Foi et Résurrection sont deux mots essentiels du Nouveau Testament qui sont liés. Pour les entendre et entendre leur rapport, Jean-Marie Martin, spécialiste de saint Jean et saint Paul, en a souvent parlé lorsqu'il était professeur de théologie à l'Institut catholique de Paris et aussi dans les sessions et les retraites qu'il a animées. Des extraits de trois de ses interventions ont été regroupées pour figurer ici. Il peut y avoir donc des redites.

Le mot "foi" étant un mot qui nous arrive dégradé, en préalable figure une proposition de Jean-Marie Martin. Elle est plus développée dans La foi comme entendre, un entendre qui est acte pascal ; la foi comme recueil de la Résurrection.

 

Foi et Résurrection à partir de saint Paul

 

Préalable. Traduire les mots "foi" et "croire" par "entendre"

Le mot de "foi" est vraiment un des plus mauvais aujourd'hui pour traduit pistis à cause des différents sens qu'il a pris :

  • un sens plutôt intellectuel désignant un catalogue d'opinions doctrinales,
  • et un sens de persuasion et de sentiment subjectif, une promesse de fidélité, de confiance : je te donne ma foi, etc..

Cette variété de sens qui est caractéristique de l'Occident n'est pas du tout de l'Évangile, elle enténèbre pour nous l'emploi de ce mot, si bien que de façon provisoire, nous conseillons, chaque fois qu'on rencontre le mot pistis ou le verbe pisteueïn, de traduire par le mot "entendre" : entendre la résurrection.

Mais attention, quand nous disons cela, vous, vous pensez que l'objet de l'acte de foi, c'est la résurrection, et que l'acte de foi c'est l'acte subjectif qui dit la résurrection : sujet/objet. En réalité le rapport est beaucoup plus complexe, il est différent de celui-là.

 

1°) Réflexions à partir de 1 Cor 15, 12-19[1] (Extrait d'une retraite)

 

  • « 12Or, si l'on prêche que Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu'il n'y a point de résurrection des morts ? 13S'il n'y a point de résurrection des morts, Christ non plus n'est pas ressuscité. 14Et si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine. 15Nous nous trouvons être de faux témoins de Dieu, puisque nous témoignons à propos de Dieu qu'il a ressuscité le Christ, alors qu'il ne l'a pas ressuscité si donc les morts ne ressuscitent pas. 16En effet si les morts ne ressuscitent pas, le Christ n'est pas ressuscité ; 17Si le Christ n'est pas ressuscité votre foi (pistis) est vide, vous êtes encore dans vos péchés, 18et donc ceux qui se sont endormis en Christ sont perdus 19Si nous avons mis notre espérance en Christ seulement pour cette vie, nous sommes les plus pitoyables des hommes. »

C'est dans ces versets 12-19 que se décèle la raison du “rappel” de saint Paul au verset 1, il s'agit d'une contestation qui se fait à Corinthe à propos de notre propre résurrection.

  • « 1Je vous rappelle, frères, l'Évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu et dans lequel vous demeurez fermes, 2par lequel aussi vous vous sauvez, si vous le gardez tel que je vous l'ai annoncé ; sinon, vous auriez cru en vain. 3Je vous ai donc transmis en premier lieu ce que j'avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, 4qu'il a été mis au tombeau, qu'il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures. »

Il faut bien voir l'enjeu de cette situation. Ce qui est en question dans le discours de Paul ce sont les dernières choses de l'homme. Or d'une part la discussion ici ne porte pas sur la question de savoir si le corps au dernier jour ressuscitera. Je dis ça car, pour nous, de toute façon, l'âme est immortelle et a la vision béatifique : nous sommes toujours tentés d'entendre le mot résurrection en ce sens, en nous fondant sur une distinction dont nous avons toujours beaucoup de mal à nous défaire, la distinction entre l'âme et le corps. Ce qui est en question ici, c'est vraiment le destin de l'homme dans sa totalité, de l'homme intégral, sous le terme de résurrection. Et d'autre part la résurrection est le fait non seulement du Christ mais de tous, et c'est cela qui introduit la question qui va désormais nous occuper, celle du rapport entre le Christ et nous, entre le Christ et tous.

