Ce récit raconte la rencontre de Dieu avec l'humanité : on part de la plus grande méprise, du plus grand malentendu, puis, par des processus progressifs d'identification qui culminent à la fin de l'épisode, elle finit par l'identifier.

Pour ceux qui ne connaissent pas Jean-Marie Martin, cette lecture de la Rencontre avec la Samaritaine est d'une grande utilité pour prendre contact avec la façon dont il médite la Parole. Des notes renvoient à d'autres messages qui pourront être lus ensuite. Ce récit est vraiment une référence puisque Jean-Marie y fait allusion dans toutes les sessions ! Cette étude vient principalement de la session Symbolique des éléments en 1999. Comme J-M Martin, lors de cette session, n'avait pas eu le temps d'étudier la totalité du récit de la Samaritaine, une petite partie de l'étude vient d'autres sessions, il y a même une note sur une lecture gnostique du thème des maris par Héracléon, note extraite d'un cours à l'Institut Catholique en 1974-75, cours transcrit en entier avec ajouts dans Lecture gnostique de la Samaritaine (Jn 4, 4-24) suivie des fragments d'Héracléon cités par Origène.

Comme il est bon de lire d'abord le récit, le texte dans la traduction de la Bible Segond est mis en premier. Les paragraphes correspondent aux diverses parties de l'étude. Si on trouve que le récit entier est un peu long, on peut ne lire que les versets 3-15 qui font l'objet de la première partie.

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La rencontre avec la Samaritaine

 

Texte : Jn 4, 3-42.

 

Jn 4, Jésus et la Samaritaine, Berna LopezAlors il (Jésus) quitta la Judée, et retourna en Galilée. Comme il fallait qu'il passât par la Samarie, il arriva dans une ville de Samarie, nommée Sychar, près du champ que Jacob avait donné à Joseph, son fils. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué du voyage, était assis au bord du puits. C'était environ la sixième heure. Une femme de Samarie vint puiser de l'eau. Jésus lui dit: Donne-moi à boire. Car ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres. La femme samaritaine lui dit: Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? -Les Juifs, en effet, n'ont pas de relations avec les Samaritains. - Jésus lui répondit : Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit: Donne-moi à boire! tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t'aurait donné de l'eau vive. Seigneur, lui dit la femme, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond; d'où aurais-tu donc cette eau vive? Es-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses troupeaux ? Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura encore soif; mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif, et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. La femme lui dit: Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n'aie plus soif, et que je ne vienne plus puiser ici.

Va, lui dit Jésus, appelle ton mari, et viens ici. La femme répondit : Je n'ai point de mari. Jésus lui dit : Tu as eu raison de dire: Je n'ai point de mari. Car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari. En cela tu as dit vrai. Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es prophète.

Nos pères ont adoré sur cette montagne; et vous dites, vous, que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. Femme, lui dit Jésus, crois-moi, l'heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous adorez ce que vous ne connaissez pas; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. Mais l'heure vient, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; car ce sont là les adorateurs que le Père demande. Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l'adorent l'adorent en esprit et en vérité. La femme lui dit : Je sais que le Messie doit venir celui qu'on appelle Christ; quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses. Jésus lui dit : Je le suis, moi qui te parle.

Là-dessus arrivèrent ses disciples, qui furent étonnés de ce qu'il parlait avec une femme. Toutefois aucun ne dit : Que demandes-tu ? ou : De quoi parles-tu avec elle ? Alors la femme, ayant laissé sa cruche, s'en alla dans la ville, et dit aux gens : Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait; ne serait-ce point le Christ ? Ils sortirent de la ville, et ils vinrent vers lui. Pendant ce temps, les disciples le pressaient de manger, disant : Rabbi, mange. Mais il leur dit : J'ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. Les disciples se disaient donc les uns aux autres : Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé, et d'accomplir son œuvre.

Ne dites-vous pas qu'il y a encore quatre mois jusqu'à la moisson? Voici, je vous le dis, levez les yeux, et regardez les champs qui déjà blanchissent pour la moisson. Celui qui moissonne reçoit un salaire, et amasse des fruits pour la vie éternelle, afin que celui qui sème et celui qui moissonne se réjouissent ensemble. Car en ceci ce qu'on dit est vrai: Autre est celui qui sème, et autre celui qui moissonne. Je vous ai envoyés moissonner ce que vous n'avez pas travaillé; d'autres ont travaillé, et vous êtes entrés dans leur travail.

