Ce message fait suite au précédent où Jean-Marie Martin réfléchissait essentiellement aux trois mots que sont "écriture, parole et corps", en proposant de les entendre dans un sens inouï (non-encore entendu), celui que propose l'Écriture (il était parti de Jn 20, 30-31). Cette deuxième partie comporte trois textes d'origines différentes :

  1. Extraits de la session sur La Passion se basant sur plusieurs textes : a) l'apparition à Marie-Madeleine qui cherche le corps de Jésus (Jn 20) ; b) la marque des clous et le côté percé où coulent le sang et l'eau, avec la lecture de 1 Jn 5 à propos des trois témoins que sont eau, sang et pneuma (souffle, esprit) ; c) les traces de Dieu dans l'AT, le culte des reliques, la place du corps dans les sacrements.
  2. Commentaire de la purification du lépreux (toucher et être touché)
  3. Extrait de l'article de Jean-Marie Martin intitulé Parole et corps.
  •  Lien vers la première partie : à venir

Deuxième partie

Écriture, parole et corps

 

1°) Extrait de la session sur la Passion (Jn 18-19)[1]

 

a) Façon native et façon christique d'être au corps d'autrui.

 

Descente de croix, enluminures romanes, détail●  Joseph d'Arimathie et le corps de Jésus (Jn 19).

Nous en sommes au verset 38 :

  • «Après cela, Joseph d'Arimathie… demanda à Pilate qu'il lève le corps de Jésus. Et Pilate acquiesça. Il vint donc et leva son corps. »

On a deux fois le verbe "lever", et par ailleurs nous avons rencontré à plusieurs reprises l'expression “poser” qui est traduite très bien par “déposer” puisque c'est ainsi que nous disons, seulement je signale que le verbe johannique est le verbe le plus basique : "poser". Pour "poser et lever", nous disons "déposer et enlever."

●  Marie-Madeleine et le corps de Jésus (Jn 20).

Or ces verbes, qui désignent ici des gestes de soins, des gestes pieux, des gestes de respect du corps, donc qui sont pris en bonne part, pourront avoir un sens négatif dans ce qui va suivre, dans le moment de la résurrection, spécialement à l'occasion de l'épisode de Marie-Madeleine.

Elle vient chercher un corps (sôma), un cadavre, le corps enseveli. Et les questions qu'elle pose le sont dans les deux termes de "poser" et "lever" : « Dis-moi où l'as-tu posé que je l'enlève » (Jn 20, 15). Dans tout cela elle se méprend, elle ne peut en aucune façon reconnaître Jésus parce qu'il n'est pas dans la ligne de ce qu'elle cherche : elle cherche un corps mort, un corps manipulable, un corps dont on dispose, qu'on pose et qu'on lève parce qu'elle pense le cadavre. Il faut que les yeux lui soient ouverts par une parole – nous l'avons dit : ce qui est premier, c'est la parole, la parole donne de voir – pour qu'elle puisse reconnaître en dehors du champ de ce qu'elle cherche. Autrement dit l'être au corps d'autrui passe par la parole et ici, la parole, c'est son nom propre : « Mariam ». Et aussitôt elle dit : « Rabbouni », la reconnaissance mutuelle se fait. Elle identifie Jésus dans sa dimension de rabbi ressuscité pour autant qu'elle a été elle-même ré-identifiée par la parole qui s'adressait à elle. Cela n'a pas lieu qu'une fois dans l'évangile de Jean, on le trouve à propos de la Samaritaine et dans d'autres lieux, donc c'est une constante, c'est attesté. Désormais, devant Marie-Madeleine, il y a un corps qui se donne par la parole, qui se présente, et non pas un corps qu'on manipule, qu'on manie, qu'on pose et qu'on dépose.[2]

 

●  Deux modes d'être à autrui.

Et ceci est d'une importance fondamentale pour faire soupçonner que ce qui est critiqué là, c'est notre mode natif d'être à autrui qui est toujours plus ou moins manipulateur, qui prend, qui pose quand on en a besoin. Cela permet de découvrir que la véritable relation à autrui, à l'homme par excellence qui est le Ressuscité, mais aussi à tout homme, la véritable relation est d'autre sorte que ce qui est indiqué par les verbes "poser" et "lever". La véritable relation suppose d'entendre la parole qui donne de se reconnaître mutuellement. C'est la parole qui instaure et institue le bon rapport au corps, et non pas la prise. Si bien qu'on peut prendre aussi, mais à condition que ce soit donné (« Prenez »), que la parole donne de prendre.

Donc le propre de l'homme est justement quelque chose qui ne se manipule pas, ni avec violence ni peut-être simplement dans le contexte du soin sans égard, de même que c'est quelque chose qui ne se vend pas. Or nous avons vu que le propre de Judas, c'est de vendre. Ce n'est pas directement chez saint Jean, c'est dans les Synoptiques (Jésus est vendu pour 30 pièces d'argent), mais chez Jean ça l'est dans la réflexion faite à Marie de Béthanie : « Ce parfum aurait pu être vendu trois cent deniers » (Jn 12, 5). Il y a un rapport entre ces choses.