Comment entendre ce mot inouï de résurrection ? Disons simplement, de façon négative : en intensité le mot résurrection désigne l'eschaton, les choses dernières, le destin de l'homme intégral ; et en ampleur, dans le Nouveau Testament, il allude toujours au destin de l'humanité dans son ensemble.

Ici il y à l'usage du mot de foi : “votre foi”. Et foi est un autre mot pour recevoir : la réception de l'annonce s'appelle traditionnellement foi. Le mot le plus basique, c'est "recevoir", le mot le plus originellement traditionnel, c'est “la foi”, mais le mot de foi se divise ensuite en expressions, tout le vocabulaire du recevoir (entendre, voir etc.). Le point important de ce paragraphe, c'est le double adjectif "vide" et "vain". Et ce qui résume ce paragraphe c'est : « S'il n'y a pas de résurrection, la foi est vide (du mauvais vide) ». Je m'arrête une seconde sur ce point.

Les sondages ne sont pas grand-chose, mais on demande quelquefois aux Français : Est-ce que vous êtes chrétiens ? Il y a encore un bon nombre de réponses « Oui ». Ensuite : Est-ce que vous croyez à la résurrection du Christ ? « Oh non ! ». Vous voyez le décentrement.

Être chrétien, c'est avoir la foi au Christ : sans la résurrection il n'y a rien, c'est vide ; et s'il y a la résurrection, ça suffit, il y a tout, tout comme principe éclairant un ensemble bien sûr, mais c'est ce qui constitue l'annonce de ce qui est le centre. Comment peut-on se dire chrétien et penser que probablement il n'est pas ressuscité, ou être absolument sûr qu'il n'est pas ressuscité ? Vous voyez que ce qui est au centre n'est même plus à la périphérie, il est en dehors. C'est pourquoi notre tâche première est toujours de recentrer, quelque thème que nous prenions.

 

Ceci dit, il ne s'agit pas de tomber dans le mépris ou la critique. Que veut dire ce qui se passe aujourd'hui ? C'est le produit d'une longue histoire qui est, d'une certaine façon, assez compréhensible, parce que les articulations du discours se sont modifiées au cours des siècles dans le travail même de la théologie, et parce que par ailleurs le mot de résurrection est un mot tellement peu important à notre oreille comparé aux questions majeures qui se posent.

– Il y a une première raison, c'est que nous pensons en général la résurrection comme un événement qui est arrivé à un individu entre autres, et non pas comme une annonce qui, annonçant la résurrection du Christ, nous ressuscite déjà intérieurement. La foi, c'est entendre, et entendre la résurrection du Christ me ressuscite maintenant.

– Et il y a une autre raison, c'est que la résurrection est pensée comme la réanimation d'un cadavre, ce qu'elle n'est pas. Jésus ne revient pas à ce qu'il était. En effet « Jésus ressuscité ne meurt plus » (Rm 6, 9) ; or la vie que nous connaissons est une vie mortelle, donc il ne revient pas à cette vie. Lazare est revenu à cette vie mais on ne prêche par la résurrection de Lazare, on prêche la résurrection de Jésus. Quelle est la fonction de la résurrection de Lazare, c'est une autre question : Lazare est ressuscité mais il est re-mort (si le mot existe).

 

Résurrection, P Solomon Raj (Inde)Il y a deux mots pour dire la résurrection :

1°) le verbe égeïreïn (éveiller), éveiller la semence dormante. C'est un éveil à un espace de vie neuf. Pour Jésus la mort n'est rien d'autre que l'accomplissement même du plus profond sommeil : « notre ami Lazare dort » mais il parlait de la dormition qui est la mort (Jn 11, 11-13). L'entrée dans un espace de vie neuf ne se fait que par un éveil à cet espace : venir à un monde neuf. Ceci commence dès maintenant, traverse notre état mortel, nous fait accéder à la vie. « Nous avons été transférés – c'est mis au passé – de la mort à la vie. » (1 Jn 3, 14) c'est-à-dire que ce que l'Écriture appelle la mort, nous l'appelons couramment la vie, c'est-à-dire la vie mortelle : « Nous avons été éveillés à un espace de vie aïônios » – on traduit aïônios par éternel, mais le mot éternel est trop petit pour dire ce que signifie ce mot.

2°) et l'autre mot c'est anastasis qui correspond au verbe “se relever”. Et ce mot de se relever, reprendre la posture verticale, a à voir avec la symbolique profonde de la croix elle-même : la posture debout, donc l'élévation, droite, sera à la fois le signe de la mort parce qu'il s'agit d'une mort sur la croix (une mort verticale) et de la résurrection de l'homme debout.