Plusieurs Samaritains de cette ville crurent en Jésus à cause de cette déclaration formelle de la femme: Il m'a dit tout ce que j'ai fait. Aussi, quand les Samaritains vinrent le trouver, ils le prièrent de rester auprès d'eux. Et il resta là deux jours. Un beaucoup plus grand nombre crurent à cause de sa parole; et ils disaient à la femme : Ce n'est plus à cause de ce que tu as dit que nous croyons; car nous l'avons entendu nous-mêmes, et nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du monde.

Après ces deux jours, Jésus partit de là, pour se rendre en Galilée.

 

Quelques questions en débat dans le texte.

L'eau est en débat. Il y a distinction, partage entre deux eaux : l'eau du puits (ou de la source) où se trouve la Samaritaine, et l'eau dont parle le Christ. Ce serait une erreur de faire ici simplement la distinction entre l'eau matérielle et l'eau spirituelle qui est le baptême. Le débat n'est pas exactement là. Il est à l'intérieur d'un processus d'identification : qui est la Samaritaine, et qui est son interlocuteur ?

Pour la Samaritaine il s'agit d'identifier le personnage qui se présente à elle : on part de la plus grande méprise, du plus grand malentendu, puis, par des processus progressifs d'identification qui culminent à la fin de l'épisode, elle finit par l'identifier. Il est intéressant de noter qu'il faut, d'une  certaine façon, que la Samaritaine se ré-identifie elle-même pour qu'elle puisse identifier Jésus. C'est un même processus : reconnaître Jésus la ré-identifie.

L'identification se fait ici par le lieu d'où l'on est, par les indices du lieu puisqu'il s'agit en particulier de l'eau et du puits. Un puits est lieu référentiel en ce sens qu'on y revient, qu'on y puise, c'est la source de l'entretien de la vie. Mais il n'est pas seulement un repère dans l'espace, il est aussi un repère dans le temps car ce puits se creuse dans l'histoire de la Genèse, de Jacob, de Joseph, et à ce titre-là il permet l'identification par des ancêtres.

Par ailleurs, tout au long du texte court un autre problème identifiant, celui du sexe qu'on trouve par exemple sur la carte d'identité. Le débat est aussi largement dessus. C'est marqué en toutes lettres dans le texte : « Comment peux-tu m'adresser la parole à moi qui suis samaritaine et femme ? » (d'après le v. 9). C'est un aspect qui est très important dans toute la conduite du texte,  déjà parce que, selon l'Écriture, les fiancés, dans le monde patriarcal, se rencontrent au puits. Ensuite Jésus parle du mari de la Samaritaine, ce qui réidentifiera la Samaritaine par rapport à son mari. Il y a donc une symbolique masculin – féminin tout au long de ce texte.

J'ai situé l'enjeu du texte en disant tout cela.

 

Versets 3-15. Les thèmes de l'eau et du don.

« 3Jésus quitta la Judée et revint de nouveau en Galilée. » Ceci paraît une mention assez innocente mais rien n'est innocent chez saint Jean. Aller en Judée signifie pour le Christ aller à la mort car « Jérusalem est la ville qui tue les prophètes » (Mt 23, 37) et descendre en Galilée permet que se répande la force de résurrection qui était contenue dans sa mort, non pas simplement sur la Judée, mais sur tous les confins, car ces confins sont considérés comme étrangers, au point qu'ils ne se parlent pas, comme dit le texte. Et le texte considère la Galilée, la Samarie, donc tout ce qui constituait le royaume d'Israël dans sa différence d'avec le royaume de Judée dans l'histoire antérieure[1], en ce que cela préfigure la diffusion, la descente de la présence de résurrection, celle du pneuma (de l'esprit, du souffle) de résurrection, sur la totalité du monde.

Vous aurez à la fin du texte le fait que « après deux jours Jésus sortit vers la Galilée » ce qui ouvre un autre épisode qui est proprement galiléen, lui, donc dans une descente et en particulier une descente de Cana à Capharnaüm qui est le lieu de la grande manifestation.

« 4Il fallait qu'il traversât par la Samarie». Bien sûr, si on veut aller de Judée en Galilée, il faut traverser la Samarie, il faut. Mais ce "il fallait" a bien entendu chez Jean un aspect de destination, de chemin destiné.

