La sensorialité a une place très importante dans l'évangile de Jean, et l'odeur est particulièrement mise en évidence au début du chapitre 12. Jean-Marie Martin, spécialiste de saint Jean, nous introduit dans ce symbolisme peu connu.

Ce qui figure ici vient d'une de ses interventions de juin 2011 à Saint-Bernard-du-Montparnasse où il intervenait tous les quinze jours, le thème de 2010-2011 étant "Connaître chez saint Jean". On était donc en fin d'année. Il a lu non seulement la scène du parfum répandu sur les pieds de Jésus mais aussi la scène des Rameaux, et tout à la fin il a ajouté un passage de L'évangile de la vérité qu'il a commenté, le texte figure ici mais le commentaire sera mis dans le prochain message.

 

Jn 12, 1-16, lecture continue

Odeur et présage

 

Cette année à Saint-Bernard nous avons abordé le thème du connaître, puis des occurrences des verbes entendre et voir et des verbes de sensorialité. Aujourd'hui nous allons parler de l'odeur, de l'odorat.

 

Introduction : odeur de corruption et odeur de consécration

Chez saint Jean il y a une mention d'odeur négative au chapitre 11 à propos de Lazare. En effet,  Lazare est dans le tombeau, quand Jésus arrive, Marthe lui dit : « Il est de quatre jours, il sent déjà » (Jn 11, 39). Ceci donne un sens éminent à l'expression « ressuscité le troisième jour » car ça veut dire que Jésus ne connaît pas la corruption censée commencer le quatrième jour. La mort du Christ est selon la parole : « Tu ne permettras pas que ton consacré connaisse la corruption » (Ac 13, 35), citation explicite du Psaume 2, 7 que fait Paul dans son discours à Antioche de Pisidie.

Ceci nous reconduit à la distinction qui est plutôt paulinienne[1] – mais qui trouve son équivalent chez Jean – entre "l'odeur de corruption" et "l'odeur de consécration". Aujourd'hui, au lieu de parler d' "odeur de consécration", on parle d' "odeur de sainteté". Il est vrai que le mot grec hagios peut être traduit par "saint". Cependant, à cause de la moralisation du mot "saint" dans notre langage, je trouve qu'il est préférable de le traduire par "sacré"… et ceci en dépit du fait que nous ne sachions pas ce que veut dire le mot "sacré" : il sert quand même de repère, et donc je préfère parler d'odeur de consécration.

 

Lecture de Jn 12, 1-16

 

1) La scène de l'onction suivie du dialogue avec Judas (v. 1-11)

Comment se manifeste l'odeur de consécration ? Est-ce que toute bonne odeur est une odeur de consécration ?

Pour cela regardons le chapitre 12, celui qui suit le chapitre de la résurrection de Lazare. Il est question de l'onction d'un parfum faite par Marie de Béthanie.

Il y a plusieurs récits d'onction dans le Nouveau Testament, et ils sont mis aux noms de personnes féminines diverses, parfois c'est une pécheresse comme chez saint Luc, alors que chez saint Jean, Marie de Béthanie n'est jamais caractérisée comme étant une pécheresse. Il y a aussi des variantes puisque parfois le parfum est versé sur la tête et parfois sur les pieds. Nous n'allons pas nous amuser à déterminer ce qui s'est passé ! Ce qui nous importe, c'est ce que Jean écrit.

 

a) Le récit de l'onction (v. 1-3).

Marie-Madeleine au parfumLe chapitre 11 précédent est celui de la résurrection de Lazare et il trouve ici sa conclusion à plusieurs titres. Le repas a une grande importance et il n'est pas rare que quelque chose se conclut par un repas dans tous les évangiles. Donc le chapitre de Lazare se conclut au début du chapitre 12 par une sorte de repas de fête où les personnages essentiels du chapitre 11 sont énumérés : Lazare, Marthe et Marie.