 

Le « Certains disent» du verset 12 désigne ceux qui sont venus à l'Église de Corinthe où l'on a dit « Jésus est ressuscité », et où cependant certains n'en tirent pas la conclusion que « nous ressusciterons ». Car le problème ici n'est pas la négation de la résurrection de Jésus : « 12Si on prêche le Christ, ce qui est qu'il est ressuscité des morts, comment certains de vous disent-ils qu'il n'y a pas de résurrection des mots (c'est-à-dire que nous ne ressusciterons pas) ? »

Et toute l'argumentation de Paul est fondée là-dessus ; en effet : « 13S'il n'y a pas de résurrection des morts (si nous ne ressuscitons pas), le Christ non plus n'est pas ressuscitédonc vous êtes en contradiction avec la foi – 14Si le Christ n'est pas ressuscité notre kêrygma (notre annonce) est vide et votre foi est vide. » L'argumentation de Paul est ce qu'elle est, mais l'important, c'est qu'en vérité dans l'expression « Christ est ressuscité » est inclus que nous ressusciterons, d'entrée, d'emblée[2].

Autrement dit le bénéfice de ce passage est de nous apprendre deux choses sur la résurrection au sens paulinien du terme :

– d'abord que son annonce « la résurrection du Christ » est centrale,
– mais qu'elle implique d'emblée, d'entrée, que c'est une annonce qui ne concerne pas seulement un individu Jésus, mais l'humanité tout entière.

C'est ce caractère indissociable de la relation Jésus / humanité qui va s'expliquer chez Jean par la différence entre le Fils un et les enfants, les multiples qui sont réunifiés dans le Fils un. Jésus n'est jamais un individu seul. Jésus dit : « vous serez dispersés chacun vers son propre et vous me laisserez seul – mais il ajoute aussitôt – je ne suis pas seul car le Père est avec moi » (Jn 16, 32). Il est toujours dans la double relation. Parler de Jésus comme d'un individu clos, isolé, n'a aucun sens, ça n'existe jamais dans les évangiles. Il est toujours le Fils, c'est-à-dire dans la relation au Père, et il est toujours « celui qui a en charge la totalité de l'humanité » car « le Père lui a remis la totalité dans les mains », deux expressions de saint Jean.

Si vous lisez les évangiles, regardez les gestes de Jésus. Ce qui est intéressant, c'est de voir comment il est “par rapport à” : il est toujours dans une relation. Par exemple : il se retire dans la montagne et prie le Père ; il lève les yeux et voit la foule qui vient et qui a faim, etc.

Le relationnel n'est pas quelque chose qui advient à un individu déjà constitué, c'est une chose absolument fondamentale d'anthropologie : l'homme est d'abord relationnel, il est d'autant plus lui-même qu'il est plus ouvert à. Ce n'est pas d'abord un espace clos qui a ensuite d'éventuelles relations, il est nativement relationnel, c'est pour ça qu'il est nativement “fils de”, forcément. Et s'il a un nom, le nom dit à la fois son nom propre (ce qu'il a le plus en lui-même, la région la plus intime de lui), et en même temps désigne la capacité d'être appelé, donc l'ouverture à. Avoir un nom, c'est pouvoir être appelé parce que j'ai déjà été appelé nativement par Dieu.

Le décentrement de l'Évangile va de pair avec un décentrement de l'homme lui-même qui se pense comme individu. Même dans ce qui paraît souvent être le meilleur de notre pensée comme la déclaration des droits de l'homme, il y a une pré-conception de l'homme comme individu. Dans le contexte même de démocratie, un individu vaut un individu, c'est vrai en un sens et en même temps c'est l'attestation d'une carence profonde par rapport à une anthropologie de type biblique. Il faut tenir les deux.

 

2°) Foi et Résurrection à partir de Rm 10, 8-9 (Extrait de cours à l'ICP)

 

J'ai choisi ce texte parce que c'est un des lieux privilégiés dans lequel l'objet de la foi (ce que dit la foi) c'est essentiellement la résurrection. Mais je dis cela provisoirement car le mot "objet de la foi" est très mauvais.

