C'est lors des Noces de Cana que Jésus accomplit le premier "signe". En effet, lorsqu'à la demande de Jésus, les servants ont rempli jusqu'en haut les six jarres servant à la purification des juifs, l'eau est devenue du vin excellent. Quelles pistes a-t-on pour interpréter ce vin ?

Ce thème a été abordé par Jean-Marie Martin lors du week-end qu'il a animé sur les Noces de Cana dont la transcription figure sur le blog (tag JEAN 2. CANA). Ce sont des extraits de ce week-end qui figurent ici.

En annexe figure un extrait d'un livre de Marie-Hélène Dechalotte qui montre que le don du vin à Cana correspond au don de la loi au Sinaï, elle s'appuie sur le texte d'Exode 19 qui est d'ailleurs une référence pour le texte de la Pentecôte.

 

Noces de Cana,mosaïque, église st Sauveur de Chora, détail

La symbolique du vin aux Noces de Cana (Jn 2, 1-11)

 

1) Première approche de la symbolique du vin.

 

À propos de la symbolique du vin, avant de suggérer des pistes à propos du vin à Cana, il faut se poser des questions.

Qu'en est-il de la symbolique du vin à telle époque et en tel lieu, et aussi, dans le lieu de l'écriture du texte ? Est-ce que le vin a une symbolique éternelle, toujours semblable partout, ou est-ce qu'il faut entendre comme une histoire de la symbolique du vin ? Il faut résoudre la question avant de répondre oui ou non à des suggestions que vous avez faites lors de la dernière rencontre: le vin synonyme de fête ou plutôt synonyme de proximité dans l'ordinaire. Ce que vous dites est vrai où et quand, et qu'est-ce qui vous permet d'accentuer ceci ou cela ?

Il faut savoir qu'un mot en lui-même, d'une certaine manière, a, dans une langue et dans un auteur, une constellation de significations possibles. Ça ne veut pas dire que toutes, à chaque fois, soient convoquées par ce texte-ci ou ce texte-là. Entre d'une part la constellation d'un mot comme le mot "vin" dans l'ensemble de l'écriture johannique, et d'autre part la constellation du mot vin dans l'écriture du poète de Nevers, Adam Billot (1602-1662), il y a une distance considérable. Ce n’est quand même pas la même symbolique chez Jean et chez quelqu’un de chez moi[1]. Il y a des capacités d'évocation autour d'un mot qui sont différentes suivant les temps, suivant les lieux, et suivant l'auteur. Et l'auteur ensuite, dans un passage déterminé, peut exclure des possibilités symboliques du mot par le contexte et en développer une seule. C'est ça écrire, ce n'est pas enfiler des concepts. Il n'y a pas que les concepts qui seraient dans un rapport syntaxique, il y a des mots évocateurs et évoqués qui ont une capacité relative d'évocation, mais telle que tous ne sont pas développés, et c'est le contexte qui le dit. Autrement dit, c'est la phrase qui permet de comprendre le mot, ce ne sont pas les mots qui donnent de comprendre la phrase. Qu'en est-il de la symbolique du vin ici ?

 

Je le dis de façon anticipée : le texte de Cana est un passage très étrange, parce que chez saint Jean, il n'y a pas de symbolique du vin en dehors de l'Apocalypse. Mais dans l'Apocalypse le vin a une signification généralement inverse de celle qu'on trouve dans les Noces de Cana, puisque le vin c'est la colère de Dieu ou l'enivrement de la prostituée (par exemple : « Un deuxième ange suivit le premier en disant :  Elle est tombée, elle est tombée la grande Babylone ! Elle a fait boire à toutes les nations le vin de sa furieuse immoralité.’» Ap 14, 8). Certains ont essayé de lire notre texte avec la signification qu'on trouve dans l'Apocalypse, mais ça ne marche pas dans l'ensemble du texte.

 

Le vin n'est pas une symbolique privilégiée chez Jean puisqu'il n'apparaît pas ailleurs qu'ici. Il y a par ailleurs plusieurs contextes de repas où a lieu une donation avec une signification d'abondance : la pêche miraculeuse, le repas sur la plage, le repas à la multiplication des pains.

