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La christité
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  • Ce blog contient les conférences et sessions animées par Jean-Marie Martin. Prêtre, théologien et philosophe, il connaît en profondeur les œuvres de saint Jean, de saint Paul et des gnostiques chrétiens du IIe siècle qu’il a passé sa vie à méditer.
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28 juillet 2026

Deux en tant qu'Un

« Plus on est deux, plus on est un » aimait à dire Jean-Marie Martin. Voici un extrait d'une rencontre qu'il a animée sur ce thème, avec quelques ajouts à propos de la Trinité considérée dans le Nouveau Testament comme deux "Deux" dont chacun est "Un" ![1]

En annexe figure un extrait d'un livre de Pierre-Jean Labarrière et Gwendoline Jarczyk qui citent ce texte remarquable de Maître Eckhart tiré du Livre de la consolation divine et qui fait écho à ce que dit Jean-Marie Martin :

« II est dans la nature de l'amour qu'il flue et jaillisse de deux qui ne sont qu'Un. Un en tant qu'Un ne produit pas l'amour. Deux en tant que deux ne produit pas l'amour. Mais Deux en tant qu'Un produit nécessairement l'amour conforme à sa nature, pressant, ardent »

 

 

Deux en tant qu'Un

 

Jean-Marie Martin

 

« Plus on est deux, plus on est un », comment caractériser une phrase comme celle-là ? On pourrait dire que c'est un paradoxe. Et ce n'est surtout pas un slogan : ce n'est pas la chose à répéter partout, toujours et n'importe comment.

C'est une phrase qui demande à être habitée. J'ai dû la prononcer un jour ou l'autre, et elle vient chez moi au terme de tout un processus de réflexion. Lorsqu'elle est proposée ainsi brutalement, elle peut susciter la défiance, la répulsion, ou elle peut positivement intriguer. C'est une phrase qui a la structure de l'énigme. Voilà, c'est le mot que je retiendrai : une phrase énigmatique.

 

● L'énigme.

L'énigme est une chose très précieuse en ce qu'elle est judiciaire : ou elle rebute et on s'en va, ou elle intrigue, elle alerte. Cette notion d'énigme se trouve explicitement chez saint Jean, c'est ce qu'il appelle paroïmia. Paroïmia a un sens assez proche de parabola et indique quelque chose qui dit tout et le tient en secret à la fois ou plutôt en même temps, c'est-à-dire quelque chose qui peut ouvrir une recherche. C'est une phrase qu'on ne se contente pas de répéter comme on répéterait un slogan ou même comme on professerait un dogme acquis. C'est une phrase qui invite à la recherche. Les mots que j'emploie ici : intriguer, et même troubler – ce n'est peut-être pas le cas ici –, induisent la recherche (zêtêsis). Ce sont les mots de Jean quand il étudie ce qu'il en est d'une paroïmia, pendant qu'il est en train de le faire, en train de parler une énigme.

 

● La phrase énigmatique de Jn 16, 16 sq.

Ceci se trouve en particulier dans la deuxième partie du chapitre 16 de saint Jean. Il y a une phrase énigmatique qui pourrait être traduite par : « Plus je m'en vais et plus je viens ». On pourrait le traduire par quelque chose de ce genre pour rester proche de « plus on est deux, plus on est un » ; cela revient à penser en raison directe, au lieu de penser en raison inverse, deux termes qui habituellement s'opposent. C'est la phrase : « 16un peu et vous ne me constaterez plus, ce qui est que un peu en retour et vous me verrez ». Les disciples qui ont entendu cette phrase se disent : « 17Qu'est-ce qu'il nous dit ? » et ils citent la phrase intégralement pour bien marquer que c'est énigmatique, en ajoutant « Et je vais vers le Père ». Et ils se disent : « 18Qu'appelle-t-il un peu (micron), nous ne savons pas de quoi il parle. »

Déjà là nous trouvons la mêmeté du partir et du venir – c'est la même chose à un micron près – et il y a déjà du deux. De toute façon, il y a deux mots pour le dire mais il n'y a qu'un micron de différence. Un micron en grec : un peu.

