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La christité
La christité
  • Ce blog contient les conférences et sessions animées par Jean-Marie Martin. Prêtre, théologien et philosophe, il connaît en profondeur les œuvres de saint Jean, de saint Paul et des gnostiques chrétiens du IIe siècle qu’il a passé sa vie à méditer.
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1 octobre 2026

Comment entendre que Dieu a soif ?

À deux moments Jésus dit sa soif : « Donne-moi à boire » dit-il à la Samaritaine, et sur la croix : « J'ai soif ». Comment entendre cette soif ainsi que la mention de sa "fatigue" lorsqu'il arrive à la source, si on ne coupe pas Jésus en deux natures divine et humaine ? Pour cela il faut lire le texte comme il souhaite être lu…

C'est ce qu'a fait Jean-Marie Martin à Saint-Bernard-de-Montparnasse en 1989-90 où il lisait tout le chapitre 4 de Jean. La transcription a été faite par Joseph Pierron qui était assez souvent présent aux rencontres. C'est donc des extraits de sa transcription qui sont mis ici avec quelques ajouts venant d'ailleurs.

 

 

Comment entendre que Dieu a soif ?

 

Jean-Marie Martin

 

 

« Jésus donc, fatigué par la difficulté du chemin, s'assit ainsi près de la source. Il était comme la sixième heure (hora ên ôs hektê). Vient une femme de Samarie puiser de l'eau. Jésus lui dit : "Donne-moi à boire" » (Jn 4, 6-7)

 

Tout au début de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine, il y a une chose qui est notée et qui va nous ouvrir une question sur le Christ, à savoir qu'il est "fatigué", fatigué par la difficulté du chemin (Jn 4, 6) - il y a le chemin, il y a la fatigue du chemin -, il s'assied et il demande à boire ; il est fatigué et il a soif.

Cette notation ainsi que le "Donne-moi à boire" du v. 7 qui désigne une certaine soif, ont souvent été utilisées pour marquer la vérité de la nature humaine de Jésus, c'est-à-dire que Jésus n'est pas une espèce d'être intermédiaire, un peu fantomatique, mais que c'est quelqu'un qui éprouve les mêmes besoins, désirs, et éventuellement impressions que nous-mêmes. Or, il ne faut pas introduire une considération de ce genre dans le texte. Faire ça, c'est utiliser un texte pour défendre la perspective de Chalcédoine, ce concile qui définit la double nature, divine et humaine, du Christ. Il n'est pas question de cela dans le texte.

 En revanche, il est question de tout autre chose. En effet, la difficulté du chemin c'est la Passion du Christ ; et le "Donne-moi à boire", c'est le "J'ai soif" du chapitre de la Passion du Christ. C'est à la neuvième heure, l'heure de l'accomplissement, qu'il dit « J'ai soif » (Jn 19, 28) et le texte ajoute que c'est "pour que soit achevée l'Écriture" qu'il fallait qu'il dise cela. Jésus le révélateur est fatigué, et sa fatigue est à l'ouverture de la révélation. Et tout le thème du chapitre est levé avec le « Donne-moi à boire ». C'est le mot qui oriente la lecture.

 

Il ne faut pas oublier non plus que lorsque la Samaritaine rencontre Jésus au puits, c'est l'heure de la passion car il était environ la sixième heure, Il ne faut pas traduire : il était environ midi, parce que midi a chez nous une symbolique de plénitude, alors que six, ici, désigne le contraire. C'est l'heure du commencement de la Passion du Christ avec exactement la même mention :

  • « Il était comme la sixième heure (hora ên ôs hektê) »  (Jn 4, 6),

– « C'était la veille de la Pâque, il était comme la sixième heure (hora ên ôs hektê), il dit aux Judéens : “Voici votre roi.” »  (Jn 19, 14).

 

La Passion est l'heure de son intronisation royale. C'est ce qui est au cœur du mystère du Christ et c'est ce qu'il a peut-être de plus différent de nous puisque l'essence du Christ se révèle essentiellement dans sa mort-résurrection. Ce ne sont pas des choses qui lui arrivent par surcroît, par mode accidentel : il vit, puis il lui arrive un jour de mourir ; il meurt, puis, après coup il lui arrive de ressusciter… non, il est de sa nécessite propre d'être cela.