« 5Il vient donc vers une ville de Samarie appelée Sichar près du champ que Jacob a donné à Joseph son fils. 6ll y avait là la source de Jacob. Jésus, fatigué par les difficultés du chemin ... » Le mot fatigue (kékopiakôs) est très important, il ne se trouve nulle part ailleurs dans l'évangile de Jean sinon au verset 38. Il faut avoir une attention qui nous aide à identifier la fatigue qui est en question ici, voir dans quel contexte le mot est repris : « Je vous ai envoyés moissonner là où vous ne vous êtes pas fatigués. » (v. 38). Cette fatigue, c'est la passion, ou c'est la vie christique, la vie de Jésus patibilis. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que le « Donne-moi à boire » est évidemment un écho du « J'ai soif » de la croix. Il ne faut pas oublier non plus que c'est l'heure de la passion car il était environ la sixième heure, c'est donc le commencement de la septième heure, du septième jour, nous sommes dès le début dans le non-accomplissement. Il ne faut pas traduire : il était environ midi, parce que midi a chez nous une symbolique de plénitude, alors que six, ici, désigne le contraire.

Jn4, la Samaritaine et Jésus, berna Lopez« Jésus, fatigué …, s'assit près de la source ; c'était environ la sixième heure.  7Vient une femme de Samarie pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : "Donne-moi à boire", 8car ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de la nourriture. » Les disciples vont acheter de la nourriture. Parfois c'est Jésus lui-même qui dit : « Où achèterons-nous des pains ? » (Jn 6, 5). Ils achètent, et ceci prépare la révélation – surtout dans le chapitre 6 – du fait que la nourriture essentielle ne s'achète pas. Quand Jésus dit à Philippe : « Où achèterons-nous des pains ? », Jean précise qu'il dit cela "pour l'éprouver", c'est-à-dire pour révéler la pensée qui est au cœur de Philippe. C'est une parole qui révèle le cœur pour faire prendre conscience de quelque chose qui est d'une autre nature. Le thème du don court tout au long de notre chapitre 4, mais aussi tout au long du chapitre 6. La nourriture essentielle du Notre Père : « Notre pain essentiel (épiousion), donne-nous ce jour », c'est du domaine de la donation.

Par ailleurs, les disciples sont partis opportunément pour la structure du texte, ce qui permet un discours étrange et même scandaleux : « 9La femme, la Samaritaine, lui dit donc : "Comment, toi qui es judéen, me demandes-tu à boire (m'adresses-tu la parole) à moi qui suis samaritaine et femme ?"» C'est déjà compromettant qu'un homme adresse la parole à une femme inconnue en public, et en plus « Samaritains et Juifs ne se fréquentent pas », comme dit le texte lui-même.

« 10Jésus répondit et lui dit : "Si tu savais la donation de Dieu– c'est la révélation de la donation. Le trait premier de l'eau qui est en question, c'est la donation. Cela, bien sûr, la Samaritaine ne le sait pas, les disciples eux-mêmes ne le savent pas – et qui est celui qui te dit “ Donne-moi à boire ” la question est de savoir "qui est", c'est pourquoi je disais qu'il s'agissait d'un processus d'identification dont la question est explicitement dans le texte – c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné l'eau vivante ».

Dans le processus johannique, une méprise s'indique ici. Nous avons vu la méprise par les apôtres. Souvent ces méprises nous paraissent très grossières, mais ne le sont pas autant qu'elles paraissent. Elles sont là pour relancer. Nous pouvons commémorer ici la méprise de Nicodème : « Comment un homme devenu vieux… peut-il entrer dans le sein de sa mère une deuxième fois et naître ? » (Jn 3, 4). C'est constant chez Jean. C'est à méditer comme processus de mise en place d'une révélation.

On a ici l'expression « eau vivante (udôr zôn) » et à un autre endroit Jean emploie l'expression « l'eau de la vie (zôê) ». Chez Jean quand il est question de la vie (zôê) c'est toujours la vie éternelle, la vie de résurrection. Et on pourrait montrer en recourant à d'autres textes que celui-ci[2] que chez Jean cette eau vivante c'est le pneuma (esprit, souffle), à savoir le pneuma de résurrection.

