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La christité
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  • Ce blog contient les conférences et sessions animées par Jean-Marie Martin. Prêtre, théologien et philosophe, il connaît en profondeur les œuvres de saint Jean, de saint Paul et des gnostiques chrétiens du IIe siècle qu’il a passé sa vie à méditer.
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22 octobre 2018

La Deuxième Lettre de saint Jean commentée par Jean-Marie Martin

La deuxième lettre de Jean est très rarement lue. Elle ne fait que 13 versets. C'est en 2009-2010 que Jean-Marie Martin l'a lue, car cette année-là, pour les rencontres à Saint-Bernard-de-Montparnasse, il avait pris comme thème "La vérité chez saint Jean". En effet le mot "vérité" figure 5 fois dans les quatre premiers versets ! Comme c'était en début d'année, J-M Martin n'explique pas le mot vérité sinon en disant qu'il n'a pas le sens commun de notre mot "vérité", et il montre qu'ici il est mis en rapport avec le mot agapê (ici amour mutuel) et ailleurs qu'il est mis en rapport avec le mot pneuma (qu'on traduit couramment par "Esprit"). Dans d'autres rencontres il nous demande de méditer sur le fait que chez saint Jean les mots pneuma, royaume et vérité ont le même sens !

Pour savoir qui est J-M Martin : Qui est Jean-Marie Martin ?

 

Deuxième Lettre de saint Jean

 

Jean écrivant, icôneJe vous propose de lire un court texte que je n'ai encore jamais lu en public, et donc jamais commenté. Il appartient à l'œuvre la plus courte du corpus johannique, à savoir la deuxième lettre de saint Jean. Le texte comporte 13 versets.

Voici d'abord la traduction de la TOB.

  « 1L’Ancien, à la Dame élue et à ses enfants, que j’aime dans la lumière de la vérité – non pas moi seulement, mais encore tous ceux qui possèdent la connaissance de la vérité –, 2en vertu de la vérité qui demeure en nous et sera avec nous à jamais : 3avec nous seront grâce, miséricorde, paix, qui nous viennent de Dieu le Père, et de Jésus Christ, le Fils du Père, dans la vérité et l’amour.
  4J’ai éprouvé une très grande joie à trouver de tes enfants qui marchent dans la voie de la vérité, selon le commandement que nous avons reçu du Père. Appel à un amour doublé de vigilance 5Et maintenant, Dame, je te le demande – je ne t’écris pas là un commandement nouveau, mais celui que nous avons depuis le commencement –, aimons-nous les uns les autres ; 6et voici ce qu’est l’amour : que nous marchions dans la voie de ses commandements. Tel est le commandement que vous avez entendu depuis le commencement, pour que vous marchiez dans cette voie.
  7Car de nombreux séducteurs se sont répandus dans le monde : ils ne professent pas la foi à la venue de Jésus Christ dans la chair. Le voilà, le séducteur et l’antichrist ! 8Prenez garde à vous-mêmes, afin de ne pas perdre le fruit de vos œuvres, mais de recevoir pleine récompense.
  9Quiconque va trop avant et ne demeure pas dans la doctrine du Christ n’a pas Dieu. Celui qui demeure dans la doctrine, il a, lui, et le Père et le Fils. 10Si quelqu’un vient à vous sans être porteur de cette doctrine, ne l’accueillez pas chez vous et ne lui souhaitez pas la bienvenue. 11Qui lui souhaite la bienvenue communie à ses œuvres mauvaises.
  12J’ai bien des choses à vous écrire, pourtant je n’ai pas voulu le faire avec du papier et de l’encre. Car j’espère me rendre chez vous et vous parler de vive voix, afin que notre joie soit complète. 13Te saluent les enfants de ta Sœur l’élue. »

 

Versets 1-3. L'incipit. 

Les trois premiers versets sont l'incipit comme dans toute lettre, c'est-à-dire que cela comporte le nom de l'envoyeur, le destinataire et une salutation. Toutes les épîtres de Paul commencent ainsi mais pas la première grande épître de Jean.

