En hébreu, le verbe « être » n’existe pas comme tel. Par exemple « Je suis », qui est statique, trahit l’esprit de l'hébreu biblique et n’est pas utilisé dans la syntaxe, même en hébreu parlé moderne. Alors, comment entendre les phrases où le verbe hâyah (être) est employé ? Quant au verbe "avoir" il n'existe pas du tout. Ce message a pour origine des remarques et propositions de Jean-Marie Martin et Joseph Pierron au sujet des verbes avoir et être en hébreu mais il porte aussi sur ces mêmes verbes en grec et en français[1]. Je l'ai enrichi de données venant de diverses sources. Il  fait suite au message : Les verbes en hébreu et le problème de la traduction.

                                                                                                              Christiane Marmèche.

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Table des matières.

I – L'emploi du verbe être d'après J-M Martin et J Pierron

    1) Être c'est être à, être vers…
        a) Chez Paul (par J-M Martin)
        b) Être en Jn 1, 1-2 (par J-M Martin)
        c) Plusieurs remarques de Joseph Pierron sur l'emploi du verbe être.
    2) Joseph Pierron : comment entendre “Que la lumière soit” ?

II – Le verbe être dans l'hébreu et le grec bibliques 

    1) Le verbe être comme copule est omis en hébreu.
    2) Exemples d'emplois du verbe être (et autres verbes) en hébreu.
        a) Premier exemple de être-dans, être-pour, être-sur…
        b) Verbes hébreux marquant un changement d'état (aimer vers…).
        c) En hébreu : être + la particule d'orientation "le" (être-à, devenir…)
        d) Quelques emplois de vaye : "et il arriva" ou "et il y eut" ; (kaï) égénéto.
        e) Le verbe être en Ex 3, 12-15, et le tétragramme.
    3) Deux réflexions autour du verbe être/devenir en grec (J-M Martin)
        a) Traduire égénéto dans "Tout fut par lui" et "Le verbe fut chair".
        b) Comment entendre "Dieu est amour" ?

III – Le verbe avoir 

    1) Le verbe avoir dans la Bible.
        a) Substituts du verbe avoir dans la Bible hébraïque.
        b) L'utilisation du verbe "avoir" en saint Jean (J-M Martin).
        c) Les immenses profondeurs et richesses du verbe avoir (J-M Martin)
    2)   Avoir est plus grand qu'être (J-M Martin)

 

Les verbes être et avoir dans la Bible

 

I – L'emploi du verbe être d'après J-M Martin et J Pierron

 

1) Être c'est être à, être vers…

« Il n'y a pas de méditation philosophique sur l'être dans l'Évangile, et l'usage du verbe être est très différent de ce qu'il est chez nous. Il est rarement employé sans additif : être c'est "être à" ou "être vers", à tel point que si on cesse d'être vers quelque chose, automatiquement on est vers l'autre chose. Être à la mort / être à la vie. Ça c'est le langage de Paul.» (J-M Martin).

a) Chez Paul (par J-M Martin)[2].

La soumission (hypotaxe) chez Paul n'est pas une affaire de conseil conjugal, c'est une affaire de grammaire. C'est sa grammaire propre, la subordination. Chez nous il y a des propositions subordonnées, mais ici ce n'est pas la même chose, c'est plus originel et plus fondamental. En effet il n'y a pas être sans être à, mais attention, pas être à obligatoirement au sens d'être possédé par, mais “être par rapport à”, au sens d'être relationnel. Si bien que des verbes que nous employons de façon absolue sont employés de façon relative par Paul : mourir, pour nous, c'est vivre ou mourir ; pour Paul on meurt à quelque chose, et mourir à quelque chose c'est "du même coup" vivre à autre chose. C'est le b-a-ba de son écriture. Il faudrait, si on voulait ouvrir Paul, passer un mois sur l'hypotaxe, c'est son écriture, et entrer dans l'intelligence de son écriture. Jean n'a pas du tout cette écriture-là, mais ce n'est ni moins ni plus, c'est une autre écriture, à condition d'être bien entendue.

Illustration 1 : « Je[3] suis mort à la loi – c'est-à-dire que je suis détaché des pratiques de la loi –, en sorte que je vis à Dieu. » (Ga 2, 19). Les termes nomô (à la loi) et théo (à Dieu) sont employés au datif sans préposition, une sorte de datif de relation, et le hina (traduit par "en sorte que") n'est pas à entendre au sens de causalité instrumentale[4], les deux désignent la même chose : mourir à la loi  c'est vivre à Dieu, pour Dieu.

Illustration 2. « Celui qui est mort, est mort au péché en une fois (une fois pour toutes et une fois pour tous); celui qui, au contraire, vit, vit à Dieu. Ainsi vous-mêmes, regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants à Dieu dans le Christ Jésus. » (Rm 6, 10-11, traduction J-M Martin)

b) L'emploi du verbe être en Jn 1, 1-2 (par J-M Martin)[5].

«1Dans l'arkhê était le logos, et le logos était vers Dieu (ou auprès de Dieu). Et le logos était Dieu. 2Il était dans l'Arkhê auprès de Dieu.»