Alors Jésus voit qu'ils sont en train de se poser des questions et il leur dit : « 19à propos de ceci, vous cherchezzêtêsis, la recherche ; le côté énigmatique ouvre la recherche – ce que je vous ai dit ». Et à nouveau Jésus réitère intégralement la même phrase. C'est véritablement l'indice de la phrase compacte qui contient en elle quelque mystère.

Ensuite, parce que leur recherche est une recherche faite de bon cœur, Jésus explique. Quand Jésus dit des phrases énigmatiques à des interlocuteurs qui viennent pour le prendre ou le surprendre ou le prendre en défaut, il réitère aussi, mais il n'explique rien pour bien marquer que le cœur n'est pas disposé à entendre ce que recèle la phrase énigmatique. Là il prend soin d'expliquer, si bien qu'au bout de quelques versets, les disciples se disent : « 29Voilà que maintenant tu parles ouvertement (parhêsia) ». Parhêsia est un très beau mot : c'est ce qui indique la proximité du discours familier, du discours aisé.

Seulement Jésus n'a finalement rien dit d'autre que « Plus je m'en vais et plus je viens ». Ce qui s'est passé c'est qu'ils commencent à entendre ce que cela signifie.

Qu'est-ce que c'est qu'une parole claire ? C'est une énigme quand elle est entendue, ce n'est pas une autre parole. Donc les paroles de l'Évangile sont des paroles faites pour ouvrir un chemin, un chemin de recherche.

 

Dieu est d'autant plus trois qu'il est plus un, c'est un "mystère"

Cette phrase énigmatique « Plus on est deux, plus on est un » a la structure : « plus et plus » ; d'autant plus. Le plus ici n'est pas quantitatif, bien sûr, comme chez saint Jean. Saint Jean emploie souvent l'expression plus grand que. Grand signifie la grandeur mesurable sauf s'il s'agit de la grandeur du cœur, par exemple, qui ne désigne pas une dimension mesurable ; ici non plus. Ça veut dire que le deux et le un ne sont pas dans un rapport de bien que (ils sont deux bien que ils soient un).

On aperçoit ici en filigrane la façon dont a été traité le thème de la Trinité : Dieu est trois bien que il soit un. Pas du tout ! Dieu est précisément "un" parce qu'il est "trois", et il est d'autant plus trois qu'il est plus un : c'est cela qui est à percevoir.

Nous avons là un "mystère"… mais c'est avec ambiguïté qu'on emploie ici ce mot de "mystère". En effet, il y a un emploi occidental, dans la théologie classique et parfois dans les conciles comme Vatican Ier, où le mot de mystère est pris simplement pour désigner ce que l'intelligence humaine ne peut pas comprendre ; c'est un aspect purement négatif. Mais il y a un autre emploi du mot "mystère" dans le Nouveau Testament dans le cadre d'une structure très importante, la structure mustêrion/apocalypsis (caché/dévoilé) où le mot de mustêrion est un mot magnifique. Cependant il faut voir que le sens secret est d'autant plus dévoilé qu'il est mieux gardé. La garde de la parole consiste à la tenir dans son secret propre et à y prendre garde. C'est quelque chose à quoi il faudrait s'habituer. Notre Occident n'en a pas l'habitude.

Il y a un certain nombre de structures verbales de ce genre qui seraient à examiner. Chez Paul par exemple vous avez des structures sur le mode d'un rapport : la folie et la sagesse, le sensé et l'insensé. Ces mots s'opposent normalement chez nous : ou on est fou, ou on est sage ; ou on est sensé, ou on est insensé. Or quand Paul ouvre une phrase sur ce mode – c'est une structure fréquente chez lui – l'opposition est à l'inverse de chez nous : « La folie de Dieu (l'insensé de Dieu) est plus sage que la sagesse des hommes ». Vous avez ici une structure très intéressante à examiner. Mais c'est simplement une analogie.