« 1L'Ancien – Jean s'appelle ici l'ancien (presbutéros) – à la dame choisie –  quelle est cette dame ? Le féminin a tendance à désigner une collectivité, et ici on a l'adjectif eklektê (choisie, appelée), on peut penser que c'est une Église (Ekklêsia) car le propre d'une Ekklêsia est d'être convoquée – et à ses enfants – donc les membres de la communauté – que j'aime en vérité – voilà une première apparition du mot "vérité", il ne faut pas l'entendre au sens « je l'aime véritablement, mes sentiments sont sincères. » Non !

Nous avons ici un emploi du mot "vérité" avec la préposition "dans", une des prépositions parmi d'autres que nous allons rencontrer. Pour l'instant, de façon négative, pour le mot "vérité" nous ne nous satisfaisons pas simplement de l'expression courante « que j'aime de façon sincère », ce n'est pas le sens. À propos du mot "vérité" il y a une expression bien connue qui revient dans les évangiles : « En vérité, en vérité, je vous le dis.. » lorsque Jésus va avancer quelque chose, et dans le texte grec c'est le mot "amen" qu'on traduit par "en vérité", et ce mot "amen" garde quelque chose du sens proprement hébraïque. Pour l'instant nous nous alertons à ce qui peut nous introduire dans la plus grande proximité avec le texte

… et non pas seulement moi, mais aussi tous ceux qui ont connu la vérité – cette fois nous avons l'article : "la vérité", et le verbe connaître (gignôskô). Connaître n'est pas le seul verbe qui est employé à propos du mot "vérité" mais c'est quelque chose qui nous est assez familié : "connaître la vérité". Pour nous la vérité désignent en fait une proposition qui peut être conforme à ce sur quoi elle porte : dire quelque chose sur quelque chose ; et si ce que je dis est conforme à la chose, ce que je dis est vrai..

 … 2à cause de la vérité – troisième occurrence du mot 'vérité' en deux versets – qui demeure en nous, et qui sera en nous pour l'aïon (pour toujours). – Donc la vérité est sujet du verbe demeurer : elle demeure en nous.

La salutation du v. 3. Le rapport vérité et agapê.

Le premier verset nous a donné l'envoyeur, les destinataires (qui ont été caractérisés sobrement par rapport à d'autres épîtres), et voici maintenant la salutation.

3Que soient avec vous grâce, miséricorde et paix d'auprès du Dieu le Père et d'auprès de Jésus-Christos, le Fils du Père, en vérité et agapê. » Voici la quatrième occurrence du mot "vérité".

Et nous relevons l'expression "en vérité et agapê". Nous avons ici la préposition "dans" que nous avons déjà rencontrée, et en plus nous avons un hendiadys c'est-à-dire deux mots pour dire une seule chose. Il faudrait traduire "la vérité qui est agapê".

Des expressions comme celle-là, vous en rencontrez un grand nombre chez saint Jean : « adorer en pneuma et vérité » (Jn 4, 24) c'est-à-dire "adorer dans ce pneuma qui est vérité", « naître d'eau et pneuma » (Jn 3) c'est-à-dire "naître de cette eau qui est pneuma"… Et vous avez des hendiadys avec le mot "vérité" qui sont nombreux.

Nous venons donc de voir déjà que les deux dénominations pneuma et agapê figurent dans des hendiadys avec le mot "vérité".

 

J'ouvre ici une parenthèse sur ces différentes dénominations (vérité, pneuma, agapê…) que j'appelle de façon un peu anticipée "les aspects de la face". Cette appellation ne sera pas pleinement justifiée, elle est simplement prononcée ici.

Il y a des dénominations qui sont des aspects sous lesquels l'essentiel se présente, c'est-à-dire montre sa face, son visage. Montrer le visage, ce n'est pas faire face. Au fond cela traduit la venue à présence (au sens de se présenter), la venue à visibilité : Jésus est la face du Père, il est le visible du Père, il est l'eikôn de l'invisible, autant d'expressions qui sont autant johanniques que pauliniennes, pour le sens au moins. Cela correspond au "Je christique" : Jésus dit « Je suis la vérité », « Je suis la vie »…. Ces titres, nous allons les étudier dans leur rapport global au Je christique, et aussi dans leur rapport entre eux. Tout cela a été étudié avec beaucoup de soin dès le IIe siècle par les valentiniens qui sont les premiers lecteurs de saint Jean, et j'en ferai état.

