Joseph Pierron décédé en 1999 était un prêtre hors du commun. Il a connu Jean-Marie Martin en 1979, et dès lors pendant vingt ans entre eux un échange fructueux a eu lieu. C'est pourquoi il va avoir une large place sur le blog.

La première partie de sa vie se déroule au sein des missions Etrangères, où il est prêtre, en parallèle avec sa formation de bibliste. puisqu'il était professeur d'Ecriture Sainte (il a une thèse de doctorat). Pendant les quinze dernières années de sa vie c'est au Centre pour L'Intelligence de la Foi, (C.I.F), et à Saint-Merri (Centre pastoral de Beaubourg à Paris). qu'il parle du Dieu de JC et qu'il lit la Bible 

Deux articles de lui, assez universitaires, figurent déjà sur le blog ; primitivement mis dans le tag "échos à JMM" ils intègrent le nouveau tag "Joseph Pierron". Des transcriptions de ce que Joseph a dit au CIF ou à Saint-Merri vont  paraître sur le blog. En avant-première voici une première moisson de propos recueills (le psaume et les prières ont été prononcés à Saint-Merri). Dans le message suivant figure un article très simple paru dans La Vie. .

 

 

Qui est Joseph Pierron ?

 

Joseph Pierron

Joseph PIERRON est né le 5 janvier 1922 à Maîche (Doubs), il fut admis au Séminaire des Missions Étrangères en 1941, ordonné prêtre le 29 juin 1947. Il partit au Vietnam pour la mission de Hué le 1er octobre 1949. Il consacra quelques mois à l'étude de la langue puis fut nommé professeur au collège de la Providence.

Rappelé en France en 1952, il fut envoyé à l'École Biblique de Jérusalem. Il se trouve là-bas au moment de la découverte des manuscrits de Qumran (la grotte 1 vient d'être découverte, et en 1952 ce sera les grottes 3 et 5), et il participera au déchiffrement de manuscrits. Au niveau biblique il était spécialiste de la période comprise entre  le IIe siècle avt JC et le IIe siècle après JC.

En 1953-54, il poursuit ses études à l'Institut Biblique de Rome, en vue de remplacer celui qui était directeur et professeur d'Écriture Sainte au séminaire des Missions Étrangères. C'est ce qui se fait en 1954.

En octobre 1961, il revint à l'Institut Biblique de Rome pour y préparer sa thèse de doctorat, il y reste deux ans.

De 1964 à 1974, il travailla à la formation permanente des missionnaires, créant pour eux un centre de documentation et de pastorale missionnaire. À partir de 1974, il assuma la charge de directeur de la revue Spiritus.

En 1982 il devint professeur au Centre pour L'Intelligence de la Foi, (C.I.F), et parallèlement, en 1985, il se joignit à l'équipe du Centre pastoral de Beaubourg à Paris, où il travailla jusqu'à son décès qui survint le 27 décembre 1999.

 

Quelques témoignages :

 

Ce qui revient constamment à propos de Joseph c'est son accueil et son sourire :

« Joseph, un immense sourire, Deux bras grands ouverts, Un regard intérieur avec son pesant d'humanité ! »

«… le rire, brisant l'austérité du discours, la gravité du moment, la surprise d'une rencontre. Le rire, puisque tu avais décidé d'être joyeux. Le rire pour excuser ta violence, ta sensibilité trop vive, les réactions trop brusques... »

 

Il fut engagé volontaire en 1945. Voici une des deux citations parues dans la Revue des Missions Étrangères "Missionnaires d'Asie" de 1945: 

« Le général de corps d'armée de Goislard de Monsabert, commandant le 2ème C.A. cite à l'ordre du C.A. : Pierron Joseph. Jeune engagé volontaire, chef d'équipe d'un dévouement exceptionnel et d'une rare bravoure. Dans la nuit du 21 au 22 janvier 1945, dans Kilstett encerclé, s'est offert spontanément pour évacuer en jeep sanitaire des blessés graves. A pu forcer le barrage en pleine bataille sous le feu violent des mitrailleuses et des armes individuelles ; ayant dû abandonner son véhicule criblé de balles, a assuré personnellement sous le feu, l'évacuation des blessés confiés à sa garde, jusqu'au poste de secours le plus proche. A donné la preuve de son esprit de sacrifice et de la conception élevée du devoir. La présente citation comporte l'attribution de la croix de guerre avec étoile de vermeil. P.C. 9-IV-1945, Signé : de Monsabert. »

 