 « 1Jésus donc, six jours avant la Pâque, vint à Béthanie où était Lazare qu'il avait ressuscité d'entre les morts – Jean rappelle qui est Lazare, c'est un procédé courant dans son évangile, car lorsqu'il cite un nom propre, Jean aime bien le caractériser par une référence à un passage antérieur de son évangile – 2Ils lui firent donc là un repas, et Marthe servait, et Lazare était un des convives avec lui. 3Alors Mariamc'estla sœur de Marthe et de Lazare, donc Marie de Béthanie - prenant une mesure de myrrhe d'un nard pistikos (authentique, fiable) de grand prix, oignit les pieds de Jésus et essuya de ses cheveux ses pieds ; la maison fut remplie de l'odeur du myrrhe. »

La dernière phrase est l'une des phrases qui sont l'équivalent de pages et de pages d'Évangile : « la demeure fut remplie de l'odeur du myrrhe. » Qu'est-ce qui emplit ? C'est le Pneuma (l'Esprit). Et il y a un rapport entre le Pneuma et l'odeur. Ce rapport est à penser dans la symbolique du diffusif, du fluide, donc de ce qui se répand.

Nous savons que le verbe "répandre" et aussi le verbe "emplir" que nous avons dans notre texte sont des verbes qui disent le Pneuma ou la gloire de Dieu c'est-à-dire la présence de Dieu. C'est une présence qui emplit la demeure. Les hébreux appellent ça aussi la Shékinah (l'habitante), du verbe shakan (habiter). Référence est donc faite ici à l'habitation de Dieu au milieu de son peuple. Ce verbe "habiter", nous l'avions dès le verset 14 du chapitre premier : « il a habité en nous » où ici c'est le verbe grec skênoô (habiter sous la tente).

Le Pneuma est le déversement de la résurrection sur l'humanité. Dès le baptême le Christ est empli de Pneuma. Sa manifestation se fait dès la croix où il livra le Pneuma et où sont mises en évidence d'autres dénominations du Pneuma qui sont ruisselantes, comme l'eau et le sang qui coulent et qui sont également des émanations de la présence et de la gloire de Dieu.

Donc cette petite phrase est extrêmement vaste, et dans son exiguïté elle fait appel à une symbolique attestée : une plénitude de sens emplit la petite phrase !

 

Lavement des pieds

Pourquoi est-ce que chez saint Jean l'onction a lieu sur les pieds et non pas sur la tête ?

Ceci préfigure ce que veut faire le Christ au chapitre 13, non pas à propos du parfum mais à propos de l'eau. Jésus prend le vêtement de serviteur, c'est-à-dire se déprend de son apparence de maître – « vous m'appelez maître et Seigneur et vous dites bien, je suis » (v. 13) – il pose son manteau et prend le linge de service qu'il se noue à la ceinture et il se met à laver les pieds. Le Christ accomplit la mission lui-même en étant le serviteur, c'est-à-dire en entrant dans sa Passion.

Ces différentes choses que je mets en rapport n'ont pas nécessairement de rapport à notre oreille. Pour entrer dans le texte, il faut pré-entendre des références, des rapports qui font résonner les mots d'une certaine façon. C'est ce que j'essaie de suggérer.

 

Les cheveux.

Le thème des cheveux est un thème que j'aime beaucoup, mais je pense qu'il est plus occidental que proprement biblique, j'ai traité de cela dans des poèmes.

C'est en général la Madeleine qui est représentée dans les scènes de l'onction, et il est connu que sa chevelure est mise en valeur – cela jusqu'à Baudelaire –, le rapport cheveux et parfum. C'est quelque chose qui a un sens dans notre sensibilité mais je ne suis pas sûr qu'il faille injecter cela dans le texte.

 

b) Le dialogue entre Jésus et Judas (v. 4-8)

Après cette petite scène, il y a un petit dialogue entre Jésus et Judas.

« 4Judas Iscariote, un de ses disciples, celui qui devait le livrer dit : " 5Pourquoi ce parfum n'a pas été vendu trois cent deniers et donné aux pauvres ?" – Cette réflexion semble porter sur le gaspillage qui est fait, et Jean se permet d'interpréter lui-même autrement le texte – 6Il dit cela non pas parce qu'il eût souci des pauvres, mais parce que étant voleur et ayant (tenant) la bourse, il prenait ce qu'on y jetait – c'est un trait que Jean attribue à Judas, mais c'est une référence implicite aux 30 deniers qui se trouvent chez les Synoptiques car ce qui est important, que ce soit 30 ou 300, c'est le 3, et que 30 deniers pour un parfum de grand prix serait sans doute trop peu. Judas est présenté par saint Jean comme l’homme qui achète, qui achète tout, qui achète l’homme, qui ne sait pas qu’il y a des choses qui ne se vendent pas.