Au fond, toute la question est la suivante : le pneuma – c'est-à-dire Jésus dans sa dimension pneumatique, dans sa dimension de résurrection – vient, et tout l'Évangile est tenu là. Il vient et il se donne à voir ; et se donnant à voir, il donne à voir l'invisible. Il est le visible de l'invisible, et cet invisible est donné à voir par une parole qui montre.

Ce qui est premier, c'est la parole, nous le savons. L'invisible n'est visible que dans la parole qui dit « Voi-ci ». Tout l'Évangile est donc soutenu par cette expérience originelle, c'est-à-dire rien avant, rien après, tout tient de cela. C'est l'arkhê (le commencement, le principe) et c'est le tout (ta panta). Et tous les mots que je suis en train d'employer sont soigneusement choisis, ils sont référentiels.

Le rapport arkhê / ta panta (principe /totalité) est véritablement structurant de la pensée de Jean puisque son évangile commence par « Dans l'arkhê… 3la totalité fut par lui ». Mais attention, cette totalité n'est pas la création, mais c'est la totalité de la manifestation, la totalité des dénominations.

« 1Dans l'arkhê était le Verbe – et dans l'incipit de la première lettre de Jean il est fait référence au même lieu – et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu  […] et la totalité fut par lui. » Il est l'Arkhê, le Verbe et la totalité de l'Arkhê. La Parole (le Verbe) est ce qui ouvre et tient ensemble des dénominations qui donnent à voir quelque chose de l'invisible. En un sens le Logos (le Verbe) est l'Arkhê de ce qui se déploie en plénitude, puisque Jean dit aussi qu'il est « plein de grâce et vérité », autre hendiadys. Vérité est une des dénominations de ce dont le Christ est plein, Grâce en est une autre…[1]

Ce que je viens de dire nous amène assez loin des traductions courantes et de la façon dont nous lisons couramment ces textes.

 

Verset 4. Marcher dans la vérité.

« 4Je me réjouis beaucoup de ce que j'ai  rencontré de tes enfants marchant dans la vérité, selon la disposition que nous avons reçue du Père. – Voici la cinquième occurrence du mot "vérité". La marche c'est le fait de se porter, de se comporter, elle désigne ici le comportement, parce que "marcher" se dit en hébreu halakh, et que la halakha désigne les règles de comportement, ce qu'on appelle couramment la morale. Mails il n'y a pas premièrement une théorie à entendre et deuxièmement une pratique, car ce n'est pas une pratique.

J'ai traduit le mot entolê qui signifie couramment "commandement" par le mot "disposition". En effet "commandement" est un terme du devoir, or le vocabulaire du droit et du devoir est récusé par le Nouveau Testament comme disant notre rapport constitutif à Dieu. On pourrait éventuellement prendre un autre mot que "disposition" qui traduit déjà un autre mot grec, mais pour l'instant, on le garde faute de mieux[2].

 

Versets 5-6. Vérité et agapê.

Il va s'inaugurer maintenant une équivalence fondamentale entre vérité et agapê.

« 5Et maintenant je te prie, dame, - non pas en t'écrivant une disposition nouvelle, mais celle que nous avons dès l'arkhê, que nous ayons agapê mutuelle (que nous nous aimions mutuellement). – La vérité est selon la disposition qui dit et qui donne que nous nous aimions mutuellement. Ce thème-là, vous l'avez rencontré de façon explicite dans la première lettre de Jean au chapitre 2 : « 7Bien-aimés, je ne vous écris pas une disposition nouvelle, mais c'est une disposition ancienne – elle est nouvelle parce qu'ancienne –  que vous avez reçue dès l’arkhê. Cette disposition ancienne est la parole que vous avez entendue cette parole qui dit "Aimez-vous les uns les autres" 8À rebours, je vous écris une disposition nouvelle qui est vraie, en Lui et en vous » c'est-à-dire qu'elle est nouvelle en tant que dévoilée désormais. C'est le même qui est l'ancien et le nouveau. Chez saint Paul par exemple l'ancien et le nouveau sont des choses qui s'opposent : l'homme ancien s'oppose à l'homme nouveau ; l'ancienne façon de vivre à la nouvelle façon de vivre. Tandis qu'ici plus la chose est ancienne et plus elle peut être nouvelle selon le principe : « il vient après parce qu'il était avant ». Vous avez cela dans le témoignage de Jean après le prologue de l'évangile de Jean.

