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La christité
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  • Ce blog contient les conférences et sessions animées par Jean-Marie Martin. Prêtre, théologien et philosophe, il connaît en profondeur les œuvres de saint Jean, de saint Paul et des gnostiques chrétiens du IIe siècle qu’il a passé sa vie à méditer.
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20 septembre 2023

Le symbolisme du fruit : extraits d'un ancien article de J-M Martin

Dans cet article, "le symbolisme du fruit", Jean-Marie Martin se réfère à la figure d'Adam qui apparaît en Genèse 3. Il l'aborde à partir de la lecture que saint Paul en fait en Philippiens 2 : le fruit est entendu "à travers le geste qui le saisit".

L'article dont il est question a été écrit dans les années 1970 (cf. Qui est Jean-Marie Martin ?). Nous n'avons pas l'article lui-même mais les extraits que J-M Martin a cités dans son cours de théologie à l'Institut Catholique de Paris en 1970, lors d'un cours où il étudiait Ph 2, 6-11. Le chapitre en question figure sur le blog : Un discours originel sur le Christ, ch. 2 du cours de J-M Martin sur "le Mystère du Christ"

Si l'un de vous a l'article entier sur le symbolisme du fruit, j'aimerais en avoir copie, vous pouvez m'écrire par Contacter l'auteur.

 

Le symbolisme du fruit

 

Il nous reste à parler des implications anthropologiques du discours que nous étudions (Ph 2, 6-11). Nous aurions pu le faire à nouveau frais. En fait on nous a demandé il n'y a pas très longtemps un tout petit article facile sur "Le symbolisme du fruit", et c'est cette question-là que nous y avons traitée. Nous nous en servons donc ici, si vous le permettez.

« En symbole, les choses ne parlent pas d'elles-mêmes, mais de l'homme. Elles ne sont pas encore déprises du regard, de la main, de la bouche. Le fruit de la Genèse prend la forme du geste qui le saisit, de la bouche où il se porte. Il devient la figure d'une façon de voir et de vivre. »

Ceci reflète très exactement ce que nous disions l'autre jour, à savoir que le regard est impliqué dans le contenu même du symbole ; c'est une façon de le dire, une façon qui est commandée ici par l'imagerie du fruit qui est sous-jacente.

Tentation d'Eve par le serpent« C'est ainsi que saint Paul l'entend quand il propose le Christ modèle d'une nouvelle façon d'être homme (Ph 2). Le contraste avec le geste significatif de la vieille humanité d'Adam s'impose à son esprit et guide jusqu'au choix de ses mots. Il oppose l'attitude du Christ au geste ancien d'accaparer, de saisir, ou de retenir pour soi. Et le mot grec harpagmon, de consonance familière à nos oreilles – Harpagon, n'est-ce pas ? – nous invite à penser aux thésaurisateurs plutôt qu'à l'innocent voleur de pommes.
Dans les deux cas, il s'agissait de l'égalité à Dieu, de la seigneurie de l'homme sur le monde. Or elle ne se prend pas, elle se reçoit. L'abnégation du Christ fait du monde un monde donné, qui se perçoit dans l'émerveillement pour l'action de grâces. Ce que manquaient à cueillir les doigts crochus, s'accueille de mains rondes. C'est-à-dire ni simplement posé là – ce qui est fréquent dans notre esprit : le monde posé là, il est là, il est simplement posé là – ni soumis à l'emprise indiscrète : les choses, les événements, autrui, Dieu même, tout en Jésus Christ est gracieusement donné à l'homme. »

Dans notre article, nous faisons ensuite état d'un autre aspect du symbolisme général du fruit, qui ne concerne pas directement notre texte mais qui va y reconduire.

« Par son geste, l'homme ne fait que dévoiler les possibilités du monde. Notre usage connaît deux emplois bien distincts du mot "fruit" : un sens propre lui fait désigner le produit d'un végétal, et le sens métaphorique le déduit à figurer le résultat d'une action, par exemple le fruit du travail. Pour les Anciens, le fruit découvre d'abord les virtualités de la graine. Il est ainsi l'image d'une connaissance qui arrive à maturité, d'une vie qui s'exprime.

Et c'est ainsi que le fruit d'Adam découvrait et instaurait les possibilités d'un monde mélangé. Selon le nom même de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, il instaurait le lieu d'un conflit entre le bien et le mal, entre la mort et la vie. À rebours, le Christ, fruit de l'arbre de vie, découvrait et instaurait le monde de la vraie vie, de la paix – par opposition au conflit dont nous parlions – et de la connaissance sans mélange.

Si cette vie est appropriée à l'homme, s'il se l'assimile comme une nourriture, rien d'étonnant à ce que les Anciens aient appelé l'Eucharistie "fruit de l'arbre de vie" – il y a dans la patristique des expressions de ce genre dont nous cherchons ici l'organisation intime – et là encore le geste de manger ne prend son sens que de l'attitude intérieure qui le précède et le conduit. "Eucharistie" se traduit : "action de grâces", c'est-à-dire accueil dans l'émerveillement et la gratitude. L'homme est provoqué à voir et à vivre les choses et les événements à l'image du Christ qui, la veille de sa passion, sut eucharistier pour le pain comme aussi pour l'événement de sa mort : « Ceci est mon corps livré ».

Le symbole provoque à voir le grand dans le petit – c'est une bonne définition du symbole qui n'est pas de nous : on la trouverait chez les auteurs du IIe siècle –. Le sens de l'homme et du monde s'y peut concentrer en la figure d'un fruit.

On comprend, n'est-ce pas, que sans difficulté, la question du sens de l'homme et du monde ait pu être traitée en mentalité symbolique très précisément par ce geste, parce que le symbole n'est pas ce que nous appelons un acte, un geste particulier. Il faut le lire comme il doit se lire parce qu'il faut voir le grand dans le petit.

Nos pères dans la foi ont su lire profond en lui, d'une lecture créatrice d'ailleurs qui ouvre et qui ne définit pas – c'est une des caractéristiques que nous avons donnée de la connaissance symbolique.

Évidemment il n'y a là que quelques échos des multiples résonances par lesquelles le symbole, comme le poème, a charge de nous éveiller.

Nous pensons que vous percevez ce que nous avons voulu montrer. C'est que dans cette histoire, dans ce parallèle antithétique entre le Christ et Adam, sont marqués deux types d'humanité, deux façons de voir et de vivre, deux façons d'être. C'est le Christ qui dévoile cette nouvelle façon d'être qui implique la reconnaissance de tout, choses et événements.

En fait, nous avons donc dans cette page de Ph 2 qui apparemment est une page christologique, une description des principes mêmes de voir et de vivre de l'homme, de l'homme nouveau, de l'homme dévoilé en Jésus Christ. C'est une question que nous avons traitée longuement l'an dernier dans un très long chapitre sur l'homme eucharistique[1].

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