 

Pour poursuivre, je vais asseoir ce que je viens de dire et que j'ai énoncé d'une façon un petit peu provocante. Il faudrait dire que chaque fois que nous ouvrons un texte d'évangile quel qu'il soit, la première question que nous devrions nous poser c'est : où est-il question de la Passion et de la Résurrection ? En effet, l'Évangile au sens singulier du terme, c'est simplement dire : "Jésus est mort et ressuscité". C'est le premier sens du mot "évangile" tel que chez saint Paul. Et si notre texte est dans un évangile, il est écrit pour dire cela

Il le dit évidemment à travers un certain nombre d'autres choses, mais c’est de ce côté-là que se trouve le non-dit porteur de tout le texte. Aussi il importe pour nous de détecter préférentiellement le lieu d'émergence le plus ancien de ce texte, car c'est la visée du texte.

 

À propos de cette même question, vous pourriez me demander : mais qu'est-ce qui vous permet de dire que le "Donne-moi à boire" ce n'est pas tout simplement un besoin physique, mais que ça désigne une espèce de soif mystérieuse, de soif qui justement n'est peut-être pas nos soifs. C'est peut-être justement en cela que Jésus est différent de nous. Très souvent, les choses s'inversent : lorsque nous nous servons d'un texte pour montrer que Jésus est semblable à nous, c'est le texte qui voulait dire qu'il est très différent.

 Quelle est cette soif ? quelle est la soif de Dieu ? est-ce que Dieu a soif ? Évidemment, là je n'ai plus le recours d'introjecter dans le texte une distinction entre la nature divine qui, pleine de satiété, ne serait pas soumise à la soif, et la nature humaine de Jésus qui, précisément, à cause de sa nature humaine, aurait soif. Ça, c'est supprimer tout l'intérêt du texte ; c'est ce que fait de bonne heure la théologie. Cette soif c'est le désir de Dieu. Bien sûr nous avons appris nous, de façon utile en son lieu, à distinguer le besoin et le désir, même si cela est utile en son lieu, c'est néfaste pour la lecture que nous faisons ici parce que cela empêche la soif qui est quelque chose comme un besoin, d'être le symbole effectif, et d'être quelque chose qui est plus grand que le besoin.

 

Alors j'en viens à cette dernière, toute dernière question : mais enfin, qu'est-ce qui vous permet de dire que c'est bien ça que vise le "J'ai soif" de Jésus ? Eh bien, c'est le texte lui-même. Il faut toujours entendre dans le texte les réponses aux questions du texte. C'est le texte lui-même, mais non pas à propos de la soif, mais à propos de la faim. Il y a dans le texte un balancement entre soif et faim, eau et nourriture, etc.

 Aux versets 31-34, les disciples le pressent de manger… J'ai à manger une nourriture que vous ne savez pas"… Est-ce que quelqu'un lui aurait apporté à manger ? Personne. Non ce n'est pas cela du tout sa nourriture puisqu'il dit : « Ma nourriture est d'achever la volonté de celui qui m'a envoyé ». Cette phrase demande beaucoup de circonspection parce qu'à la première écoute elle nous paraît un peu rhétorique, grandiloquente ou je ne sais pas, mais la fin dit ceci : ce qui m'entretient, donc ce qui me tient dans l'être, dans ce que je suis, c'est d'accomplir l'œuvre de celui qui m'a envoyé ; il faut que j'accomplisse. C'est encore le "il faut". Il faut accomplir l'œuvre. Or chez saint Jean c'est la mort et la résurrection du Christ qui achève l'humanité commencée en Genèse mais dont il est donné au Christ de la porter à son accomplissement. C'est cela l'œuvre.

Accomplir l'œuvre pour Jésus c'est la mort-résurrection, c'est son œuvre… et c'est cela sa faim, autrement dit, c'est cela sa nourriture ; autrement dit, c'est son élément, son aliment. Je sais bien que élément et aliment c'est un jeu de mots, néanmoins il est souvent très significatif d'une certaine symbolique. Il faut nous dégager d'une certaine compréhension du rapport des choses entre elles, de façon antécédente à nos articulations classiques. Donc, pour Jésus, son être se révèle en cela : sa soif et sa faim, son véritable breuvage, sa véritable nourriture. Le thème de la résurrection qui est indiqué en creux dans le thème de la Passion ou de la mort, c'est ce qui va se développer bien singulièrement dans le thème de l'eau vivante.

