Ce message est un peu différent des autres messages du blog puisqu'il donne des extraits d'un livre de Jean Daniélou.

liturgie de Melchisedeq, Ravenne, VIe sDans la 2e partie qui porte sur Melkisédeq[1], il fait écho à deux réflexions faites par Jean-Marie Martin à qui ce blog est dédié, réflexions qui se référaient aux deux passages de l'A T qui parlent de Melkisedeq :

  • Dans la Genèse : « Melkisédeq, roi de Salem, apporta du pain et du vin ; il était prêtre du Très-Haut. Il prononça cette bénédiction : "Béni soit Abram par le Dieu Très-Haut qui créa le ciel et la terre, et béni soit le Dieu Très-Haut qui a livré tes ennemis entre tes mains". Et Abram lui donna la dîme de tout. » (Gn 14, 18-20). J-M Martin disait propos de l'Eucharistie : « Il faut faire des distinctions dans l'usage que l'Évangile fait des traces (ou des figures) de l'Ancien Testament : un certain nombre sont assumées verbalement et d'autres assumées gestuellement. La référence à Melkisédeq[2] est quelque chose qui est gestué, c'est-à-dire que je prends du pain et du vin ; en revanche il n'y a pas de sacrifice d'agneau dans le christianisme, cependant toute la signification de l'agneau pascal est transférée sur le Christ… »

  • Dans le psaume 110 il y a un lieu christologique : « Tu es prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melkisédeq ». Jésus est prêtre, mais il n'a jamais été "un" prêtre. Ce qui est dit dans le psaume 110 est très important. C'est surtout repris dans l'épître aux Hébreux où il est dit que Jésus n'est pas prêtre selon l'ordre d'Aaron, mais qu'il est prêtre selon l'ordre de Melkisédeq donc en un sens plus originel : « Ce n'est pas le Christ qui s'est attribué à soi-même la gloire de devenir grand-prêtre, mais il l'a reçue de celui qui lui a dit : “Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré” ; comme il dit encore ailleurs : “Tu es prêtre pour l'éternité, selon l'ordre de Melkisédeq.” » (He 5, 5-6)

 

Dans Les saints païens de l'Ancien Testament, livre paru en 1956 et réédité en 2012 mais épuisé, J. Daniélou veut rendre à ces saints « leur place dans la liturgie et la catéchèse chrétiennes » (p. 7). Voici quelques mots sur ce livre :

  • « Comme l'auteur le souligne lui-même, l'existence historique de la plupart des personnages envisagés est bien problématique, et plusieurs d'entre eux peuvent apparaître “davantage comme des types que comme des personnes”. Son propos n'est pas de préciser les contours fuyants de ces figures, mais bien plutôt d'établir quelle place tiennent dans le plan providentiel les types qu'elles représentent. Les "païens" en question sont ceux qui, selon la Bible et l'Église, ont accédé à la sainteté “sans avoir appartenu ni à la race, ni à la religion d'Israël” : d'Abel à la reine de Saba, en passant par Noé, Job, Melchisédech[3] et quelques autres, présentés dans les divers chapitres du livre, ils se situent avant ou en marge de l'Alliance mosaïque. » (Simon Marcel[4])

Voici deux textes tirés des Saints païens de l'Ancien Testament. Paris, Ed. du Seuil, 1956 :

  1. Extraits de la conclusion du livre ;
  2. Extraits de la figure de Melkisédeq.

 

Les saints païens de l'AT

 

 

I – Le premier fond de la liturgie est cosmique

Extraits de la Conclusion

 

 

Daniélou, Les saints païens de l'ATDans l'ordre liturgique, les fêtes juives et chrétiennes n'ont pas fait disparaître la couche première des fêtes saisonnières de la religion cosmique, mais sont venues les charger de significations plus hautes. […]

 Il y a une liturgie cosmique. Ou mieux, le premier fond de la liturgie est cosmique. Si l'on prend les grandes fêtes de l'année liturgique chrétienne, Pâque, la Pentecôte, Noël, on constate que derrière leur signification chrétienne, il y a une signification juive, mais derrière la signification juive, il y a une signification cosmique.

  • Pâque a d'abord été la fête des premiers épis – et c'est de cela encore aujourd'hui que les pains azymes sont le vestige.
  • La Pentecôte est la fête qui vient clore les moissons.
  • Les Tabernacles, qui ne subsistent plus dans la liturgie chrétienne que le samedi des Quatre-Temps de septembre, était la fête des vendanges.
  • Noël est le solstice d'hiver et le commencement de l'année nouvelle.