Le 15 avril 1954, il prit ses fonctions de professeur d'Écriture Sainte et de Directeur au séminaire des Missions Étrangères. Des sessions de recyclage furent organisées où J. Pierron fit des conférences. Le chroniqueur de la session de septembre 1959 dit ceci :

« Comme il devait le faire pour nous chaque jour, le Père Pierron ouvrit à notre intention la Bible. Nous ne savons comment notre confrère commente le Lévitique ou les Psaumes, mais son ton d'ouragan convenait magnifiquement au livre qu'il nous interpréta. L'Apocalypse, dit-il, est une lecture de l'Ancien Testament à la lumière de ce fait central qu'est la Passion et la Résurrection du Christ. Et cette lecture nous est livrée dans un langage qui nous est bien connu, le langage apocalyptique....Même si nous n'ouvrons pas tous le livre au chapitre 12, et si nous continuons à trouver l'Apocalypse obscur, nous savons du moins désormais qu'il y a des hommes pour lesquels c'est "très simple", et nous avons surtout appris à aimer davantage la Parole de Dieu... »

 

En 1982 il devint professeur au Centre pour L'Intelligence de la Foi, (C.I.F), près de l'église Saint François-Xavier à Paris. Il le fit pendant 17 ans.

« Il faisait le cours sur Dieu, chaque année repris, recomposé, un cours parfois déconcertant, dérangeant, mais fascinant, ouvrant des pistes neuves.» (Xavier de Chalendar).

Il y accompagnait aussi le groupe "Écriture" (travail et échange à partir d'un texte). L'une de ses anciennes élèves témoigne :

« Je me rappelle sa stature vigoureuse, son accueil naturel et amical, sa façon de parler chaleureuse et consistante, avec son timbre grave et un peu terrien. Il nous parlait d'ailleurs de ses origines paysannes, de sa mère, femme de la campagne, croyante à la foi traditionnelle simple et ferme.... À la fin de notre cycle, il nous a dit : "Il faut continuer à étudier, il faut toujours étudier"... »

 

En 1985, il se joignit à l'équipe du Centre pastoral de Beaubourg à Paris, où il travailla jusqu'à son décès qui survint le 27 décembre 1999. Voici deux témoignages parus dans "Le papier de Saint-Merry", janvier 2010.

« Qui était Joseph Pierron ? Je n'ai jamais su ce qu’il disait, et j’ai mis du temps, beaucoup de temps à le comprendre mais, saisissant que, derrière ses mots à lui, se cachaient des trésors, je les ai engrangés jusqu’à ce qu’ils prennent corps et que leur sens s’éclaire pour moi. Si je ne sais répéter ses mots ou définir sa pensée, je peux dire ce qu’ils ont produit en moi. Le travail en collaboration et à côté de Joseph (entre autres, à l’équipe pastorale) m’a permis d’ouvrir un espace à mes mots, pour pouvoir dire à ma manière ce qui me rend joyeuse et vivante. Il ne s’agit donc en rien de répéter, de copier ou d’adhérer à une pensée ou parole, mais de naître à sa propre parole, tout simplement ! » (Florence C)

« Pour moi ce sont ses textes qui aujourd'hui me le rendent vivant. Joseph m’a ouvert des portes, notamment pour lire les textes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Ainsi souligner les dimensions de l’insu de Dieu et de l’inouï de la Résurrection m’a permis d’accepter mes doutes et d’accueillir la Parole sans me confiner dans un dogme. Je me retrouve dans cet espace du Seuil où, ni dans l’Église, ni hors d’elle, je me réjouis du partage renouvelé avec tous ceux qui font résonner cette Parole en eux et avec les autres. » (Danielle B).

 

Toute sa vie, J. Pierron fut un homme de foi, doublé d'un homme d'étude :

« Lorsque, après sa mort j'ai eu l'occasion de voir, sur plus de deux cents cahiers, la profusion de notes amassées par Joseph au long d'une vie, la première réaction était mitigée, faite d'émerveillement et de culpabilisation : ébloui par la qualité certes, mais aussi par la diversité : études testamentaires et théologie, bien sûr, mais aussi somme de documents sur Qumran, Pères de l'Église, études sur les peintres, en particulier contemporains, musique, mais encore articles très nombreux de journaux, hebdomadaires, revues, consacrés aux sujets les plus variés de l'actualité, objets de son insatiable curiosité ; sans oublier les philosophes... Joseph avait la plus grande admiration pour Heidegger. Il connaissait le philosophe au point... d'avoir un de ses volumineux cahiers consacré à sa biographie... » (Un ami de Joseph)