 « 1Dans l'arkhê était le logos » "être dans" chez saint Jean est généralement l'équivalent de notre verbe être. Donc le premier titre c'est arkhê ; ce n'est pas une proposition circonstancielle. L'arkhê c'est ce qui règne du plus originaire. Ici originaire a une signification temporelle, ce n'est pas l'origine au sens du début… Autrement dit, ce qui règne, ce qui tient et maintient la totalité a le trait de la parole, est de toujours un logos. Et nous verrons que le logos est déjà dialogos.

 « Le logos était auprès de Dieu (pros ton théon) ». Auprès est un mot magnifique qui dit la proximité. Seul Dieu est près de Dieu, c'est-à-dire qu'il faut être Dieu pour être près de Dieu ; ou bien être près de Dieu, c'est être Dieu. L'unité est la proximité. Voilà un point que je ne fais qu'énoncer.

Ici on a pros avec l'accusatif[6], ce qui indique un aspect directionnel, une adresse : « Le logos était vers (pros) Dieu. » L'essence de la parole n'est pas de raconter des choses mais de "se tourner vers" et d'instaurer une plus grande unité que ce que nous considérons comme solité (ou solitude). L'essentiel de la parole c'est de s'adresser, c'est de se tourner vers. L'essentiel de la parole c'est d'ouvrir la bouche : « Il ouvrit la bouche et dit »[7], un peu comme lorsque je dis « je prends la plume et je vous écris ». D'ailleurs la lettre aleph en hébreu n'est rien d'autre que l'ouverture de la bouche[8].

C'est le moment de l'adresse, car être auprès c'est toujours venir. Le leitmotiv du Christ tout au long de l'évangile de Jean c'est « Je vais vers le Père ». Ce n'est pas une chose qu'il fait de temps en temps ou qu'il ne fait qu'une fois, c'est son être même.

L'ordre dans lequel le mot Dieu arrive est intéressant : « La Parole était vers Dieu ». Que Dieu ne soit pas le premier nommé est aussi important peut-être que, pour un kabbaliste, que la première lettre de la Bible soit beth et non aleph[9]. Pourquoi ? Parce que, pour que Dieu soit nommé, il faut qu'il y ait un qui nomme. Je pense que ces deux choses vont ensemble. Apprendre des choses nouvelles sur Dieu sans que cela mette en péril ce que nous croyons être nous-mêmes, c'est tout à fait vain. Et prétendre s'avancer sur l'homme dans la région de ce qui est énoncé ici sans que bouge l'emprise de Dieu, c'est également vain. Cela va ensemble, cela se fait ensemble et ça se dévoile ici précisément dans un logos.

 « Vers Dieu » : Dieu c'est un nom comme un autre, c'est un nom qui a, parce que précisément il n'est pas entendu, une capacité de dire l'insu et le silence. L'essence de la parole est le silence. Autrement dit c'est l'écoute. Ce qui empêche l'écoute c'est d'être plein. L'écoute est un vide, c'est l'acte de se vider. Nous n'écoutons jamais. Nous évitons d'écouter car écouter vraiment c'est mortel, ou alors c'est pascal, c'est-à-dire que c'est la mort christique.

 « Et le logos était Dieu. » Cela signifie qu'on entend à partir d'où l'on parle et que seul Dieu parle à Dieu. Seul le silence est parole pour la parole essentielle. C'est-à-dire que nous n'avons quelque chance de parler à Dieu que pour autant que notre parole n'est pas notre parole, mais la parole du logos en nous. Le Christ est le substantiel Notre-Père (la prière du Notre-Père). Ce qui le constitue c'est d'être parole qui dit : « Père ». Il est cela. C'est en lui que nous pouvons parler à Dieu.

c) Plusieurs remarques de Joseph Pierron sur l'emploi du verbe être.

« Un grec cherche toujours avoir des idées sur, à avoir des concepts. Un sémite est celui qui est à, qui est près de, qui est pour. »

« Le mot être comme tel n'existe pas en hébreu, mais on a toujours "être à", "être avec", "être pour" etc., le verbe être est toujours déterminé par des prépositions. Il y a quelque chose qui est de l'ordre de l'attitude fondamentale et qui est indiqué par une préposition. Tu n'existes pas si dès le départ, tu ne te dépasses pas, si tu ne sors pas de toi. Être homme, c'est forcément être projeté vers. »[10]

Par exemple en grec « dans le Credo Dieu n'est pas l'objet de la foi : on croit vers Dieu (Pisteuo éis théon : Je crois vers Dieu), tourné vers celui qui vient. On ne croit jamais quelque chose que l'on possède, on est toujours vers celui qui n'en finit pas de venir. Si bien que la foi est une attitude dynamique de marche en étant bien orienté, mais en sachant bien que dans cette marche c'est lui qui vient et non pas nous. »[11]

Jn 1, 1. « À l'origine était le Verbe (la Parole) – vous n'êtes pas obligés de traduire par un imparfait, "était", car l'imparfait a été mis en grec uniquement pour indiquer un duratif, pour indiquer quelque chose qui se tient et qui subsiste. Il n'y a donc pas un brin de présence de nous qui ne soit parole de Dieu – et la Parole était auprès de Dieu – vous pouvez traduire aussi « était tournée vers Dieu ». Notre Dieu est dans la relation qu'il y a entre l'ouverture de sa bouche et la parole qu'il dit. Notre Dieu est un Dieu de relation, c'est un Dieu qui n'existe que dans l'intervalle, qui n'existe que dans ce qui est "entre" – et la Parole était Dieu. » C'est pour cela que, dans les récits de l'Écriture, le mot Dieu n'est jamais premier, il est toujours ce qui advient, ce qui est en mouvement, ce qui est l'in-signifié, car nul discours ne peut dire Dieu. Tout discours est insignifiant s'il ne montre pas la direction. »[12]

