On a souvent mis l'accent sur la croix comme instrument de supplice. Mais est-ce que la croix n'est pas quelque chose d'essentiel à la configuration même de l'homme ? Et peut-on percevoir un rapport dans l'Écriture entre la stature humaine de l'homme debout et une symbolique de la verticalité (de haut en bas) et de l'extension latérale (de droite à gauche) ? Qu'est-ce que faire le signe de croix sinon se laisser configurer par la christité même ?

Voici, sur ces sujets, plusieurs extraits de la retraite animée par Jean-Marie Martin à Nevers en juillet 2010 sur le thème : "Signe de la croix, signe de la foi" avec quelques compléments venant d'autres sessions. En première partie figure un extrait de la première recherche sur ce qu'évoquent les mots croix, signe de croix, l'iconographie… ; une deuxième partie revient de façon plus approfondie sur ces thèmes.

Voir aussi d'autres messages du blog : La croix (en saint Jean et dans les premiers textes chrétiens) et les récits de création de Genèse 1-3 ; La croix dressée, méditation à partir d'Odes de Salomon. Se laisser configurer. , La guérison du paralysé (Jn 5, 1-9). Quel sens donner à l'expression "porter sa croix" ? et Témoignage de sœur Paule Farabollini.  et enfin un message qui reprend des éléments de la même retraite mais avec d'autres compléments : Le signe de croix : signe de la foi et configuration de l'homme. Extraits d'une retraite.

 

 

Symboliques et fonctions de la croix.

Le signe de croix.

Iconographie (Orants, croix glorieuses…).

 

 

I – Première approche de la croix et du signe de croix

 

1°) Introduction de la recherche.

 

croix du Ressuscité, nijmegena) Le signe de la croix, la croix comme signe.

Nous allons d'abord rester sur le seuil de la Parole, avant d'y entrer. Nous nous asseyons sur le parvis et nous devisons librement à partir des idées que nous pouvons avoir sur ce qu'évoque le titre de notre recherche : "Signe de la croix, signe de la foi".

D'entrée nous notons une ambiguïté parce que signe de croix (ou signe de la croix) peut s'entendre d'abord de deux façons différentes : le signe qu'est la croix (la croix est un signe), ou alors ce geste qui consiste à ce que je fasse un signe de croix. Les deux significations seront notre sujet. En effet la croix est un signe, le mot sêmeion (signe) est même un des noms de la croix dans l'Évangile ; la croix est même le signe ; mais que veut dire signe ?

Où allons-nous puiser la signification de la croix ? Dans les Écritures, dans notre idée de la croix, dans une symbolique qui serait générale, universelle ? Je vous signale tout de suite que dans le Nouveau Testament la croix est pensée à partir de références bibliques, mais que, dès le début du IIe siècle, les écrivains chrétiens font appel aussi à des symboliques extra-bibliques.

Dans le premier christianisme, avant aussi d'être une représentation de la crucifixion, la croix peut être marquée dans la première lettre de Christos qui est un "chi" en grec. De bonne heure on fait ce rapprochement : la lettre Chi ou Khi (capitale Χ, minuscule χ) a la figure d'une croix de St André.

b) Faire le signe de croix.

J'appelle signation ici non plus la représentation graphique de quelque manière qu'elle soit, mais le signe que l'on fait avec la main, qui peut être un signe d'attouchement triple, qui peut être un signe lié à une onction, qui est le plus souvent la gestuation faite à l'aide de la main droite qui va au front, puis au ventre, et ensuite de la gauche à la droite. Cette gestuation est appelée “signe de croix”.

Où est-ce que vous voyiez des signes de croix ? J'en vois à l'église et dans les stades de sports quand il y a des équipes du Sud. Vous voyez une croix par exemple au départ d'un contre-la-montre, le type qui est là et qui va partir. Il y a ceux qui font un signe de croix et ceux qui n'en font pas. Est-ce que Dieu aime mieux les uns que les autres, c'est à voir. Qu'est-ce que vous en pensez ? Vous allez dire : c'est affaire d'usage sans conséquence, sans signification.

Signe de croix furtif, signe de croix conventionnel, signe de croix comme vague espérance de protection, ou signe de croix ostentatoire ? Y a-t-il un bon, un vrai signe de croix ? Que signifie cette gestuation ? On peut déjà dire qu'elle est multiple.

Peut-on percevoir un rapport dans l'Écriture entre la stature humaine de l'homme debout et une symbolique de la verticalité (de haut en bas) et de l'extension latérale (de droite à gauche) ? Est-ce que la croix n'est pas quelque chose d'essentiel à la configuration même de l'homme ? Qu'est-ce que se signer sinon se laisser configurer par la christité même ? Ce qui poserait la question de la nature de ce geste : à quoi ça sert ? Est-ce que ça apporte quelque chose ?