Alors “lever” dans la bouche de Joseph d'Arimathie a une position ambiguë comme la première position de Marie-Madeleine. L'ambiguïté vient de ce que la résurrection n'est pas encore manifestée. C'est positif en ce sens que Joseph d'Arimathie puis Nicodème prennent soin du corps de Jésus. De même Marie-Madeleine se soucie et pose la bonne question « Où ? », mais c'est négatif du fait de l'emploi, dans la même question, des verbes “poser” et “lever” (« Où l'as-tu posé que je puisse le lever ? »). L'intérêt de ceci est de montrer quelle est la volonté du texte qui insiste sur le mode d'être au corps, donc le mode d'être à autrui. Il y a là une indication majeure, fondamentale, de l'enseignement évangélique.

 

marque des clous et du côtéb) La marque (tupos) des clous comme écriture sur le corps.

► Jésus est crucifié donc cloué sur la croix, de plus un soldat lui perce le côté d'où s'écoulent eau et sang (Jn 19, 34). Comment penser les clous par rapport au transpercé ?

J-M M : Le mot clous (ta hêla) est explicitement dans l'épisode de Thomas (Jn 20, 25). Il y a même ton tupon ton hêlon : tupos c'est la marque – tupos peut être la marque comme celle d'un sceau, mais ici c'est la marque creusée. Ce qui est joli dans ce passage, c'est l'insistance sur ce creusement, ce tupon, cette marque. Ça veut dire que le Christ ressuscité a en lui la marque de sa mort, autre mode d'attestation.

De même que la résurrection est présente et est marquée par l'écoulement de la vie à partir de sa mort, de même la mort reste présente en trace et en marque (en tupon) dans son corps de résurrection. Le principe, je l'ai énoncé c'est l'identité ou la non-séparabilité de la mort et de la résurrection : c'est à tous ces traits, à tous ces indices, qu'il se confirme dans l'évangile de Jean. Il est aberrant de méditer la mort du Christ sans la résurrection, et vice et versa. On peut chanter la gloire le vendredi saint, et garder mémoire de la mort le jour de Pâques (pour le dire en images).

La marque des clous est une "écriture" sur le corps, car aussitôt après il est dit que ce sont des signes que fit Jésus, des signes qui sont aussi des traces, et il y a d'autres signes « qui ne sont pas écrits (gégramména) dans ce livre, ceux-ci ont été écrits pour que… » (Jn 20, 30-31). C'est une graphie, la graphie du tupos. Cela me plaît de parler de la typographie de l'Écriture sur le corps du Christ.

 

“Sur la peau du dieu palimpseste,
  écrire lisse laisserait
  encore en trace de fouet
  l'acharnement de notre geste.”

Le palimpseste, c'est une peau sur laquelle on écrit, mais sur laquelle on a écrit et on efface pour réécrire. Le dieu palimpseste, c'est la peau du Ressuscité.

Écrire lisse – c'est-à-dire essayer même respectueusement d'y toucher – laisserait encore en trace de fouet – ici nous sommes à la flagellation, c'est-à-dire que toute notre tentative d'approche est souvent en fait une tentative de prise ; et même la plus lisse de nos tentatives d'écrire serait encore une sorte de flagellation – l'acharnement de notre geste ; et pourtant il nous incombe de détenir [c'est la suite du poème] : et pourtant nous ne pouvons pas ne pas prendre, etc.

 

c) Traces divines (AT), culte des reliques, place du corps dans les sacrements.

 ●  Les traces divines dans les testimonia.

Les premiers chrétiens collectionnaient dans l'Ancien Testament les lieux où il est question d'eau, où il est question de bois (pour la croix), où il est question de sang, où il est question de roc (de pierre). C'est ce qu'ils appellent des testimonia : mot qui désigne les lieux où il y a des traces de l'intervention divine dans l'Ancien Testament, comme des traces de pas, donc des vestiges qui sont autant de présages. Le témoignage est dans ces traces et avec cette idée que c'est là la démarche – pour garder le mot de "trace" ou de "vestige" au sens de "trace de marche" – la démarche ou la manière de Dieu. Il y a démarche ou manière de Dieu dans les symboliques de l'eau, celles du sang, celles du bois… Ce ne sont pas des preuves, ce sont des traces, et donc en ce sens-là des signes, et des signes perceptibles, des signes qui ne prouvent rien à partir d'eux-mêmes, mais qui ont la fonction de signes, la fonction de traces divines pour celui qui entend à partir du témoignage du pneuma, donc à partir de la résurrection…

Celui qui a l'œil préparé par l'écoute, celui qui peut dire « Jésus est ressuscité », sait détecter les traces, les vestiges, les manières, les démarches de Dieu