Après cette interprétation négative, Jésus à son tour va interpréter le geste de façon positive.

« 7Jésus dit alors : "Laisse-là (tranquille), afin que, pour le jour de mon ensevelissement elle l'a gardé…

Ici référence est faite à l'odeur des aromates qui est justement mise sur le corps du défunt pour contredire l'odeur de corruption. Le geste de Marie est interprété dans une problématique qui pose des questions à propos du temps : dans le texte grec on le mot hina qu'on traduit en général par "afin que" mais qu'on ne doit pas traduire ainsi, je vous en ai déjà parlé[2].

En fait il faut voir que justement Marie n'a pas gardé ce parfum puisqu'elle l'a répanduà moins que… justement, on soit déjà au jour de l'ensevelissement de Jésus ?... En un sens non, il n'est pas mort encore.

Voilà donc une phrase qui, par son ambiguïté, parce qu'elle comporte une énigme, demanderait à être méditée plus longuement que nous n'allons le faire. Disons d'un mot que la diffusion est en même temps ce qui retient ensemble et ce qui rassemble. C'est la participation des multiples (la maisonnée, le monde) à une même odeur.

Cela a le trait à "l'être avec", de "l'être au monde" qui est le propre de l'homme. L'homme n'est pas d'abord un individu, un indivisible posé là qui ensuite pourrait avoir d'éventuelles relations avec des choses ou avec d'autres hommes. Non ! Il n'est lui-même que pour autant qu'il est déjà relatif, qu'il est déjà ouvert sur le monde, et qu'il est déjà avec d'autres êtres ouverts sur le monde. En ce sens-là, le fait que le pneuma se répande constitue une unité de lieu et de présence, l'unité de la multiplicité des hommes.

Dans les Extraits de Théodote on trouve une expression intéressante et qui dit quelque chose comme : « Diviser l'indivis pour le ramener à l'unité »[3]. Cela est dit à propos du baptême de Jésus, donc à propos de l'eau et du Pneuma, donc de ce qui est fluide. C'est une fonction du Pneuma justement, puisque le Pneuma s'écoule, va rejoindre l'indivision, pas du tout pour y rester, mais pour refaire le tonos, la tension et la présence de l'unité.

Vous vous rappelez que, dans la symbolique du solide, il y a lieu à déploiement qui peut être démembrement, l'exemple étant celui de la fleur. Ici c'est un déploiement qui se dit sous la forme de l'émanation (un parfum émane). L'émanation demanderait à être soigneusement méditée, c'est un terme qui sera beaucoup utilisé par les gnostiques, mais ça fait signe vers la chose que je ne peux expliquer plus, mais qui nomme.

Pour moi l'énigme la plus lumineuse c'est "fragments d'intact". Dans le mythe valentinien la multiplication des noms déploie l'être christique. Lorsque l'un de ces noms à la tentation de se laisser prendre pour être suffisant dans sa particularité, il démembre le Christ. Et chacun de ces noms, quand il est au plein de lui-même, est égalisé à tous les autres. Ce mouvement de l'expirer est la condition même (ou l'envers) de l'inspirer. Les alternances ne sont pas des contraires, ils ne peuvent être alternants que parce qu'ils ont une secrète complicité entre eux.

Ici j'ouvre tout un champ…

 

8Des pauvres, en effet, vous en avez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'avez pas pour toujours. »

Cette phrase ouvre une énigme car l’essence de l’évangile de Jean, c’est de dire la présence définitive de Jésus. C’est le sujet des chapitres 14 à 17 qui précèdent les 2 chapitres du récit de la Passion. Jésus annonce son départ donc son absence. Cette absence jette le trouble (« Que votre cœur ne se trouble pas ») et le trouble met en mouvement une recherche (zêtêsis). La réponse donnée dans ces chapitres est qu’il est bon que Jésus s’en aille pour que le Pneuma puisse venir. Or, le Pneuma n’est jamais séparé de Jésus, le Pneuma, c’est la diffusion de Jésus ressuscité, c’est la présence parmi nous de Jésus ressuscité. Autrement dit, il y a un aspect sur lequel Jésus s’absente et qui est la condition même d’une autre présence.