Il y a des gestes que l'Église a considérés comme apportant quelque chose, donnant quelque chose, on les appelle les sacrements. Le signe de croix n'est pas un des sept sacrements, mais a été considéré comme un sacramental, ceci au XIIe, XIIIe siècle, à l'époque où la notion de sacrement se définit. Faut-il le conserver, ou, sans le conserver, qu'est-ce que cette considération a à nous apprendre sur la fonction du signe de croix ?

c) Se signer « Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit »

Il reste une autre chose, c'est que le geste de la croix est accompagné de paroles : « Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » – j'ai oublié d'ailleurs de distinguer entre autre la croix que je fais sur moi-même et la croix par laquelle quelqu'un me bénit : qu'est-ce qu'une bénédiction, est-ce un sacramental ?

Dans les deux cas « Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » est une chose très étrange : la croix devrait sans doute par sa configuration gestuelle être surtout signe de la mort / Résurrection de Jésus (c'est un signe de mort du fait que c'est un instrument de supplice et de mort, et nous verrons que dans l'Écriture c'est aussitôt lié à la Résurrection)., mais voici que les paroles parlent d'autre chose, elles parlent du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Depuis longtemps la théologie a mis d'un côté la question de la mort / Résurrection du Christ et d'un autre côté la question de la Trinité. Je ne dis pas qu'elle a bien fait, mais nous constatons qu'il en est ainsi. On leur a donné le nom de mystères. Entre ces deux mystères, il y a un rapport : ils sont deux aspects d'une unique donnée fondamentale, qui est un foyer de sens où tout s'articule. C'est ce que nous ne cessons de chercher et de méditer, d'apercevoir dans nos Écritures et c'est ce que nous allons faire dès demain.

 S'il y avait une véritable unité entre ces deux aspects, on pourrait dire que le signe de croix est véritablement le foyer de tout l'Évangile où tout prend sens, prend source. Passer une semaine sur le signe de la croix pour en apercevoir le sens, pour se laisser configurer par ce sens, ce serait une vraie retraite[1].

Revenons à l'énoncé : « Au nom de ». La notion de nom est étrange, difficile. « Au nom de » ce n'est pas « à la place de ». Le nom dans le monde biblique désigne l'identité profonde de l'être. Mais il y a trois noms (Père, Fils, Esprit), et pourtant je dis “le nom” au singulier ? « Dans le nom » : In nomine.

Père, Fils et Saint Esprit : on sait bien que la Trinité est une question fondamentale, et c'est pour nous très énigmatique[2]. Elle suscite peu de considération aujourd'hui. Il y a des siècles qui se sont battus pour des détails de doctrine trinitaire, de vraies bagarres rangées. Aujourd'hui on a d'autres soucis. Et pourtant…

 

2°) Réponses à des questions des participants.

Le mot de croix vous fait penser à quoi ? Est-ce la représentation d'un instrument de supplice ; est-ce un bijou (petite croix d'or sur une gorge païenne…) ; est-ce un signe géométrique… ? Y a-t-il des croix que vous aimez avoir devant vous, chez vous, avec vous ; des croix qui sont répulsives ? Connaissez-vous des gens pour qui toute croix est répulsive ?

N'oubliez pas des expressions comme “porter sa croix”… et bien sûr toute la question du rapport de la croix et de la souffrance : quand j'ai dit “instrument de supplice”, c'était impliqué. Examinez les expressions comme “porter sa croix” en ce qu'elles ont eu de consolant parfois, en ce qu'elles ont de répulsif éventuellement chez nous aujourd'hui[3].

a) La croix comme figure.

► Dans la croix je suis très frappé par l'aspect de la verticalité terre /ciel et cette horizontalité qui nous relie aux hommes ; et la croix comme image de l'homme.

J-M M : Là vous dégagez une figure que nous allons suivre dès les premières écritures, ce n'est pas de notre invention. La verticalité et l'horizontalité appartiennent à la signification originelle de la croix. Nous verrons que le rapport Père / Fils est un rapport qui se dit dans une verticalité, et que le Pneuma (la troisième Personne) est censément une Personne (le mot n'est pas très bon) qui rassemble, ou plutôt qui écarte et rassemble, ou rassemble les écartés. Autrement dit les paroles mêmes de la gestuation de la croix comportent quelque chose de ce genre-là.

Et c'est vrai que la figure première de la croix c'est l'homme debout et, nous le verrons, la figure de l'Orant (du Priant). Les premières représentations du Christ sont des représentations d'Orants. Cela reprend les grands Orants de la littérature juive qui étaient dans les méditations de l'époque : Daniel dans la fosse aux lions ; les trois enfants dans la fournaise… donc l'homme debout au milieu du péril. Pour eux c'est leur façon de dire le Christ dans sa posture de Résurrection au sein même du péril, donc dans la mort.

J'insiste plus ici sur la dimension verticale parce que nous parlons de la croix et que le premier élément de la croix, c'est le pieu fiché dans le sol, donc la position verticale. Justement toute l'ambiguïté est là car, dans le schéma corporel, la position verticale c'est vraiment l'homme debout, et c'est, dans le cas du Christ, en même temps la mort et la Résurrection.

Nous chercherons à détecter cela dans l'Écriture même[4].

croix arbre de vie, axe du mondeb) Fonctions de la croix.