La référence au sang serait aussi à examiner, de même que la référence à la vigne.

Donc il faut à la fois se donner de libres suggestions, c'est ce que nous sommes en train de faire, mais il faut savoir que ça ne fait qu'ouvrir la nécessité de la rigueur. Nous ne faisons pas une lecture historico-critique, nous ne faisons pas une lecture proprement conceptuelle, nous faisons une lecture qui pourtant réclame encore plus de rigueur que ces lectures, mais d'un autre mode de rigueur.

► Est-ce qu'il y a d'autres textes que l'Apocalypse où il y a le vin de la colère ?

J-M M : Oui, le vin de la colère est souvent repris dans la tradition des Odes de Salomon[2].

Il y a aussi tout une tradition où le vin n'est pas bien vu. Il y a même eu des sectes qu'on appelait "aquariens"[3], des gens qui prétendaient que pour l'Eucharistie, il fallait se servir d'eau et non pas de vin, ceci dans les premiers siècles. Ces sectes ont été éliminées de la grande Église, mais c'est significatif de quelque chose.

► Il est dit aussi ailleurs que les disciples de Jésus boivent à la différence des disciples de Jean.

J-M M : Oui c'est très important, et ce sera à mettre en rapport avec la mère, les frères, les disciples. C'est un thème qui dépasse de beaucoup une situation anecdotique.

► Y a-t-il un rapport entre le vin et le sang ?

J-M M : Le rapport vin et sang est quelque chose qui mériterait d'être regardé attentivement. En effet beaucoup de métaphores bibliques (pour parler sommairement) rapprochent déjà les deux choses. Par exemple le vin est appelé « le sang de la grappe »[4], mais ce n'est pas signifiant pour nous : qu'est-ce que le sang vient faire là ? Ça ouvre tout le chapitre de la symbolique du sang et donc du sacrifice, autant de choses qui nous sont étrangères. C'est là qu'il y aurait également lieu de méditer. Il y a un vitrail du XVIe siècle à Saint-Etienne-du-Mont où le corps du Christ est dans le pressoir et le sang jaillit, et c'est de là que naissent les sacrements : « Le pressoir fait jaillir le sang de la grappe » dit la légende[5]. Il y a des choses très complexes là, parce qu'à la rigueur c'est quelque chose qui peut se dire verbalement, mais qui devient insoutenable visuellement, et il faudrait méditer avant de poser la question : quelle peut être la signification du fait de donner son sang pour quelqu'un ?

 

2) L'eau devenue vin à Cana

Ici les six jarres sont les six réceptacles de la parole de Dieu en monde juif, puisque ce sont des jarres pour la purification des juifs, et que l'eau a une symbolique de la parole, comme le pain. On pourrait dire en effet qu'eau et pain sont ce qui entretient l'homme, c'est une façon française de jouer sur le double sens du mot "entretenir" – ceci pour vous aider à cristalliser dans les ressources de notre langue ce qui n'a pas d'équivalent dans le grec.

Donc les six jarres ont à voir avec l'eau juive qui n'est pas l'eau de l'accomplissement[6]. Et c'est encore plus subtil que cela, car "l'eau juive" dit ici "l'écoute juive de la Parole". Or, quand les jarres sont remplies jusqu'en haut, l'eau est devenue vin ; autrement dit, lorsque la l'écoute de la Parole est emplie jusqu'en haut, alors elle est le vin eschatologique.

Nous savons que tout l'Évangile est selon l'Écriture, c'est-à-dire selon l'Ancien Testament : l'Évangile est l'Écriture accomplie, il n'y a rien en plus. Rappelez-vous ce que dit Paul : « il est mort et ressuscité le troisième jour selon les Écritures ». La mort du Christ accomplit l'Écriture, pousse l'écoute de l'Écriture jusqu'en haut. Quand l'Écriture est entendue en son plein, c'est le vin du banquet eschatologique. Le mot "eschatologique" est le mot qui désigne les dernières choses, les choses ultimes.

