Croire c'est appartenir
La notion d'appartenance est oubliée aujourd'hui. On cherche des opinions : le Bouddhisme convient pour telle chose, l'Évangile pour telle autre… Pour ce qui concerne l'Évangile, il faut voir comment, dans le mot de "foi", la notion d'appartenance est plus importante que d'avoir des opinions ou des idées sur quelque chose. Qu'est-ce qu'appartenir ? Appartenir, c'est peut-être la première condition d'écoute.
Pour Jean-Marie Martin à qui est dédié le présent blog (Qui est Jean-Marie Martin ?), ce thème de l'appartenance est fondamental, il y faisait allusion assez souvent. Le texte mis ici reprend plusieurs interventions faites dans le cadre des rencontres à Saint-Bernard-de-Montparnasse dans les années 2000. Tous les titres et toutes les notes ont été ajoutés.
J-M Martin rappelle ici que l'Évangile n'est pas du même type qu'une démonstration de théorème, mais qu'il est une parole qui relève au plus près du poétique. Vous trouvez sur le blog deux messages sur ce sujet (Éclairer le discours chrétien originel par le discours poétique, exemple de "Voie lactée…" d'Apollinaire ; Deux écrits de Karl Rahner sur le rapport langage poétique et langage chrétien)
Pour compléter, en annexe, figure un texte de Joseph Pierron, ami de J-M Martin sur le verbe "être" en hébreu, déjà mis dans Les verbes être et avoir dans la Bible, en hébreu, grec et français, message où vous trouvez d'autres choses qui vont dans le même sens que ce qui est dit ici.
Croire c'est appartenir
Jean-Marie Martin
L'Évangile n'est pas une théorie. Il n'est pas simplement du domaine du concept, mais il est du domaine d'une présence. À ce sujet il faut voir comment, dans le mot de foi, la notion d'appartenance est plus importante que d'avoir des opinions ou des idées sur quelque chose.
Par exemple, dans le chapitre 17 de l'évangile de Jean, le chapitre de la grande prière que Jésus adresse au Père[1], le thème "les miens, les tiens, ceux que tu m'as donnés" est récurrent : " Tous ceux qui sont miens sont tiens et les tiens sont les miens" (v. 10) ; "ceux que tu m'as donnés" (v. 6,7,9,24), Dans cette prière, les propres (ta idia) de Jn 1,11 sont dits "les miens" par celui qui parle (Jésus), et sont dits "les tiens" par rapport à celui à qui Jésus parle (donc au Père), et ce sont les mêmes : les miens, les tiens, ce sont "leurs propres".
"Leur propre", voilà un mot qui dit l'appartenance. Appartenir, c'est être "propre à", propre à quelqu'un, être "le propre de". Or, pour autant que nous sommes les propres de Dieu, nous sommes au propre de nous-mêmes. Le propre de nous-mêmes n'est pas exactement la conscience de ce que nous sommes.
Le propre de nous-mêmes, c'est notre avoir-à-être. Il est pour une grande part dans l'insu. Et je le rappelle : « que ta volonté soit faite » veut dire : que le plus propre de moi-même vienne à jour, s'accomplisse.
1°) Appartenances accidentelles et appartenance essentielle
La notion d'appartenance serait très intéressante à développer, bien que très difficile.
Ce que je vais dire là est sommaire, parce que je ne suis pas sociologue et je que n'ai aucune envie de l'être. Mais si l'on se pose la question de savoir ce qu'il en est de l'appartenance, dans notre moment de culture, on trouve quelque chose d'assez étrange. D'une certaine façon, ou peut-être même fondamentalement, l'homme des lumières se pense sans appartenance. En cela il est l'héritier d'une longue tradition occidentale qui a ses sources en Grèce classique : l'homme n'appartient pas fondamentalement.
Au sens aristotélicien l'homme est défini comme se tenant en soi : substant, ousia. Or toute substance a "des accidents", c'est-à-dire des caractéristiques qui ne sont pas de son essence. Par exemple : d'être blond, d'être pianiste, cela vient à l'homme, mais ce n'est pas de la définition, de l'essence de l'homme. Or parmi ces accidents, un des tout premiers après la qualité et la quantité, est la relation. Autrement dit la relation n'est pas considérée comme étant de la substance de l'homme, elle est un accident qui s'ajoute à quelque chose qui est déjà constitué.