Par là, les fêtes chrétiennes communiquent avec celles de toutes les religions. Il y a là un premier fond qui est commun.

Car les fêtes religieuses sont liées au rythme saisonnier. De tout temps, chez tous les peuples, le début du printemps, la fin des moissons, les vendanges, les solstices ont été célébrés par des fêtes. Ceci est l'expression liturgique de la révélation cosmique. Dieu est celui qui donne "les saisons fécondes", qui assure la persistance de "l'été et de l'hiver". Les fêtes liturgiques sont l'inscription de cette foi dans les rites.

Avant d'être célébrée par les hommes, cette liturgie l'est par le cosmos lui-même. « Les cieux chantent la gloire de Dieu. » La nature tout entière est un Temple où Dieu est présent et qui suscite dans l'homme religieux la crainte sacrée. « Le ciel est son trône et la terre l'escabeau de ses pieds. » Vers Lui monte l'action de grâces perpétuelle de toutes les créatures, l'encens des fleurs, le chant du vent, « la ronde de la biche et du daim », dont a parlé Péguy. Et perpétuellement les grands luminaires attestent sa présence dans le sanctuaire. C'est le Psaume qui invite toutes les créatures à cette louange :

        Louez-le, soleil et lune,
        louez-le, toutes, étoiles brillantes.
        De la terre louez Yahwéh,
        feu et grêle, neige et nuages,
        montagnes et vous collines,
        arbres fruitiers et vous tous cèdres.

Le cycle saisonnier est le cadre temporel de cette liturgie cosmique.

 

Philon d'Alexandrie nous montre le printemps comme l'anniversaire annuel de la création du monde. Il rejoint ici une idée fondamentale de toutes les religions, à savoir que le printemps est une reprise de la création, où le temps concret, toujours en voie de désagrégation, se renouvelle au temps primordial. Eusèbe, prolongeant cette vue de Philon, nous montre le printemps non plus seulement comme mémorial de la création première, mais comme préfiguration des prophéties de la future création […]

Ainsi le temps cyclique du cosmos devient-il le sacrement, le symbole perpétuel des événements historiques. Il est de l'essence de la liturgie d'être cyclique. Et c'est parce que le temps cosmique est cyclique que la liturgie est sacrement d'un autre temps.

La liturgie des hommes est une imitation et une reproduction de cette liturgie du monde.

 

On a montré que dans toutes les religions le Temple est une image du cosmos. Le sanctuaire correspond au ciel, l'atrium à l'air, le péristyle à la terre. Philon d'Alexandrie voit dans les objets sacrés du Temple de Jérusalem des symboles cosmiques : le chandelier à sept branches figure les sept planètes, l'autel des parfums l'eucharistie de l'air, la table des pains de proposition l'offrande de la terre. Les gestes rituels sont des imitations efficaces des actions cosmiques, selon les lois d'une mystérieuse correspondance. L'eau répandue sur l'autel imite et procure la pluie.

De ces gestes, le plus important est le sacrifice, l'action sacrée, par laquelle la liturgie muette des choses devient par l'intermédiaire de l'homme la reconnaissance explicite de la souveraineté de Dieu. Le sacrifice est essentiellement eucharistie, action de grâces. Par lui la création reconnaît qu'elle se reçoit tout entière de Dieu et se rapporte entièrement à lui. Il est, au sommet des actions humaines, celle qui les fait communiquer avec le ciel. Il caractérise l'humanité dans l'ordre religieux, comme l'outil dans l'ordre profane. Par l'un, l'homme affirme qu'il est maître du monde, par l'autre que Dieu est le maître de l'homme. Le temps de l'outil est celui des six jours, le temps du sacrifice est celui du septième jour. La liturgie hebdomadaire est le premier signe d'alliance entre Dieu et l'homme.

 

Or ceux dont nous avons retracé la vie dans ce livre sont prêtres de cette religion cosmique qui est commune à tous les hommes[5]. Abel - le premier - offre en sacrifice les premiers-nés de son troupeau. Après le Déluge, « Noé construisit un autel à Yahweh et, ayant pris de tous les animaux purs et de tous les oiseaux purs, il offrit des holocaustes sur l'autel » (Gn 8,20-21). Job « se levait de bon matin et offrait un holocauste pour ses enfants » (Jb 1,5). Enfin Melkisédeq, le prêtre du Très Haut, apporte le pain et le vin. En nous montrant le sacrifice dans son essence première, comme le geste spontané de l'humanité, comme l'expression même de sa nature de créature, ils nous rappellent que l'homme n'est pas fait seulement pour dominer le monde par l'outil, mais pour le rapporter à Dieu par le sacrifice.