► On trouve des croix dans d'autres domaines, par exemple la croix du mérite, la croix de la Légion d'honneur, la croix de guerre…

J-M M : Ceci nous ouvre à autre chose : la croix comme une espèce de critère qu'elle peut être en vérité. Car nous verrons que, pour les anciens, la croix est un principe de discernement, par exemple ce qui distingue la droite et la gauche comme le faste et le néfaste. Elle a à voir avec un certain jugement. Il y a un mot du IIe siècle qui est très fréquent : la croix fixe et sépare. Elle fixe dans la symbolique du pieu qu'on enfonce : le premier élément de la croix c'est le pieu, donc la relation ciel / terre, mais d'être fixé cela ouvre des espaces ou des qualités d'espaces différentes. Et ceci est même lié à la croix comme faisant fuir les démons.

 

c) Le rapport à la croix, aux crucifix.

► Une croix ne laisse jamais neutre. Et elle peut induire des sentiments positifs ou négatifs c'est-à-dire qu'on peut la rejeter ou elle peut nous parler. Je vois en particulier les réactions des gens devant la croix que je porte, aucun n'est indifférent.

J-M M : Une croix reste aujourd'hui un signe de contradiction, c'est-à-dire qu'on est pour ou contre. Peut-être que la même personne peut parfois être en répulsion par rapport à la croix et d'autres fois non ; à l'intérieur d'une même personne et aussi d'une personne à une autre. Le rapport à la croix n'est pas neutre. Sans doute on parle beaucoup aujourd'hui des problèmes de vêtements, de burga (ou burka)… mais les intolérances à la croix ont été grandes : les problèmes dus au fait que la croix était à l'école, la croix était dans les tribunaux. Voilà qu'une sensibilité neuve apparaît qui ne supporte pas leur présence en ces lieux. Il faut prendre acte des situations de ce genre.

► La croix a été supprimée de beaucoup d'endroits pour raisons de laïcité. Il y a sans doute beaucoup de gens qui adhèrent à cette distinction.

J-M M : Il nous faudra beaucoup de recul car pour ce qui nous concerne il ne s'agit pas de critiquer ceci et cela. Nous avons vécu jadis dans un moment où l'avancée de la culture se faisait en liaison avec les choses de l'Église, c'était un moment de chrétienté, et je ne dirai pas que tout cela fut mauvais, loin de là. Mais nous ne sommes plus à ce moment de chrétienté, la situation de l'Évangile dans le monde est neuve par rapport à cela. Cela peut paraître négatif à certains égards, mais ça a aussi son côté absolument positif. Donc nous serons très prudents sur des points de ce genre.

► Des crucifix, pour moi il y en a principalement deux : il y a le Christ habillé en gloire, grosso modo dans les douze premiers siècles, et puis un Christ atroce, nu, supplicié, ceci à partir de l'époque de la grande peste ou un petit peu avant : à ce moment-là dans certaines familles il y avait deux morts pour un vivant et c'était difficile de laisser un Christ en gloire.

J-M M : C'est l'histoire de l'iconographie de la croix. Nous essaierons de pointer quelques repères dans cette histoire. Parmi les Christ douloureux les plus connus, il y a celui du retable d'Issenheim près de Colmar. 

► Maintenant la tendance va à un Christ sans le bois de la croix.

J-M M : Et aussi une croix sans le Christ. D'ailleurs ma grand-mère disait “un Christ”  pour un crucifix. Elle ne disait pas “un Christ” pour désigner la statue du Sacré-Cœur sur la cheminée, c'était “le Sacré-Cœur”. Je pense que le rapprochement entre crucifixion et Christ dans une étymologie populaire totalement fausse devait jouer un rôle.

 

II – Le signe de croix ; iconographie ; fonctions de la croix

 

1°) Le signe de croix [5].

Crucifié du haut Moyen ÂgeIl faudrait commémorer ici dans la proximité même de la question ciel-terre, le parcours qu'on effectue en se signant. « Au nom du Père et du Fils – la verticale – et du Saint Esprit – la dimension de diffusion horizontale. » C'est une participation de notre corps à une symbolique gestuée, c'est une sorte d'incorporation de la Parole. Ceci peut se faire du reste aussi sous le mode de différentes consignations, au front, à la bouche et au cœur, comme pour la lecture de l'Évangile[6].

J'avais un supérieur, dans mon premier grand séminaire provincial à Nevers, qui avait l'habitude, surtout quand il pensait qu'on ne le voyait pas, de faire un petit geste, signe de la croix sur le cœur. Donc voici des gestuelles qui sont évidemment faites par habitude ou par conformisme, en mémoire de ce qui est en question, et qu'il serait très intéressant de méditer. D'autant plus que la gestuelle de la montée et de la descente, de l'expansion de l'Évangile, ouverture aux horizons, reçoit encore l'apport de la Trinité, c'est-à-dire la descente du Père au Fils, descente générationnelle dans une symbolique de la verticalité ciel-terre, et puis l'extension des mains pour désigner la diffusion de la Résurrection. L'Esprit Saint est la Résurrection diffusée dans l'humanité, c'est-à-dire la Résurrection du Christ s'achevant. Vous vous rappelez : « Je ne suis pas encore monté vers le Père, dit Jésus après la Résurrection, va dire aux frères … » (Jn 20). Tant que l'humanité tout entière ne reçoit pas la Résurrection, la Résurrection du Christ n'est pas achevée dans sa totalité.