Et même, d'une certaine façon, des relations qui à certains égards sont constitutives, comme la relation père-fils ou mère-fils, sont considérées comme accidentelles, ne sont pas de la définition de ce qu'il en est essentiellement de l'homme.
Bien sûr, on ne peut pas dénier que l'homme appartienne "accidentellement", mais en fait, il appartient "essentiellement".
Il y a quelque chose qui pousse l'Occident à penser l'homme comme substance, comme sujet, comme ego-sujet (je-sujet), un ego qui noue des relations, mais qui n'est pas reçu d'un tu, dans l'écoute d'un tu.
2°) La question de l'appartenance est liée à la question du lieu
Par ailleurs, je rappelle que tout ceci est très proche de la question fondamentale de l'évangile de Jean, qui est la question : « Où ? »[2]. En effet, la question première n'est pas « Qu'est-ce-que ? », c'est la question : « Où ? », c'est la question : « Où demeures-tu ? », la question : « Où l'as-tu posé ? », la question : « d'où je viens et où je vais », qui structure tout l'évangile de Jean. Or cette question, que nous appelons spatiale, est en fait la première, parce que la spatialité se caractérise en premier par le loin et le près, donc par les différents éloignements, par exemple sur le mode de l'inimitié ou sur celui de la proximité du proche, c'est-à-dire du "prochain".
D'autre part nous savons que nos pronoms personnels sont issus d'adverbes. Sont-ils vraiment "issus" ? En tout cas il y a une émergence contemporaine de l'un et de l'autre, il y a parfait parallélisme entre les déterminations du loin et du près et les pronoms personnels il, tu et je. Par ailleurs on sait que il et l'article le ou la appartiennent au même éloignement. Nous avons déjà indiqué cela à plusieurs reprises. Ces petits mots-là, que nous ne pensons pas parce qu'ils sont pris dans un mode d'articulation qui nous est familier, doivent être médités.
Ce que je voulais marquer ici c'est que la question de ce qu'il en est de l'homme n'est pas séparée, ni séparable, de ce qu'il en est du lieu. "Être à", c'est toujours d'une certaine façon habiter et le verbe demeurer, chez Jean, est un verbe majeur. Pour en entendre quelque chose, il faut avoir un peu fréquenté cette question-là. Donc c'est tout à fait différent de la distinction entre un monde des idées et un monde sublunaire où il y a de l'espace et du temps. L'espace et le temps n'appartiennent pas au monde des idées. Cette répartition-là est tout à fait étrangère à notre Évangile.
C'est donc une occasion pour moi de marquer la proximité de choses qui, dans notre culture, relèvent de deux régions bien différentes.
Ceci persiste aujourd'hui et éventuellement sous forme inversée. Dans le monde post-platonicien, le ciel a été voué à dire les idées, et le sublunaire[3] à dire le spatio-temporel. Mais dans un renversement sur le mode de celui qu'opère Nietzsche, en portant tout le poids de la valeur sur ce monde-ci et en déclarant léger et de l'ordre de la vapeur et du rêve ce qui relève de l'idée, la même scission persiste. L'inversion, ici, n'est pas suivie de la modification des deux termes de l'inversion. Autrement dit, nous ne sommes pas sortis de Platon ou d'Aristote. Parler ainsi est peut-être médisant à leur égard, parce que, après tout, ce ne sont pas eux qui ont écrit leur destinée et ce qui en est issu dépasse de beaucoup leur génie propre. Mais nous héritons, d'une certaine manière, de choses de ce genre.
3°) « Je suis à qui de qui je suis ».
Dans l'Évangile l'usage du verbe "être" est très différent de ce qu'il est chez nous [en hébreu aussi[4]]. Il est rarement employé sans additif : être c'est "être à" ou "être vers", à tel point que si on cesse d'être vers quelque chose, automatiquement on est vers l'autre chose. Être à la mort / être à la vie[5]. Ça c'est le langage de Paul.
Il n'y a pas être sans être à, mais attention, pas être à obligatoirement au sens d'être possédé par, mais “être par rapport à”, au sens d'être relationnel. Si bien que des verbes que nous employons de façon absolue sont employés de façon relative par Paul : mourir, pour nous, c'est vivre ou mourir ; pour Paul on meurt à quelque chose, et mourir à quelque chose c'est "du même coup" vivre à autre chose. C'est le b-a-ba de son écriture. Jean n'a pas du tout cette écriture-là, mais ce n'est ni moins ni plus, c'est une autre écriture, à condition d'être bien entendue.
