Pour Joseph est adulte qui se mobilise entièrement pour être présent à la fois à soi-même, aux autres, au monde et éventuellement à Dieu, ce qui suppose en particulier trois expériences.ICes expériences sont vraiment le fond de ce qu'il disait au CIF (Centre pour l'Intelligence de la Foi) et à Saint-Merri. Ainsi, à propos de Jésus en croix, il parlait souvent du cri de Jésus «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?».Et par ailleurs il mettait en oeuvre cette phrase de Gilbert de Tournai qu'il citait : « Jamais nous ne trouvons la vérité si nous nous contentons de ce qui est déjà trouvé. Ceux qui écrivent avant nous ne sont pas pour nous des seigneurs et des maîtres, mais des guides. La vérité est ouverte à tous, elle n'a pas encore été possédée tout entière. »

Joseph Pierron ami de Jean-Marie Martin, écrivait des articles bibliques de niveau universitaire, mais il était aussi très proche de la vie quotidienne comme en témoigne cet article. D'autres messages de lui (ou sur lui) figurent dans le tag .

 

 

Qu’est-ce qu’être adulte ?

Publié le 17 octobre 1996 - La Vie n°266

 

Joseph Pierron, des Missions étrangères de Paris, prêtre coopté au centre pastoral Beaubourg, répond à la question posée conjointement par La Vie et l’association Grande Écoute.

Psaume 69, Benn, XXe siècle

" Adulte " est un mot ambigu. Dans le sens purement temporel – et qui me paraît complètement faux – l’homme serait d’abord enfant, ensuite adolescent, puis adulte, et enfin vieux. Pour moi, c’est autre chose : est adulte l’enfant, l’"adulte" ou le vieillard qui se mobilise entièrement pour être présent à la fois à soi-même, aux autres, au monde et éventuellement à Dieu. Avoir cette attitude fondamentale de base suppose plusieurs expériences qui, de fait, ne sont jamais terminées.

La première expérience correspond à ma première découverte, celle de pouvoir dépasser la peur et le sentiment d’abandon. J’avais sept ans quand, un jour, mon père m’a laissé seul sur un sentier de montagne. Au bout d’un moment, il est revenu en disant : « Tu n’as pas appelé. C’est bien. Maintenant tu es un homme. » Bien plus tard, au service militaire, j’ai eu le même sentiment d’abandon quand une nuit je me suis trouvé, dans une forêt, séparé des autres soldats. J’ai réussi à dominer suffisamment ma peur pour attendre l’aurore et y voir plus clair.

La deuxième attitude qui me paraît fondamentale, c’est de prendre conscience de la valeur de la décision. C’est-à-dire ne plus compter sur les connaissances qu’on nous a transmises, mais apprendre à assumer notre propre vérité. Trop de gens me demandent encore ce qu’il faut faire. Bien souvent on a peur de la liberté qui fait les hommes vrais.

Une troisième chose que j’ai surtout découverte quand j’étais missionnaire au Vietnam, c’est que je ne sais rien. L’adulte est celui qui ne se satisfait jamais de définitions acquises, qui soupçonne tout ce qu’on lui a enseigné. Ce qui compte, c’est le questionnement. Cela demande beaucoup de force. C’est pourquoi j’ai été très heureux de constater que le pape a eu, implicitement, le courage de se remettre en cause : lors de son premier voyage en France, en 1980, il nous avait dit : « France, souviens-toi de ton baptême ! » Cette fois-ci, en traitant du baptême de Clovis comme d'un baptême parmi d’autres, il semble avoir compris qu’on ne peut plus parler, s’agissant de la France, de "chrétienté".

Je le répète : ces trois attitudes fondamentales, on peut les avoir aussi quand on est enfant. L’adulte, ou peut-être vaudrait-il mieux dire, le vrai homme, est celui qui est totalement ajusté, adapté à l’état où il est. Et qui marche vers la plénitude de sa vérité.