Ici il est question de donation (dôrean), le don étant dôron. « Si tu savais la donation de Dieu » : de fait, si elle "savait" cette donation,  elle saurait qu'elle est insue, c'est le même mot savoir qui est dit à propos du pneuma : « Le pneuma tu ne sais » (Jn 3, 8).

« 11La femme lui dit : "Seigneur tu n'as pas de seau et le puits est profond, d'où donc as-tu l'eau vive ?" »

« D'où as-tu l'eau vive ? » c'est une phrase qui a un sens dans son contexte et c'est aussi une de ces multiples petites phrases qu'on peut prendre à part et méditer indéfiniment : comme : « La maison fut remplie de l'odeur emplit du parfum » (Jn 12, 3) ; « Le fils demeure toujours à la maison » (Jn 8, 35). Il y a tout, il y a la filiation... C'est vrai que ces phrases ont un sens plein dans leur contexte, mais d'en être retirées et prises pour elles-mêmes, pour ce qu'elles suggèrent, est un excellent processus de méditation.

 « 12Es-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné le puits, et lui en a bu ainsi que ses fils et ses troupeaux ?» Je relève deux choses :

– La thématique du "plus grand" est ici sous mode d'incrédulité, de question – mais pour le lecteur qui est habitué à entendre la parole, c'est implicitement une profession de foi de la Résurrection car "plus grand" signifie la Résurrection. Nous avons déjà rencontré "plus grand" un certain nombre de fois, minimes par rapport à l'emploi de ce terme chez Jean.[3]

– "Notre père Jacob" : est-ce que la Samaritaine est suffisamment identifiée par sa référence, sa naissance dans la lignée du patriarche, par la référence de son lieu, par la qualité de propos de son eau ? Car l'eau est aussi, nous l'avons dit dans une séance précédente, la parole. La parole est le breuvage essentiel, et je serais tenté d'interpréter les 5 maris du verset 18 comme étant les 5 livres du Pentateuque samaritain, de même que les cinq pains du chapitre 6 seraient le Pentateuque des Juifs : ce n'est pas une nourriture suffisante tant qu'il n'y a pas l'eau nouvelle, l'eau vivante (ou le pain vivant).

Ce qui est en question ici c'est la façon dont le christianisme naissant c'est-à-dire l'Évangile dans ses premières articulations, se situe par rapport à l'Ancien Testament. Que l'eau dans l'Ancien Testament désigne la parole, et singulièrement la parole de Dieu, c'est vrai. Néanmoins il y a une différence entre ce que dit la Parole et ce que j'en entends car je ne l'entends pas dans sa plénitude, personne ne l'entend. Or le monde juif (et a fortiori le monde samaritain) n'a pas entendu la parole dans sa plénitude. En un certain sens toute l'eau du puits de Jacob c'est l'Évangile, mais en un autre sens c'est l'Évangile non encore entendu. C'est la position mise en œuvre par Paul : la Torah (c'est-à-dire les cinq livres du Pentateuque considérés comme désignant l'ensemble de l'Ancien Testament) est susceptible d'être entendue comme parole vive, mais aussi comme parole désoeuvrée c'est-à-dire comme parole qui n'accomplit pas son œuvre parce qu'elle n'est pas entendue. Quand la Torah n'est pas entendue, Paul l'appelle la Loi, et, quand elle est entendue, Paul l'appelle l'Écriture (la Graphé).

« 13Jésus répondit et lui dit : "Tout homme qui boit de cette eau (la tienne) aura soif à nouveau, 14celui qui boira de l'eau que je donnerai n'aura plus jamais soif". » C'est un thème un peu ambigu qui sera repris littéralement avec la réplique : « Donne-moi toujours de cette eau ». Or, dans le chapitre 6, on a ça à propos du pain (et c'est un parallèle important à retenir) : « Donne-nous toujours de ce pain ». C'est un indice pour la symbolique commune, la parole constituant la symbolique soit pour l'eau, soit pour le pain. D'une manière étrange, cette formule se trouve dans la littérature sapientielle sous la forme inversée, c'est-à-dire qu'il est bon d'avoir toujours soif, que la soif soit constamment relancée. Chez Jean : « Il n'aura plus jamais soif ». Or, c'est la même chose dans l'inversion même : ici, l'avoir encore soif est dit négativement de l'inextinguible par opposition à la plénitude, et dans l'autre texte, la plénitude consiste dans le perpétuel rejaillissement de la soif. Ce glissement est intéressant. C'est une petite énigme !