Il nous faudrait arriver à entendre être à : « je suis à qui de qui je suis » ; ou « je suis à celui de qui je suis », mais c'est plus dur. C'est une appartenance absolument fondamentale.
Cette appartenance fondamentale se dit ainsi : « je vais d'où je viens ». C'est ce que dit le Christ : « Qui est celui qui est monté, sinon celui qui est descendu ? » (Jn 3, 13), etc. Tous ces termes sont fondamentaux dans la constitution du premier discours évangélique.
4°) La question de l'appartenance dans notre société.
Je disais donc qu'en un certain sens, par notre héritage immédiat, nous sommes plutôt éloignés de l'appartenance. Néanmoins, quelque chose du genre de l'appartenance suscite en nous de la nostalgie. Probablement que la grande faveur actuelle de la généalogie est la trace de quelque chose de ce genre : de qui est-ce que je suis ? Probablement aussi, les régionalismes, qui semblent en un certain sens des manifestations d'humeur à l'égard de l'universalité des lumières, peuvent être vus comme des traces de ce genre.
Ceci se complique quand les régionalismes sont liés à ce que nous appelons les religions, disons des traditions. Je ne veux rien dire de leur essence parce que je ne sais déjà pas grand-chose de l'essence de ma propre tradition mais ce que je veux dire c'est que ces traditions paraissent liées à un sol, à un sang éventuellement.
Par exemple le judaïsme a une terre, mais l'Évangile[6] n'a pas de terre, l'Évangile n'a pas de lieu. L'Évangile manque de beaucoup de choses, de toutes les choses, pratiquement, qui constituent une culture. L'Évangile n'est pas une culture. La distinction que nous opérons aujourd'hui et dont je ne dis pas qu'elle est formulée dans de très bons termes, la distinction du religieux et du culturel est quelque chose de très important dans le champ proprement chrétien.
Je ne sais pas ce qu'il adviendra des différentes traditions religieuses. Il est clair que, pour un certain nombre, une distinction analogue ne s'opère pas pour l'instant.
C'est très compliqué, parce que c'est la même chose pour la langue qui est la terre essentielle, la terre des humains. Or l'Évangile n'a pas de langue sacrée. L'hébreu est une langue sacrée pour le judaïsme. L'Évangile a recours à l'hébreu, mais ce n'est pas essentiellement la langue de l'Évangile. Le grec biblique n'est pas une langue sacrée, dans le sens profond du mot sacré (mais c'est aussi un mot de notre vocabulaire qui est difficile à entendre).
L'Évangile lui-même a frôlé la perte dans la confusion avec la culture occidentale. Dans la distinction médiévale du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, il y a quelque chose qui les distingue, mais il y a aussi une sorte de sub-ordination postulée qui les harmonise. Il y a eu une chrétienté, or la chrétienté fut un risque majeur de l'Évangile. Je sais, bien sûr, que mes grands-parents n'ont pas vécu de bon gré la séparation de l'Église et de l'État. Et néanmoins, rétrospectivement, je pense que c'est la nécessité même de l'Évangile qui lui a été apportée par ceux qui se manifestaient comme ses ennemis, disons.
Il faudrait que cette bienheureuse séparation se fasse aussi dans les esprits. Je ne cesse d'insister sur ce point et je ne suis pas très entendu. Il faut cesser de parler de culture chrétienne : ça n'existe pas. Il n'y a pas une culture chrétienne. Il y a eu historiquement une culture occidentale dans laquelle s'est trouvé à parler l'Évangile. Il faut bien qu'il se compromette dans son discours à l'oreille de qui l'entend, il le faut ! Mais il faut aussi toujours savoir qu'aucune culture ne le détiendra. Il faut libérer l'Évangile de notre appréhension culturelle d'occidentaux.
5°) L'appartenance essentielle : se rapporter à "d'où cela parle".
Alors : appartenance, vous voyez là toutes les ambiguïtés de la situation actuelle par rapport aux appartenances. L'ambiguïté majeure est que justement s'efface complètement le sens de l'appartenance essentielle, pour peu que l'on considère que, dans le cas de l'Évangile, l'appartenance essentielle est l'appartenance à l'Évangile.
Quand on parle de foi aujourd'hui, la question de l'appartenance est seconde, il s'agit plutôt de savoir ce qu'on en pense, quelles sont nos opinions. Certains diront : « Ceci qu'on trouve chez les bouddhistes est intéressant, mais cette phrase de l'Évangile est quand même mieux » ; ou alors on met ensemble la phrase du bouddhiste et celle de l'Évangile, etc.