Tout notre Nouveau Testament est écrit comme cela. On ne considère pas assez souvent son double rapport à l'Ancien Testament :

  • il est une critique du judaïsme de l'époque, de sa façon de lire les Écritures,
  • et il est une affirmation des Écritures détenues par les juifs.

Tout est "selon l'Écriture", mais c'est un combat contre la suffisance des lectures judéennes. Bien sûr il s'agit des lectures judéennes contemporaines de Jésus, ça ne dit rien sur les lectures des juifs d'aujourd'hui.

Mais ces deux choses-là sont aussi importantes l'une que l'autre : la lecture nouvelle dénonce l'insuffisance de la lecture judéenne, et en revanche la parole de l'Évangile est tout entière selon l'Écriture. Or ceci est la structure même du rapport à la fois de dépendance et de conflictualité des premiers temps de notre Église avec l'héritage juif, c'est structurel, c'est constitutif, indépassable. Ce n'est pas l'un ou l'autre des deux termes, c'est les deux simultanément.

Par exemple Paul qui est un grand pourfendeur de la suffisance du judaïsme, critique la Torah comme "loi" (au sens du concept grec nomos), et affirme le même livre comme Écriture (Graphê)[7]. L'Évangile n'est pas structurellement loi, ce n'est pas une parole de loi, c'est une parole donatrice, une parole de grâce. C'est le grand combat de Paul.

 

3) Le vin et le pneuma (l'Esprit)

Des questions évidemment se posent sur l'identité de ce vin.

J'ai plusieurs fait allusion au partage des eaux qui se trouve dans l'évangile de Jean :

1/ Au chapitre premier nous avons la distinction entre l'eau du Baptiste (« je baptise dans l'eau ») et le pneuma (« lui baptise dans le pneuma ») qui est l'Esprit de résurrection.

2/ Au chapitre 2 nous avons ce passage de l'eau en vin. Est-ce que ça voudrait dire qu'il y a un rapport entre le vin et l'Esprit de résurrection ?

3/ Au chapitre 3 on trouve : « Si quelqu'un ne naît pas d'eau et pneuma ». Ce n'est pas notre conception sacramentelle du baptême qui est indiquée ici, dans laquelle il y a de l'eau, élément sensible, et puis l'intériorité pneumatique. Cette conception va se développer plus tard dans d'autres structures de pensée que celle de Jean ; ce n'est pas faux mais c'est nocif pour notre lecture authentique de Jean. Nous avons ici un hendiadys : « eau et pneuma » c'est-à-dire « de cette eau-là qui est le pneuma », donc ce qui est évoqué ici, ce n'est pas l'eau (l'élément eau)[8].

4/ Au chapitre 4 il y a le passage entre d'une part l'eau juive de Jacob, car pour la Samaritaine il s'agit de sa culture, de ses racines historiques puisque le puits creuse à la fois dans l'histoire et dans le sol, et d'autre part « l'eau vivante que je donnerai ». Ici c'est une eau et une autre eau, cette autre eau qui est l'eau vivante, et qui est la même chose que le pneuma.

5/ Au chapitre 5 c'est la piscine, à nouveau histoire d'eau : il y a l'eau qui guérit peu et mal car elle guérit un homme par hasard quand il arrive à descendre dans la piscine ; et puis il y a la parole de Jésus qui guérit. Donc eau et parole.

6/ Au chapitre 6 il y a tout un épisode maritime après la multiplication des pains et avant le discours sur le pain de la vie. C'est un épisode de traversée c'est-à-dire de passage.

7/ Au chapitre 7 on a le fameux texte : « 37Dans le dernier jour qui est le grand jour de la fête, Jésus se tint debout et cria disant : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne près de moi, et boive, 38celui qui croit en moi, selon que le dit l'Écriture, des fleuves d'eau vivante couleront de son sein". 39Il dit ceci à propos du pneuma que devraient recevoir ceux qui croiraient en lui, car il n'y avait pas encore de pneuma puisque Jésus n'avait pas encore été glorifié. » Le pneuma c'est la diffusion de la glorification, c'est-à-dire de la résurrection de Jésus.

