Jean-Marie Martin a animé un cycle de cinq rencontres sur le thème de l'énergie au Forum 104. C'est Yvon le Mince, un des responsables du Forum 104, qui a fait l'introduction. Il est prêtre, aumônier en hôpital psychiatrique et personnellement très intéressé par l'hindouisme. Il a longtemps été responsable des nouvelles religiosités, et dans cette introduction il va du côté du taoïsme. Toutes les notes ont été ajoutées par Christiane Marmèche..

 

Introduction d'Yvon le Mince[1]

 

 

Jean-Marie va nous faire entrer dans l'évangile de Jean. Nous formons un groupe qui existe depuis assez longtemps et nous souhaitons la bienvenue à ceux qui viennent pour la première fois. Ne vous découragez pas la première fois. Peut-être serez-vous un peu étonnés, mais vous verrez à certaines phrases et à certaines remarques qu'il y a quelque chose d'intéressant dans ce qu'il dit. Donc n'hésitez pas à revenir. En effet il est arrivé à des anciens d'être un peu désarçonnés, dans ce cas il y en a qui se découragent, mais ceux qui persévèrent en sont très heureux.

 

A hauteur des nuages, B Besret

Pour introduire : j'ai lu le livre de Bernard Besret : À hauteur des nuages, chroniques de ma montagne taoïste (éd. Albin-Michel 2011). Bernard Besret est originaire de Bretagne et il a eu des tas d'aventures : il s'est converti à la foi, il est devenu moine, et maintenant il est taoïste et habite en Chine. À la suite de sa vie en Chine (il a 75 ou 80 ans maintenant) il a écrit ce petit livre, dans lequel il fait allusion à des chrétiens qui sont partis en Chine. Or au contact d'une autre culture, celle d'où nous vient par exemple le tai-chi, une culture de l'énergie, au fond, ceux-ci en sont venus à modifier leur façon chrétienne de croire telle qu'elle était à l'origine, et à donner beaucoup d'importance à l'adhésion à l'Esprit Saint en tant qu'énergie. Et Bernard Besret cite quelques-uns de leurs textes. Ce sont des nestoriens[2] syriaques qui ont débarqué là-bas à la fin du VIe siècle, début du VIIe siècle. Et peu à peu ils sont arrivés à dire la foi chrétienne – est-ce qu'elle est encore chrétienne, c'est une autre histoire – en tout cas à la dire en d'autres termes que ceux de la pensée grecque.

Vous voici au Forum, et si vous mettez le nez dans les papiers qu'il y a en bas, dans les publicités des différents groupes qui viennent ici, vous allez vous apercevoir que c'est un peu ça : ici c'est une rencontre entre diverses religions. Avec des contacts entre diverses religions, on peut apprendre les uns des autres, et évoluer dans l'expression de sa foi à partir de tous ces contacts.

On a trouvé des textes de ces premiers chrétiens sur la route de la soie et là-bas, paraît-il, on les appelle des sutras comme dans le bouddhisme : "les sutras de Jésus"[3]. Je vais vous lire un de ces textes[4].

Les sutra de JésusL'auteur explique que :

  • l'acteur principal de la foi c'est l'Esprit Saint qui s'appelle "l'Esprit Saint un"[5] (celui qui vient en tête),
  • ensuite c'est Jésus qu'ils appellent "le Visiteur"[6] ; plus tard il y a un indien qui l'appellera "le Voyageur" ;
  • et enfin le Père comme "l'Unique à visage de jade".

Il compare l'Esprit au Vent[7] et, parmi les personnes dites de la Trinité (comme nous disons), c'est cet Esprit, ce vent, cette énergie qui va s'intégrer le plus facilement dans la cosmologie chinoise, c'est-à-dire dans le milieu où ils ont atterri. Ce texte fait partie du Sutra des origines, c'est celui-ci :

« Incréé, non-né : il est impossible de voir l'un qui soutient le Ciel et la Terre, mais nous pouvons voir que le Saint-Esprit-Un nourrit et maintient toute vie. »

Le propos de Jean-Marie n'est pas, je crois, de se lancer dans une comparaison avec d'autres traditions, d'autres univers, mais c'est de nous présenter son approfondissement de l'énergie dans l'Évangile. C'est à nous après, éventuellement, de faire des rapprochements (je ne sais pas comment appeler ça) avec les contacts qu'on a à l'intérieur de nous-mêmes et avec d'autres courants religieux. Donc je vais laisser parler Jean-Marie Martin, vous allez voir que c'est beaucoup plus intéressant.