Or la parole doit être rapportée, référée à la bouche qui la pose. Il n'y a d'ailleurs rien d'autre qui justifie le poème. L'Évangile n'est pas une démonstration philosophique, l'Évangile n'est pas du même type qu'une démonstration de théorème, mais il est une parole qui relève au plus près du poétique. C'est l'analogie la plus proche dans notre culture. Cela s'appelle prophétique dans un autre langage. Or ce qui constitue et instaure la cohérence de ce discours, c'est précisément la bouche de celui qui la prononce, la bouche du poète ou du prophète. C'est la posture de se rapporter à "d'où cela parle", ce qui est un mode fondamental d'appartenance, plus important que la collection des opinions. Ce n'est pas très grave que les opinions soient diverses.
6°) La question du Nom de Jésus.
a) L'invisible et le visible du Nom de Jésus. Ce que dit le Nom.
La première chose c'est d'avoir l'oreille ouverte à quelqu'un que je puis nommer, en sachant que ce nom-là n'est pas son Nom : Jésus. En effet, il y a l'invisible et le visible du Nom (le prononcé et l'imprononcé du Nom).
Je cite un texte du IIe siècle, un peu gnostique : « Le nom exprimable du Sauveur[7], c'est-à-dire Iêsoûs (Jésus), est de six lettres, mais son nom inexprimable est de vingt-quatre lettres. » (Irénée Contre les Hérésies I, 15, 1 citant Marc le Mage). Une question très intéressante, je signale ça en passant, est la suivante : si personne n'est sauvé sinon dans le nom de Jésus, cela a-t-il trait au nom dicible ou au nom indicible ? Vous voyez l'enjeu ?
Le Nom ne dit pas simplement ce qu'aujourd'hui nous appelons un nom. Le Nom, c'est tout le complexe qui se constitue dans un dire qui comporte un voir, qui comporte un discernement, et qui comporte un appel vocatif.
Rappelez-vous[8] les verbes hébreux de Gn 1, wayyomer, wayyar, wayyavdel, wayyiqra : "il dit", "et il vit" que cela était bon, "et il sépara", "et il distingua" lumière et ténèbre, "et il appela". Appeler a ici le sens, non pas simplement de donner une étiquette, un nom, mais de donner vocation et du même coup chemin et lieu d'être, cela donne un avoir-à-être.
b) L'acte essentiel de foi : être attentif, tendre vers l'insu.
L'appartenance, en effet, répond à la toute première attitude de l'entendre. La foi, c'est entendre. Et entendre, c'est "se tourner vers". En effet : « Dans l'Arkhê était la parole ». Que dit-elle ? Rien : « Elle était tournée vers le Père ». Être entendant, c'est en premier être attentif, tendre vers. C'est la toute première chose. Ne croyez pas pour autant que nous sachions vers qui ultimement. Car nous savons précisément qu'il s'agit d'être tourné vers le ciel, le Père : mais ces noms-là sont des noms qui disent l'insu : « Le Pneuma tu ne sais ni d'où il vient ni où il va. Tu entends sa voix » (Jn 3, 8).
c) La question du nom de Jésus ; singulier et universel.
Donc nous avons ici l'analyse de l'acte essentiel de foi, comme étant une vection première qui m'ouvre à entendre quelque chose qui reste inouï, in-entendu, à entendre de l'in-entendu. Je pense que cette essence de l'entendre, qui est donc du même coup l'essence de la foi – puisque la foi est essentiellement entendre, le verbe le plus usité par rapport à ce que désigne la foi – cette essence-là, tournure vers l'inouï est, je l'espère, j'en suis même certain, beaucoup plus répandue que le nombre des personnes qui savent dire Jésus. Et néanmoins c'est le même.
Il y a là un chemin de méditation sur un irremplaçable singulier du nom de Jésus, tout cantonal qu'il soit, et sur l'universel dans un autre sens, qui est en question dans cette affaire. Ce rapport de l'universel et du cantonal, qui est aussi un rapport à méditer, nous le retrouvons à nouveau comme un problème, comme une question et comme quelque chose qui est un indice de la préoccupation de l'Évangile.
