À la fin du Notre Père nous demandons : « et ne nous soumets pas à la tentation mais délivre-nous du mal ». Comment entendre le mot "mal" ? Et de façon plus générale comment entendre les mots "bien" et "mal" dans l'Évangile ? Jean-Marie Martin à qui ce blog La Christité est dédié a émis quelques réflexions sur ce sujet lors des rencontres qu'il a faites sur le Notre Père. La transcription de ces rencontres figure sur le blog dans le tag NOTRE PÈRE. Ce qui suit contient trois extraits de NOTRE PÈRE. Chapitre X. Ne nous introduis pas dans la tentation mais délivre-nous du mal. Il serait bon de lire l'ensemble du chapitre… Sur la question du Satan qui correspond au "Mauvais", on pourra lire aussi La question de Satan. Les différentes facettes de la figure de Judas.

 

 

Entendre les mots bien et mal dans l'Évangile

 

1) Dans le Notre Père : Libère-nous du mal ou libère-nous du Mauvais ?

« Délivre-nous du mal » correspond au grec « rhusai hêmas apo tou ponêrou ». On a du mal à traduire ponêros : libère-nous du mal ou libère-nous du Mauvais ? C'est un point très essentiel où une autre de nos ornières de lecture se trouvera de nouveau mise à mal[1].

Pour le dire déjà de façon anticipée, quand le mot Mauvais (ou mal) est prononcé chez nous, il désigne ou bien une idée abstraite, ou bien un étant ou une personne qui est donc soit sur mode d'une chose, soit sur mode des hommes. Or, ce qui est en question ici dans le ponêros (le mal ou le mauvais), c'est qu'il n'est ni une abstraction, ni un vivant sur le mode des vivants que nous connaissons.

Diable, Michel Ange, détail du jugement dernierQu'en est-il de cet être ? Nous connaissons ses titres : diabolos (disperseur), Satan (accusateur), pseudos (falsificateur). Il est le Prince, c'est bien ça ! J'ai dit que pour nous c'est ou un abstrait, ou une personne vivante, nous n'avons pas le choix, nous ne connaissons que des choses abstraites ou des personnes vivantes. Il faut mettre là ou là. C'est pourquoi j'ai dit qu'il était le principe ou le prince :

  • le principe si je le désigne comme abstrait (comme explication abstraite),
  • et le prince si je le désigne comme un individu.

De même on le désigne comme le mal ou le Mauvais. Or, ni l'un ni l'autre sans doute.

Mais, pour une raison tout à fait inverse, une question de ce genre devrait se poser pour Dieu : Dieu est-il un étant comme les étants – est-ce que le verbe être lui convient au participe présent – ou est-ce une idée ? Ni l'un, ni l'autre, a fortiori, pour une raison inverse. C'est là quelque chose pour quoi nous n'avons pas de lieu d'accueil dans les configurations, les structurations de notre pensée native. Là, il y a un travail à faire !

Là, j'ai anticipé, bien sûr ! Il y a très longtemps que je sens quelque chose comme cela et je suis content de l'avoir dit ainsi aujourd'hui. Peut-être que ça ne donne pas beaucoup positivement mais ça écarte des méprises. Peut-être qu'écarter des méprises, c'est souvent frayer un chemin vers un insu, un insu pour lequel il y a du chemin.

(…)

2) Ne plus penser un individu comme un sujet avec des attributs, mais le penser en termes d'espace avec des caractérisations.

Pour essayer d'entendre mieux la question de la tentation, je vous donne une indication. Il faudrait essayer de nous déshabituer de penser l'individu comme sujet.

C'est une chose très curieuse que nous égalions la question du moi et la question du sujet. La question du sujet est en plus une question très complexe parce que le mot de sujet correspond au mot de substance, explicitement puisque : « persona est rationalis naturae individua substantia (la personne estune substance individuelle de nature rationnelle) ». C'est la définition de la personne au Moyen-âge. La personne est donc définie comme une substance, donc comme ce qui supporte des attributs, c'est ce qui est sujet d'attributs, et là, nous sommes dans le sujet grammatical[2]. D'où l'idée, cette fois tout à fait pertinente, d'un "sujet d'attribution" : le sujet est ce qui est posé comme base, comme ce qui porte la totalité, et on peut lui attribuer des choses, soit de façon essentielle, soit de façon accidentelle[3] etc.