 En effet, l'eau vive est une des dénominations de la Résurrection chez saint Jean. Et tout notre texte, évidemment, suinte de cette source qui est à partir de quoi l'écriture surgit et se dit. Je pense qu'il est, à mon sens, indiscutable que ce "Donne-moi à boire" signifie ce que j'ai dit. D'ailleurs, tenez, quelquefois on dit que je spécule assez facilement. Je vous ai néanmoins donné une bonne raison à partir de la nourriture. Et en outre, je suis content car dans l'édition critique de Nestlé-Aland, en grec, il se trouve que la référence Jn 19,28 est indiqué dans la marge. Quand il y a des références à d'autres passages de l'Écriture, c'est indiqué dans les marges. Cela veut dire que les exégètes en général reconnaissent volontiers le lien entre "Donne-moi à boire" et "J'ai soif". Cela me conforte, peut-être vous aussi. Cependant, il ne suffit pas de le marquer, je veux dire par là qu'il faut tenir la note ensuite, c'est-à-dire qu'il faut que cela change notre regard sur le texte, c'est cela notre travail

 

D'après ce principe de lecture à partir du mystère du Christ, sa mort résurrection c'est son heure ; c'est d'ailleurs sa saison, c'est-à-dire le moment où ce qui était graine, donc invisible, apparaît en fructification. C'est sa bonne saison, c'est ce qui dit ce que, de toujours, il était. Dans la référence du "J'ai soif" et de la mention de la fatigue – parce que ce n'est pas par hasard que le mot "fatigue" se trouve ici et se retrouve à la fin du texte : « d'autres se sont fatigués et vous, vous êtes entrés dans leur champ » (v. 38) –; les disciples apparaissent pour le moment de la moisson mais Jésus se fatigue tout au long de l'épisode. Autrement dit, ils sont autre et autre. Mais "autre" cela veut dire qu'ils sont "le même" sous deux modalités différentes. Rien n'est plus radicalement proche de l'autre que le même. Le mot "fatigue" est employé au début et à la fin, et il est évident que l'on entend autre chose que la simple notation anecdotique d'une fatigue passagère de quelqu'un qui marche ! Il y a quelque chose dans la direction de ce que j'indique comme étant des mots pleins de l'essentiel.

 

Une des choses caractéristiques dans ce que nous venons de faire, c'est que ce que nous avons l'habitude de répartir entre essentiel et secondaire, entre substantiel et accidentel, ou circonstanciel et occasionnel, cela ne fonctionne pas ici, c'est une répartition de notre logique. Mais en revanche l'essentiel peut être dit dans quelque chose qui pour nous est réputé circonstanciel. Le principal est peut-être dans ce qui serait pour nous une proposition circonstancielle de temps ou de lieu, et en particulier c'est la question "où ?" qui est pour nous une proposition circonstancielle alors que dans l'évangile de Jean c'est la première question, c'est celle qui dit l'identité. L'identité c'est "d'où je viens", "où je vais", mots qui disent la mort résurrection ; Jésus le dit et c'est son identité.

 

► La soif évoque la Passion, mais est-ce que dans la Passion il y a un passage obligé par la soif ?

J-M M : C'est-à-dire qu'ici la soif est un autre nom de la Passion…

En effet, quand nous disons Passion et Résurrection, nous ne disons absolument rien parce que si ces deux mots-là sont absolument fondamentaux pour désigner le lieu central de l'Évangile, ils désignent très bien ce qu'est ce lieu central mais ils ne signifient que peu de choses pour nous.

Il faut voir que même "le pâtir" du Christ n'est pas simplement à cogiter sur le mode et dans les limites de notre propre pâtir, et à plusieurs raisons "sa résurrection" n'est surtout pas à imaginer sur le mode d'une réanimation ou de je ne sais quoi. Ce sont des mots qui sont très dangereux parce qu'ils ne se suggèrent pas dans notre esprit quelque chose qui soit digne d'être à la première place. C'est quelque chose de très scandaleux. Il s'agit de savoir ce qui est au cœur de tout.

On pourrait à la rigueur dire que Dieu c'est universel, mais voilà qu'en parlant de la Passion et de la Résurrection je mets au cœur de tout une anecdote passée, assez douteuse a priori : le fait qu'un homme meurt, c'est assez courant ; qu'il ressuscite, il faut d'abord s'assurer du fait avant d'en rechercher la cause, comme dit l'autre, mais c'est alors vraiment fonder la totalité sur la plus grande fragilité. Il y a là quelque chose de proprement scandaleux.