Jésus ne dit pas "je" toujours à même portée. Il y a le "je" usuel, celui de la convivialité pré-pascale et il y a le "Je christique" qu'on entend par exemple dans les "Je suis" (« Je suis la vie, Je suis la porte »…). Le rapport de ce "Je" avec nous est lui-même complexe car Jésus dit "Je" de la totalité de l’humanité : « Celui qui croit en moi accomplira les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je vais auprès du Père » (Jn 14.12) Le "Nous" plus grand que "je" est son "Je unifiant",  son "Je de résurrection". Le "je" de la convivialité pré-pascale s’en va, s’efface pour donner place à un "Je unifiant" qui est le "vous" de la phrase. Donc la véritable venue de Jésus n’est pas sa naissance à ce monde-ci ; sa véritable naissance à son identité, c’est sa résurrection. Et les pauvres que nous aurons toujours sont peut-être un des aspects de sa présence sous forme de l’agapê (l'amour…).

 

c) Scène intermédiaire  (v. 9-11).

« 9Cependant une grande foule de Juifs avaient appris que Jésus était là, et ils arrivèrent non seulement à cause de Jésus lui-même, mais aussi pour voir ce Lazare qu'il avait relevé d'entre les morts. 10Les grands prêtres dès lors décidèrent de faire mourir aussi Lazare, 11puisque c'était à cause de lui qu'un grand nombre de juifs les quittaient et croyaient en Jésus.»

Ces versets reprennent la thématique de la persécution de Jésus et des siens. Ce texte est d’ailleurs écrit pendant une période de persécution des chrétiens.

 

3) La scène des Rameaux (v. 12-16)

Le texte que nous venons de lire est suivi d'une autre scène qu'en général je commentais en même temps que le texte du parfum. Il s'agit de la scène qu'on lit le dimanche des Rameaux[4].

Le passage précédent, celui du parfum, parlait de mort et d’ensevelissement, celui-ci parle de Résurrection, il s'agit du Roi oint, du Roi-Messie. Les deux passages vont ensemble.

J'ai eu occasion d'ouvrir cet ensemble (v. 1-16) trois ou quatre fois dans des sessions, et le thème était "Odeur et mémoire", ou "Mémoire et présage" car la mémoire prise dans son grand sens de présage, est présence. Le présage, c'est l'annonce de la mort du Christ et de sa résurrection.

 

a) La scène de l'entrée à Jérusalem (v. 12-14)

lavt pieds et Rameaux, école arménienne, XIVe« 12Le lendemain, la grande foule venue à la fête ayant appris que Jésus vient à Jérusalem ; 13ils prirent des branches de palmiers et sortirent à sa rencontre. Et ils criaient : “Hosanna ! Béni [soit] celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d'Israël.” 14Trouvant un ânon, Jésus s'assit dessus selon qu'il est écrit : “15Ne crains pas, fille de Sion : voici ton roi qui vient, assis sur le petit d'une ânesse.”

Le récit précédent commençait par "Six jours avant la Pâque" donc il était dans la symbolique du 6, alors qu'ici nous sommes le lendemain donc dans la symbolique du 7.  Référence est faite aux sept jours des chapitres 1 et 2 de l’évangile de Jean, où le septième jour est Cana[5]. La mention du chiffre 6 indique l’inaccompli comme dans la rencontre de Jésus et de la Samaritaine où il est la sixième heure, c’est-à-dire le moment du cheminement avec Jésus alors que la septième heure est le temps de la moisson. Le 7 accomplit la semence, c’est la qualité de Résurrection de la mort christique.

Le récit est très court. Il y a une gestuelle de la foule et deux citations :

  • Psaume 118 (117), 25-26[6] pour le Hosanna,
  • Zacharie 9,9 car Jean précise de quelle royauté il s’agit : Jésus entre à Jérusalem assis « sur un petit d’ânesse[7] », comme l’annonçait la prophétie messianique de Zacharie.