Par exemple à la Croix (chapitre 19) il y a le témoignage du témoin : « 34Mais un des soldats, de sa lance, lui ouvrit le côté. Et sortit aussitôt sang et eau. 35Celui qui a vu a témoigné, et vrai est son témoignage. Et lui sait qu'il dit vrai en sorte que vous croyiez »,  et à ce témoignage du témoin s'ajoutent des traces d'Écriture : « 36Ces choses furent, en sorte que s'accomplit l'Écriture : “Aucun de ses os ne sera brisé.” 37Et palin (à nouveau, en retour) une autre Écriture dit : “Ils regarderont vers celui qu'ils ont transpercé.” »

 

Bien sûr, à partir de là, une symbolique des traces de Dieu va se dire et même se gestuer. Elle va se gestuer dans l'eau baptismale, dans le sang de la Cène… En effet saint Jean nous dit qu'« il est venu par eau et sang Jésus Christos, non pas dans l'eau seulement mais aussi dans l'eau et dans le sang. Et le pneuma (le souffle) est le témoignant, puisque le pneuma est la vérité. 7Car trois sont les témoignants : 8le pneuma et l'eau et le sang, et les trois sont vers un.» (1 Jn 5). Ce n'est pas que ce texte soit explicitement sacramentaire car il est bien plus que cela, il est la source de toute sacramentalité ecclésiale, il ouvre la sacramentalité fondamentale de l'eau, du sang et du pneuma. Autrement dit il s'agit pour nous, dans des gestuations avec un événement d'eau, ou un événement de sang, de détecter éventuellement la trace, le passage, les vestiges, la marque du talon.

 

Suaire de Turain●  Le culte des reliques.

► Que faut-il penser du saint suaire ?

J-M M : D'abord, premièrement, le saint suaire ça ne m'intéresse pas. Deuxièmement je ne dénie à quiconque le droit de s'y intéresser. La question de traces et de vestiges ne s'applique pas du tout ici. Quand je parlais de traces et de vestiges, il s'agit du moment de la constitution de la symbolique christique. Or c'est dans l'Ancien Testament que se trouvent les traces et vestiges du Nouveau Testament, et non pas dans la suite de l'histoire. La révélation est close, c'est la structure propre de l'Église, ce n'est pas la structure d'Israël. Il ne faut pas comparer pièce à pièce.

 

Il y a autre chose dans votre question parce que cela ouvre la question des reliques. C'est un peu la même chose : Les reliques (reliquiae) seraient des traces aussi.

J'ai été convié il y a cinq ou six ans à faire une conférence à Nevers, à la maison du diocèse, sur les reliques parce que c'était 17e centenaire des saints fondateurs, saint Cyr et sainte Juliette, qui sont les patrons de la cathédrale. Très embarrassé parce que, aussi loin que je cherchais, de toutes mes études de théologie, à Nevers, à Rome, de mon enseignement à Paris, je n'avais jamais lu de traité des reliques. Je suis allé voir chez saint Thomas d'Aquin : il n'y a qu'une ou deux mentions dans toute la Somme Théologique, simplement pour dire qu'il ne faut pas les vendre, autrement dit contre le Simonisme. C'est plutôt du côté des historiens qu'il faudrait rechercher. Le fait est qu'elles ont joué un très grand rôle dans le haut Moyen Âge et même au-delà.

2007-09-29 procession de reliques, de ste-Thérese de Lisieux au LouvreToutes ces choses : reliques, pèlerinages, heures d'adoration du Saint-Sacrement, je ne les méprise pas du tout. Elles sont des expressions de la sensibilité d'un moment de l'histoire de l'Église, elles peuvent être des créativités ayant sens. Simplement, elles n'ont jamais la valeur universelle et pour tout le temps de l'Église que nous trouvons dans les Écritures qui, elles, sont pour tout le temps de l'Église.

Néanmoins, pour ma conférence, j'avais tenu à essayer de penser ce qu'il pourrait y avoir de positif, même de notre point de vue, dans l'usage des reliques ; non pas pour en conseiller l'usage, mais pour comprendre ce qui nous manquerait à nous de n'avoir pas quelque chose qui soit un peu égal à cela. Eh bien c'est que les reliques ont fondamentalement à voir avec le toucher : les reliques, ça se touche, et nous, nous ne touchons plus, sauf pour appuyer sur quelques touches d'ordinateur. Jadis on pouvait échanger des objets pour payer, puis on a remplacé le troc par le symbole de l'or – l'or, ce n'était pas la chose, mais encore ça se touchait. On a remplacé l'or par les billets ; les billets, on les touche encore un petit peu ; maintenant il y a les cartes bancaires… C'est-à-dire qu'on ne porte plus rien, on ne touche plus l'équivalence des choses.

 

●  Gestes et toucher dans les sacrements.