 Or on peut raisonner ainsi et dire : ce n'est pas cela qui peut fonder ; cependant on peut dire aussi : ce sont ces mots-là qui désignent le lieu qui est le fondement, mais pas pour le sens qu'ils donnent, et j'attends justement de leur position centrale que s'indiquent des éléments de sens majeur ; et ce faisant, je suis respectueux de la parole.

 

En effet, nous pensons que la parole est avant tout quelque chose qui signifie, c'est-à-dire qui dit ce que c'est, et qui définit les choses. Or ce n'est pas du tout cela l'essence de la parole. D'abord cela laisse de côté un certain nombre de choses qui ne signifient pas comme par exemple le nom propre. Le nom propre me désigne parfaitement de telle sorte que si je l'entends, je suis en relation, en contact, et je viens si on m'appelle. Jean-Marie Martin, à la limite, peu importe ce que cela signifie. Cela ne signifie pas mais ça indique beaucoup, et donc c'est un élément profondément identifiant sous ce rapport-là, sur un mode autre que de dire ce que c'est. La question ici est justement d'identifier ce qui est en cause dans le texte de la Samaritaine.

Au départ elle le prend pour un Judéen, et visiblement il est un homme mâle. Elle, elle est femme et Samaritaine. Il serait judéen et elle samaritaine, or il n'y a pas de fréquentation entre les Judéens et les Samaritains, c'est elle-même qui le dit ; il est homme et elle est femme, de quel droit ose-t-il lui adresser la parole, car la parole d'un homme qui s'adresse à une femme seule est compromettante. Et elle défend sa double identité.

Il ne faut pas oublier que nous sommes au puits et le puits peut donner lieu à de beaux développements sur l'eau vive comme ce que le Christ donnera, mais c'est aussi le lieu de rencontre des fiancés. En effet les patriarches rencontrent leur fiancée au puits. Ceci donne un caractère nuptial à l'ensemble de ce récit. Autrement dit le thème par ailleurs paulinien du Christ époux de l'humanité se trouve joué ici.

C'est pourquoi le thème sur le mari (« 16Va chercher ton mari » dit Jésus) ne vient là par hasard. Cette parole de Jésus est identifiante à la mesure où elle constitue chez elle une conversion : « 17Je n'ai pas de mari ». Cela lui a permis d'avouer le manque qui est le premier élément d'une ré-identification possible. La question de Jésus a été entendue comme une parole qui la libère des faux-semblants.

. Bien sûr qu'elle n'a pas de mari et ne pourra en avoir que lorsqu'elle aura été capable de se ré-identifier et de reconnaître Jésus comme « le sauveur de son corps », comme dira Paul (Ep 5, 23), « le sauveur du monde » (Jn 4, 42), c'est-à-dire Jésus dans la figure de l'époux[1]. Mais le Christ n'est pas l'époux d'une Samaritaine, pas plus qu'il n'est, au point de vue de l'état civil, époux de Marie-Madeleine (voir le chapitre 20). Il est l'époux de l'humanité, c'est-à-dire que la Samaritaine aussi bien que Marie-Madeleine sont là pour narrer des étapes de l'accession de l'humanité à son accomplissement dans le Christ.

L'histoire de la Samaritaine c'est l'histoire du malentendu qui est un mode de présence. Le Christ ne cesse de l'entretenir, il est dans la proximité même si elle, elle ne l'est pas. Ils s'entre-tiennent tout au long. Et quand je dis tout au long, c'est d'une très grande longueur, parce que la Samaritaine est peut-être une dame de Samarie, mais c'est plus sûrement la communauté johannique pour laquelle Jean écrit ; c'est encore beaucoup plus, puisque c'est l'histoire de l'humanité tout entière. Quand Jean écrit ce dont il parle, c'est l'histoire de l'humanité depuis ses débuts jusqu'à l'accomplissement, et c'est le texte lui-même qui me permet de dire cela. Le dialogue avec les disciples pendant l'absence momentanée de la femme porte sur la semaille et la moisson. Or les semailles représentent l'histoire du monde et la moisson l'eschatologie, la belle dernière saison. La Samaritaine va de méprise majeure en méprise moindre jusqu'à ce qu'au terme… et ce terme est peut-être bien eschatologique, peut-être que l'humanité par rapport à Dieu va rester dans un malentendu jusqu'au dernier jour.