8/ Au chapitre 9, celui de l'aveugle de naissance, on a la dernière mention importante d'eau (« Va te laver à la piscine de Siloé qui signifie 'envoyé' »), là encore il s'agit de passer d'un état à un autre, il s'agit d'être transféré d'un espace de vie à un autre espace de vie, la "chair" (pas au sens de la viande) étant un espace de vie, un mode mortel et meurtrier de vie, et le pneuma étant un autre espace de vie qui est un mode de résurrection et d'agapê.

Quand il s'agit de l'eau prise en un sens positif chez Jean, ça désigne le pneuma lui-même.

Donc pour le texte des Noces de Cana, cela nous ferait aller du côté d’une identification du vin avec le pneuma (l'esprit). Est-ce attesté quelque part ? Oui, abondamment, souvent sur mode d’opposition, mais ne s'opposent que les choses qui ont un rapport.

Par exemple[9], « Ne vous enivrez pas de vin mais de pneuma », c'est traduit par Paul « ne vous enivrez pas de vin, chantez plutôt des cantiques »[10]. Le thème de l'enivrement est lié au thème du vin, et comme la plupart des symboles, il a une signification double : il y a l'enivrement qui se dit en latin crapula, c'est-à-dire l'ivresse ; et puis il y a « être enivré de pneuma (de pneuma de résurrection) ».

Les Pères de l'Église avaient créé la formule de la « sobre ivresse »[11]. C'est un oxymoron comme « la lumineuse ténèbre », c'est-à-dire qu'on associe en positif des choses qui ont l'air de s'exclure, mais il faut aller voir à chaque fois le rapprochement de ces deux termes qui ne vont pas ensemble.

 

ANNEXE

Extrait de A travers Jean - Une lecture insolite du quatrième évangile[12]

Marie-Hélène Dechalotte

 

1/ Décompte des jours dans l'évangile de Jean et dans un targum d'Exode 19

Le récit des noces de Cana commence par : « Le troisième jour ». C'est un peu surprenant dans un décompte qui mentionne tout d'abord quatre jours.

Le premier jour est celui de l'interrogatoire de Jean (1,19-28) suivi de trois fois : « le lendemain » pour en arriver à la mention de « troisième jour ». (…)

Nous pouvons trouver ce même schéma (…) en Exode 19 qui nous relate le don de la Torah au Sinaï. Il est spécialement clair dans la version targumique dite du Pseudo-Jonathan. Voici un extrait de ce targum (les textes soulignés n'apparaissent pas dans le texte biblique, mais sont des ajouts spécifiques à ce targum).

   Jour un (Ex 19,1) – Au troisième mois de la sortie d'Égypte des enfants d'Israël, ce même jour, le premier jour du mois, ils arrivèrent au désert du Sinaï (…) 2 – Israël campa là d'un cœur uni, face à la montagne.
   Jour deux (19,3) – Moïse monta, le second jour, sur le sommet de la montagne et le Seigneur l'appela depuis la montagne en disant : « Tu parleras ainsi aux femmes de la maison de Jacob et tu annonceras à la maison d'Israël… » (7) – Moïse vint ce même jour et convoqua les anciens du peuple.
   Jour trois (19,9) – Le Seigneur dit à Moïse le troisième jour : « Voici que moi je vais t'apparaître dans l'épaisseur de la nuée de gloire pour que le peuple entende. »
   Jour quatre (19,10) – Et le Seigneur dit à Moïse le quatrième jour : « Va vers le peuple, prépare-les aujourd'hui et demain, qu'ils lavent leurs vêtements (11) – et qu'ils soient préparés pour le troisième jour, car le troisième jour, le Seigneur apparaîtra aux yeux de tout le peuple sur la montagne du Sinaï. (14) – Moïse descendit de la montagne ce même jour vers le peuple, il prépara le peuple et ils lavèrent leurs vêtements. (15) – puis il dit au peuple : « Soyez préparés dans trois jours ».
   Jour six (19,16) – Le troisième jour, le six du mois, au temps du matin, il y eut des coups de tonnerre et des éclairs…