 

2) Joseph Pierron : comment entendre “Que la lumière soit” ?[13]

La première parole qui est donnée, “Que la lumière soit” est une parole de création en tant qu'elle est une parole de salut. Cela veut dire que la lumière est déjà là mais qu'il y a les ténèbres. Nous autres nous avons tendance à considérer la création comme étant un début temporel. Ce n'est jamais la pensée ni de Paul ni de Jean ni des sémites. On ne cherche pas le début mais l'origine, et celle-ci se trouve dans le maintenant[14]. Il n'y a pas de notion de causalité en notre sens dans la pensée sémitique[15].

Pour un homme comme Paul, cette parole « Que la lumière soit » est semée au point de départ, elle va se développer, elle va venir à maturation, à corps, dans cet homme qui sera crucifié. Celui-ci n'est pas livré uniquement par les Juifs ou Judas, il est livré dès le point de départ, dès le moment où la parole est semée[16].

Bien sûr Luc a situé la venue de Jésus… Mais la venue de Dieu c'est dès la première parole, dès la première décision de créer l'homme. Et cette venue est la même aujourd'hui qu'au premier moment.

 

II – Le verbe être dans l'hébreu et le grec bibliques

 

1) Le verbe être comme copule est omis en hébreu.

L'hébreu omet le verbe être quand il a la fonction de copule, c'est-à-dire lorsqu'il s'agit de rattacher un prédicat à son sujet. Lors de la traduction en grec, la Septante a souvent ajouté le verbe être.

Ex. : Dieu dit à Moïse : « Moi le Dieu de ton père, Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et de Dieu de Jacob.. » (Ex 3, 6) et la Septante a traduit : « Moi je suis le Dieu de ton père… (égô éimi ho théos…) » Et si on regarde cette citation dans les Synoptiques : Mt 22, 32 cite le texte comme dans la Septante, alors que Mc 12, 26 littéralement l'hébreu « égô ho théos.. ». Marc est donc plus fidèle à l'original hébreu que Matthieu.

Souvent l'hébreu supprime le verbe au mode personnel et emploie le participe correspondant en sous-entendant le verbe être.

Ex. : « si Jacob (est) prenant femme… » (Gn 27, 46).

Mais on trouve parfois le verbe être suivi d'un participe, celui-ci jouant le rôle d'un nom.

Exemple. « Abel était berger et Caïn cultivateur » (Gn 4, 2), littéralement « Et était (vayehî) Abel paissant le petit bétail, et Caïn était (hâyah) travaillant la terre ».

 

2) Exemples d'emplois du verbe être (et autres verbes) en hébreu.

a) Premier exemple de être-dans, être-pour, être-sur…

Avec des mots signifiant le temps ou le lieu, le verbe être en hébreu s'utilise avec une préposition et signifie être-dans, être-à, être-pour, être-sur.

Exemple. Le prophète Ezéchiel est là en exil, loin de sa terre, de son Temple où il officiait puisqu’il était prêtre, et c’est là, loin des siens qu'il raconte : « Elle fut fortement la parole du Seigneur pour Ezéchiel (hâyôh hâyâh debar-Adônaï el-yeḥezqêl)… et fut (vattehî) sur lui (‘â-lâv), là, la main du Seigneur» (Ez 1, 3). À noter que le verbe être est dit deux fois de suite au début, ce qui indique un renforcement.

b) Verbes hébreux marquant un changement d'état (aimer vers…).

Après les verbes marquant un changement d'état, l'attribut qui exprime le résultat est introduit par la particule le [לְ] qui signifie la direction, l'intention, l'orientation. Cette particule est intraduisible en français, il faudrait mettre une flèche pour signifier la direction ou l'intention.

Exemple 1. Dans « Tu aimeras ton prochain (le-rê‘aḵâ) comme toi-même » (Lévitique19, 18), "ton prochain" n’est pas un simple complément d’objet direct, mais il est précédé du suffixe le [לְ], traduisible par "en allant vers", indication d’un comportement "vers" lui ou vers le fait qu'il soit effectivement prochain.

Exemple 2. Quand Dieu demande à Abram de quitter son pays, il lui dit « leḵ-leḵâ [לֶךְ־לְךָ֛]» (Gn 12,1)  qui signifie littéralement « va pour toi » ou « va vers toi ». La traduction de "vers toi" ou "pour toi" ne se trouve que rarement dans les Bibles qui se contentent du mot « Va ». Cette interprétation était celle de Rachi : « Va pour toi hors de ton pays. » De même, le bien-aimé du Cantique des Cantiques dit à sa bien-aimée: « Lève-toi et va vers toi » (Ct. 2, 10. 13).

c) En hébreu : être + la particule d'orientation "le" (être-à, devenir…)

Avec le verbe hâyah (qui signifie "être" entre autres) on trouve aussi l'emploi de la particule "le" devant le nom. Voici deux cas particuliers importants :

– Comme en hébreu il n'y a pas de verbe avoir, l'hébreu utilise la construction suivante : "Ceci est à untel"... donc le verbe être suivi de la particule le [לְ] qui signifie "à", qui désigne l'appartenance.