 

Toujours par rapport au titre de nos rencontres, "Plus on est deux, plus on est un", vous pourriez me dire : pourquoi vous ne dites pas clairement « plus on est trois, plus on est un » ? Mais la phrase de l'intitulé ne concerne pas seulement le mystère qu'on appelle improprement "le mystère de la Trinité", elle est beaucoup plus fondamentale. Et nous aurons à voir comment cela nous permet de relire aussi de façon riche, fructueuse ce qui est vécu plutôt comme une espèce de pensum qu'il faut réitérer, qu'il faut redire, qu'il faut professer et qui en fait est d'une richesse de pensée prodigieuse. Donc on ne se borne pas simplement à cela.

Le mot Trinité ne se trouve pas une seule fois dans les Écritures, dans le Nouveau Testament en particulier, ce qui ne veut pas dire que la notion de Trinité n'a pas de sens, loin de là. Le mot Trinité n'apparaît qu'au IIe siècle, dans les années 180, chez Théophile d'Antioche ; et encore quand il intervient, ce n'est pas le mot de Trinité, c'est le mot de trias, de "triade", et pas de façon tellement décisive parce qu'il dit : « Le Père, le Fils et l'Esprit constituent une triade, et avec l'homme ça fait une tétrade (ça fait quatre) ». Donc on n'est pas encore dans la théologie aboutie de la Trinité telle que peut-être vous en avez quelque connaissance.

 

Nous vivons sur des deux

Il nous faut aller aux deux premières choses.

Pourquoi deux ? Parce que tout est dans le passage de l'un au deux.

En effet, on ne va pas se poser la question “pourquoi y a-t-il du trois ?”, mais “pourquoi y a-t-il du deux ?”, c'est-à-dire : d'où vient qu'il y a du deux, d'où surgit ce deux ?

Nous vivons sur des deux, autrement dit nous vivons sur une distinction. Une des tâches premières de la pensée humaine, c'est de distinguer, de discerner et les dualités pullulent : le haut / le bas ; la droite / la gauche ; l'avant / l'arrière ; la lumière / la ténèbre … – je parle encore ici de répartitions qui appartiennent aux grandes symboliques de la plupart des traditions –, ciel / terre, c'est un thème qu'on a pris une autre année[2], ciel/terre est une des variétés du deux.

 

La Trinité c'est deux deux.

En fait, même ce qu'il est de la Trinité dans le Nouveau Testament est traité par le deux où la Trinité c'est deux deux. En effet, dans le Nouveau Testament, les premières variétés du deux sont Père / Fils et Christos / Pneuma (Christ/Esprit Saint). La théologie classique elle-même, dès le IVe siècle, ne pensera pas la Trinité à partir d'ailleurs qu'à partir de ces quatre termes.

Vous vous rendez compte que ces quatre relations, en fait, ne font que trois puisque Christos et Fils sont le même.

Nous avons :

– une première structure Père / Fils, qui est générationnelle,

– une deuxième structure Christos / Pneuma qui est nuptiale (ou conjugale), époux / épouse ou mâle et femelle comme dit la Genèse. En effet pneuma (esprit) est neutre en grec mais traduit le mot hébreu rouah qui est féminin. Nous verrons aussi que Christos / Pneuma deviendra aussi Christos / Ekklêsia. 

Donc ce sont deux bi-polarités :

  • Père/Fils est une bi-polarité qui ouvre quelque chose comme ce que sera le temps ; elle n'est pas elle-même temporelle – puisque Père et Fils dans la Trinité ne sont pas successifs – mais ouvre le générationnel : c'est le principe du temps.
  • et la dimension époux / épouse qui est contemporaine, qui est simultanée, et celle-là ouvre l'espace, c'est-à-dire une dis-tance ou une dif-férence qui s'installe, qui s'insinue et constitue une dimension d'ordre spatial. Dif-férence : se porter de part et d'autre ; dis-tance : se tenir de part et d'autre. Autant de mots qui donneront lieu chez les gnostiques à des méditations très approfondies dont nous aurons un certain nombre d'exemples.