Pour ce qui est de l'extension des mains je vais vous citer simplement deux courts textes des Odes de Salomon. Les Odes de Salomon, c'est un texte, à mon avis, du début du IIe siècle, que nous possédons en syriaque. C'est une de mes élèves, Marie-Joseph Pierre, qui a publié cette traduction avec une belle introduction (éditions Brépols, 1994, Belgique), j'ai un peu collaboré[7].

La dernière Ode, l'Ode 42, commence ainsi :

« 1Je déployai mes mains,
m'offrit près de mon Seigneur,
puisque l'extension de mes mains est son Signe
et mon déploiement à moi
(dans ce geste c'est) le bois déployé
qui fut pendu sur la voie du Dressé
. »

Le signe ou le bois, pour les premiers chrétiens, sont des mots qui désignent la croix. Et nous avons la verticalité du Dressé.

C'est anticipé dans une Ode antérieure, l'Ode 27 qui est très courte:

Je déployais mes mains,
je sanctifiai mon Seigneur,
puisque l'extension de mes mains est son Signe,
et mon déploiement, le bois Dressé.
Alléluia.


Pour la gestuation du signe de croix que nous pratiquons aujourd'hui, on en situe la naissance (sur la foi de Daniélou et d'autres écrivains) entre le VIIIe et le XIIe siècle. Ceci pour répondre aux questions qui ont été posées à ce sujet. Il y a aussi des différences entre la façon de faire de l'Église d'Orient et de l'Église d'Occident : qu'on mette la main à plat, qu'on prenne 3 doigts, ou qu'on prenne 2 doigts. Mais c'est secondaire, ça a son histoire, ce n'est pas une question dont on puisse utilement débattre.

 

2°) Premières représentations (iconographie) [8].

a) Le chrisme.

Chrisme sur la cuve d'un sarcophage, Drausin, Soissons (Aisne), VIe siècle Quelqu'un m'a présenté une petite croix dans laquelle il y avait un signe bizarre et m'a demandé ce que c'était.

C'est très ancien puisqu'on trouve ce signe dans les catacombes. Ce sont les deux premières lettres du mot Christos,  Χριστός en grec : “Khi” :  et “rhô” : . Le mot chrisma garde une référence au mot Christos puisque le Christ est essentiellement celui qui est oint, et en même temps il induit la figure de la croix et même d'une croix à six branches. Toutefois, il ne s'agit pas de la croix à six branches qu'on peut méditer par ailleurs et qui est la croix cosmique (du haut; du bas ; de la gauche ; de la droite ; de l'avant et de l'arrière) qui, elle, est méditée très soigneusement dans les Stromates de Clément d'Alexandrie qui sont du IIe ou IIIe siècle (Str. Livre V, ch VI, 34) .

b) Représentations de la croix dans les catacombes.

Croix-ancre avec deux poissons, catacombePour être très sommaire, je dirais qu'on trouve dans les catacombes des espèces de graffiti qui représentent des croix. Dans certains cas, elles peuvent avoir deux fonctions comme ce schéma des catacombes de Priscille (3e siècle) qui représente à la fois une croix et une ancre de bateau entre deux poissons…

 

c) L'Orant, image du salut, figure eucharistiante du crucifié-Ressuscité[9].

Jonas vomi par la baleine - Catacombe Sts Marcellin et Pierre Rome - IIIe siècleJe poursuis un peu dans ce domaine de la documentation. Il y a peu de représentations du Christ lui-même. Il est représenté souvent par des figures. Et je pense que la figuration de la croix a pris la place de la figure de l'Orant priant, qui est un homme debout, les mains étendues[10], car il se configure d'une certaine façon à la croix.

On trouve en effet un certain nombre de figures dans lesquelles le sens est toujours la présence du sauf au milieu du péril, donc une image du salut[11]. Qu'il s'agisse de Daniel au milieu des lions, qu'il s'agisse des enfants hébreux intacts dans la fournaise, qu'il s'agisse de l'arche de Noé sauf au milieu des eaux mortelles (des eaux négatives du déluge), dans tous ces cas, l'eau, le feu, la bête féroce disent de même façon le péril au milieu de quoi l'homme est sauf. On remarque également le thème de Suzanne, sauve malgré les accusations des juges. Au moins trois des thèmes que nous venons d'énumérer se réfèrent au livre de Daniel, ce qui suppose une certaine lecture fréquente du livre de Daniel dans la première communauté chrétienne.

Comme figure de la Résurrection il y a aussi Jonas sorti de la bouche du poisson, dont la figure est clairement indiquée comme signe de la Résurrection chez saint Matthieu au chapitre 12 : « Génération mauvaise et adultère, elle réclame un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas. De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits. »

À travers ces différentes figures, c'est une parole sur le salut de l'homme qui est en question ; c'est-à-dire que l'homme trace ainsi la figure de son propre salut, et c'est simultanément le Christ ressuscité lui-même qui assure ainsi l'être seigneur ou sauf de la menace ; et la dernière menace, c'est la mort (1 Cor 15).