Il me semble que l'écriture de Jean, et de tout le Nouveau Testament, a aussi besoin d'un appui, d'une butée. Seulement, la butée, ce n'est pas véritablement un individu. La butée, c'est un des deux espaces qui sont en litige. Il y a la grande question : « Qui règne ? » et il y a donc deux réponses, deux espaces : il y a ho kosmos outos (ce monde-ci) dans lequel nous sommes, et c'est à lui qu'on réfère un certain nombre de qualités, de caractéristiques, et il y a un autre espace qui est le monde qui vient. C'est une problématique hébraïque très classique à l'époque que la distinction entre olam ha-zeh (ce monde-ci) et olam ha-bah (le monde qui vient).

Ce sont deux régions et deux régions régies, ayant leur tonalité, leur tension propre… tout ce qui peut caractériser un lieu : il y a ce monde-ci qui a pour régissant "le Prince de ce monde", l'expression se trouve abondamment chez Jean, et il y a le Royaume qui vient avec le Christos, c'est-à-dire le Roi-messie (le roi-oint) qui est une de ses dénominations. Tout le débat est entre ces deux protagonistes. Et la nouvelle qui constitue l'Évangile est une réponse à cette question « qui règne ?»[4] : Jésus est ressuscité, c'est-à-dire que la vie est plus forte que la mort, et l'agapê est plus forte que la haine et le meurtre, les mots vie, mort, agapê, haine… étant des mots génériques pour désigner ces régions.[5]

Donc il faudrait nous habituer à avoir des caractérisations de région et ça nous conduira à voir la tentation comme la désignation d'un espace, un espace où règne le défi. Dans cette perspective, participent de cet espace le défiant et le défié. Et ceci rejoindrait une idée que j'ai énoncée depuis bien longtemps : le dieu que l'on a est comme l'être à dieu que l'on est. Cette suggestion se vérifierait dans d'autres exemples. Ça paraît un peu compliqué, mais il s'agit ici d'entrer dans un discours qui n'est pas selon les présupposés d'expression qui sont les nôtres.

(… J-M Martin a ensuite donné deux exemples : révélation d'un espace de violence en Jn 2, 13- 22[6], d'un espace de jugement en Jn 3, 17[7] )

 

3) Entendre les mots bien et mal dans l'Évangile.

a) "Bien et mal" ou "bon et mauvais" ?

► Pourquoi est-ce que vous préférez parler de "mauvais" plutôt que de "mal" ?

J-M M : Nous pensons le mal par opposition au bien, or ces mots sont trop connotés chez nous simplement dans le registre de la morale. La distinction du bon et du mauvais c'est beaucoup plus fondamental[8], le mauvais est d'ailleurs le nom propre de l'adversaire, du diabolos, du prince de la ténèbre qui est ici le prince de "ce monde"[9].

b) La répartition du bien et du mal (du bon et du mauvais) en Genèse.

Dieu vit que cela était bonCette distinction se trouve dès le début de la Genèse puisque juste après la venue de la lumière « Dieu vit que la lumière était bonne (tov en hébreu[10]) » (Gn 1, 5). La répartition du bon et du mauvais précède donc la répartition du ciel et de la terre[11].

Cette distinction du bon et du mauvais est une toute première distinction qui trouvera son équivalence symbolique dans des termes qui appartiennent au lieu et qui sont la droite et la gauche, je n'ai pas dit le haut et le bas, parce que c'est plus compliqué. Préférentiellement la droite et la gauche désignent aussi cela : les élus sont à droite, les damnés sont à gauche – encore que droite et gauche peuvent être aussi prises en un autre sens.

En tout cas, distinguer le bien et le mal, c'est sans doute utile ; mais distinguer le bon et le mauvais c'est capital, surtout s'il s'agit des champignons !

c) Le rapport au bien et au mal dans l'Évangile.