La Samaritaine et l'eau vive« Mais l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissant vers la vie éternelle. » La vie (zôê) ou la vie éternelle, c'est la même chose chez saint Jean, cependant le mot éternel n'est pas une bonne traduction, mais ce n'est pas notre sujet aujourd'hui.

« L'eau que je donnerai » Comme nous l'avons dit, le débat est sur eau et eau : l'eau du puits ou « l'eau que je donnerai ». Le thème du partage des eaux, c'est-à-dire de la distinction entre telle eau et l'eau qui dit la donation christique, c'est un souci des premiers chapitres de Jean. L'eau de la Samaritaine, ce n'était pas de l'eau banale, c'était la parole nourrissante des écritures du Pentateuque que lisent les Samaritains, c'était son eau identitaire.

 « L'eau que je donnerai » C'est le don qui est question ici. Les disciples achètent : Jésus est seul parce que « ses disciples sont allés acheter des nourritures (des provisions) » et nous avions mis cela en rapport avec le chapitre 6 où Jésus "tente" Philippe pour lui faire révéler ce qu'il a au cœur, à savoir que du pain, ça s'achète. Or le chapitre 6 est destiné tout entier à dire que le pain, ça se donne. C'est précisé au beau milieu du chapitre : « Le pain que je donnerai, c'est moi-même pour la vie du monde. » Le pain, c'est ce qui entretient la vie. L'entretien de la vie dans le grand sens du terme, c'est la donation que le Christ fait de lui-même.

« L'eau que je donnerai », c'est la révélation du don comme caractérisant l'espace de l'Évangile qui est constamment contre-distingué du domaine du droit et du devoir, c'est-à-dire de la dette et du salaire, mais aussi contre-distingué du domaine de la violence. Nous opposons fortement et légitimement la violence et le droit (ce que nous appelons la justice) comme deux régions totalement différentes. Pour l'Évangile, il y a une secrète connivence entre “le droit et le devoir” et “la violence” qui constituent le monde dans lequel nous sommes, et se distinguent de l'espace nouveau qui est l'espace du don gratuit.

Cela culmine chez Paul dans le salut obtenu par donation gratuite, qu'il appelle charis (la grâce), et non par le mérite ou le gain. Le fait de gagner ne justifie pas. Il s'agit ici de l'ultime de la vie, de l'essentiel de la vie qu'il appelle toujours zôê. Cette région est la région du don. Il s'agit du rapport à Dieu qui n'est pas un rapport de marchandage, pas plus qu'un rapport de forces, mais il s'agit du même coup du rapport aux hommes, le rapport ultime aux hommes.

Quand nous entendons cela, nous pouvons penser qu'il s'agit de quelque chose de très utopique et très loin. Voilà une question qui n'est pas du tout à éluder, à savoir que prêcher les droits et les devoirs, fussent-ils les droits naturels des gens, et les devoirs quels qu'ils soient, ça n'est pas encore l'Évangile. Et parce que c'est difficile à admettre, c'est toujours l'indice que nous ne comprenons pas très bien ce que cela veut dire. Et parce que c'est difficile, c'est l'indice de quelque chose de très précieux. Quand nous sommes tout à fait satisfaits de la lecture du texte tel qu'il vient, nous n'apprenons rien, c'est l'indice que nous ne sommes pas véritablement au texte. C'est là où ça crisse, où il y a une difficulté, que se cache l'essentiel.

La Samaritaine au puits, évangéliaire copte, Institut Catholique de Paris« 15La femme lui dit : "Seigneur donne-moi de cette eau que je n'aie plus soif et que je ne vienne plus ici pour puiser." »

► Est-ce que la cruche que laisse la femme c'est son ancienne soif ?

J-M M : L'opposition dont il est question dans le texte n'est pas l'opposition de la soif d'eau matérielle et de la soif spirituelle, c'est l'opposition entre le mode de vivre samaritain et le mode de vivre de la vie nouvelle. Il ne s'agit pas de l'opposition entre l'eau qui serait H2O et l'eau métaphorique qui serait l'Esprit Saint. La différence concerne l'eau identifiante : c'est la totalité de l'être samaritain par rapport à la totalité de l'être christique. C'est une opposition entre le natif humain et ce qui appartient à l'espace de la nouvelle naissance. Et ce n'est pas une opposition, c'est quelque chose qui entre dans un rapport tel que ça exclue des choses et que ça en conforte d'autres. Le rapport de la nouveauté christique par rapport à l'ancienneté est un rapport complexe : ce n'est pas un rapport totalement excluant, c'est un rapport qui ressaisit quelque chose du premier état mais en mettant à mort les carences du premier état, c'est-à-dire en mettant à mort la mort (c'est une expression de Paul), il ne faut mettre personne à mort sinon la mort.