C'est là peut-être un message dont le monde moderne a besoin. Tout entier accaparé par son entreprise de domination de l'univers par la technique, il a perdu cette autre moitié de lui-même qui s'exprime dans le sacrifice. Le monde pour lui a perdu son caractère sacré. Il n'y voit plus que le champ de ses expériences. Il n'en saisit plus la dimension symbolique, le mystère. Il n'y voit plus que le reflet qu'il lui renvoie de lui-même, non les vestiges de Dieu qui y reflète son image.

Comment, sur cet homme et ce monde sécularisé, une révélation plus haute aurait-elle prise, si c'est le sens même du mystère, le sens même du sacré qui est atteint en eux ? Comment à celui qui ne sait plus qu'il est une créature, parler de "nouvelle création", à celui qui ne voit plus l'action de Dieu dans le monde parler d'incarnation, à celui qui ne connaît plus que l'usage pratique des choses parler de "contemplation" ? C'est la première couche, originelle, universelle de l'âme religieuse qu'il faut restaurer de notre temps. Or c'est à cette première couche que correspondent les saints dont nous avons parlé et les problèmes qu'ils ont rencontrés.

 

S'il y a une liturgie cosmique, il convient qu'elle ait des saints. Et notre propos est bien de dire qu'au cadre saisonnier de la liturgie cosmique persistant sous les liturgies successives doit correspondre le culte des saints de cette liturgie, saint Abel, saint Job et saint Lot. […]

Les saints de l'ordre cosmique… leurs exemples étaient à la base de la catéchèse des temps antiques. Déjà chez les juifs alexandrins, Philon consacrait-il de longs traités à montrer, en Sem, Seth et Noé, les premières vertus, à partir desquelles on pouvait s'élever aux plus hauts mystères avec Abraham, Jacob et Isaac. […]

 

II – La figure de Melkisédeq

Extrait des pages 129-137

 

Parmi les grandes figures non juives de l'Ancien Testament, Melkisédeq est l'une des plus éminentes. La Genèse ne lui consacre qu'un bref paragraphe, mais chargé de signification (Gn 14, 18-20). Le psaume 109 nous montre en lui le modèle du "prêtre éternel". L'épître aux Hébreux lui consacre de longs développements. […] Les chrétiens exaltent en lui l'image du sacerdoce du Christ et les prémices de l'Église des nations.

La fête de saint Melkisédeq est célébrée le 25 avril… La messe romaine mentionne son sacrifice entre ceux d'Abel et d'Abraham.

Autour des brèves et mystérieuses lignes de la Genèse, de merveilleuses légendes se construisent.

  • Le Livre des secrets d'Hénoch, un écrit judéo-chrétien du second siècle, lui attribue une conception miraculeuse et le montre soustrait à la mort et enlevé au paradis par l'Archange Michel.
  • La Caverne des trésors syriaque en fait une anticipation de Jean-Baptiste.
  • Certains gnostiques, les Melkisédéquiens verront lui une manifestation de l'Esprit Saint.

Mais la réalité est encore plus admirable. Melkisédeq est le grand prêtre de la religion cosmique. Il rassemble en lui toute la valeur religieuse des sacrifices offerts depuis les origines du monde jusqu'à Abraham et atteste qu'elle a été agréée de Dieu.

Melkisédeq est « le prêtre du Très Haut qui a fait le ciel et la terre » (Gn 14,13). Il connaît le vrai Dieu, non pas sous le nom de Iahweh qui sera révélé à Moïse pour exprimer les richesses nouvelles que l'alliance manifeste de lui, mais sous le nom de El, qui est celui du Dieu créateur, connu à travers son action dans le monde. Et c'est là une nouvelle attestation de la connaissance de Dieu à travers le cosmos que nous avait déjà montré Hénoch. Melkisédeq est prêtre de cette religion première de l'humanité, qui n'est pas limitée à Israël, mais embrasse tous les peuples. Il n'offre pas le sacrifice dans le Temple de Jérusalem, mais le monde entier est le Temple d'où monte l'encens de la prière.