« 6Et c'est ceci l'agapê, que nous marchions selon ses dispositions ; c'est ceci sa disposition, selon que vous avez entendu dès l'arkhê, que vous marchiez en elle. – Nous rencontrons ici également un écho partiel de ce que nous avons rencontré en Jn 14 dans le thème tétramorphe, les quatre noms qui disent la présence du Ressuscité parmi les hommes, quatre noms de la même présence : agapê, garde de la parole, prière, envoi du pneuma. Nous étions partis de la phrase thématique qui ouvre les chapitres 14 à 17 : « Si vous m'aimez agapê), vous garderez mes dispositions (ici c'est l'équivalent de "ma parole") ; je prierai le Père et il vous enverra… le pneuma. »[3] C'est un thème qui ensuite subit des variations et des développements tout au long de ces chapitres qu'il retient dans leur unité :

 

Versets 7-8. L'erreur d'errance.

« 7Car plusieurs qui égarent sont venus vers le monde ; ceux qui ne confessent pas (n'attestent pas) Jésus Christos venu en chair : celui-là est l'égareur et l'antichristos. » Vous retrouvez ici des expressions que nous avons méditées dans la première lettre de Jean au chapitre 2 : « 21Je ne vous écris pas de ce que vous ne savez pas la vérité, mais de ce que vous la savez et que tout falsificateur (pseudos) n’est pas de la vérité. 22Qui est le faussaire (pseustes), sinon celui qui nie que Jésus est le Christos ? Celui-là est l'antichristos : celui qui nie et le Père et le Fils.»[4] Ceci va nous ouvrir la possibilité d'une étude sur le rapport de la vérité et de l'erreur ou de l'errance, de la falsification, différents termes qui se résument dans le pseudos. Ici on passe de l'apparaître à la simple apparence falsifiante.

Tout le thème de la vérité qui est notre projet d'année induit qu'on regarde les termes auxquels la vérité se rapporte, soit par similitude, soit par différence – pour parler de façon hâtive. Ici la vérité s'oppose à l'erreur. Et il faut savoir que l'erreur n'est jamais simplement une erreur d'opinion mais une erreur d'errance. Ces choses-là sont à mettre ensemble, non pas en ce sens qu'il faut rabibocher notre idée métaphysique de vérité et l'idée morale de vérité.

Il est dit que ces gens « ne confessent pas Jésus Christos venu en chair », et beaucoup de personnes disent : ce sont des gens qui nient l'incarnation, le fait que Jésus soit devenu chair. Mais ce n'est pas du tout ça la question. En effet « Le Verbe fut chair » (Jn 1, 14) ça ne désigne pas l'incarnation, ça signifie qu'il devient chair sacrificielle c'est-à-dire chair donnée, chair donnée pour notre salut. Il y a de multiples mentions du sang et de la chair qui ponctuent les pages de Jean dans des textes où elles font tâche pour nous. Or ce rapport à la fonction sacrificielle du Christ, il faut l'apercevoir à titre de repère, il ne faut pas prétendre l'intégrer dans notre pensée immédiatement, au contraire il faut le tenir à distance. En effet rien n'est plus étranger à notre pensée que l'authentique sens de ce que pourrait bien vouloir dire le mot "sacrifice".