Nous venons de parler du thème de l'eau. L'autre thème de tout ce passage c'est celui du don. Le mot de don est un mot essentiel chez Jean. C'est le mot le plus grand. Mais il faut bien comprendre que nous ne savons absolument pas ce que veut dire le don. Ne jamais oublier cette étrange parole de Jésus au chapitre 14 :« Je ne donne pas comme le monde donne. » Autrement dit le sens mondain du verbe donner n'est pas ce à partir de quoi je peux entendre ce que veut dire donner quand Jésus dit : « Je donne ».

Le don en question s'avance en préparant ce qui est susceptible de le recueillir, c'est-à-dire en constituant l'homme en posture de demande. Autrement dit, la demande est déjà prodrome du don. C'est pourquoi« Demandez et vous recevrez » (Jn 16, 24) dit deux fois la même chose, car demander c'est avoir déjà reçu. Nous ne sommes pas dans les méandres psychologiques d'un désir qui voudrait bien, puis qui se formule, puis qui demande, qui fléchit l'interlocuteur pour telle ou telle raison, parce qu'il est généreux ou parce qu'on lui fait du chantage au sentiment, etc. Il y a toutes ces choses dans l'usage quotidien du don. Ceci ne nous apprend rien sur ce que veut dire donner dans l'Évangile où le don n'est pas à la mesure de notre désir ni de notre pensée.

 

Versets 16-19. Le thème des maris

Jésus et la Samaritaine, Solomon Raj (Inde)Nous arrivons au thème des maris qui n'est pas sans poser de problèmes.

« 16Jésus lui dit : "Va, appelle ton mari et viens ici". 17 La femme répondit et dit : "Je n'ai pas de mari". »Dans ce texte, les réponses sont autant d'enchantements, lorsqu'on les trouve ! La réponse à : «15Donne-moi de cette eau », c'est : «16Va chercher ton mari. »ce qui qui apparaît comme une rupture incongrue. Qu'est-ce que ça vient faire là ? Mais c'était là dès le début parce que la thématique masculin/féminin, ou époux/épouse plus exactement ici, est en question d'emblée dans le texte. Bien sûr qu'elle n'a pas de mari et ne pourra en avoir que lorsqu'elle aura été capable de se ré-identifier et de reconnaître Jésus comme « le sauveur de son corps », comme dira Paul (Ep 5, 23), « le sauveur du monde » (Jn 4, 42), c'est-à-dire Jésus dans la figure de l'époux. [4]

Et le fait que Jésus dise cette parole atteste qu'il n'a pas besoin qu'on cause pour savoir, il est au cœur de la question, car le secret honteux de cette femme, c'est cela.

Le moment décisif est donc ce moment où Jésus la renvoie à elle-même, à se dire à elle-même ce qu'il en est d'elle-même, et elle le dit à peine du reste, mais elle le dit quand même : « "Appelle ton mari"..."Je n'ai pas de mari." »La conscience de ce manque est décisive. Ce qui est plein, ce qui est saturé, ne peut pas recevoir. Il faut du vide pour recevoir. La confession du manque est quelque chose d'essentiel : elle est la conséquence de ma non-autosaturation, de ma non-autosatisfaction, de ce que je ne vis pas en plénitude, de ce que je ne vis pas en autarcie.

Jésus lui-même dévoile son secret : « Jésus lui dit : "Tu dis bien, que tu n'as pas de mari 18car tu as eu cinq maris, celui que tu as maintenant n'est pas ton mari, en cela tu dis vrai." » Cette parole-là peut paraître sévère. On l'entend souvent comme une parole de condamnation : « Voilà qu'il vient l'ennuyer avec sa vie privée. » Mais, quelle est la tonalité de cette parole ? Lisons le texte. La femme, aussitôt, va appeler les autres et dit : « 29Venez voir quelqu'un qui m'a dit ce que j'ai fait. » Autrement dit, ce n'est pas entendu comme une parole de condamnation. C'est nous qui injectons cette signification, éventuellement parce que nous sommes ennuyés par la parole de Jésus.