On passe donc du quatrième jour à ce "troisième jour" à partir du quatrième jour compris, soit le surlendemain, ou sixième jour… et on remarque que l'évangéliste compte exactement de la même manière dans son récit qui se présente de cette façon :

Jour un : le récit du témoignage de Jean.
Jour deux : le lendemain… Jean désigne Jésus comme l'agneau de Dieu.
Jour trois : le lendemain… deux disciples de Jean suivent Jésus.
Jour quatre : le lendemain… Jésus rencontre Philippe et Nathanaël.
Jour six : le troisième jour… les noces à Cana de Galilée.

Dans les deux récits, la théophanie de Dieu au Sinaï et la glorification de Jésus à Cana sont donc annoncées pour le troisième jour. Dans l'évangile de Jean, c'est à Nathanaël qu'était faite cette annonce : Tu verras plus grand encore !

 

2/ Le don du vin de Cana et le don de la Loi au Sinaï.

Si l'évangéliste a calqué le déroulement de son récit sur ce targum, c'est assurément pour nous faire savoir qu'il est à relier avec la révélation de Dieu au Sinaï, et nous pouvons déjà relever quelques passages que l'on peut aisément mettre en parallèle.

Dans le récit de Cana, le mot vin revient cinq fois et le chiffre cinq n'est pas sans évoquer les cinq livres de la Torah (ou Pentateuque).

Il y a six jarres dont on précise le matériau : la pierre, leur contenance deux ou trois mesures et leurs fonctions : la purification des juifs… (…)

Dans les deux événements, nous avons un don : celui de la Torah au Sinaï et celui du bon vin à Cana.

Le vin est très présent dans la Bible il est toujours associé à la joie et à l'abondance : le vin réjouit le cœur de l'homme (Ps 103,15). Que Dieu te donne la rosée du ciel et les gras terroirs, froment et vin en abondance (Gn 27,28).

Le cantique des cantiques parle aussi de "la maison du vin" (2,4) et selon le midrash, la maison du vin renvoie au Sinaï, car de même que le vin est conservé dans une cave, la Torah fut conservée au Sinaï en attente de la révélation depuis le temps de la création du monde. La réflexion du maître du repas : Toi tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant pourrait donc se mettre en parallèle avec cette tradition juive.

Les dons de la Torah et du bon vin ne sont pas sans lien puisque le vin est aussi, entre autres symboles, celui des temps messianiques et de la Torah expliquée par le Messie. En effet, dans la bénédiction de Jacob sur son fils Juda (Gn 49, 8-12) où il est dit : On lavera son vêtement dans le vin et dans le sang des raisins sa tunique, le Midrash Rabba sur ce passage nous dit que le Messie, quand il viendra, rendra clair tous les passages obscurs de la Torah, en quelque sorte « Il nous expliquera tout 3 ». 

La noce à Cana, placée dès le début de l’évangile, viendrait donc nous annoncer que le Messie est arrivé et que la Torah va maintenant être expliquée en plénitude. Ce n’est plus seulement avec de l’eau que l’on se purifiera mais on pourra même laver son vêtement dans le vin ! Les jarres de Cana, dont on précise la grande capacité et dont on dit que leur eau était « destinée à la purification des juifs », vont devenir les réceptacles du « bon vin ». Celui-ci va purifier, c’est-à-dire va « rendre clair », tout ce que l’eau de la purification n’arrivait pas à rendre clair jusqu’à présent. La Torah va s’éclaircir au contact de Jésus qui va lui donner tout son sens, tout son accomplissement, c’est-à-dire qui va la remplir en plénitude et la rendre porteuse de Vie.



[1] Jean-Marie Martin est originaire du Nivernois.

[2] Les Odes de Salomon sont un recueil de 42 poèmes. J-M Martin a participé à leur traduction : Les Odes de Salomon, Marie-Joseph Pierre, éd. Brépols 1997, Apocryphes 4. Un message en cite quelques-uns : La croix dressée, méditation à partir d'Odes de Salomon. Se laisser configurer..

