"Alors", poème de J-M Martin
En ce début d'année 2026, voici "Alors", un poème de Jean-Marie Martin écrit à Noël 1971. Il parle de son attente : "L'homme, qui déjà commençait À désespérer du poème, Attend…".
Après le poème retranscrit, vous avez la photo du poème écrit par lui-même.
Jean-Marie tenait à écrire des poèmes pour mettre en œuvre d'autre façon ce qu'il découvrait en tant que théologien. Il en parlait parfois :
« Il y a des ressources dans la langue qui ne sont pas retenues par la grammaire qui la régit, ou qui est censé la régir, et par quoi nous l'abordons. Ces ressources, c'est sans doute de la tâche du poète que de les mettre en œuvre. Le poète, sans doute, a fondamentalement une fonction d'aletheuei, une fonction de dévoilement de ce qu'il en est, qui ne se confond pas avec la fonction du penseur. Néanmoins, dans ce cas même, il faut établir un dialogue entre le penseur et le poète, c'est-à-dire un dialogue éventuellement en nous-mêmes, si nous tâchons d'être l'un et l'autre.
Je n'ai pas pour fonction néanmoins d'être l'exégète de mes poèmes. Ce serait plutôt le désir d'être l'exégète du grand poème biblique. »
Alors
Alors, quand habile à bêler
L'agneau par gel à pierre fendre
Éveille un espace plus tendre
qu'enfants avons su le rêver,
Alors, plus proche de lui-même
En arrière de ce qu'il sait
L'homme, qui déjà commençait
À désespérer du poème,
Attend. Alors l'homme se prend
À paître un troupeau de pensées
Et de musiques nouveau-nées
Tant qu'il s'affaire avec son chant
Garder l'espace non-venu
Et désespérer des années
Ô vigile désenchantée
Mais du chant le plus inconnu.
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