  • « C'est la parole de la foi que nous annonçons. Car si tu confesses dans ta bouche que "Jésus est Seigneur" et si tu crois dans ton cœur que "Dieu l'a ressuscité des morts" alors tu seras sauvé »

Voici sous les deux formes primitives deux fois dites l'essentiel de l'Évangile :

– "Pistis", mot que nous avons traduit provisoirement comme tout le monde par "foi".
“Tu seras sauvé” – là, c'est la notion de "salut" qui intervient et qu'on peut retrouver sous d'autres formes ;

« Si tu crois que Dieu l'a ressuscité des morts » : pistis (la foi) c'est ce qui recueille la résurrection, et c'est reçu dans le cœur : « si tu crois dans ton cœur », au point que dans le Nouveau Testament, le mot "résurrection" ne s'entend que par la pistis, et pistis ne dit rien d'autre que "résurrection".

Bien sûr et il y a des emplois du mot pistis dans les Septante[3] – et du mot correspondant hébreu dans l'Ancien Testament – qui désignent ce que nous traduisons par "foi", bien avant les évangiles qui parlent de la résurrection de Jésus, mais cela est ressaisi dans le Nouveau Testament à partir de la résurrection. C'est tellement vrai que lorsqu'on parle de la foi d'Abraham, on explique : Abraham a bien eu la foi parce que, sacrifiant son fils, il attestait par là qu'il croyait à la résurrection[4].

Voyez à quel point les notions de pistis (foi) et de résurrection sont mêlées dans la sémantique néotestamentaire.

 

3°) Foi et résurrection à partir de Rm 4,17 et de la figure d'Abraham (Extrait d'un autre cours à l'ICP[5])

 

●   Abraham lui-même a eu la foi en croyant à la résurrection.

« Il a cru au Dieu qui vivifie les morts. » (Rm 4, 17).

 Là il ne s'agit pas de faire la moue et de me dire : il n'est pas vraisemblable qu'Abraham ait cru en la résurrection. Je suis d'accord, ce n'est pas vraisemblable du tout pour un historien, mais ce n'est pas le problème. La question est de savoir ici ce que ce Paul entend par "foi" et de voir son processus de pensée qui, méditant le prototype de la foi, étant donné ce qu'il sait du mot de foi, ne peut pas ne pas le trouver en Abraham. Et il le précise à la fin du chapitre : ceci – à savoir que cela lui a été compté pour justification – n'a pas été écrit à cause de lui seulement mais aussi pour nous qui croyons. Le mot de "descendance d'Abraham" n'est pas loin : il est tout près de prendre un nouveau sens puisque, Abraham étant essentiellement la foi (il faudrait voir pourquoi), celui qui croit est vrai fils d'Abraham… il croit en quoi ? c'est dit à la fin : il croit en celui qui a ressuscité Jésus Notre Seigneur d'entre les morts (v. 23).

Et il faut bien voir que croire Jésus ressuscité ce n'est pas une opinion sur ce qui est arrivé à Jésus, c'est ressusciter soi-même parce que la foi donne de vivre. La foi n'est pas une documentation sur le salut. La foi c'est être sauvé, c'est entendre cette parole unique qui me libère et me sauve, c'est-à-dire qui me tient et me reconduit à mon propre. Mais constamment nous l'entendons d'une autre manière, et la manière la plus courante est de l'entendre comme une parole de loi parce qu'on cherche les causes : le Dieu qui sauve c'est couramment celui qui impose des lois !

●   "Justifier l'impie" et "vivifier les morts" c'est la même chose.

En passant je vous fais remarquer que la phrase du verset 5 « celui qui croit en celui qui justifie l'impie » est à mettre en rapport avec ce verset 17 : « il a cru au Dieu qui vivifie les morts », et là il s'agit d'Abraham. Il faut voir que "justifier l'impie" et "vivifier les morts" c'est la même chose.

En effet le mot de "mort" a une ampleur autre que biologique dans le champ de l'Écriture, et l'impiété a des incidences en elle-même autres que ce que nous posons par exemple dans le champ de la morale ou de la pratique religieuse. C'est clair : il nous faut penser ces choses ensemble. Cela nous le faisions déjà dans la lecture de saint Jean lorsque nous disions que croire à la résurrection et croire à l'agapê (amour, charité…), c'est la même chose. Nous avons entendu cela longuement chez saint Jean.