 

Mais pour chacun de ces "deux" il est dit qu'il est "un" :

  • Pour le rapport générationnel, Le Christ dit : « Le Père et moi nous sommes un » (Jn 10, 30), voilà le premier usage du deux à travers la génération.
  • Pour le rapport nuptial il est dit : « L'homme quittera son père et sa mère, il s'accolera à sa femme, et étant deux ils seront un » (Gn 2, 24), et Paul médite cela en Éphésiens 5. « "L'homme quittera son père et sa mère et s'accolera à sa femme et ils seront deux pour être une seule chair." Ce mystêrion est grand, et moi je le dis du Christ et de l'Ekklêsia. » (Ep 5, 31-32) [3]« Paul dit que le sens secret (caché) de cette parole de la Genèse prend sa grandeur (sa dimension) quand il l'interprète du Christ et de l'humanité convoquée.

Donc chacun de ces "deux" est "un" tout en restant deux !

Ce qui est dit dans la Genèse, ce n'est pas “de deux qu'ils étaient, ils seront un seul” mais : "Ils seront un seul tout en restant deux", et ils peuvent précisément être un parce qu'ils sont deux. En effet dans le Nouveau Testament l'unité n'est pas la solité mais l'intimité ou la proximité, autrement dit l'unité suppose une dualité. C'est un point très paradoxal pour nous mais essentiel. Parfois j'entends dire – souvent on plaisante sur ce sujet – « “Que de deux ils soient un” : oui mais le un, c'est toujours le même ! » (c'est le mari). Or justement ce n'est pas du tout entendre ce qui est en question ici, car "l'un" d'accomplissement n'est pas l'un des deux. Il est demandé que s'accomplisse l'unité de deux qui restent deux et qui sont sans doute d'autant plus deux qu'ils sont plus un, si on pense que l'archétype de l'unité n'est pas la solitude ou l'enfermement sur soi-même mais la différence. La différence est la condition de l'unité, ceci est très essentiel.

 

● Les conséquences qui en résultent sur le mode d'écrire de l'Évangile

Nous venons de voir que la première structure Père / Fils est générationnelle, et que la deuxième structure Christos / Pneuma est conjugale. Il en résulte les conséquences sur le mode d'écrire, à la mesure où le générationnel donne lieu au récit et le conjugal donne lieu à la distinction statique. Or la distinction statique peut être considérée comme semblable à l'étude du rapport des concepts entre eux, tandis que le générationnel donne lieu à quelque chose qui se passe, à quelque chose qui est un récit. Et là, nous avons un grand problème. En effet :

  • D'une part l'Évangile n'est en aucune façon une écriture du genre de l'essai ou de la dissertation de type philosophique où il s'agit de mettre ensemble des concepts. Il ne s'agit pas de délivrer des conséquences intelligibles.
  • D'autre part, l'Évangile semble être composé de séquences successives comme dans un récit, mais il faudrait voir la différence entre la séquence et la conséquence entendues en ce sens-là.

En fait cette distinction est très importante chez nous puisque nous connaissons surtout deux types d'écriture :

  • l'essai qui disserte,
  • le récit qui raconte, avec la distinction entre récit historique et récit fictif – et dans "récit fictif", il y a tout ce qu'on peut considérer comme la légende, comme le roman, comme les grands récits mythologiques.

Or en Occident, l'interprétation de l'Évangile tendra à devenir théologique sur le mode philosophique, c'est-à-dire sur le mode de la dissertation, et à perdre son mode de récit – je dis bien "dans la théologie", et surtout "dans la haute théologie".

 

● En guise de conclusion

Je dis les choses comme elles viennent pour préparer notre esprit aux types de formules que nous allons rencontrer, nous prémunir contre des écoutes qui seraient inadéquates parce qu'il faut en cela que d'une certaine façon notre oreille elle-même se corrige. La culture occidentale n'est pas quelque chose dans quoi nous sommes tout d'un coup posés comme cela, elle nous structure. Notre oreille n'est pas innocente, elle est déjà préfigurée, elle a des structures propres, elle hérite des déterminations de par la langue et de par la structure de la langue. Et ces déterminations ne coïncident pas avec celles d'une parole étrangère.