– Comme l'hébreu n'a pas de verbe pour signifier le devenir, il utilise le verbe "hâyah" suivi de cette particule le [לְ] on est à quelque chose (on devient à). Et c'est pourquoi la Septante a souvent traduit par le mot grec égénéto qui provient du verbe  gignomaï (devenir, naître, se produire), mais pas toujours.

Exemple 1 : Gn 2, 7b « vayehi ha-adam le-nephesh hayah (וַיְהִי הָאָדָם, לְנֶפֶשׁ חַיָּה.)» ; littéralement « Et fut l'homme à nèphesh (souffle, respiration, âme) vivante ». Et ici le verbe hâyâh (être) est employé comme verbe d'action. Dans la traduction de la Septante on a : « Kaï  égénéto ho anthrôpos éis psukhèn zôsan (et il est devenu, l'homme, vers une âme vivante) » Le traducteur a donc traduit la particule le [לְ] par le grec éis. C'est ce que Paul reprend en 1 Cor 15, 45.

Exemple 2 : En Exode 4, 3 « et il devint (vayehî) un serpent (le-nâḥâsh) », en Josué 7, 5 : « et il devint (vayehî) de l'eau (le-mâyim) ».

Exemple 3. «  Il deviendra un père – vehâyâh le’âb [לְאָבַ וְהָיָה] : littéralement "et il sera pour père" – pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda » (Is 22, 21b d'après l'hébreu). La Septante a traduit « Il sera comme un père pour les habitants de Jérusalem et les habitants de Juda » (traduction de la Septante).

Exemple 4. « Je serai pour lui un père (’ehyeh lôv le-’âḇ [לְאָ֔ב לּ֣וֹאֶהְיֶה־] – littéralement "vers un père" – et lui sera pour moi un fils (yih-yehle-ḇên [יִהְיֶה־לִּ֣י לְבֵ֑ן]) » (2 Sam 7, 14)

d) Quelques emplois de vaye : "et il arriva" ou "et il y eut" ; (kaï) égénéto.

Le terme vayeest employé plus de 700 fois dans l'Ancien Testament, il est en général traduit dans la Septante par "égénéto" seul ou bien "kai égénéto".  On le retrouve dans le Nouveau Testament avec la formule "kai égénéto" (Mc 1,9; 2,23; 4,4…)

1/ Souvent vaye introduit une narration, on peut le traduire par "et il arriva que", mais aussi "après cela", c'est un marqueur.

2/ Parfois vayecorrespond à "il fut telle chose" et on le traduit souvent par "et il y eut".

Exemple 1. « Et il arriva que (vaye), après que sept jours, l'eau du déluge vint sur la terre. (…) Et il y eut (vaye) la pluie sur la terre quarante jours et quarante nuits.» (Genèse 7,10.12)  Les deux fois vayeest traduit par kaï égénéto dans la Septante.

Exemple 2. « Il y eut un soir, il y eut un matin » (Gn 1, 5…). Littéralement : « vaye ‘ereḇ (Et fut soir), vaye ḇôqer (Et fut matin) ». Dans la Septante vaye est traduit kaï égénéto.

e) Le verbe être en Ex 3, 12-15, et le tétragramme.

Le nom de Dieu a été révélé à Moïse en Ex 3,12-15. La racine du tétragramme YHWH (יהוה) est celle du verbe hâyah qu'on traduit souvent par "être" c'est au verset 14 que Dieu répond à Moïse qui lui demande son nom, mais regardons les occurrences de ce verbe dans ce qui précède.

Au verset 6 on trouve souvent "je suis" mais en fait en hébreu le verbe être est omis : Dieu dit à Moïse : « Moi le Dieu de ton père, Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et de Dieu de Jacob.. »

Au verset 12 on a la forme verbale ‘éhyéh [לּ֣וֹאֶהְיֶה־] qui est 1e personne du singulier du verbe hâyah (généralement traduit par "être") à linaccompli, et il est suivi de la préposition "avec", c'est conforme à ce que nous avons vu : être c'est toujours "être-à", être-avec"… La Septante a traduit ce verbe par un futur, ésomaï, mais puisque c'est un inaccompli nous pouvons traduire aussi bien par un présent : « 12Dieu dit à Moïse : “’éhyéh (je suis et je serai) avec toi – le sens est le suivant : je suis avec toi à partir de maintenant, et je continuerai à l'être  – et voici le signe pour toi que moi je t'ai envoyé, quand tu feras sortir le peuple hors d'Égypte, vous servirez Dieu sur cette montagne. »

« Dans l’Exode, le nom de Dieu est révélé en référence à celui qui le reçoit… Le dévoilement du nom divin n’exprime pas une transcendance comprise comme séparation radicale d'avec l'humain à qui ce nom est dévoilé. Le nom de Dieu comporte au contraire la référence à l’homme qui en reçoit la révélation. Dieu ne se contente pas de rassurer Moïse ("Je serai avec toi") avant de révéler son nom. "Avec toi" est déjà lieu de révélation : "JE SUIS" est le Dieu qui est "avec moi". Et ce "moi" qui participe de la définition du Nom délimite une place qui est à penser. » (Philippe Lefebvre)

 « 13Et Moïse dit à Dieu : “Voici que moi je vais aller vers les fils d'Israël et je leur dirai : le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous. Et ils me diront : “Quoi son nom ?” Qu'est-ce que je leur dirai ? 14Et Dieu dit à Moïse : “Ehyeh asher Ehyeh”. Et il dit : “Ainsi tu parleras au fils d'Israël : Ehyeh m'a envoyé (ou m'envoie) vers vous” »

La particule asher peut signifier que, qui… elle sert pour le masculin, le féminin, le neutre, le singulier et le pluriel. Elle sert même de conjonction dans nombre de cas, mais comme le verbe être ne sert pas de copule en hébreu, on ne peut pas traduire par "je suis ce que je suis".