 Ce que je viens de dire n'était pas fait pour réveiller le culte des reliques à Nevers, c'était pour dire qu'il y a un lieu où la gestualité et le toucher sont essentiels dans l'Évangile, à savoir le lieu sacramentaire.

sacrement de l'ordreVoilà : les traces et vestiges, ce sont les sacrements. Les sacrements donnent lieu à manger ou être baigné, être imposé de la main (ou des mains) parce que les mains, ça touche. C'est cela la sacramentalité et probablement aussi le soin qui est un autre nom de l'agapê, le soin effectif d'autrui. C'est plus que les reliques, probablement et rien ne fait plus défaut à l'Église aujourd'hui que la sacramentalité.

Le sacramentel est une chose qui n'est pas pensée, donc qui survit. Du reste on ne peut pas penser la sacramentalité si on n'entre pas dans la symbolique de la parole, car c'est la symbolique de la parole qui permet d'entendre la symbolique gestuelle. La main et le pied – ce qui touche ou qui marche – sont mis en mouvement ; or ils peuvent l'être par un mimétisme insignifiant, et cela nous le savons aussi, parce qu'on dit que « il faut le faire », donc nous allons au sacrement par obligation. Mais aller aux sacrements, c'est entendre le mouvement de la main et le mouvement du pied à partir du mouvement du cœur, c'est-à-dire à partir de l'oreille, à partir de la parole.

Nous avons une parole qui est entièrement symbolique. Or nous ne voulons pas en garder le caractère symbolique et l'Église veut quand même garder la gestualité. Elle n'a alors pas d'autre ressource que de dire : « C'est obligatoire ». Il n'y a pas d'autre raison, il n'y a pas d'intelligibilité.

► Cela me fait penser à une homélie faite un vendredi saint, et le prêtre a parlé du lavement des pieds dans ce sens-là.

J-M M : C'est bien, sauf que c'est à l'intersection de deux choses que j'ai dites. Le lavement des pieds, je le situerai plutôt du côté du soin effectif – c'est d'aller effectivement laver les pieds là où ils sont véritablement sales, plutôt que dans la représentation qui a tendance à être théâtralisée. En effet, ce n'est pas un rite proprement sacramentel. Mais je ne l'exclue pas non plus.

► Du temps où il y avait des processions, ce n'était quand même pas nul !

J-M M : Je n'ai jamais dit que c'était nul !

► Mais on a bazardé pas mal de choses...

J-M M : Il faut bien vous rendre compte que la procession ou le pèlerinage (ce sont deux choses différentes) sont nécessairement de conditions diverses aujourd'hui et dans le Moyen Âge puisqu'au Moyen Âge il n'y avait pas de TGV et encore moins de Concorde (au sens aéronautique). Le pèlerinage est d'autant plus intéressant que nous avons aujourd'hui une tentative de redécouverte de la marche à pied pour aller à Compostelle. C'est ce que c'est, et pourquoi pas.

Pour moi, il faudrait quand même en premier rechercher quelle est la gestuelle la plus fondamentale. Or la gestuelle qui consiste à marcher, entrer, sortir, aller, a un sens, c'est évident, mais elle n'a pas donné lieu à un sacrement. C'est cela qui aurait besoin d'être repensé. Je crois qu'il faudrait commencer par plus important ou plus essentiel que le pèlerinage ou les processions, me semble-t-il.

Encore une fois, ce que je dis n'écarte rien et je souhaite que ça donne à penser pour essayer de situer les choses qui nous sont suggérées ou qui nous viennent à l'esprit. Avoir un principe de discernement, c'est ce à quoi je m'essaie.

► Et la gestuelle la plus fondamentale, qu'est-ce que c'est ?

 J-M M : Ce n'est pas moi qui choisis : la plus grande, c'est le repas eucharistique, et la plus fondamentale, c'est le baptême.

J'admire beaucoup les pasteurs qui font tout pour donner à cela une intelligibilité, une authenticité… Cependant je pense qu'il devrait y avoir un travail de réflexion plus originel, à plus grande distance, sur l'avenir de la sacramentalité et sur les enjeux qui y sont. Encore une fois, une réflexion à long terme n'exclut pas, mais au contraire appelle qu'à court terme soit fait ce qui peut être fait.

Pour moi, redonner un sens à la gestuelle passe par retrouver le sens de la parole. Tant qu'on n'aura pas la symbolique authentique de la parole, on aura toujours une gestuelle surajoutée et non fondée en sens.

 

2) La purification du lépreux par le toucher[3] (Marc 1, 40-44)

 

  • purification du lépreux, P Comestor Bible historiale« Et vient près de lui un lépreux, l'appelant et s'agenouillant, lui disant : “Si tu veux, tu peux me purifier”. Et saisi de miséricorde, ayant étendu sa main, il le toucha et lui dit : “Je veux, sois purifié”. Et aussitôt, partit de lui la lèpre et il était purifié. Et l'ayant menacé Jésus le renvoya et lui dit : “Ne le dis à personne, mais va, montre-toi au prêtre, et présente pour ta purification ce que Moïse a prescrit, que ce soit un témoignage pour eux.” »

Ce qui est en question ici, c'est la lèpre, et c'est un bon lieu, la lèpre, parce qu'elle conjugue de façon étroite ce que nous dispersons entre le médical et le social. La lèpre concerne précisément l'impur, c'est-à-dire l'intouchable. Et être touché rend touchable et capable de toucher.