Or l'Évangile est une parole étrangère, c'est une parole qui est aussi étrangère à l'Occident qu'à tout autre culture ; et elle reste, elle demeure étrangère. En cela elle est une parole neuve, une parole inouïe, une parole non encore entendue, en tout cas jamais pleinement entendue. C'est ainsi qu'il faut l'aborder : l'aborder comme la plus haute nouveauté. Elle n'a pas été nouvelle autrefois, elle continue à être nouvelle ; une annonce qui n'est pas encore entendue. Donc nous aurons toujours des allers et retours à faire. Je l'ai fait déjà implicitement dans le type de parole que j'utilise ici, puisque je parle dans une culture occidentale et que j'essaye de faire prendre distance d'avec elle pour l'instant.

 

**************************

 

ANNEXE

 

Deux en tant qu'Un

 

Pierre-Jean Labarrière et Gwendoline Jarczyk,

Maître Eckhart ou l'empreinte du désert, Albin-Michel p. 129-130.

 

La seconde partie du livre de la consolation divine énonce environ 30 propositions susceptibles, chacune pour sa part, « de consoler dans la souffrance l'homme raisonnable ». La huitième de ces raisons bénéficie d'une explication relativement ample, comme si Eckhart avait conscience de toucher là un point de particulière importance.

Un vase unique ne peut contenir à la fois deux boissons ; ainsi l'homme doit-il se vider totalement de lui-même pour se remplir de Dieu. Eckhart énonce alors le procès qui, de la déité à Dieu, s'exprime comme

« la naissance de l'Un et l'égalité de l'Un en l'Un et avec l'Un, […] Le commencement de l'amour épanoui et ardent. »

Eckhart commence aussitôt en tirant de là un principe logique d'ordre général :

 « il est dans la nature de l'amour qu'il flue et jaillisse de deux qui ne sont qu'Un. Un en tant qu'un ne produit pas l'amour. Deux en tant que deux ne produit pas l'amour. Mais Deux en tant qu'Un produit nécessairement l'amour conforme à sa nature, pressant, ardent. » (Cf. la note mise à la fin)

Texte remarquable. Il implique un dessein philosophique qui récuse pareillement les extrêmes du monisme et du dualisme, en soulignant leur commune incapacité à "produire l'amour". Car l'amour est de l'ordre de la relation, et vise l'égalité de termes différents qui demeurent tels au sein de leur rapport. En langage technique que la grande dialectique saura polir six siècles plus tard, cela signifie que chacun de ces termes logiques – le Un, le Deux – n'est lui-même en vérité qu'en pré-supposant l'autre c'est-à-dire en le postulant comme sa propre condition, comme sa "vérité" et comme partie intégrante de ce qu'il est. Le Un réduit à lui-même ne connaît pas la relation ; le Deux figé dans l' "étrangeté" de ses termes constitutifs ne connaît pas la relation ; seul l'engendre et la connaît le Un qui par structure d'origine, sans nulle antécédence ni hiérarchie, est en lui-même articulé et expose la richesse de cette unité en deux termes pleinement égaux : Deux en tant qu'Un. C'est ce principe logique justement qui permet à Maître Eckhart de penser la radicale unité de l'homme et de Dieu sans antécédence ni hiérarchie, mais sans davantage de fusion qui réduirait les différences.

 

NOTE du livre. Par opposition au monisme pour qui toutes choses sont constituées d'une seule et même substance, le dualisme tient que le monde et toute réalité s'expliquent par deux principes opposés. Le propre de Eckhart est au contraire de penser à la fois l'un et le multiple, dans leur identité d'origine, sous l'égide de la relation.

Autre Note. On peut trouver la citation de maître Eckhart (il est dans la nature...") dans Les traités, (coll Points-Sagesse Ed. du Seuil),  dans "le Livre de la consolation divine",  p.129.

 

[1] La transcription de l'ensemble des rencontres sur le thème "Plus on est deux, plus on est un" figure dans le tag PLUS 2 PLUS 1.

[2] Cf. La transcription dans le tag  CIEL-TERRE.

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