  Il existe de nombreuses traductions Ehyeh asher Ehyeh du fait que ehyeh est un inaccompli et que le verbe hâyah signifie être et que certains considèrent qu'il peut signifier aussi devenir..

  • Je suis celui qui suit, Je suis en train d’être qui je suis, j'étais celui qui était, je serai celui qui sera, je suis que je suis…Je deviens qui je deviendrai ; Je deviendrai qui je deviens ; Je deviendrai qui je deviendrai…
  • La Septante a traduit égô éimi ho ôn, littéralement : Je suis l’Étant  mais il ne s’agit pas de l’Étant philosophique qui serait au neutre (to on), mais d’un participe présent au masculin (ho ôn). C'est un titre qui entoure le Christ sur les icônes.
  • et les latins ont traduit ego sum qui sum (je suis qui je suis).

 Pour traduire la suite aussi « Ainsi tu parleras au fils d'Israël : Ehyeh – je suis ou je serai ; la Septante a traduit ho ônm'a envoyé (ou m'envoie) vers vous. »

« 15Et Dieu dit encore à Moïse : “ Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : YHWH – Ici, on a le tétragramme avec les voyelles de Adonaï car lu traditionnellement Adonaï "le Seigneur") – Dieu de vos pères, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, m’a envoyé vers vous. Ceci mon Nom à jamais, et ceci mon mémorial de génération en génération »

Trois remarques complémentaires.

Dans l’hébreu biblique on n’inscrivait pas les voyelles. Du VIe au Xe siècle environ les Massorètes créèrent le système de notation actuellement utilisé pour transcrire les sons vocaliques afin d'assurer la transmission (massorah) du texte qui, du coup, est souvent nommé texte massorétique. Il est impossible de connaître la prononciation originelle avec certitude car pour éviter de prononcer le nom de YHWH, car les Massorètes ont vocalisé le tétragramme avec les voyelles du mot Adonaï qui signifie mon  Seigneur : ce qui nous donne la prononciation de Jéhovah[17]. Ils ont fait cela pour avertir le lecteur de prononcer Adonaï au lieu du tétragramme car, dans le judaïsme, la connaissance du nom donne pouvoir sur l’être nommé. Cette substitution se nomme le Qéré permanent. On évitait ainsi de s’arroger un quelconque pouvoir sur Dieu. La Septante l'a traduit par le mot grec "kurios", qui signifie "Seigneur"

Le nom Jésus lui-même est l’adaptation en grec, puis en latin, du nom Josué (Yehoshû‘a) [יְהוֹשׁ֫וּעַ], qui signifie "YHWH (יהוה) sauve", Yah ou YH (יה) étant une forme abrégée de YHWH[18].  Dans l'évangile de Jean, Jésus dit plusieurs fois « Égô éimi » qui peut vouloir dire "C'est moi", mais aussi "Je suis" qui reprend le Nom révélé à Moïse.

 

3) Deux réflexions autour du verbe être/devenir en grec (J-M Martin)[19]

a) Traduire égénéto dans "Tout fut par lui" et "Le verbe fut chair".

Tout d'abord nous lisons bien : « Tout fut par lui (panta di autou égénéto)», nous n'avons surtout pas dit « tout fut fait par lui » ; il n'y a pas la moindre idée de création ici. En tout cas le verbe faire ne s'y trouve pas, pas plus qu'il ne se trouve dans « et le Verbe fut chair » ; chaque fois c'est le verbe égénéto (fut).

J'ai soigneusement évité le verbe "devenir" pour traduire égénéto pour deux raisons.

D'abord parce que la distinction de l'être et du devenir est une distinction qui structure fondamentalement l'Occident. La toute première métaphysique gère ces questions de l'être et du devenir. On se plaît même à dire que, chez les présocratiques, Héraclite est l'homme du devenir et Parménide l'homme de l'être, et que ces deux personnes pensent le contraire l'une de l'autre. Et ensuite la question de l'être et du devenir a été le problème d'Aristote. En disant cela on ne raconte pas seulement une histoire de vieux, car ce sont des vieux qui structurent par héritage notre pensée occidentale. Mais je ne sache pas que l'Écriture soit structurée par la distinction de l'être et du devenir. Ceci est même très important, j'y ai fait allusion en disant que l'approche par le verbe venir (ou l'événement ou l'avènement) est une approche co-originaire avec l'approche par le verbe être : « Je suis la lumière » et « La lumière vient » c'est la même chose. Autrement dit, dans les Écritures, être et devenir ne sont pas organisés l'un par rapport à l'autre comme dans notre pensée, donc je veux éviter cela.