[3] Les aquariens furent appelés ainsi à cause du nom latin aqua, qui signifie eau,

[4] Frédéric Manns, dans son livre  L'évangile de Jean et la sagesse (Franciscan Printing Press 2003), p.53, dit : « Le symbole biblique du sang est riche de nombreuses valences. Cette boisson, appelée le sang de la grappe qui fermente, réjouit le cœur de l'homme. […] Les Targums Jerushalmi et Néofiti de Gn 49, 11-12, connus pour leur interprétation messianique, rapprochent ce texte d'Is 63,2 : “Ses vêtements sont baignés dans le sang, il ressemble à celui qui presse les raisins. Ils sont beaux les yeux du roi messie, comme le vin pur.” »

[5] « Au Moyen Âge et jusqu’au XVIe siècle, la fermentation du vin était considérée comme un processus de transformation au cours duquel le pur se séparait de l’impur et le subtil de l’épais. Cette conception était en relation avec la symbolique chrétienne de l’Eucharistie, sacrifice du corps et du sang du Christ représentés par le pain et le vin, qui deviennent source de vie éternelle et de rédemption pour le croyant qui reçoit la communion. Le thème du Pressoir mystique apparaît dans la peinture, la miniature ou le vitrail au XVe siècle, une époque où la notion de sacrifice prend une place majeure dans la dévotion chrétienne. Le corps du Christ est représenté tantôt allongé sous la roue d’un pressoir, tantôt debout foulant les raisins, son sang se mêlant au jus. Cette image s’est répandue surtout en France et dans les pays du nord de l’Europe jusqu’au XVIIe siècle.» (http://www.inrap.fr/Archeologie-du-vin/Histoire-du-vin/Moyen-Age/L-histoire/Mythes-et-religions/p-13196-L-allegorie-du-Pressoir-mystique-.htm)

[6] Frédéric Manns dit la même chose dans L'évangile de Jean et la sagesse (Franciscan Printing Press 2003)  p. 55, et dans la note 49 il dit : « On précise au verset 6 qu'il s'agit de jarres de pierre. Les Synoptiques parlent d'outres que le vin nouveau fait éclater (Mc 2, 22) : autre manière de signaler l'imperfection, sans recourir à la symbolique des nombres. »

[7] Ce thème est de nouveau abordé à la fin du Ch IV : Parcours du texte (v. 1-10)  (Deux questions pour finir).

[9] On a un autre exemple à la Pentecôte, voir note 11.

[10] « Et ne vous enivrez pas de vin par quoi vient le dérèglement, mais soyez emplis de pneuma vous parlant les uns aux autres par des psaumes, des hymnes, des cantiques inspirés, chantant et psalmodiant au Seigneur de tout votre cœur. » (Ep 5, 18-19).

[11] Lors de la Pentecôte, les apôtres sont remplis d'Esprit et il est dit: « Ils étaient tous dans l'étonnement, et, ne sachant que penser, ils se disaient les uns aux autres : Que veut dire ceci? Mais d'autres se moquaient, et disaient : Ils sont pleins de vin doux » (Actes 2, 12-13). Les Pères de l'Église parlent de la "sobre ivresse" de l'Esprit à propos de la manifestation de l'Esprit Saint qui a eu lieu sur les apôtres en ce jour de Pentecôte, et qui a lieu sur chaque chrétien au moment du baptême. Par exemple dans la prière de saint Ambroise : « Que le Christ soit notre nourriture / La foi notre breuvage / Que la sobre ivresse de l'Esprit / Soit la joie de ce jour. » (Saint Ambroise de Milan, Splendeur de la gloire du Père). Déjà chez Philon d'Alexandrie, dans le De Vita Contemplativa on trouve les expressions comme "la sobre ivresse de l'Esprit", "le vin pur de l'amitié divine", opposées au "breuvage de la folie".

[12] Livre paru aux éditions Médiaspaul en 2012.