Mais cette figure du sauf, comme dans l'image de Daniel ci-dessous, prend simultanément l'attitude de l'Orant, cette attitude du priant qui se retrouve alors pour elle-même dans de nombreuses autres figures des catacombes.

Daniel orant dans la fosse aux lionsCette figure de l'Orant est la figure eucharistiante du Ressuscité, et donnera le schème sur lequel ensuite se développera la représentation de la croix. En effet il ne faut pas oublier que "tendre les mains" a une signification dans le christianisme pour dire la croix (« Il étendit les mains à l'heure de sa passion »), et ceci dans un double sens chez Jean : c'est le rappel de la crucifixion mais ça désigne également la stature cruciforme de l'homme accompli, car c'est aussi le mot qui servira à dire l'action de grâces.  

Croix et résurrection disent le même. Nous avons fait allusion à ce principe de lecture quand nous lisions les chapitres de la Passion (Jn 18-19) comme décrivant la royauté de Jésus et son intronisation royale de Ressuscité en ayant l'air de décrire sa passion[12] ; nous avons là, tout à fait figuré, le premier schème de la croix qui est simultanément, dans la figure de l'orante, à la fois l'expression de la résurrection, c'est-à-dire du sauf, du salut, et l'expression de la croix.

Donc la croix a le double sens de croix de souffrance mais aussi de croix glorieuse dans ce geste de l'orant : on ressort indemne d'une situation périlleuse, et la situation périlleuse c'est la condition de notre quotidien.

d) Le Christ en croix. Croix doloristes et croix glorieuses.

Crucifixion, porte de sainte Sabine, Rome, VIe siècleLes premiers Christs représentés sont des Christs orants, debout et les mains étendues. On trouve la première représentation du Christ sur la croix dans l'église Sainte Sabine qui se trouve à Rome sur le mont Aventin. Il y a deux portes d'entrée qui sont faites de bas-reliefs sculptés dans le bois. Elles datent du VIe siècle, peut-être que l'une ou l'autre a été refaite, mais pour moi c'est remarquable. Pour la première fois vous voyez le Christ en orant et derrière lui la forme de la croix. C'est un Christ ressuscité, un Christ glorieux placé devant une architecture en forme de croix. Autrement dit la première crucifixion n'est pas une crucifixion doloriste.

Vous savez par ailleurs que, dans le monde oriental, pendant longtemps, sur la croix, on a presque uniquement représenté le Christ ressuscité, et que c'est seulement au XIIe siècle qu'on commence à anecdotiser la croix, c'est-à-dire à représenter un Christ douloureux sur la croix. On quitte alors le monde des symboles des premiers siècles, on quitte l'iconographie orientale également pour entrer dans un monde qui s'anecdotise[13]. C'est une déperdition en un sens, mais ça ouvre tout le champ de l'immense histoire de la peinture occidentale, car tout naturellement, lorsque le sens du symbole disparaît, apparaissent à la fois le concept d'un côté et l'anecdote de l'autre côté. Notre catéchisme est fait d'une espèce de mélange de concepts et d'anecdotes, ce que j'appelais jadis la structure anecdotico-logique du discours théologique classique. C'est l'avènement du concept univoque, du concept intellectuel qui évacue le symbole, mais il est remplacé par un imaginaire qu'on pourrait appeler un imaginal si l'on veut (certains l'ont fait).

Le XIIe siècle est un siècle extraordinaire, c'est la vraie première renaissance en Occident. Le XIIIe siècle est un siècle d'or à certains égards (pour la pensée théologique bien sûr), mais le XIIe siècle est à la fois le moment où apparaît l'aspect anecdotique, le moment où l'on fait des crèches (saint François), le moment où apparaissent les crucifixions doloristes parfois très belles structurellement. Et puis cela s'aggravera jusqu'aux crucifix les plus doloristes. Je faisais allusion par exemple au Christ de Grünewald[14] qui est à Colmar, et qui a sa justification aussi historiquement. Il ne garde pas le sens symbolique originel de l'Évangile. Cela s'explique par le contexte historique : c'est la période des grandes épidémies. L'Église, à travers ses ordres religieux, prend en charge ceux qui souffrent et les accueillent dans des institutions, des hospices, le plus souvent somptueusement aménagés. A travers cette humanité misérable et souffrante, c'est le Christ qu'on honore et on charge les plus grands artistes d'exécuter des tableaux ou des retables qui soutiennent la démarche de foi de ces malades en donnant un sens à leur souffrance. À Issenheim en particulier, le Crucifié souffre de leur maladie et en porte les stigmates sur son corps. Il peut donc les inviter à l'accompagner, à travers leurs souffrances, vers la vie de lumière qui apparaît quand on ouvre les volets du retable. Du point de vue de l'authentique pensée évangélique, c'est une sorte de déperdition, mais les siècles ont vécu leur foi avec les ressources propres du siècle, et un historien regarde cela sereinement, il ne s'agit pas de condamner. On peut à certains égards regretter que la grande symbolique soit perdue, mais c'est l'histoire.

 

Christ-arbre, St Petronio, Bologne, Italied) L'arbre du paradis et l'arbre de la croix. L'homme debout.