Mais il y a une autre raison, c'est que pour dire "être" (éimi) au passé simple, les Grecs n'ont pas d'autre ressource que de dire égénéto: ils empruntent une autre racine pour dire « il fut ». De la même manière, en français, vous le savez, le verbe être, verbe majeur, fait appel au moins à  trois racines différentes pour se conjuguer, en particulier "il fut", justement, qui vient de phueïn (croître).

« 2Il était dans l'Arkhê auprès de Dieu– "être dans" c'est "être" chez Jean, donc « il est arkhê – 3 Tout fut par lui (panta di autou égénéto) – ceci répond à arkhê : il est le principe et aussi le prince de la totalité de l'humanité. » Ce qui est désigné ici, c'est l'advenance de la totalité séminale, ou la totalité de christité qu'il y a dans l'humanité, ça peut même être le nom de l'Esprit Saint lui-même qui est l'aspect répandu en chrismata, en chrismation dans la totalité de l'humanité (je fais allusion à la fin du chapitre 2 de la première lettre de Jean).

b) Comment entendre "Dieu est amour" ?

► Vous venez de privilégier le verbe être dans "Tout fut par lui", j'avais cru pourtant comprendre que vous nous disiez de barrer "être" et de garder seulement "venir".

J-M M : Il ne faut rien barrer ou alors tout barrer. Il y avait peut-être de ma part une petite provocation parce que nous n'avons pas exploité cette réflexion qui reste à mon sens pertinente, à savoir que ce serait un très bel exercice de penser Dieu à partir du verbe venir. Cela dit « Égô eïmi (Je suis) » est un mot majeur chez saint Jean :

– il y a d'abord le « Je suis » sans attribut qui est la revendication par le Christ du titre même du « Ehyeh asher ehyeh »  (Je suis qui je suis) du Sinaï[20] ;

– et ensuite il y a les multiples « Je suis » avec attribut : « Je suis la lumière », « Je suis la résurrection et la vie », « Je suis le pain », « Je suis la porte »…

Donc le verbe être est difficile à rayer. Ce qui est à rayer c'est notre compréhension du verbe être, et ça effectivement c'est une chose extrêmement importante.

Dans un autre groupe où on lit un texte de Heidegger, on en était venu à parler de la signification de l'expression « Dieu est amour ». Et la première chose à faire c'est de penser que « Dieu est amour » (1 Jn 4, 8) n'est pas une proposition de la pensée représentative qui dit quelque chose sur quelque chose, comme dans notre proposition : « Ceci est un homme » ou « L'homme est un animal raisonnable », qui sont les deux moments majeurs du verbe être par rapport à la proposition, le premier étant apodictique, le second donnant lieu au concept, à la définition. Ça c'est de notre structure. Mais « Dieu est amour » dit un événement, le verbe être dit la même chose que l'événement, cela signifie « Nous sommes aimés. » Et comme on ne peut aimer que d'être aimé, « Aimons-nous les uns les autres » et « Nous sommes aimés », c'est une seule et même parole. Donc c'est une proclamation, c'est une annonce et c'est la même chose que « Jésus est ressuscité ». Pour montrer que « Dieu est amour » et « Jésus est ressuscité » disent exactement la même chose, il faut lire le chapitre 3 de la première lettre de Jean : « 11Car c'est ceci l'annonce que vous avez entendue dès l'arkhê, que nous ayons agapê les uns pour les autres. » Or la première annonce est « Jésus est ressuscité », et c'est donc la même chose que « Nous avons agapê les uns pour les autres », tout le contexte le montre.

 

III – Le verbe avoir

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1) Le verbe avoir dans la Bible.

a) Substituts du verbe avoir dans la Bible hébraïque.

L’hébreu biblique n’a pas d'équivalent du verbe avoir. Pour dire "j'ai"(respect  "je n'ai pas") :

– Soit on utilise une particule qu'on traduit par "il y a" : יֵשׁ   (respect par "il n'y a pas": אֵין ) avec la particule ל־ (il y a pour...).

Ex. [יֵשׁ לִי בֵּן]  Il y a pour moi un fils = j'ai un fils.
[אֵין לִי בֵּן ]  il n’y a pas pour moi de fils = je n’ai pas de fils

– Soit on emploie le verbe être [היה] à l'accompli ou à l'inaccompli :

[הָיָה לִי בֵּן ] j'avais un fils  (Littt : "il était pour moi un fils") .
 [ לֹא הָיָה לְךָ בֵּן ] tu n'avais pas de fils (Littt : "ne pas était pour toi un fils")

b) L'utilisation du verbe "avoir" en saint Jean (J-M Martin).

     Avoir la vie éternelle. [21]

En Jn 5, 24 : « Celui qui croit… a la vie éternelle », c'est quelque chose qui est répété de très nombreuses fois chez saint Jean. À propos de vie, le verbe qui vient le plus souvent est le verbe avoir : l'expression « avoir la vie » représente presque la moitié des expressions où figure le mot vie chez saint Jean. Que signifie ce "avoir" ?

Cet emploi du verbe avoir par saint Jean est assez étrange parce qu'en hébreu il n'y a pas d'équivalent du verbe avoir, et au lieu de dire « il a une chose », on dit « une chose est à lui ».

Cela peut nous paraître étrange. Mais le concept d'avoir est celui qui fait la place pour le concept de don, ce que ne fait pas le verbe être : avoir, c'est avoir-à-être, c'est recevoir.