À la question du mal il y a deux types de réponse. La première, c'est qu'il y a deux principes co-éternels, celui du bien et celui du mal : cette solution n'a jamais recueilli la moindre faveur dans le monde chrétien même si elle s'y trouve de façon dégradée sous la forme du diable et du bon Dieu. La deuxième réponse c'est que le mal vient de la liberté humaine, le péché originel en Adam ouvrant l'espace de la mort et du meurtre, mais il faut bien voir que la figure d'Adam n'est pas là pour répondre à la question du mal.

D'ailleurs l'Évangile ne traite pas des rapports du bien et du mal car le bien dont il parle n'est pas le simple contraire du mal. Ici comme toujours l'Évangile ne choisit pas à l'intérieur de nos alternatives, et le rapport de ce que porte l'Évangile qui n'est pas notre concept de bien est un rapport neuf à la fois au bien et au mal.

  • c'est un rapport neuf au mal qui fait que le mal, loin d'être simplement le contraire, est explicitement ce qui est fondamentalement traversé par le bien : c'est le pardon.
  • le rapport au bien est tel que même ce que nous appelons "bien" a besoin d'être pardonné.

Autrement dit ni notre bien ni notre mal ne méritent : le rapport au "bien" christique n'est pas un rapport de mérite.

Il faut voir qu'il y a probablement une part d'antagonisme irréductible néanmoins, qui est l'antagonisme des deux princes dont l'un n'est jamais réconcilié, jamais pardonné. Pourquoi ? C'est probablement parce que c'est une aberration de penser que le pardon pardonne le mal "en tant que" mal. Cependant l'expression "en tant que" n'est pas correcte ici puisque "en tant que" n'est pas une procédure de pensée de notre Nouveau Testament, c'est une pensée proprement occidentale que l'être en tant qu'être. Mais le concept de prince ou de principe joue a fortiori la fonction d'en tant que, c'est peut-être la forme sous laquelle notre "en tant que" métaphysique se trouve dans nos Écritures.

Cette question est lancinante dans le monde juif de cette époque et dans tous les siècles qui précèdent le christianisme, et notamment elle a une grande place dans ce qu'on peut appeler la littérature sapientielle, en particulier le Livre de Job. Le lieu majeur d'émergence de cela c'est le mal qui accable l'innocent ou le juste. Et ce qui est important, c'est de voir qu'il y a débat.

En effet le Livre de Job est construit sur le mode d'une plainte et des encouragements ou des tentatives de réponse par les amis. À la fin il y a une réponse de Dieu qui, à première lecture, sans doute nous déçoit, et cependant elle est, d'une certaine manière reprise par saint Paul. Elle peut être considérée comme accablante dans un premier temps. C'est la formule qu'on peut résumer ainsi : « Qui es-tu donc mon pauvre, pour poser des questions sur Dieu ? » Si on l'entend dans cette tonalité méprisante, elle est détestable. Mais si on l'entend comme l'invitation à savoir qui l'on est et quoi de nous porte cette question, elle invite à nous interroger, en dépit de toutes les protestations que nous sommes amenés à propulser, sur l'innocence du cœur dans lequel il n'y aurait pas le moindre ressentiment pour porter la question « Pourquoi le mal ? ».

D'autre part cela rejoint une question très développée chez Paul, celle de la "non-suffisance" devant Dieu. La suffisance (kaukhêma)[12] est un mot très fréquent dans la deuxième épître aux Corinthiens, et il se trouve dans l'épître aux Romains.

Là aussi il y a l'oreille pour entendre. Le mot "suffisant" est une assez bonne traduction car elle a à la fois le sens moral d'être suffisant et aussi d'avoir en soi de quoi suffire à. Or l'invitation à penser que, si le mot Dieu a un sens, il est le décèlement bienheureux que ce n'est pas au titre de mes propres ressources, mais au titre de la donation qu'il donne à moi-même, que je peux me tenir devant lui. C'est à nouveau quelque chose qui peut être lu comme dégradant le concept d'homme, mais c'est quelque chose qui peut être entendu comme lui donnant sa véritable dimension, à savoir qu'il n'est pas enchaîné dans une position de rivalité ultimement, mais dans la position de la donation, et d'une donation qui ne soit pas accablante.