 

C'est une chose émouvante de penser que Jean est en train de nous dire que, des origines de l'humanité jusqu'à l'accomplissement, Dieu est en dialogue avec l'humanité, une humanité qui l'entend mal. Mais entendre mal est le premier mode d'entendre. Ça c'est johannique et c'est beaucoup plus important que de décréter qu'il y a une alliance faite à l'humanité totale.

Elle n'a pas de mari, c'est-à-dire qu'elle n'a pas trouvé, nous dirions, son identité. Pour affirmer cela, il faudrait resituer cela dans la thématique des rapports de Dieu et de son peuple, comme rapport d'homme et femme, avec la femme qui courre auprès de ses amants et n'a pas encore trouvé son mari (son baal) comme on le trouve chez le prophète Osée.

Je ne voudrais pas m'appesantir là-dessus mais il y a un tout petit ouvrage en copte, de Nag Hammadi, gnostique, qui est une petite merveille et qui s'intitule Exégèse de l'âme, et où il y a le recueil de ce thème : l'âme féminine et Dieu masculin, un recueil de textes d'Osée, d'Ézéchiel et même d'Homère.[2]

 

► Est-ce qu'il y a, dans le texte, des indices qui permettent de dire que Jésus est l'époux ?

 J-M M : Dans le texte-même le mot n'est pas prononcé, mais on peut le dire en raison du thème époux-épouse tel que Jean le traite.

Ça apparaît explicitement à la fin du chapitre 3 où Jean-Baptiste dit :

« Celui qui a l'épouse est l'époux, mais l'ami de l'époux qui se tient debout et qui l'écoute, se réjouit de ce qu'il entend la voix de l'époux. Donc la joie qui est la mienne est pleinement accomplie. » (Jn 3, 29-30).

De plus au chapitre 4, la Samaritaine qui reçoit Jésus représente toute l'humanité. Cela signifie que le rapport de Jésus à ce qui le reçoit est un rapport d'époux à épouse.

Nous avons vu que la Samaritaine est dans une symbolique d'épousailles parce qu'elle est femme et qu'elle rencontre Jésus au puits, or dans la Bible les patriarches ont rencontré les matriarches au puits. De plus la question « Va chercher ton mari » atteste que ce chapitre est, dès le début, dans la problématique nuptiale.

 

► Jésus a dit à la Samaritaine "Donne-moi à boire", mais finalement il n'a pas bu ?

J-M M : Je crois qu'il faut lire dans la Samaritaine la même soif que ce dont a soif Jésus sur la croix, et ce n'est franchement pas de vinaigre, pas de Pouilly non plus ! Ce n'est pas la qualité de la boisson qui est en question. C'est la grande soif que Dieu a de toujours de l'humanité, soif d'accomplir l'humanité, de la libérer, de la donner à elle-même. Il s'agit sans doute de la grande fatigue de Dieu depuis le début du monde, et il en a… Et on peut penser peut-être qu'il existe quelque part un désir plus grand que toute fatigue, ça pourrait être divin.

Votre remarque c'est : le texte ne dit pas si finalement il lui a donné à boire. Mais si, il le dit pleinement parce que Jésus a soif de l'humanité représentée par la Samaritaine et comme elle le reconnaît, du même coup elle répond à sa soif profonde. Il ne s'agit pas de dire : ce sont de simples images pour dire quelque chose d'autre, c'est l'un dans l'autre. La grandeur de la dimension que nous évoquons est dans le petit de l'épisode. Savoir lire le grand dans le petit, c'est cela la tâche d'une véritable lecture du Nouveau Testament. Lire le grand dans le petit, c'est voir le fruit dans la semence. Or en général nous ne le faisons pas, nous contemplons la semence, le fruit n'est pas encore là, nous ne le voyons pas. C'est ce que dit le texte à propos de l'autre regard : « Levez les yeux ». On ne voit pas l'authentique dimension de l'homme quand on voit un homme, il faut lever les yeux

 

Tout à l'heure j'ai parlé des semailles et de la moisson : les semailles représentent l'histoire du monde et la moisson l'eschatologie, l'accomplissement plénier des choses. L'Évangile se présente comme un dévoilement de quelque chose qui avait été tenu secret, d'une certaine façon au peuple d'Israël déjà, mais surtout à la totalité des nations. Désormais les siens sont tous les hommes. Il faut prendre acte de cette christité répandue dans l'humanité séminalement, mais ayant vocation à s'accomplir en se dévoilant. Voilà la structure de pensée, la considération qui est première lorsqu'on aborde l'Évangile au singulier.

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