Ce qui est en question ici ce n'est pas d'abord une critique des civilisations construites sur le schème du pur et de l'impur. Penser cela n'aurait pour effet que de nous empêcher de voir notre propre système de répulsion.

Ce texte dit la résurrection qui désigne la présence soignante du Christ. Aucune image ne dit totalement la résurrection, et c'est pourquoi tel sera sensible à la situation de l'aveugle, tel autre à celle du paralysé, tel autre à celle du lépreux. Il faut bien voir qu'il s'agit ici de la situation fondamentale de l'homme.

 

La lèpre n'est pas ici perçue comme disant premièrement une maladie, une déficience physique particulière. Dans le contexte il s'agit de la situation d'exclu. Il s'agit de l'impur, et c'est pourquoi j'ai gardé la traduction "purifié" et non pas "guéri". Il s'agit littéralement de l'être intouchable. Évidemment, il n'est plus intouchable du fait qu'il est touché. Mais encore faut-il qu'il soit touché.

Être intouchable, c'est ne pas vivre. Le toucher est l'essence de l'être, de l'être qui est "être à". Ce texte concerne ce qui est de l'essence de l'être. Ce texte dit la résurrection.

Nos répartitions entre "fonder le sain" et "réparer le malade", entre la maladie physique et la solitude psychologique, toutes ces choses qui sont de notre langage nous embarrassent pour entendre ce texte. Il s'agit de restituer cet être à la vie, c'est-à-dire à l'être-à-autrui. C'est pourquoi, tout naturellement, les rites de réintroduction dans la société, par la présentation au Temple de ce que Moïse a prescrit, prennent une importance dans ce texte, plus d'importance que la guérison elle-même dans l'ampleur du texte.

Et « pour que ce soit un témoignage pour eux », cela ne signifie pas que le miracle comme miracle du Christ était un témoignage pour la foi, mais c'est la présentation de l'offrande qui témoigne de la guérison. Cela ne fait qu'affirmer cet aspect des choses.

 

 « Saisi de miséricorde ». Le terme de miséricorde est marqué ici, comme aussi bien il est marqué dans la multiplication des pains que nous avons lue[4]. Que ces deux textes disent la même chose, c'est-à-dire que l'entretien de la santé et de la guérison soient le même, c'est clair. Et ils ont en commun d'être l'effet de la pitié.

Ce qui est très important, c'est que ces textes procèdent de l'idée de don, c'est-à-dire ne sont pas des démonstrations de force, mais des démonstrations de miséricorde. Et si, à la lecture des miracles, vos enfants vous renvoient à l'image Superman, ne craignez pas de reconnaître là l'idée de Dieu qui est la vôtre, en tant que vous l'avez héritée du XIXe siècle. De la reconnaître sous la forme de la caricature peut être salutaire.

 

 « Ayant étendu sa main. » Il s'agit ici de l'extension de la main de Dieu, et cela dit l'incarnation[5].

Tout l'Ancien Testament parle de la main de Dieu. Or dans la Bible de la Septante l'expression « la main de YHWH » est traduite parfois par « la puissance (dunamis) du Seigneur »[6] et Tertullien dira ses « vires ». Pour saint Justin la main de Dieu désigne  le Christ[7], dans la tradition d'Irénée et de Tertullien le Logos et l'Esprit sont les deux mains de Dieu[8].

 

Le toucher de Dieu.

Purification du lépreux« Ayant étendu sa main, il le toucha. » Nous avons vu que cette main désigne l'activité de Dieu. Et ici c'est son activité miséricordieuse. C'est là où Dieu nous touche.

Si l'être est « être à », si toucher est un nom fondamental de l'être, le « contact » de Dieu et de l'humanité se dit plus radicalement par le toucher du Christ que dans le langage de la christologie des deux natures. Qu'est-ce que c'est que l'incarnation sinon là où Dieu nous touche ? Au lieu de parler le langage ontologique des natures, entendez l'incarnation à partir du toucher. Rien n'est un comme le rapport du "touché" au "touchant". C'est une unité plus grande que ce que nous appelons l'unité de substance.

Le lépreux se trouve purifié par le toucher de Jésus. Son mal était d'être intouchable, par la peau et par la loi. D'être touché fait qu'il n'est plus intouchable. La main soigneuse le restitue au monde, à autrui et à lui-même. Elle le maintient dans l'être, maintenant. Et c'est à partir du soin que se pense la création même.

Or, toucher ne laisse pas indemne d'être touché, et Jésus le fut : « Il étendit ses mains à l'heure de sa passion. »

 

« Il le toucha et dit : “Je le veux, sois guéri”. » La main et la parole, deux façons de dire le même. La parole de Dieu : ce par quoi je suis touché. Autrement dit, ce qui est premier, c'est cet espace de l'être-à, cet espace de la rencontre qui est quelque chose comme ce qu'on appelle par ailleurs le pneuma (l'Esprit) de Dieu : il est l'espace de la rencontre.