Et chaque fois que je dis quelque chose, j'entends à la fois un immense bonheur et aussi un risque d'extrême péril, parce que la mise en évidence de l'espace de donation ne peut être annoncée que dans notre discours du don et du pardon. Or chez nous, pour entendre les mots don et pardon, on a le choix entre obligeant et désobligeant, ça a du sens dans les deux cas, c'est-à-dire que nous pensons plus ou moins que le don oblige –  « Je suis bien votre obligé, Monsieur » –, et qu'il est désobligeant pour nous de recevoir un don. Et c'est pour ça que la notion de don est la plus périlleuse. C'est le mot le plus haut, mais c'est peut-être pour cela le plus dangereux dans cette affaire.

d) Comment penser le bien ?

► Est-ce que vous pourriez préciser comment nous pourrions penser le bien ?

J-M M : Je pense qu'il serait tout à fait utopique de prétendre à penser le principe du bien sans le principe du mal. Nous n'avons pas le moindre concept de bien qui ne soit affecté de l'expérience du mal[13]. Et d'ailleurs, s'il n'y avait pas l'expérience du mal nous n'aurions même pas besoin de dire "bien", c'est-à-dire que ce mot est toujours détenu dans cette corrélation-là. Or nous prenons un élément de la corrélation et utopiquement nous le posons comme pouvant exister seul à la rigueur, alors qu'il n'a pas sens sans l'autre. Seulement son pendant n'est pas de même nature, c'est-à-dire que le principe de l'indéfinie exclusion et destruction est probablement plus détruit et plus exclu que quiconque.

Est-ce que Satan existe ? Eh bien il existe précisément d'une façon qui est la pire non-existence, et en même temps, cette pire non-existence, elle est à l'œuvre ![14]

La question ici est celle de penser la corrélation de bien et mal, mais nos concepts de bien et mal sont beaucoup trop faibles pour dire ce qui est en question ici, car bien et mal ça sert à tout.

Saint Jean en parle une fois. Sa façon de dire l'opposition entre bien et mal, c'est plutôt l'opposition entre la vie et la mort (ou le meurtre), c'est l'opposition de la lumière et de la ténèbre : « En lui était la vie, et la vie était lumière des hommes. La lumière luit dans la ténèbre. » (Jn 1, 4-5) Donc je ne peux même pas entendre ce que veut dire lumière sinon en référence à sa luisance dans la ténèbre[15]. Et quand saint Jean dit : « Dieu est lumière, en lui, point de ténèbre » (1 Jn 1, 5), ce qui intervient c'est que la ténèbre n'est pas dans la lumière, elle ne peut pas ne pas être hors de la lumière, c'est-à-dire que la ténèbre c'est le dehors de la lumière : « hors de lui fut rien » (Jn 1, 3), ce rien est le principe de néantisation, de négativité, d'exclusion, et de meurtre. Ténèbre et exclusion c'est la même chose...

 

Conclusion.

Nous sommes beaucoup trop enclins à rester sur nos répartitions. Celle du bien et du mal est, à certains égards, plus dangereuse que d'autres, mais toutes le sont : singulier / pluriel, sujet / objet… tout ce qui nous constitue. Es-tu subjectif ou objectif ? Ah, il faut choisir ? Non, l'Évangile n'est pas dans l'alternative de nos questions, il est l'alternative de nos dualités.

Là j'énonce des repères, loin qu'ils ne soient pas totalement habités par moi-même, mais ce sont des points qui sur ma route m'éclairent provisoirement, d'autant plus que, si l'Évangile ne résout pas la question du mal, c'est que sans doute le mal ne se borne pas à être une question, il n'est pas radicalement cela.

Le Christ ne cause pas sur le mal, il le pâtit, il le pâtit d'une façon originale, il le pâtit sur un mode sur lequel nous ne pouvons pas le pâtir.

 



[1] Auparavant J-M Martin avait examiné le mot "tentation".

[2] L’attribut est ce qu'on attribue, c'est-à-dire ce qu'on affirme d'une substance, par exemple « Jean-Marie est nivernais », et "Jean-Marie" est le sujet, même au niveau grammatical.

[3] Quand je dis que « Jean-Marie est mortel » il s'agit d'un attribut essentiel, et quand je dis que « Jean-Marie est vieux » il s'agit d'un attribut accidentel.