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ANNEXE
Plusieurs remarques de Joseph Pierron[9] sur l'emploi du verbe être
« Un grec cherche toujours avoir des "idées sur", à avoir des concepts. Un sémite est celui qui est-à, qui est-près-de, qui est-pour. »
« Le mot "être" comme tel n'existe pas en hébreu, mais on a toujours "être à", "être avec", "être pour" etc., le verbe être est toujours déterminé par des prépositions. Il y a quelque chose qui est de l'ordre de l'attitude fondamentale et qui est indiqué par une préposition. Tu n'existes pas si dès le départ, tu ne te dépasses pas, si tu ne sors pas de toi. Être homme, c'est forcément être projeté vers. »[10]
Par exemple en grec « dans le Credo Dieu n'est pas l'objet de la foi : on croit vers Dieu (Pisteuo éis théon : Je crois vers Dieu), tourné vers celui qui vient. On ne croit jamais quelque chose que l'on possède, on est toujours vers celui qui n'en finit pas de venir. Si bien que la foi est une attitude dynamique de marche en étant bien orienté, mais en sachant bien que dans cette marche c'est lui qui vient et non pas nous. »[11]
Jn 1, 1. « À l'origine était le Verbe (la Parole) – vous n'êtes pas obligés de traduire par un imparfait, "était", car l'imparfait a été mis en grec uniquement pour indiquer un duratif, pour indiquer quelque chose qui se tient et qui subsiste. Il n'y a donc pas un brin de présence de nous qui ne soit parole de Dieu – et la Parole était auprès de Dieu – vous pouvez traduire aussi « était tournée vers Dieu ». Notre Dieu est dans la relation qu'il y a entre l'ouverture de sa bouche et la parole qu'il dit. Notre Dieu est un Dieu de relation, c'est un Dieu qui n'existe que dans l'intervalle, qui n'existe que dans ce qui est "entre" – et la Parole était Dieu. » C'est pour cela que, dans les récits de l'Écriture, le mot Dieu n'est jamais premier, il est toujours ce qui advient, ce qui est en mouvement, ce qui est l'in-signifié, car nul discours ne peut dire Dieu. Tout discours est insignifiant s'il ne montre pas la direction. »[12]
Par ailleurs, comme J-M Martin, Joseph parle de notre avoir-à-être, le propre de nous-même :
« L'origine de ma vie, ce n'est pas quand je suis venu au monde ; mais c'est quand j'aurai accompli ce qui était le désir de Dieu ; or le désir de Dieu, il est déjà en moi. Ma création, ce n'est pas une venue extérieure, mais c'est de naître selon la Parole, ce n'est plus de naître selon la chair… et pourtant, c'est déjà semé dans la naissance selon la chair. »
[2] Ceci est médité dans le message du blog : La question « Où ? » chez Jean. La distinction intelligible/sensible interdit une vraie symbolique dans le tag "symbole".
[3] Sublunaire : Tout ce qui est de la terre, d'ici-bas.
[4] Ce que J-M Martin dit ici est vrai aussi en hébreu où le mot être comme tel n'existe pas, mais on a toujours "être à", "être avec", "être pour". Voir ce que dit Joseph Pierron en annexe du présent message. Voir aussi Les verbes être et avoir dans la Bible, en hébreu, grec et français.
[5] Par exemple saint Paul dit : « Je suis mort à la loi – c'est-à-dire que je suis détaché des pratiques de la loi –, en sorte que je vis à Dieu. » (Ga 2, 19). Les termes nomô (à la loi) et théo (à Dieu) sont employés au datif sans préposition, une sorte de datif de relation, et le hina (traduit par "en sorte que") n'est pas à entendre au sens de causalité instrumentale, les deux désignent la même chose : mourir à la loi c'est vivre à Dieu, pour Dieu.
[6] J-M Martin distingue l'Évangile et les évangiles. Dans tout ce passage il faudrait souvent entendre sous le mot Évangile le mot christité. Pour ce mot "christité" voir La christité présente en tout homme. La figure de l'Eglise dans le monde.
[7] Jésus signifie "sauveur" car il est la traduction du nom hébreu Yeshoua qui provient de la racine trilittère du verbe "sauver".
[8] Voir Le déploiement de la parole en Gn 1. Dire, voir, séparer, appeler ; lumière, ténèbre, jour ;.
[9] Voir Qui est Joseph Pierron ?, et les messages du tag Joseph Pierron .
[10] D'après Joseph Pierron lors de la lecture de Philippiens 1, le 29 novembre 1992 à Saint-Merri.
[11] Joseph Pierron lors de la session sur la résurrection au CIF (Centre pour l'Intelligence de la Foi).