Il n'offre pas le sang des boucs et des taureaux, le sacrifice expiatoire. Mais il offre la pure oblation du pain et du vin, le sacrifice d'action de grâces. Et c'est bien l'action de grâces qu'il offre, pour la victoire d'Abraham, vers lequel Dieu l'a envoyé. Il reçoit la dîme d'Abraham, c'est-à-dire la part prélevée sur tous les biens, pour servir au culte de Dieu. Et si Abraham est l'initiateur d'une alliance nouvelle et plus haute, il rend d'abord hommage à la légitimité de cette alliance première entre les mains de son grand prêtre. Tel, sur les bords du Jourdain, à une autre charnière de l'histoire, Jésus recevant le baptême de Jean-Baptiste avant de le voir s'incliner devant lui. Melkisédeq est roi et prêtre, rassemblant en lui les deux onctions qui seront divisées entre David et Aaron et ne seront plus rassemblées qu'en Jésus.

Ainsi, sans nul besoin de faire appel à la légende, nous apparaît la grandeur de Melkisédeq. Le sacrifice est l'action religieuse par excellence, l'acte par lequel l'homme reconnaît le souverain domaine de Dieu sur lui-même et sur toutes choses, en lui offrant les prémices de ses biens. Tel, depuis les origines du monde, le geste d'Abel offrant les prémices de son troupeau. Ainsi, au seuil de l'humanité surgissent les deux gestes essentiels, Abel inventant le rite et Caïn fabricant l'outil, les deux gestes dont les vestiges, après les millénaires, attesteront la présence de l'homme. […]

Mais la grandeur de Melkisédeq n'est pas seulement d'être la plus parfaite expression de son ordre propre, mais d'être la figure de celui qui sera le grand prêtre éternel et qui offrira le parfait sacrifice. C'est ce que le psaume 109, dans un texte d'une importance évidente, annonçait : « Tu es prêtre pour toujours, selon l'ordre de Melkisédeq. » Le psalmiste annonçait ainsi qu'à la fin des temps paraîtrait le dernier grand prêtre, celui qui serait grand prêtre pour toujours, parce qu'il épuiserait la réalité du sacerdoce et qu'il ne pourrait plus y en avoir d'autre après lui. C'est ce texte que l'épître aux Hébreux appliquera à Jésus, en attestant qu'il se réalise en lui (He 4,6).

Il faut relire le texte extraordinaire où l'épître aux Hébreux nous montre en Melkisédeq la figure du Christ :

  • « Ce Melkisédeq, roi de Salem, prêtre du Dieu Très Haut, est d'abord, selon la signification de son nom, roi de justice (le tsedeq est la justice), puis roi de paix (le shalom est la paix), qui est sans père, sans mère, sans généalogie, qui n'a ni commencement des jours, ni fin de vie et qui est ainsi devenu semblable au Fils de Dieu, ce Melkisédeq demeure prêtre pour toujours » (He 7,1-3).

Ainsi pour Paul [censé être l'auteur de l'épître aux Hébreux], les titres mêmes de Melkisédeq se chargent d'un mystérieux symbolisme, la justice et la paix se réunissent en lui, la justice et la paix dont le psaume 84,2 dit qu'elles se sont embrassées.

Mais le plus étrange n'est pas là. Paul semble nous montrer Melkisédeq comme surgissant dans le monde “sans père et sans mère”. N'en fait-il pas quelque personnage céleste ? En réalité Paul part ici du fait remarquable qu'à la différence des autres personnages de la Bible dont on nous donne longuement les généalogies, Melkisédeq n'est rattaché à aucune race et qu'on ne lui donne aucune descendance. Ceci ne veut aucunement dire pour Paul qu'en réalité il n'ait eu ancêtres et descendants. Mais l'absence de leur mention par la Bible apparaît à Paul comme une figure de celui qui n'aura pas de père car il vient du ciel, et qui ne s'inscrira pas dans une succession sacerdotale.

Saint Paul veut marquer ici un trait essentiel du sacerdoce du Christ, qui est d'être définitif, en sorte qu'il soit le grand prêtre éternel, celui après lequel il n'y en a plus d'autre. Il oppose pour cela le sacerdoce de Melkisédeq qui ne s'inscrit pas dans une succession et celui d'Aaron qui s'inscrivait dans une succession. La succession des prêtres dans le sacerdoce lévitique marque l'imperfection de celui-ci : « Si la perfection avait été réalisée par le sacerdoce lévitique, quelle nécessité y avait-il que surgît un autre prêtre, selon l'ordre de Melkisédeq » (He 7,11). Ils avaient des prédécesseurs et ils devaient avoir des successeurs : « Les prêtres juifs forment une longue série, parce que la mort les empêchait de l'être toujours » (He 7,23).