Par ailleurs les premiers pères de l'Église ont rapproché l'arbre du paradis et l'arbre de la croix[15]. C'est l'arbre médian qui figure aussi la posture essentielle de l'homme comme dressé. Il y a en effet une symbolique essentielle de l'homme debout qui rappelle le Fils de l'homme dans la figure de l'échelle de Jacob et dans la figure du serpent d'airain. On trouve cela dans les premières représentations.

 

3°) Fonctions de la croix [16].

a) Les deux crucifiés qui entourent Jésus.

► Lors de la crucifixion Jésus est au milieu de deux autres crucifiés (Jn 19, 18) : ils ne sont pas là pour rien. Est-ce qu'ils ont à voir avec nous, avec l'humanité ?

J-M M : Bien sûr. Cela peut être médité autrement, mais de toute façon ils sont les représentants, et, d'une certaine façon, les témoins de l'humanité. Qu'ils soient pris pour leur simple présence, c'est suffisant à Jean. Ce qui l'intéresse, c'est cette situation des trois avec Jésus au milieu. Il ne s'intéresse pas à leurs qualités, au fait que ce soient des bandits, des larrons, des violents en tout cas. Qu'ils soient caractérisés comme tels, c'est le propre de l'humanité tout entière. Que l'un soit repentant, et l'autre pas, introduit un principe fondamental, à savoir que la croix est le discernement de la droite et de la gauche, de ce qui est sauvegardé et de ce qui est rejeté. Cela rentre dans le symbolisme fondamental de la croix.

Ils sont de part et d'autre. Est-ce que cela permet de penser l'horizontale des bras ? Voilà une réflexion très intéressante. Ce qui est très important et premier dans la symbolique de la croix, c'est le rapport du haut et du bas, qui est traité tout au long de l'évangile de Jean (chapitre premier, chapitre 3…), et qui fait le lien entre ciel et terre. Cependant l'aspect horizontal est important aussi, c'est l'aspect de dif-fusion horizontale qui caractérise le Saint Esprit. Mais je ne dis pas que c'est johannique. L'extension des bras est appelée le signe de la croix dans les Odes de Salomon[17] par exemple, ouvrage de la fin du Ier siècle, début du IIe siècle, presque contemporain de Jean. La méditation sur la signification verticale et simultanément horizontale apparaît de très bonne heure. Je ne l'introduis pas de force dans la symbolique johannique – il faut être très prudent – mais elle a un sens. Du reste, je trouve très beau que nous disions : « Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit  » (en faisant la gestuation), il y a là une très belle structure.

b) Deux fonctions de la croix : con-formation et exclusion (discernement).

La croix a deux fonctions, disent les écrivains du IIe siècle : elle a une fonction de confirmation (de consolidation, de fixation, d'expêxis – de pêgnumi, pêxô, ficher, fixer) et de jugement parce qu'elle est en même temps une limite : elle ouvre la différence entre la droite et la gauche avec la symbolique essentielle de la droite et de la gauche comme on la connaît toujours. Je redis ma petite histoire du fromage. Elle est attestée assez tardivement, mais je trouve que c'est une bonne introduction à la compréhension simultanée de la con-formation (de l'affirmation, de la formation) et de l'exclusion (du discernement) : il s'agit de la formation du for-mage (en italien ils disent encore formagio), donc de ce qui prend forme et acquiert une structure solide. C'est le même mouvement qui compacte ce qui prend forme et qui évacue ce qu'on appelle le petit lait. Autrement dit c'est le même geste qui a une fonction de confirmation (de con-formation) et d'exclusion (le même geste qui confirme et exclut). Et ceci correspond au double sens de la croix qu'on trouve dans des homélies du IIe siècle.

La croix est même principe de formation du monde, étant donné qu'elle est le quatre fondamental, l'axialité à deux ou trois dimensions (puisqu'il y a des croix à trois dimensions). C'est un des lieux de méditation.

Simultanément elle a toujours été considérée comme principe de discernement. Je pense que ça remonte à la signification exorcistique de la croix : elle fait fuir le mal, donc elle conserve le bon. Par ailleurs elle distingue la droite et la gauche, le haut et le bas, le devant et le derrière, c'est-à-dire qu'elle est à la base des discernements, positifs cette fois – car discerner peut avoir plusieurs sens, il y a un discernement qui exclut et un discernement qui répartit. Donc dans les deux cas elle a cette fonction.

Envoi de l'Esprit par le crucifiéc) Dimension de respiration : fonction d'écartement et de rassemblement.

C'est un symbole géométrique élémentaire et elle est méditée aussi sous ce rapport-là. Je pense que, chez Jean, il y a cette idée explicite que les Juifs veulent que Jésus meure par l'autorité romaine, c'est-à-dire sur la croix et non pas éventuellement par flagellation ou lapidation ; et ce qu'ils veulent, Jean le marque largement par la symbolique de la croix, essentiellement d'abord par la verticalité et aussi par le fait qu'elle est récollectante. En effet : « Quand j'aurai été élevé de la terre, je tirerai tous à moi » (Jn 12, 32). Donc elle récapitule tout par la dimension horizontale, qui est la dimension de la respiration, c'est-à-dire de l'Esprit, c'est-à-dire de ce qui écarte et de ce qui rassemble. « Il étendit les bras à l'heure de sa Passion ». C'est l'extension sur le bois.

