétaï) le Christ parce que (ce qui est que)il est ressuscité des morts…»  (1 Cor 15, 12).

[4] « L'ouverture de la 1ère lettre de saint Jean commence par l'annonce d'une expérience : « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux […] cela nous en témoignons et cela nous vous l'annonçons (nous l'écrivons) ». De fait cette expérience devient une écriture et pourtant la fonction de cette écriture n'est pas de faire écran car « nous en témoignons pour que vous ayez espace commun avec nous– ici il s'agit du "nous" de ceux qui ont fait l'expérience fondatrice, donc des apôtres, mais saint Jean ajoute – et notre espace commun est avec le Père et le Fils » et quand il emploie la deuxième fois « notre espace commun » c'est désormais "vous et nous" donc l'espace commun de tous. Donc cela nous invite à entendre ce qui est en question dans l'annonce non pas comme une chose reculée pour laquelle nous avons besoin d'intermédiaire, mais comme une chose immédiate par rapport à laquelle, certes, l'Écriture joue une fonction qu'il faudra déterminer et qu'il faudra essayer de penser, mais notre acquiescement ne se termine pas au témoignage, il est pour nous accession à la chose témoignée. D'ailleurs Jean dit un peu plus loin : « Vous savez tout et vous n'avez pas besoin qu'on vous enseigne » (1 Jn 2, 27). » (J-M Martin, St Bernard de Montparnasse 04/03/1992).

[5] Voir Résurrection et Incarnationle 4) "La double naissance de Jésus dans la première pensée chrétienne".

[7] Pour le Nouveau Testament, l'Écriture (au sens de la Graphê)désigne la Torah, mais pas la Loi car il y a une différence dans le vocabulaire chrétien entre les deux traductions grecques du mot Torah : le mot Graphê (Écriture) est choisi et le mot Nomos (Loi) est récusé.

[9] « Voilà pourquoi, miséricordieusement investis de ce ministère, nous ne faiblissons pas, mais nous avons répudié les dissimulations de la honte, ne nous conduisant pas avec astuce et ne falsifiant pas la parole de Dieu. Au contraire, par la manifestation de la vérité, nous nous recommandons à toute conscience humaine devant Dieu, Que si notre Évangile demeure voilé, c'est pour ceux qui se perdent qu'il est voilé, pour les incrédules, dont le dieu de ce monde a aveuglé l'entendement afin qu'ils ne voient pas briller l'Évangile de la gloire du Christ, qui est l'image de Dieu. » (2 Cor, 1-4, traduction Bible de Jérusalem).