« Il étendit la main… et dit. » Tenir et entre-tenir. Il s'agit du plein de la présence qui se nomme aussi dans les modalités du tact et de la parole. La parole qui, en Genèse, crée en disant, se pense à partir de cette parole qui soigne et qui relève. Le pneuma con-tient la totalité.

 

« Et aussitôt, partit de lui la lèpre et il était purifié. » Il s'agit ici de la résurrection accomplie.

En effet, en tant que la résurrection est être-à, elle n'est qu'en tant qu'elle nous advient. Or elle nous advient en ce que nous soyons saufs. Et c'est entendre qui rend sauf, comme dit Paul., C'est-à-dire que la rédemption n'est pas autre chose que la résurrection.

L'incarnation n'est pas quelque chose qui a posé les conditions physiques du Christ pour que, ensuite, moralement, il puisse faire des actes méritoires qui, eux, méritent le nom de rédemption ! Nous avons vu que cela concerne là où Dieu nous touche.

La passion est implicitement dans ce texte, bien que ce ne soit pas pleinement développé, cela l'est dans d'autres textes. On ne touche pas sans être touché. Et le Christ qui nous touche par la résurrection, est durement touché par nous. C'est la passion : Dieu passible. Ne vous hâtez pas de dire qu'il est touché simplement en tant qu'homme. Nous ne savons pas bien des limites de l'homme et de Dieu. Là aussi il y a une idée de Dieu, onto-théologique, qui pourrait bien n'être pas pleinement satisfaisante. Dieu est susceptible de miséricorde, de passion.

Enfin ce texte dit naturellement la création, d'abord en ce sens que, entre guérir et tenir dans l'être, c'est-à-dire entre donner l'être et réparer l'être, il n'y a que les différences que nous, nous posons. En effet nous avons déterminé une normalité du sain que nous avons posée comme ayant son existence en soi, et cela c'est la volonté de déterminer une norme en vue de parler de l'anormal, évidemment. Mais c'est d'être sauf qui donne d'être.

Nous héritons de l'idée de Dieu-cause-suffisante ou ingénieur-calculant les lois physiques du monde, et c'est à partir de là qu'en général nous lisons la Genèse et le Nouveau Testament. Ce n'est pas la bonne idée de Dieu créateur, mais néanmoins, le Dieu qui tient dans l'être, le Dieu qui fait être, le Dieu qui nourrit, c'est bien ce qui est en question dans l'Évangile.

 

"Je" et "il".

Je récite tout ce texte, et tout ce texte me concerne, mais il me concerne dans une dimension totale. Il prend une ampleur cosmique, une grande distance, et c'est ce qui est sans doute marqué par le fait que je le récite à la troisième personne : il ! La dimension de ce qui me concerne ici se dit sous la forme du "il", et la profession de la foi qui me sauve c'est : « Jésus, lui, est ressuscité ».

 

3°) Extrait de l'article de J-M Martin "Parole et corps".

 

La question « corps et parole » est précédée chez nous par un long atavisme de pensée. Depuis longtemps l'homme a reconnu pour son propre quelque chose comme la parole. Puis il s'est spécifié comme “vivant ayant la parole ”, traduit ensuite par animal rationale, vivant doué de raison. À cette définition, correspond la composition "physique" de corps et âme, bientôt pensée comme juxtaposition de corps et de pensée, et nous ne sommes pas quittes d'une telle histoire, nous qui savons obstinément distinguer le biologiste et le psychologue, l'acousticien et le linguiste.

Ces distinctions réputées évidentes sont pourtant tenues par le discours plus ou moins explicite que nous apprenons avec le dire de notre langue. Nous opposons "le voir", qui montre l'immédiateté du corps, à "l'on-dit", parole à vérifier. Nous pensons que la science inspecte, et que le dit de la foi, par exemple, qui est seulement es auditu (par l'écoute), donne son opinion sur ce même réel. Or, cette position est déjà tenue elle-même dans un discours répartiteur. Opposer le réel et la parole ne se fait que dans une parole, et le débat n'est pas entre le réel et la foi, mais entre deux discours : la parole atavique et la parole de Dieu.

Lorsqu'une parole a disjoint le corps et la parole, elle oublie son propre empire et fait venir le corps en premier. À lui tout le poids du réel, il produit la parole, une parole qui parle à son propos. Mais en cela corps et parole sont également manqués.

Nous disons parfois que les symptômes du corps contredisent les discours que nous tenons. Le corps est ici le lieu de la vérité, et le discours celui de la dissimulation, de l'idéologie, etc… En réalité en disant que le corps contredit, il a été justement avoué comme parole. Mais on reconnaît la fermeture mutuelle du discours "masculin" et de la parole obscure du corps. Ainsi se révèle à l'intérieur de chacun la disjonction de la parole impérieuse d'une part, et d'autre part du pâtir aliéné, souffrance inavouée ou joie honteuse.