Nous savons que croire ce n'est rien d'autre que croire à la résurrection, mais que l'ampleur de ce que dit le mot "résurrection" demande à être pensé.

Ce qui demande donc à être pensé pour entrer dans la pensée de Paul, ce sont tous nos mots, puisque chez nous l'impie a à voir avec l'éthique, et la résurrection a à voir avec la biologie, donc aucun rapport. Et surtout ne vous avisez pas d'inventer un rapport, c'est-à-dire qu'une mauvaise action de l'ordre de l'éthique causerait par mode punitif la mort, de même qu'une bonne action aurait un rapport causal avec la résurrection ! Non. Alors le mot de mort n'a pas chez nous l'ampleur qu'il a chez Paul parce que précisément chez lui la vie est pensée dans l'ampleur de la nouveauté de la résurrection.

●   Dans la Bible, la première question est "vivre ou être mort".

Par ailleurs, Paul précise qu'Abraham « a cru au Dieu qui vivifie les morts et qui appelle les non-étants comme étants. » Je vous signale que ce qu'il en est "d'être ou de n'être pas" et qui se pense chez nous à partir de ce que nous appelons la création est ici une expression subordonnée à la thématique de "vivre ou être mort" car la pensée se fait à partir de l'idée de la vie, comme dans la résurrection. Comprenant cela, nous avons introduction à la grande symbolique de notre Bible. En effet, la première question n'est pas "être ou n'être pas" que nous pensons dans le registre de l'être et du néant, la première question est "vivre ou être mort". C'est pour cette raison que le cœur de l'expérience christique est mort et vie, mort et résurrection, c'est le cœur, c'est l'essentiel.

De même, la création n'est pas pensée à partir du "faire" mais à partir de "l'appel" : « et appelant les non-étants comme étants » (v. 17). La création est entendue en enveloppement de la résurrection, c'est-à-dire de l'être dans le monde de la vie.

●   La foi (pistis) c'est "laisser espace à la Vie".

Il devait ressortir quelque chose pour nous de la figure d'Abraham développée dans ces versets.

Pensé à partir du contexte, le mot pistis (foi) désigne ce qui laisse espace à la vie au-delà de ce qu'on peut conjecturer. Ceci est l'essentiel à partir de quoi nous pouvons penser le mot pistis. Comment s'interprète pistis ? Laisser espace à la Vie.

À partir de là il nous faudrait réfléchir pour notre compte. Il y a plusieurs choses imbriquées dans cette expression :

  • laisser espace, cela semble passif, mais n'est-ce pas une prodigieuse activité d'espace ?
  • laisser espace à la Vie c'est-à-dire à ce que je reçois.

C'est ici que se déploierait la distinction entre la vie et la parole. La vie se donne par la parole, n'est pas saisie par la main, mais ne s'entend qu'à la mesure où c'est adressé, prononcé par quelqu'un. La dimension de parole qui est impliquée par le terme de foi (la foi c'est entendre)[6] refuse mon autojustification. On n'est pas justifié par ses œuvres mais par Quelqu'un qui justifie.



[2] « Nous sommes tentés de penser qu'il s'agit ici d'un raisonnement de saint Paul à partir d'un fait, le fait étant la résurrection individuelle du Christ à partir de laquelle, ensuite, saint Paul raisonnerait pour déduire notre résurrection. Il n'en est rien. C'est parce que c'est notre structure mentale de procéder ainsi que nous la transvasons dans ce texte. En réalité la résurrection du Christ n'existe que comme principe de notre résurrection et ne se pense pas sans elle. Notre résurrection fait partie des entours sans lesquels la résurrection du Christ n'est pas. L'expérience de Paul est l'expérience de résurrection dans toute son ampleur, dans toute son intégralité, et ne peut donc pas être réduite au constat d'un fait. » (J-M Martin, extrait du cours de théologie à l'Institut Catholique en 1973-74).

[3] Les Septante[3] sont la traduction grecque de l'Ancien Testament.

[4] Voir le 3°)

[6] À propos de la foi, l'espérance et l'agapê Jean-Marie Martin propose de penser que « le pneuma (l'Esprit, le Souffle…) est ce qui donne d'entendre (foi), d'attendre (espérance) et de s'entendre (agapê). » (Cf. Contradictions en 1 Cor 13, 4-13 ? Foi, espérance et charité (agapê) : entendre, attendre, s'entendre )