Ce verset 13 commémore l’entrée du Roi-Messie dans la ville et la glorification par le peuple[8] : on prenait des branches au Mont des Oliviers, on sortait au-devant du Roi en criant « Hosannah[9].» Dans la tradition juive, les rameaux de palmier et le mot "Hosanna" évoquent la fête juive des récoltes (Soukkot) mentionnée dans le livre du Lévitique.

Par rapport au Psaume 118, 25-26 Jean est le seul à ajouter que “celui qui vient” est “le roi d’Israël” (v. 13).

 

Vous avez donc ici des références très subtiles et je vous rappelle les lieux à partir desquels s'est constitué notre Sanctus (Trisagion) :

Saint, saint, saint le Seigneur Dieu de l'univers.
Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire. 
Hosanna au plus haut des cieux.
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.
Hosanna au plus haut des cieux.

  • La première partie du Sanctus (« Saint, saint, saint… ») vient du chant des séraphins en Isaïe 6, 6 qui dit littéralement : « Saint, saint, saint, IHVH-Tsebaot (Seigneur tout puissant); la plénitude de toute la terre, sa gloire ! »  C'est la célébration de la gloire, la célébration qui est la gloire, la présence,
  • La deuxième partie (« Béni soit celui qui vient dans le nom du Seigneur ») vient de notre texte.

Lorsqu'il s'agit d'eucharistier, de chanter la gloire, vous ne pouvez qu'entrer dans la célébration qui est déjà annoncée en Isaïe, et entrer dans l'Eucharistie de Jésus lui-même. Eucharistier c'est s'accueillir comme donation et Jésus s'accueille lui-même comme donné par le Père, c'est-à-dire que le plus propre de lui-même est d' "être pour", d'être donné ; il réalise, il accomplit son être propre dans cette donation.

 

Dans la scène de l'onction (v. 1-3) et dans cette scène des Rameaux (v. 12-15), dans les deux cas il y a diffusion de la gloire : la gloire du chant dans cette procession et l'emplissement de la maison référé à ce qui n'apparaît pas de Jésus, mais le Pneuma est ce qui emplit ciel et terre : « Le ciel et la terre sont emplis de ta gloire » ; gloire et pneuma, c'est la même chose.

 

b) Mémoire et Pneuma (v. 16)

16Ses disciples ne comprirent pas d’abord cela ; mais, lorsque Jésus eut été glorifié, ils se souvinrent que cela avait été écrit de lui, et que [c'était] cela qu'on avait fait pour lui. »

La glorification, c’est la Résurrection, l’effusion du Pneuma : « Le Paraclet, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. » (Jn 14,26). C'est ce qui se réalise ici.

D'après ce verset  la mémoire est liée à une double référence : elle est "selon les Écritures" – il y a des citations ici – et selon la gestuelle du Christ. La même chose était dite au chapitre 2.

 

C’est à partir de là que sont écrits les évangiles. Le but n’est pas de raconter une anecdote mais de remémorer des choses vécues et surtout des choses ratées (ils ne comprirent pas d'abord) et d’annoncer la nouveauté de l’expérience de Résurrection. La Parole n’est pas la répétition de ce que Jésus a dit, puisqu’à ce moment, les disciples ne comprenaient rien. La Parole est celle que l’évangéliste écrit à la lumière de la Résurrection, quand enfin il comprend ! L’Évangile n’est pas un livre d’histoire…

 Donc voilà un certain nombre de choses par rapport au texte du chapitre 12 que nous avons ouvert à propos de l'odeur.

 

Texte tiré de l'Évangile de la vérité

J'aimerais maintenant prendre un texte tiré de l'Évangile de la vérité qui est valentinien. Il n'est pas facile, mais il est magnifique. Je prends la traduction de J. E. Ménard avec qui j'ai travaillé ce texte. L'Évangile de la vérité est écrit en grec mais on ne le possède que dans un manuscrit écrit en copte, et avec Ménard on a fait une tentative de rétroversion en grec : on a essayé de reconstituer le texte en grec en donnant en même temps une traduction française.