[1] Yvon le Mince est un des responsables du Forum 104. Il est prêtre, aumônier en hôpital psychiatrique et personnellement très intéressé par l'hindouisme. C'est lui qui introduit chaque année le cycle de conférence de Jean-Marie Martin. Voir le message du blog : Témoignage d'Yvon le Mince par rapport à J-M Martin  .

[2] Nestorius (381-451), patriarche de Constantinople, était en conflit avec Cyrille, patriarche d'Alexandrie, à propos de la double nature du Christ. En particulier Nestorius s’opposait à l’usage de l’expression « Marie, mère de Dieu », considérant que Marie n’était la mère que l'homme Jésus. En 431 le concile d'Éphèse condamne les thèses de Nestorius, qui est exilé. Un demi-siècle plus tard l'Église de Perse adopte la doctrine de Nestorius. De ce fait, on l'appelle nestorienne, mais ce terme est impropre, et aujourd'hui on l'appelle Église assyrienne d'Orient. Le dialogue entre elle et l'Église catholique entrepris dans les années 1960, a abouti en 1994 à la signature entre le pape Jean-Paul II et le patriarche Mar Dinkha IV, d'une “Déclaration christologique commune” qui clôt les controverses liées à la querelle nestorienne. Partout où elle s'implantait, l'Église d'Orient s'acculturait. La Chine fut une terre de prédication pour elle. Une première présence de nestoriens est attestée en 520 avant la dynastie T'ang (618 - 907). Le nestorianisme est la première forme sous laquelle le christianisme s'introduit en Chine. C'est, en 630 que les premiers moines lettrés viennent en Chine, et en 635 ils peuvent s'installer dans un lieu appelé Da Qin, une stèle gravée en 81 célèbre l'événement en chinois et en syriaque. Mais, comme les bouddhistes, les nestoriens subirent la persécution liée à l'interdiction des cultes étrangers promulguée en 845, et ils disparurent alors de Chine.

[3] Des milliers de manuscrits composés entre le Ve et XIe siècle furent découverts sur la route de la Soie dans des grottes situées près de Dunhuang en 1900. La plupart des rouleaux étaient bouddhistes, confucianistes et taoïstes, les grandes religions de l'ancienne Chine. Mais à côté d'eux étaient soigneusement rangés des rouleaux qui évoquaient le «Visiteur», l' «Unique à visage de jade», le «Saint-Esprit Un», ils ont été surnommés «les sutras de Jésus». Certains  sont entiers, d'autres décomposés ou déchirés.

[4] Yvon se réfère au livre de Bernard Besret, p.129-130, qui se réfère lui-même au livre de Martin Palmer, Les Évangiles de la route de la soie p. 178-179.

[5] « L'être et les actions du Saint-Esprit Un sont partout, sans commencement, sans fin. La création est également ainsi – sans commencement et sans fin. » Le pouvoir de l'Esprit-Saint « ne connaît pas de limites, naissant de wu wei (l'action sans action) et de la création sans création, là où il n'y a ni premier ni deuxième stade. Ainsi le Saint-Esprit Un est l'incarnation de wu wei, l'origine sans origine et la substance sans substance. » (Les Évangiles de la route de la soie ; Voir note précédente)

[6] « Un Visiteur est venu en ce monde unissant le corps et l'âme : Il était heureux dans ce monde sans que Son esprit ne soit troublé. L'union du corps et de l'âme fut réalisée par l'Esprit Saint de Dieu. Vénérez Dieu et tout sera ainsi qu'il doit être et deviendra clair à vos yeux. Tout ce que vous faites dans cette vie aura un impact karmique sur votre âme et affectera la vie physique de l'âme. Le Visiteur a réuni l'âme et les cinq skandas et a résidé dans notre monde. » (Sutra de la cause, de l'effet et du salut, ch. 4, Les Évangiles de la route de la soie).

[7] « Personne n'a vu Dieu. Personne n'a la possibilité de voir Dieu. En vérité, Dieu est comme le vent. Qui peut voir le vent ? (…) Tous les grands enseignants, tels les Bouddhas, sont mus par ce Vent et il n'y a aucun lieu au monde que ce Vent n'atteigne et où il ne bouge. (…) Chacun dans le monde sait comment le Vent souffle. Nous pouvons l'entendre mais non voir son ombre. Personne ne sait à quoi il ressemble réellement, s'il est plaisant à regarder ou non, ni s'il est jaune, blanc ou même bleu. Personne ne sait où le Vent demeure. La sainte force spirituelle de Dieu l'autorise à être à un endroit, mais où, personne ne le sait, ni non plus comment y aller.»