 

Joseph avait donc la plus grande admiration pour Heidegger.  En 1990, il participa à un voyage sur les pas de Saint Paul. L'une des participantes raconte :

« L'un des clous du voyage fut l'évocation de la cruche de Heidegger : la cruche, objet inerte, qui n'existe que si elle est vide pouvant se remplir d'eau qui purifie et étanche la soif, d'huile servant à oindre et à rendre fort, ou encore de vin de la fête, du partage. La cruche symbole qui n'existe que si elle est susceptible de remplir la fonction pour laquelle elle a été créée : absence et présence. Mort et vie. Mort et résurrection... Sa discrétion (à Joseph) permettait aux autres d'exister. Il appliquait la parabole de la cruche... »[1]

 

Joseph Pierron et Jean-Marie Martin.

C'est en 1979 que Joseph rencontre Jean-Marie Martin comme l'a raconté celui-ci un jour où il commentait le texte de Ph 2, 6-11[2]

« C'est un texte que j'ai commenté il y a une vingtaine d'années dans un petit article pour la revue Spiritus. Celui qui était chargé de cette revue était Joseph Pierron. Le texte avait été demandé par l'intermédiaire de Gabriel Espie. C'est par là que j'ai connu Joseph Pierron. Il a beaucoup aimé l'article et j'en ai été très touché. L'article s'intitulait Résurrection ou création. » (J-M Martin).

Joseph écoutait ce que disait Jean-Marie Martin à Saint-Bernard de Montparnasse, il le retravaillait à l'aide des enregistrements qui lui étaient fournis, comme en témoignent les notes qu'il a laissées pour les années 1986 à 1995. Il a également écouté ce qui se disait alors des rencontres animées par Jean-Marie Martin sur Heidegger comme en témoignent les notes qu'il a laissées sur les trois premières années.

Et il n'y a pas de doute que, réciproquement, J-M Martin profitait de la grande culture biblique de Joseph.

 

 

Quelques écrits de Joseph Pierron[3]

 

1/ Participation aux cahiers Évangile (qui précèdent les cahiers Évangile d'aujourd'hui)[4] :

  • N° 19 : La Source de l'eau vive : J. Pierron… 1955 p. 5-80
  • N° 20 : Avant le nouvel exode : J. G. Gourbillon, A Gélin, J. Pierron
  • N° 21 : La Nuit et les fêtes de Pâques : P. Grelot et N° 19 : La Source de l'eau vive : J. Pierron… 1955 p. 5-80
  • N° 24 : Le Messie, fils de David : J. G. Gourbillon, J. Delorme, J. Pierron, 1956 – 87 pages

2/ Articles dans la revue Spiritus :

  • Lettre aux Romains 1,18-3,20: regards de Paul sur les mondes à évangéliser, n°17 (1963), p.361-376 (en ligne : Rm 1,18-3,20. Regards de Paul sur les mondes à évangéliser )
  • La hardiesse de l'Apôtre. Étude biblique sur la parrêsia apostolique ; ‎n°23 (1965), p.132-140 (en ligne : La hardiesse de l'apôtre. Étude biblique sur la « parrêsia » apostolique)
  • Apôtres et évangélistes dans le Nouveau Testament ; n°33 (1968), p.3-22.
  • Le renouvellement d'une espérance ; n°40 (1970), p.7-23
  • La formation permanente des missionnaires ; n°47(1971), p.413-421
  • Foi et comportement. Les sessions d'éthique de la formation permanente / Joseph Pierron et Claude-Marie Echallier; n°55 (1974), p.3-24
  • L'attestation de la foi. Le questionnement ; n°58 (1975), p.5-26
  • Le synode de l'Église de Madagascar ; n°62 (1976), p.25-34

 

3/ Article en anglais à propos des découvertes de Nag Hammadi.

En 1952 il était à l'École Biblique de Jérusalem lors des découvertes des manuscrits de Nag Hammadi. Quand il est à l'Institut Biblique de Rome il publie un article :  A New Biblical Discovery : the Neofiti Codex I, IndEcSt 2, nos. 3-4 (1963), pp. 304-312.

 

4/ Participation à des publications collectives.

Joseph Pierron est cité dans les collaborateurs du Dictionnaire de théologie biblique publié sous la direction de Xavier Léon-Dufour, éd du Cerf 1962.

Dans Grands thèmes bibliques : La conversion, retour à Dieu, éd. du feu 1958, p. 119-132.