 

 

d) Dimension d'exaltation.

Tout n'est pas explicitement contenu dans le texte de Jean et il ne s'agit pas de l'y introduire, mais de voir qu'il y a là même la source et l'origine d'un certain nombre de développements sur la symbolique de la croix. La croix n'a jamais été représentée dans les tous premiers siècles comme instrument de supplice. Elle est toujours prise comme instrument de gloire : « Il règne à partir de la croix », cette expression étant référée à la mention « il régna à partir du bois » lue par les premiers chrétiens dans le verset 10 du psaume 95, car xylon (le bois), sêmeion (le signe), stauros (la croix comme pieu) ce sont des termes qui sont considérés comme testimonia de l'Ancien Testament.

e) Les thèmes du serpent d'airain et de l'échelle de Jacob (Jn 3 et Jn 1).

serpent d'airain, enluminure du Moyen AgeVous en avez un exemple à propos du serpent d'airain, le serpent élevé entre ciel et terre : c'est pris au livre des Nombres et c'est rapporté par Jean au chapitre 3, ce sera développé largement par les Pères de l'Église. Donc ce symbole est un symbole d'exaltation. Mais il n'est pas dit dans l'Écriture que ce symbole est en bois. Or souvent dans les testimonia on parle de bois parce que ce sont des synonymes : xylon, c'est le bois et cela désigne aussi la croix. Et stauros, c'est la croix (comme pieu) et c’est le bois. Donc c'est un principe récapitulant d'un certain nombre de testimonia.

D'ailleurs ce thème du serpent n'est pas le premier puisqu'il y a auparavant (fin du chapitre 1) le thème de l'échelle de Jacob qui est le Fils de l'Homme sur lequel montent et descendent les anges : ce n'est pas tantôt montent et tantôt descendent, c'est plus ils montent et plus ils descendent ; comme Jésus qui, plus il va vers le Père et plus il vient vers nous. Donc ce que nous appelons l'Ascension n'est pas dissociable de la Pentecôte qui est la descente. En effet Jésus est ce qu'il est, c'est-à-dire qu’il est tourné vers le Père, il va vers le Père, donc il se révèle comme ce qu'il est quand il monte ; mais en tant que tel, il se révèle à nous comme tel, donc il descend : il se donne à voir et à connaître. C'est une des raisons pour bien percevoir entre autres l'unité de la montée vers le Père et de la descente de l'Esprit. Il y a mille autres attestations, mais l'important est de ne pas en rester à l'anecdote des épisodes successifs qui, chacun, ne traiterait que d'une chose. De toute façon, même chez Luc qui articule bien les épisodes, si on regarde de près, on voit qu'il ne s'agit jamais de parties isolées : même chez Luc, ce sont des aspects d'une totalité. Seulement Jean développe cela plus radicalement, c'est le principe même de sa visée. Il ne vise jamais une anecdote isolée, mais toujours l'entre appartenance qui constitue la totalité du mutêrion.

f) Le thème de la malédiction de celui qui pend au bois.

► Pourquoi les Juifs voulaient-ils que Jésus soit crucifié, c'est plus noble ?

J-M M : Mais non, c'est suprêmement avilissant ; c'est même non seulement avilissant, c'est la malédiction : la loi maudit “celui qui pend au bois”, comme le cite saint Paul (Gal 3, 13 qui cite Dt 21, 23). C'est-à-dire que Jésus entre dans la malédiction de la loi, elle n'est donc plus à prendre comme malédiction de Dieu, mais comme malédiction du point de vue de la loi elle-même.



[1] Voir par exemple ce que dit sœur Paule à la fin de la retraite : Témoignage de sœur Paule Farabollini..

[2] Voir par exemple sur le blog : la session sur Credo et joie (tag CREDO), Penser la Trinité

[3] Une séance a été consacrée à l'expression porter sa croix, la transcription figure sur le blog : La guérison du paralysé (Jn 5, 1-9). Quel sens donner à l'expression "porter sa croix" ?.

[4] Seront lus plusieurs textes de saint Jeant de saint Paul ainsi que des Odes de Salomon. Des méditations de ces textes qui viennent d'autres sessions figurent sur le blog : Ph 2, 6-11 : Vide et plénitude, kénose et exaltation  ; 1 Corinthiens 15 : la résurrection en question ; Lecture de 1 Jn 5, 1-12 ; Eau, sang et pneuma (esprit, souffle...) dans les versets 6-8 ; et crucifixion

[5] Cette partie vient du cycle sur le thème Ciel / terre qui a eu lieu au Forum 104 (mais le paragraphe final sur l'historique vient de la retraite). En fait J-M Martin en a parlé à la retraite sur le signe de la croix, signe de la foi, mais beaucoup plus longuement, ce n'était pas possible de l'insérer ici, cela figure en partie dans un autre message : La croix dressée, méditation à partir d'Odes de Salomon. Se laisser configurer..