« 8Prenez garde à vous-mêmes pour que vous ne perdiez pas (que vous ne laissiez pas périr) ce que nous avons mis en œuvre, mais que vous receviez plein salaire. – Le mot "salaire" ici est le mot misthos qui est l'équivalent du mot "mérite" et qui est récusé par Paul. « Toute peine mérite salaire », cela n'existe pas dans le Nouveau Testament, et même au contraire, il y a aucune proportion entre la donation et le mérite, c'est fondamental chez Paul. Le mot "salaire" se trouve aussi dans un sens positif chez saint Jean au chapitre 4 « 36Le moissonneur reçoit salaire, rassemble le fruit pour la vie éternelle en sorte que le semeur se réjouisse en même temps que le moissonneur », mais en fait le salaire désigne la moisson elle-même, nous ne sommes pas dans un rapport d'équivalence. Dans notre texte le salaire désigne le fruit sans connoter l'idée de mérite.

 

Versets 9-11. Demeurer dans la didaché.

« 9Tout homme qui s'avance et qui ne demeure pas dans la didaché (l'enseignement) du Christos, n'a pas Dieu ; et tout homme qui demeure dans cette didaché a le Père et le Fils. – nous avons le mot didaché qui tourne le texte vers l'aspect de vérité. Il implique une parole énoncée mais pas forcément un grand corpus doctrinal.

Nous trouvons ici l'expression "avoir Dieu" et même "avoir le Père et le Fils". Le verbe "avoir" n'est pas du tout un verbe pauvre ou suspect. Il ne désigne pas la prise de force ou l'accaparement, mais il signifie "être en rapport à".

Rappelez-vous aussi que « Tout homme qui… ne pas… ; tout homme qui… », ce n'est pas à prendre nécessairement comme des individus distincts, il y a homme dans l'homme ![5]

« 10Si quelqu'un vient vers vous et ne porte pas cette didaché, ne le recevez pas dans votre maison, et ne lui dites pas : "Salut !"  11En effet lui dire : "Salut !" c'est avoir communion à ses œuvres mauvaises. – Saluer, c'est approuver, c'est avoir communion. Il y a un sens très profond et très authentique de la commensalité, du manger avec comme le montre le Christ qui mange avec les pécheurs, et dans son cas le "manger avec les pécheurs" a une signification positive. Ici "le manger avec celui qui ne porte pas l'enseignement" a une signification négative. Il y a donc une apparente contradiction, et tout l'intérêt consiste dans la friction qu'ouvre cette apparente contradiction. Ceci est un exemple entre mille. Par exemple Jésus dit « Je vous donne ma paix » mais aussi « Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive ». Et ce n'est pas parce qu'il y a plusieurs auteurs, ce n'est pas parce que c'est hasardeux, c'est parce qu'une des formes est vraie dans son opportunité propre et l'autre dans son opportunité propre. L'Évangile n'est pas un système dogmatique, l'Évangile est une parole de rabbi qui s'adresse ici et maintenant à celui qui l'entend, au disciple. Et s'il est venu du dogme dans l'Église c'est parce que l'Occident est dogmatique et que l'Évangile s'adressait à l'Occident. L'Occident est dogmatique puisque sa requête première c'est de trouver la vérité dans la proposition et dans une articulation de propositions, de sentences. Les stoïciens, non, ils font bande à part dans l'histoire de la pensée occidentale. Et ce qui montre bien que l'Occident est dogmatique c'est qu'il est souvent antidogmatique ; c'est la même chose, bien sûr.

 

Versets 12-13 : La finale de la lettre.

« 12Ayant beaucoup de choses à vous écrire, je n'ai pas voulu le faire par papier et encre ; mais j'espère venir près de vous et vous parler bouche à bouche – nous dirions plutôt de bouche à oreille, nous – afin que notre joie soit parfaite. Le texte dit “notre”. Et ici c'est l'amplification du “nous” : dès l'instant que vous avez entendu, le nous inclut le vous, c'est un “nous” plus grand. La joie elle-même est un thème eschatologique, le mot "eschatologique" signifiant toujours dans nos Écritures : qui a trait à la résurrection ou aux dernières choses, c'est la même perspective.

« 13Les enfants de ta sœur élue – il s'agit de la communauté à partir de laquelle Jean écrit puisqu'il n'écrit pas seul – t'embrassent (aspazétaï) – il s'agit du baiser de paix.

 

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