Dans nos Écritures il n'est de vie que donnée. La vie est ce qui ne se perçoit que dans l'espace du don, d'abord dans celui de la naissance, mais aussi dans l'espace du don multiple de l'entretien de la vie, autrement dit de la nourriture : « Donne-nous notre pain de ce jour ». La symbolique de la nourriture est fondée sur cela.

Et donc quand Jésus dit  « Celui qui entend ma parole… a la vie », cela veut dire que la parole qui est à entendre est une parole qui donne vie, c'est une parole qui donne et entretient la vie. La parole de la vie, c'est le vrai pain de la vie

   ●  Avoir la vie (1 Jn 5, 12).

 « 12 Celui qui a le Fils a la vie, celui qui n'a pas le Fils de Dieu n'a pas la vie. » Donc à nouveau nous revenons sur cette thématique : celui qui ne reconnaît pas Jésus comme authentiquement Fils de Dieu (il s'agit sans doute ici de tendances judaïsantes) n'a pas non plus le Père. Tout ceci est d'une grande cohérence.

c) Les immenses profondeurs et richesses du verbe avoir (J-M Martin)

On pourrait être étonnés par des expressions formées avec le verbe avoir : avoir le Fils, avoir le Père, avoir la vie, mais c'est méconnaître les immenses profondeurs et richesses du verbe avoir pour plusieurs raisons :

– contrairement à ce qu'on dit couramment, le verbe avoir, s'il est entendu en son plus propre, est plus riche que le verbe être. D'habitude on dit le contraire : « Il ne s'agit pas d'avoir mais d'être », et on a raison de dire cela dans le sens où on veut le dire probablement.

– le verbe avoir, du moins en français, est le meilleur auxiliaire du verbe être : les Allemands disent « je suis été (ich bin gewesen) » alors que nous disons « j'ai été ».

En effet "avoir" dans son sens originaire signifie : "se situer par rapport à" ; or l'homme est nativement relationnel. Aussi bien en grec ékheïn est parfois utilisé pour le verbe être[22].

Cet emploi du verbe être avec un sens relationnel est très fréquent, très constant ; mais il nous ouvre à ce point de lecture qui nous fait prendre distance d'avec la lecture subjectivante ou substantialisante qui pense que l'unité monadique est l'essence de l'être alors que l'unité monadique est dans la relation même, dans l'être-à. C'est quelque chose de très important. Ça aurait pour conséquence des richesses prodigieuses découlant de la doctrine de la Trinité telle qu'elle s'expliquera par la suite, même si elle s'égarera aussi parfois dans d'autres directions ; mais nous aurions là des richesses, une invitation à désubstantialiser ce que notre langue de façon abusive n'arrête pas de substantialiser.

 

2) Avoir est plus grand qu'être (J-M Martin)[23]

► Je suis frappé de ce qu'il n'y a pas dans l'évangile la formule du vocabulaire courant : “Avoir la vérité” mais tout un tas d'autres formules (“être la vérité”). On ne peut pas posséder la vérité ?

J–M M : Oui, mais néanmoins ce n'est pas très significatif parce qu'en revanche il y a constamment “avoir la vie” (5,26 ; 6,51 ; 6,53 ; 10,10 ; 20,31). Or la vie et la vérité, c'est la même chose. “Avoir la vie”, avoir est en ce sens-là un grand mot. Avoir dit plus qu'être, c'est paradoxal, mais avoir ne signifie pas nécessairement accaparer.

en grec comme en latin, avoir désigne une posture constitutive par rapport à quelque chose, et il y en a des traces dans notre français.

en latin habere (avoir) donne habitude, façon de se tenir par rapport à, façon d'être en rapport, il est à l'origine de la symbolique de l'habit, de l'habitation, de l'habitudo (du comportement)

en grec ékheïn (avoir) est parfois pris pour dire être : « Venant donc Jésus le trouva, quatre jours déjà ayant (ékhonta) dans le tombeau» (Jn 11, 17), "ayant" et non “étant” : il avait son habitation.

Sans compter une expression comme "il y a" en français…

Au lieu de magnifier le verbe être qui est un peu opaque dans notre héritage occidental, examiner comment “avoir” est auxiliairement quelque chose d'important est intéressant pour dégager le sens ouvert du verbe être. Je sais que c'est à rebours de ce qui se dit sur être et avoir. Je reviendrai là-dessus à propos de l'habit parce que nous aurons à parler de la symbolique du vêtement quand j'expliquerai qu'il pose son manteau et prend le linge de service (Jn 13)[24].

C'est même très étonnant : « Celui qui a le Fils a la vie » (1Jn 5, 12) où le verbe avoir est pris d'une façon qui nous choque. La raison est très simple, c'est que le verbe avoir, s'il n'est pas pris a priori de façon péjorative, est le verbe qui fait le lit du verbe donner et qui a donc une dimension ré-lationnelle.

► Recueillir aussi.

J–M M : Bien sûr : c'est ce qui rend possible le recevoir et le donner qui ne sont pas inclus dans le verbe être tel que nous l'employons. Mais ceci n'annule pas la validité, dans leur lieu, de réflexions qui partent d'un autre point de vue pour dégager un sens positif à être par opposition à avoir si avoir est considéré au sens d'accaparer, de posséder. Il serait quand même intéressant, même par rapport au français habituel, de s'habituer à faire exploser l'opacité du verbe être.