[NB : Pour alléger le message sur internet, le commentaire figurera dans le message suivant]

  • « Les fils du Père sont son odeur parce qu’ils sont de la grâce (de la donation) de son visage. C'est pourquoi le Père aime son odeur et la manifeste dans tous les lieux. Et si cette odeur se mêle à la matière, il donne son odeur à la lumière, et dans son silence il lui laisse assumer toute forme et tout son. Car ce ne sont pas les oreilles qui respirent l’odeur mais l’odeur, c’est au Pneuma qu’appartient de la sentir. [Lorsque cette odeur est dispersée] il l’attire à lui et la plonge dans l’odeur du Père. Il la ramène et la reconduit au lieu d’où elle est venue, dans l’odeur première qui est devenue froide dans un ouvrage psychique comme dans une eau froide, dans une terre qui n’est pas solide et dont pensent ceux qui la voient : « C’est une terre » elle va bientôt se dissoudre (se défaire)  – [N B : les guillemets peuvent être déplacés : « C’est une terre elle va bientôt se dissoudre »] – Si un souffle (pneuma) l’attire, elle se réchauffe. Les odeurs qui se sont refroidies proviennent donc de la séparation. C'est pourquoi vint la foi elle détruisit la séparation et elle apporta le Plérôme chaud de l'amour afin que le froid ne revienne plus à l'être, mais que l'unité de la Pensée parfaite règne. Tel est le Verbe de l’Évangile, découverte du Plérôme pour ceux qui attendent le salut qui vient d'en haut… »


[1] «Nous sommes en effet la bonne odeur du Christ pour Dieu pour ceux qui sont sur la voie du salut et pour ceux qui sont sur la voie de la perdition » (2 Cor 2, 15)

[3] Extraits de Théodote, début du n° 36. « Parce que nous existions nous-mêmes à l'état divisé, Jésus, pour cette raison, a été baptisé pour diviser l'indivis, jusqu'à ce qu'il nous unisse aux anges dans le Plérôme : afin que nous, – la multitude, – devenus un, nous soyons tous mélangés à l'Un qui a été divisé à cause de nous. »

[4] Dès le IXe siècle, l'Église accomplit dans son rituel du jour la bénédiction des rameaux et la procession des fidèles, issue de la liturgie de Jérusalem. Les rameaux, signes de vitalité, sont déposés sur les tombes au cimetière ou accrochés aux crucifix dans les maisons. Aujourd'hui encore, sauf en cas de confinement dû à un virus, la fête des Rameaux amène de nombreuses personnes à franchir le seuil d’une église, parfois simplement pour obtenir la bénédiction d’un rameau de buis.

[5] Au chapitre 1 on a trois fois "le lendemain" donc ça fait 4 jours, et au début des Noces de Cana il est dit "le troisième jour", en tout ça fait 7 jours.

[6] « 25S'il te plaît, YHWH (Seigneur) Hosanna (secours-nous s'il te plait) ! S'il te plaît, s'il te plaît, YHWH (Seigneur), libère ! 26Béni soit celui qui vient au nom de l’Éternel!.»

[7] Un âne est symbole de paix alors que le cheval est une monture de guerre.

[8] Cette cérémonie ressemble à celle des Hoshaanot de Soukkot (festival d'automne) elle a lieu aux alentours de la Pâque (festival de printemps). Dans la liturgie juive, les Hoshannot sont un cycle de prières propre à Soukkot (la fête des cabanes) qui se tenait autrefois dans le Temple de Jérusalem, et de nos jours à la synagogue. Lors des six premiers jours de Soukkot, on défile autour de l'estrade sur laquelle on lit la Torah avec des branches de palme, de saule, de myrte et un cédrat ; le cycle est lu au septième jour de la fête, appelé pour cette raison Hoshanna Rabba ("Grande Hoshanna"), au cours duquel on réalise les mêmes processions avec des branches de saule.

[9] Hosannah ne se trouve pas dans la Bible hébraïque, mais il est proche de l'exclamation hoshya nah (Secours-nous, s'il te plait) du Psaumes 118, 25 que les juifs lancent à Dieu lors du Hallel, qui est lu à la néoménie, lors des trois festivals bibliques (Pessa'h, Chavouot et Soukkot) et des 8 jours de Hanoukka.