[4] « Il ne s'agit pas d'une transition entre le règne du jugement et celui du pardon :nous sommes dans le septième jour, caractérisé explicitement selon saint Jean en ceci « que la lumière déjà luit et la ténèbre est en train de partir ». Le septième jour, c’est ce qui va de la première humanité jusqu’à la fin de l’humanité. C'est le statut qui est le nôtre aujourd'hui. Ce n’est pas une troisième région, c’est le conflit inachevé entre la mort et la vie, conflit inachevé jusqu’à la fin du septième jour qui est eschatologique.» (J-M Martin)

[8] Bien des années avant, dans un de ses cours à l'Institut Catholique de Paris, J-M Martin avait donné une autre indication : « Nous pensons le mal en opposition au bien. Or le mal dont il est question ici est en opposition au sacré, mais nous insistons sur le fait que nous ne pouvons pas penser ce qui est en question ici à partir de notre notion de sacré.»

[9] Voir la distinction des deux mondes au 2°)

[10] On a ici le mot tov qui se retrouve dans l'appellation de l'arbre du bien et du mal (tov va-ra') qu'il serait donc bon d'appeler "l'arbre du bon et du mauvais". Le bon est associé à la lumière, et donc cela sous-entend que le mauvais est associé à la ténèbre. Le couple bon / mauvais peut donc aussi être entendu dans le couple lumière / ténèbre qui chez Jean caractérise les deux espaces dont il a souvent été question dans ce chapitre.Il en est question juste après au b).

[11] « La répartition (ou la différence) ciel/terre ne recouvre pas la distinction lumière/ténèbre, ne recouvre pas la distinction des deux royaumes. On pourrait même dire, et ce serait une première approche de ce rapport, que ce qui est appelé lumière, c'est le bon rapport du ciel et de la terre, et ce qui est appelé ténèbre, c'est le divorce de ciel et terre. C'est à dessein que j'emploie le mot de divorce parce qu'avec ciel et terre nous sommes dans la symbolique du masculin/féminin » (J-M Martin, Espace johannique).

[12] En général le mot kaukhêma est traduit par "fierté", "gloire". Par exemple : « Par lui nous avons acquis l'accès, par la foi, vers cette grâce (cette donation gracieuse), en laquelle nous nous tenons, et nous avons notre suffisance dans l'espérance de la gloire de Dieu.» (Rm 5, 2 traduction J-M Martin) et « Par lui nous avons accès, par la foi, à cette grâce en laquelle nous sommes établis et nous mettons notre fierté dans l’espérance de la gloire de Dieu.» (TOB)

[13] Sur ce sujet Christian Duquoc écrivait en donnant des exemples : « Ce qui m'intéresse dans la question du mal c'est non pas que le crime engendre le mal-être, mais c'est que la volonté de faire le bien engendre souvent les pires maux.… Il y a quelque chose dans le bien visé et non seulement dans le sujet individuel ou collectif, qui le promeut à une certaine complicité avec son effet contraire : le mal produit…. Les institutions à visée bénéfique produisent ce qu'elles n'avaient pas programmé : un effet destructeur ou déstabilisateur… » (Le mal énigme du bien, dans Le Supplément n°172, Mars 1990, revue d'éthique et de théologie morale)

[15] À propos de la lumière de Gn 1,  Joseph Pierron, un ami de J-M Martin, disait : « La première parole qui est donnée, “Que la lumière soitest une parole de création en tant qu'elle est une parole de salut. Cela veut dire que la lumière est déjà là mais qu'il y a les ténèbres. Nous autres nous avons tendance à considérer la création comme étant un début temporel. Ce n'est jamais la pensée ni de Paul ni de Jean ni des sémites. On ne cherche pas le début mais l'origine, et celle-ci se trouve dans le maintenant.» Et cela correspond à une phrase de Paul : « Le Dieu qui a dit : "De la ténèbre (ek skotous) luira la lumière", c'est lui qui a fait luire dans nos cœurs en vue de l'illumination de la connaissance de la gloire (de la présence) de Dieu dans le visage du Christ. » (2 Cor 4, 6). Voir Les verbes être et avoir dans la Bible, en hébreu, grec et français.