En devenant "scientifique" et dominateur le discours sur le corps risque d'être la mauvaise parole masculine, d'autant qu'il se dissimule comme discours et s'entend, dans son principe, comme transparent au réel. Devant tel discours, le corps n'a d'autre issue que d'« être mal dans sa peau », et d'en réciter les multiples symptômes. Et pourtant, dira-t-on, ce discours soigne, il a suscité une prodigieuse faculté de guérir et de soulager. Qui peut sans légèreté oublier son efficacité ou négliger l'immense espérance qu'il soulève ? Ne suffit-il pas d'ajouter à ce discours et à sa pratique constituée une autre parole, qu'on dira "humaine", une qualité de présence, quand du moins l'urgence du service en laisse le loisir ? Il se peut que nous ne puissions rien de plus, mais le même ensemble qui soigne véritablement est aussi ce qui perpétue en levant une mésentente peut-être inguérissable, sinon par l'écoute qui accomplit la remise du manque.

 

Comment entendre l'autre parole, telle est désormais notre question. Autre non pas en tant que culturellement étrangère, mais en tant que disant la nouveauté encore inouïe et instaurant une nouveauté d'être. “Entendre le Nouveau” traduit ici “foi en la Résurrection”, deux termes qui s'entre-appartiennent comme premiers mots de l'Évangile.

C'est entendre qui donne de voir. Marie-Madeleine au tombeau ne voit Jésus vivant que pour avons entendu de lui son propre nom de Mariam.

La parole précède, comme dans la Genèse, de façon non dissimulée : « Dieu dit : que la lumière soit ». En nommant et appelant, la parole instaure l'espace de présence, constitue le corps de présence qu'elle était déjà.

Il faut attendre des premiers mots de la foi qu'ils soient un dire qui fait corps. Originairement corps est parole et parole est corps.

À ce point le "et" de la question “corps et parole” recelait l'important, et de son intelligence dérive le sens renouvelé des deux termes. On comprend aussi que nous ayons substitué à la demande d'un article sur “corps et parole”, le titre de “Parole et Corps”, car bien qu'ils soient deux modes de la présence, c'est entendre qui donne de voir.

 

Or, nous avons trop habité autrement ces mots pour éviter une pause réflexive. Nous avons employé le terme de présence pour dire le corps et la parole. C'est aussi le sens originaire de notre verbe "être". Il faudrait apprendre patiemment à penser le corps comme ce par quoi je me présente, à moi et à autrui, par quoi je suis au monde. Mais parce que notre « ce » est déjà entendu comme le démonstratif d'un quelque chose pensé comme substance, il faudrait recourir à ce que notre grammaire elle-même reconnaît comme le moins préconçu, le moins défini de ses modes, l'infinitif. Le corps, c'est "se présenter", "être-vers", nom de la relation constitutive. D'entrée, saint Jean nomme le Christ Parole, et Parole (tournée) vers Dieu, parole adressée. « Et la parole devint chair » (1, 14). Ne nous hâtons pas d'introduire ici une autre dualité de la parole et du corps pour rabouter analogiquement divinité et humanité sur le mode esprit/corps. Parole et chair sont deux dénominations parmi d'autres de l'indicible présence du Ressuscité, qui se confesse sous la dénomination de Gloire. « Et nous avons contemplé sa gloire. » Les dénominations de la mystique juive pour la présence sont accumulées dans ce verset 14 : la Plénitude, la gloire, l'habitation, la chair qui est le pain du ciel. Chair et gloire sont inséparables, car la chair donnée est ce qui constitue la présence vivifiante. De là s'entendent les dénominations qui précèdent, aspects multiples du même, et non parties composantes, tous introduits par « devint » : parole qui est le diamètre de ce qui devint, vivre qui donne de vivre, lumière dont l'être est de luire. Venir qui dit encore être-vers, vers ceux qui le refusent ou vers ceux qui le reçoivent, accomplissant ainsi la Présence. Et les dénominations intègrent à chaque fois l'aspect, le regard comme partie-prenante : « nous avons contemplé » est intérieur à ce que dit le mot de gloire. D'où l'insistance johannique sur le témoignage, lieu d'avènement de la vérité, témoignage céleste du Père et témoignage terrestre du Baptiste.