[6] Au Forum 104 lors du cycle sur Ciel / terre, J-M Martin a aussi parlé du Notre Père : « Je voudrais profiter de ces choses pour indiquer que la prière annoncée par Jésus est une sorte de configuration à l'Évangile. En particulier, pour la prière du "Notre Père", on se met debout. » Et plusieurs fois il a montré que Père, Fils et Esprit sont invoqués  au début du Notre Père, voir : Homélie sur Lc 11, 1-13 : le Notre-Père et Homélie sur Ga 3, 1-5 et Lc 11, 5-13 : le don de l'Esprit.

[7] Voici ce que M-J Pierre dit à ce propos : « C'est à la fois pour le fond et pour la forme, que la pertinence des remarques de mon maître et ami Jean-Marie Martin furent précieuses. Sa longue méditation et sa connaissance familière de saint Jean et des textes gnostiques - il fut l'élève d'A Orbe à Rome et de H-CH Puech à L'EPHE - le rendent capable de saisir quasi immédiatement ce qui est en cause dans " Les Odes ", et de réclamer la plus grande précision dans l'emploi du vocabulaire technique théologique. Faut-il ajouter qu'il est lui-même poète? » (Avant-propos des Odes de Salomon)

[8] Toute cette partie a été donnée par J-M Martin pendant la retraite lors de l'étude sur l'histoire de la croix

[9] Dans cette partie plusieurs passages d'un autre message sur l'iconographie ont été repris. Ce message était plutôt orienté sur l'iconographie de la multiplication des pains et de la Cène : Images et textes. Réflexion à partir de l'iconographie.

[10] « L'orante ou l'orant (mais la majorité de ces figures sont féminines) est debout, face, les bras levés et les mains ouvertes. L'orante n'a pas été inventée par les chrétiens qui ont utilisé une image connue et courante, et lui ont donné une signification nouvelle et plus précise. L'image de l'orante est ancienne, autant profane que religieuse. On la trouve déjà dans l'Égypte ancienne et la Grèce classique, comme substitut symbolique destiné à perpétuer la prière du fidèle devant la divinité. On trouve également des orantes sur de nombreuses monnaies impériales. L'intention de ces monnaies et de souligner la piété de l'empereur, sa soumission à la divinité dans l'accomplissement de ses desseins vis-à-vis de son peuple. » (D'après Jérôme Cottin, Jésus-Christ en écriture d'images : premières représentations chrétiennes).

[11] « Ils expriment non une prière de détresse, mais une prière exaucée, la louange du croyant que Dieu a entendu et protégé du mal. » (Jérôme Cottin, Jésus-Christ en écriture d'images : premières représentations chrétiennes).

[12] Cf La Passion comme intronisation royale. Résurrection et Pentecôte à la Croix (Jn 19, 28-37 et 1 Jn 5, 5-10) mais dans ce message seul une partie du chapitre 19 est effectivement lu. La lecture entière des chapitres 18-19 a fait l'objet d'une session d'une semaine dont la transcription sera un jour mise sur le blog.

[13] L'art, cependant, ne peut pas se passer entièrement de symboles, mais ils ne jouent plus le même rôle et n'occupent pas la même place.

[14] Le retable d’Issenheim, consacré à saint Antoine, provient du couvent des Antonins à Issenheim, au sud de Colmar, où il ornait le maître-autel de l’église de la préceptorerie. Il est l’œuvre, pour les panneaux peints (1512-1516), du peintre Matthias Grünewald, dont il constitue le chef-d’œuvre. Il se trouve aujourd’hui à Colmar, au musée d'Unterlinden.

Les Antonins étaient spécialisés dans la maladie du feu de saint Antoine, ou maladie de l'ergot de seigle, qui se traduisait par des hallucinations, des pustules purulentes sur tout le corps et des membres affreusement déformés qu'il fallait souvent amputer. Le Christ est représenté atteint de la même maladie. L'identification avec les malades est poussée très loin : le réalisme de sa chair purulente est difficilement soutenable et la pliure d'un des volets du retable suggère l'amputation d'un bras. Sur un des volets, la représentation des tentations de saint Antoine évoque les hallucinations.

[15] Par exemple Tertullien rapproche l'arbre du Paradis de l'arbre de la croix où la vie du Christ a été suspendue sans être crue par des Juifs, en se référant à Dt 28, 66.  Et le Pseudo-Hippolyte dit ceci : « Il a montré en sa personne toute la plénitude de la vie offerte sur l'arbre (la croix). Cet arbre m'est une plante de salut éternel ; de lui je me nourris, de lui je me repais. Par ses racines je m'enracine et par ses branches je m'étends, sa rosée fait ma joie et son souffle me fertilise. Je jouis librement de ses fruits qui m'étaient destinés dès l'origine. Il est ma nourriture quand j'ai faim, ma source quand j'ai soif, mon vêtement car ses feuilles sont l'Esprit de vie... Cet arbre aux dimensions célestes s'élève de la terre aux cieux, se fixant, plante éternelle, au cœur du ciel et de la terre, soutien de toutes choses, fondement de l'univers rassemblant toute la diversité de l'humanité ». (Pseudo-Hippolyte, Homélies pascales, tome I, Paris, Cerf, 1950, Sources Chrétiennes 27, p. 176-178).

[16] Cette partie vient de la session sur la Passion (lecture de Jn 18-19).