À cela s'oppose le sacerdoce du Christ : « Grand prêtre des biens à venir, il est entré une fois pour toutes dans le Saint des saints, ayant acquis une rédemption éternelle » (He 9,11). Il est prêtre pour toujours, parce que le sacrifice qu'il a offert est acquis pour toujours. Les sacrifices qui étaient offerts jusque-là exprimaient l'effort de l'homme pour reconnaître la souveraineté divine. Mais leurs efforts n'aboutissaient pas à cause de la trop grande disproportion entre la fragilité de l'homme et la sainteté de Dieu. Sacrifices païens de Melkisédeq, sacrifices juifs d'Aaron, tous se heurtaient au seuil infranchissable. Ils ne pénétraient pas dans le sanctuaire, et leur répétition même attestait leur échec. […]

Dans l'activité sacerdotale de Jésus-Christ, Dieu a été parfaitement glorifié en sorte qu'aucune gloire nouvelle ne peut lui être donnée. Et ainsi tous les autres sacrifices sont abolis et nous ne pourrons plus désormais offrir au Père que l'unique sacrifice de Jésus-Christ, dont chaque eucharistie est le sacrement, par l'unique sacerdoce de Jésus-Christ, dont tout sacerdoce est la participation.

Mais en abolissant ainsi tous les sacrifices anciens, Jésus-Christ ne les détruit pas, mais les accomplit. Par lui tous les sacrifices de toutes les nations, tout l'effort de l'homme pour glorifier Dieu est rapporté au Père et parvient jusqu'à lui : « Per ipsum et cum ipso et in ipso est tibi Deo Patri omnipotenti omnis honor et gloria ». Et la mention du sacrifice de Melkisédeq, "sanctum sacrificium, immaculatam hostiam" au canon de la messe, atteste que ce ne sont plus seulement les sacrifices du Temple d'Israël, mais aussi ceux du monde païen qui sont ainsi repris et assumés dans le sacrifice du Grand Prêtre éternel.



[1] Il y a une petite étude de Michael Langlois sur cette figure : « Melkisédeq, on le retrouve mentionné dans le Psaume 110 verset 4, où il est question d'être prêtre “à cause de (ou à la manière de) Melkisédeq”. Le contexte de ce psaume est messianique, et évoque une prêtrise éternelle. On en vient à se demander si Melkisédeq n'est pas un être hors du temps, peut-être même un être divin, à l'instar des anges, à qui une prêtrise éternelle aurait été confiée. Cela expliquerait son caractère mystérieux. Justement, à Qumrân, parmi les célèbres manuscrits de la mer Morte, on trouve deux personnages opposés : Melkisédeq et Melkirésha (“Roi d’impiété”), qui représentent d'une certaine manière l'opposition entre les forces du bien et les forces du mal. (Voir notamment les manuscrits 4Q280, 4Q401, et surtout 11Q13.) Il semble que ce ne sont pas de simples êtres humains, mais des êtres divins. Il n’est donc guère surprenant que, dans le Nouveau Testament, Jésus soit comparé à Melkisédeq, dans l'épître aux Hébreux (chapitres 5 à 7). Cette épître fait la part belle aux êtres divins, notamment les anges, et s'intéresse donc à Melkisédeq, ce prêtre à mi-chemin entre le monde humain et divin. Or, c'est précisément la vision que l'auteur de l'épître a de Jésus : il est lui-même prêtre et roi, non pas comme un humain (tel Aaron), mais comme un être divin (tel Melkisédeq). » (https://michaellanglois.org/questions/qui-est-melchisedek/)

[2] « Melkisédeq, roi de Salem, apporta du pain et du vin ; il était prêtre du Très-Haut. Il prononça cette bénédiction : "Béni soit Abram par le Dieu Très-Haut qui créa le ciel et la terre, et béni soit le Dieu Très-Haut qui a livré tes ennemis entre tes mains". Et Abram lui donna la dîme de tout. » (Gn 14, 18-20).

[3] Le nom de Melchisedech s'écrit Melkisédeq, dans une transcription moderne de l'hébreu

[4] Revue d'Histoire et de Philosophie religieuses. Année 1957, 37-3, pp. 275-276 (https://www.persee.fr/doc/rhpr_0035-2403_1957_num_37_3_3510_t1_0275_0000_1)

[5] « Tu as dès l'origine établi des prêtres au service de ton peuple : Abel d'abord, Seth, Enos, Hénoch, Noé, Melkisédeq et Job » (Const. Apost. VIII, 5)