parole et corps, Las MelliAinsi Parole et Corps sont entendus à partir de la même expérience indicible, et l'expérience n'est pas déprise du dit. Aux multiples « Je suis » qui jalonnent l'évangile de Jean, correspondent des verbes qui sont tous des verbes du corps et qui disent, à chaque fois sous un aspect, le tout de l'être-chrétien : entendre, voir, toucher, se lever, venir, manger, boire, etc… « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont tâté de la parole de la vie… » (1 Jn 1, 1-3). Le mot "parole" ici s'entend de la présence du corps de Résurrection donnant lieu aux diverses prises. Mais entendre et voir viennent dans leur ordre, ils sont ressaisis ensemble dans la "contemplation" et sous-tendus par la "corporéité" originaire qui s'exprime comme toucher de la main. Nous disions que la voix entendue et la figure vue nomment diversement l'originaire espace ou relation. On peut se demander si l'iconographie traditionnelle, qui à la voix inscrite et à la figure de la colombe superposent la main, n'entend pas signifier le plus originaire par quoi tout « tient ». Même nos langues recèlent dans leurs racines impensées la référence au tact pour dire les multiples modes de la présence et de l'être. Une parole nous « touche ». Par elle on s'entre-tient, comme aussi bien de manger nous entretient ou nous main-tient. Main-tenant. Mais la main ne dit pas d'abord un objet organique éventuellement utilisé à signifier métaphoriquement une fonction. Elle dit toujours déjà l'agir même : une belle main signifiait une belle écriture, non pas au sens de la chose écrite, mais un bel écrire qui signait comme man-nière l'être en son plus propre. La main dit aussi le tout et le plus propre de l'homme.

 

Tous les mots de la Bible sont des mots du corps, y compris celui que nous traduisons par Esprit, aucun ne désigne la partie d'un humain composé[9], ni ce que nous appelons un organe conçu comme partie intégrante. La planche anatomique, qui est notre discours implicite sur le corps, n'est pas, dans les textes bibliques, provisoirement insuffisante ou naïve. Elle n'a pas lieu. Ce que dit notre mot de corps n'y a pas place. En revanche l'auto-compréhension de l'homme s'énonce par des mots et des expressions appelées à jouer des répartitions qui ne se superposent pas aux nôtres.  Ainsi : la chair et le sang, la chair et l'os, la langue et le cœur, le cœur et les reins. Il faudra nommer surtout la chair et le souffle, qui sont généralement des modalités adverses et non pas composantes[10], la "pnoe" et le "pneuma » distingués comme souffle court et ample Respir.

Parole et marche, Las MelliD'être tenues et gardées dans la Parole donnerait aux réalités les plus diverses de notre foi d'avoir sens vif. Ainsi, par exemple, l'Église et l'Eucharistie.

Nous ne sommes pas d'avoir été fabriqués, mais appelés. Notre nom propre dans la bouche de Dieu est ce qui nous donne lieu et nous constitue en tant qu'écoute qui répond. Ainsi de tous les hommes pour autant qu'ils sont. Ce qui s'en professe se reconnaît comme Église, espace de la parole qui évoque et simultanément convoque, car paradoxalement c'est par notre plus propre que nous sommes les plus proches.

L'écho de la parole qui évoque et convoque a le trait de la parole qui invoque : la mise en œuvre de cette écoute nous met en marche vers l'assemblée pour la prière. Elle nous ouvre l'oreille pour la Parole et la bouche pour le pain. Le pain lui-même, comme le corps qu'il entretient n'est que dans la parole, celle qui dit « Ceci est mon corps ».



[3] C'est extrait d'une vieille intervention de J-M Martin à l'Institut Catholique de Paris.

[5] L'humain est affaire de main. Non pas réduite à signifier par mode d'image la volonté de prise industrielle et technicienne, mais celle qui touche et se donne à toucher. (Résurrection et création. Méditation sur Philippiens 2. (Article de JMM paru dans Spiritus).

[6] Josué 4, 24 : « Afin que tous les peuples de la terre sachent que la main de YHWH est forte. » (dans l'hébreu) ; « Afin que toutes les nations de la terre sachent que la puissance du Seigneur est irrésistible. » (dans la Septante).

[7] Après avoir cité « D'une main secrète Dieu combat Amalek » (d'après Ex 17, 16), Justin l'interprète : « Vous pouvez comprendre qu'une puissance secrète appartient au Christ crucifié qui fait frémir les démons » (Dialogue avec Tryphon, 49, 8).

[8] « Il (Dieu) a ses deux mains à lui, car depuis toujours il a auprès de lui le Verbe et la Sagesse, le Fils et l'Esprit. C'est par eux et en eux qu'il a fait toutes choses, librement et en toute indépendance » (Irénée Contre les hérésies IV, 20, 1). Et Irénée interprète le modelage fait par Dieu en Gn 2 comme étant l'œuvre du Christ : « Lorsqu'il eut affaire à l'aveugle-né, ce ne fut plus par une parole, mais par un acte, qu'il lui rendit la vue : il agit de la sorte non sans raison ni au hasard, mais afin de faire connaître la Main de Dieu qui, au commencement, avait modelé l'homme. » (Contre les hérésies livre V). Cf  Jn 9, 1-41 : Guérison de l'aveugle-né suivie d'une enquête à son sujet.).

[9] Le mot pneuma (esprit) signifie aussi "souffle", plus exactement l'ample Respir qui se distingue du souffle court. Sur la conception biblique, voir Les distinctions "corps / âme / esprit" ou "chair / psychê / pneuma" ; la distinction psychique et pneumatique (spirituel).

[10] Voir note précédente.