► Ça permettrait de tordre le cou à l'expression : « Il ne suffit pas d'avoir mais d'être ».

J–M M : Mais ça va tellement de soi que c'est comme ces choses qui, à force d'être répétées, sont réitérées comme ça de bonne foi sans qu'on y repense. Ça me plaît de prendre le contre-pied de phrases comme celle-là !

► C'est l'avoir dans la société de consommation, ça pèse très lourd.

J–M M : Oui, mais c'est avoir-là est tout à fait vitupéré dans l'Évangile. Seulement ce n'est pas “avoir”, c'est “avoir de mauvaise manière”, soit par la prise violente soit même par la revendication du droit.

De même le mot de propriété est un mot intéressant : le propre, les propres (ta idia) ; les miens… les pronoms dits possessifs – il faut se méfier des déterminations que les grammairiens donnent. Par exemple tout ce qu'ils appellent impératif n'est pas nécessairement impératif et impérieux. Impératif peut être tout à fait invocatif suivant la tonalité. Simplement les grammairiens l'ont appelé impératif. Il ne faut pas être dupe des langages qui se spécialisent, d'ailleurs légitimement.

 



[2] Le 2ème paragraphe est extrait de 1 Corinthiens 15 : la résurrection en question (cf commentaire du v. 28).

[3] Paul distingue deux "je" en chaque homme (cf Rm 7, 7-25. La distinction du "je" qui veut et du "je" qui fait. Les différents sens du mot loi chez Paul. ) il s'agit ici du Je christique.

[5] Extrait de la session sur le Prologue de Jean, cf  Chapitre VII : Etude du mot arkhê, et premières lectures des versets 1-5  le II avec quelques modifications. Les versets 2-3 sont commentés au II 3) du présent message.

[6] De même, à la fin du Prologue, le Fils « est sur le sein (éis ton kolpon) du Père », mais comme on a l'accusatif, il y a l'idée de direction : 'il est « vers » le sein du Père.

[7] On a ça par exemple en Mt 5, 2 ou Ac 8, 35. Mais les traducteurs ne le traduisent pas toujours littéralement.

[8] Cette lettre א, aleph, qui est la première lettre, ne donne pas lieu à un son.

[9] Aleph est la première lettre de l'alphabet hébraïque et beth est la deuxième.

[10] D'après Joseph Pierron lors de la lecture de Philippiens 1, le 29 novembre 1992 à Saint-Merri.

[11] Joseph Pierron lors de la session sur la résurrection au CIF.

[13] Ce paragraphe est extrait de la Lecture de Rm 5, faite le 4 novembre 1990 par J Pierron à Saint-Merri.

[14] « Parler de Dieu comme origine, ce n'est pas le renvoyer dans un "passé" inaccessible, c'est au contraire parler de lui comme présent à jamais. L'origine se présente à tout moment du temps, qui s'écoule pour toutes choses qui commencent et finissent. L'origine, dit quelque part Paul Beauchamp, est maintenance, c'est-à-dire : présence aux créatures, et actualisation de leur être. À la fin de tout ce qui a commencé, on ne re-trouve pas l'origine, comme si on l'avait perdue ; mais à la fin, l'origine se révèle comme ce qu'elle n'a jamais cessé d'être : présence et nouveauté, indemnes de tout vieillissement, vie originaire jaillissante… » (Bernard Van Meenen, Cité dans http://atelier-evangile.catho-bruxelles.be/Ateliers/31dim-b.pdf).

[16] « Je suis tenté de mettre Dieu du côté de la lumière et les hommes du côté de la ténèbre. On a là deux réalités qui sont disjointes, et pourtant l'une ne peut pas exister sans l'autre. Le problème va donc être : qu'est-ce qui fait qu'il est possible de faire l'unité entre la lumière et la ténèbre ? Autrement dit : où est-ce que Dieu va se situer ? Il va se situer dans le rapport, et dans le rapport au sens où Jésus étant le "révélateur" qui le manifeste[16], il va passer justement dans la ténèbre en mourant. C'est-à-dire que je ne peux pas situer Dieu comme étant une substance, un élément ni dense ni mou, ni…  Je suis toujours obligé de le mettre à la croisée, à la jonction de deux opposés.» (J Pierron, 16 novembre 1996, lors de la lecture de Jn 3 à Saint-Merri)

[17] Le ḥaṭef pataḥ « ă » vocalisant le aleph de Adônāï [אֲדֹנָי] est rendu par un shewa « ĕ » lorsqu'il vocalise le yod de YHWH

[18] "Yah", forme abrégée, se rencontre 50 fois dans le texte massorétique. Par exemple en Ex 15:2 ; 17:16 ; dans plusieurs psaumes (68, 4 etc), Ct 8:6 ; Is 12:2 ; 26:4 ; 38:11, 11.

[19] Extrait de la session sur le Prologue de Jean, cf  Chapitre IV : Versets 9-13 ; les trois venues le III 2)

[20] Voir le II 3).

[22] Par exemple en Jn 11, 17  « venant Jésus le trouva, étant (ékhonta) de quatre jours déjà dans le tombeau. »

[23] Extrait de "Jn 18-19 la Passion selon st Jean", JEAN 18-19. La Passion. Chapitre IV : Jean 18,28 – 19,16a . Parution de Jésus devant Pilate    § "Avoir et être" vers la fin du I.