Dans Assemblées du Seigneur (nouvelle série n° 12) : Épiphanie et baptême du Seigneur, 1969

Dans "Actualiser la morale", mélanges offerts à René Simon : Célébrer pour faire Eglise p. 461-474, éd du Cerf 1992.

 

5/ Traductions de l'italien, de l'américain.

Menozzi Daniele. Vers une nouvelle Contre-Réforme ? Traduit de italien par Joseph Pierron m.e.p In: Archives de sciences sociales des religions. N. 62/1, 1986. pp. 135-150 (: /web/revues/home/prescript/article/assr_0335-5985_1986_num_62_1_2407)

L'Avenir est au métissage / Virgil Elizondo ; trad. de l'américain par J. Pierron ; préf. de Léopold Sédar Senghor,... / Paris : Mame, 1987.

 

 

      Psaume de Joseph Pierron

Je suis à la porte, veillez, Berna Lopez

 

      La pierre rejetée par les bâtisseurs
      est devenue pierre d’angle
      c’est là l’œuvre du Seigneur
      C’est merveille à nos yeux
 
      C’est toi mon Dieu
      c’est toi la porte
      ouvre grand la porte
      ne nous livre pas à l’éphémère
 
      Béni soit au nom du Seigneur
      celui qui vient
      il nous donne la lumière
      qu’il nous accueille dans le silence et la tendresse

 

 

      Les Noëls de Joseph PIERRON

 

      Nous t'écoutons, Dieu,
      germer en notre terre
      silencieusement.
      Fini le pays désert
      la marche désespérée
      le sang noir de toute faute,
      il y a ton amour.
      L'envers de ta colère
      c'est ton pardon
      l'envers de ta vengeance
      c'est un enfant qui naît
      il y a ton amour.
      Le feu de la joie
      habille les siècles
      la sève de la paix
      traverse le temps
      il y a ton amour.
      Nous t'écoutons, Dieu,
      germer en notre temps
      silencieusement.

                 24.12.1989

 

Marche à l'étoile, Berna Lopez

 

        Jésus,
        Tu es le grain semé
        Tu es l'épi à moissonner
        le caché, le vivant, au plus intime
        pour en tout transparaître.
        Jésus,
       Tu es la lampe pour les pas
        lorsque les pieds trébuchent
        et que l'homme cherche de nuit
        ton visage qui se dérobe.
        Jésus,
        Tu es l'épreuve du feu
        où tu nous introduis
       Tu es le joug d'une Passion
        et d'un chemin de croix.
        Jésus,
        Tu es de l'encens brûlant
        Tu es un vin de fête
        comme un désir et une fièvre
        du premier au dernier jour.

                                                                                           27.12.1998

 

 

Comment rendrai-je au Seigneur
Tout le bien qu'il m'a fait ?

 Tu es le Seul
qui vient, Père
levain du monde
qui soulève la pâte inerte
pain d'éternité

 Alleluia, Tu es fidèle éternellement

Fils de Dieu, notre frère,
Tu fais naître la soif
et tu l'étanches
Tu es le sang du temps
source inépuisable
dans l'amour infini

 Alleluia, Tu es fidèle éternellement

 Esprit du Père et du Fils
Tu es l'unique
sans ombre
sans lumière
feu noir
centre creusé
Dedans

Alleluia, Tu es fidèle éternellement

                          J Pierron, Dimanche 1er juin 1977 – Saint-Merri



[1] Lors de la session de 1191 au CIF, Joseph avait repris cette parabole de la cruche, voir vers la fin du message qui va paraître prochainement "Être à Dieu".

[3] Il s'agit de deux dont nous avons pu avoir connaissance.

[4] En 1891 est créée une association privée, la « Ligue Catholique de l’Évangile » pour favoriser les cercles d’études bibliques et la diffusion de brochures sur l’Évangile et le Nouveau Testament. À partir de 1951, elle publie des cahiers trimestriels appelés Évangile (familièrement appelés « cahiers rouges » à cause de leur couleur) dirigés par le P. Gourbillon puis le P. du Buit. En 1970 la Ligue Catholique de l’Évangile se transforme et devient le « Service biblique catholique Évangile et Vie », chargé d’être l’antenne française de la Fédération Biblique Catholique Mondiale, voulue par le cardinal Bea à la suite du concile Vatican II. En 1972, le premier directeur, Étienne Charpentier, modifie les cahiers rouges Évangile en Cahiers Évangile, désormais publiés par les éditions du Cerf.