Quelle est la qualité de cette parole qui est dite au cœur de telle façon que cela délie le cœur et permet un aveu qui n'est pas un aveu dans la condamnation ? Une parole qui est entendue comme une parole libérante, et donc comme une parole de pardon ? Il y a là quelque chose de très important à méditer. Ici cela permet à la femme d'avouer le manque, ce qui est le premier élément d'une ré-identification possible : il ne la laisse pas dans le déni de ce qu'elle est. 

C'est ici la phrase à laquelle je faisais allusion au verset 12 en disant que je serais tenté d'interpréter les 5 maris, comme les 5 livres du Pentateuque qui n'est pas une nourriture suffisante tant qu'il n'y a pas l'eau nouvelle, l'eau vive.

 « 19La femme lui dit : "Seigneur, je vois que tu es prophète". » Elle commence à l'identifier comme étant peut-être le prophète Moïse qu'attendent les Samaritains. Mais Jésus est et n'est pas le prophète. En un sens oui, Jésus est le nouveau Moïse, mais pas au sens où l'attend celle-ci, donc nous sommes encore dans la méprise, même à propos du même mot.

Ensuite, la question sera reprise à propos du Messie, du Roi oint qu'attendent les Judéens. C'est l'autre attente. Jésus est-il ce Roi messie ? Oui et non. Non pas au sens où, probablement, elle le conjecture, et pourtant Jésus dira : « Eïmi (je suis) » (v. 26) avec le double sens de : peut-être « Je le suis », et aussi le « Je suis » qui identifie ultimement Jésus[5], mais d'une façon qui n'est pas encore entendue pleinement par la Samaritaine.

 

Versets 20-26. Identification par le lieu. Où faut-il adorer ?

Entre-temps, il y a eu un autre thème initié par la Samaritaine elle-même : où faut-il adorer ? Elle ne va pas poser la question « qu'est-ce qu'adorer ? » ou « comment adorer ? » Ce qui l'intéresse c'est la question . En effet, un débat s'est ouvert en elle entre la revendication de son identité de Samaritaine et le soupçon que cet homme rencontré n'est peut-être pas seulement un Judéen, mais qu'il est peut-être un prophète ou le Messie qu'attendent les Judéens : « Est-ce que le vrai n'est pas plutôt chez les Judéens ? » Elle est dans un état de doute. Et ce doute est très important, très profitable, dans le cheminement par rapport à la méprise initiale.

Elle pense en effet au départ qu'il est peut-être plutôt judéen, ce qui est une erreur. Jésus n'est pas judéen, non pas du tout parce qu'il serait nazaréen, il n'est pas judéen parce qu'il n'est pas identifié en vérité quand il est identifié comme judéen : Jésus n'est pas ressuscité judéen (juif). Lire saint Paul, par exemple : « Dans la dimension de Jésus ressuscité, dans le Christos, il y a ni Juif ni Grec... » (d'après Ga 3, 28).

Cette question est une question d'identification par le lieu : Où faut-il adorer ? Quel est le lieu axial ? Quel est le lieu sacré ? À quelle tradition, à quelle source faut-il se référer ?

Ce n'est pas une question qui paraît importante aujourd'hui et pour moi c'est une question tout à fait première.  Aujourd'hui, on prend une bribe de phrase posée n'importe où, et puis on la pose en soi, et puis elle fait ce qu'elle veut ! Non ! Les paroles parlent à partir d'une bouche, telle bouche parle. Vous pourriez me dire qu'elles parlent de l'œil puisque la source, en hébreu, c'estayïn, un mot qui signifie à la fois source et œil. Autrement dit une parole est référée à un lieu. Elle a son sens dans ce lieu. Et les erreurs sont plutôt des errances, c'est-à-dire qu'une erreur est une vérité déplacée, une vérité qui n'est pas dans son lieu et qui peut devenir à la limite perverse si elle n'est pas dans son lieu.

 « 20Nos Pères ont adoré sur cette montagne – le mont Garizim que l'on voit –  et vous dites (vous les Judéens) que c'est à Jérusalem qu'il faut adorer.21Jésus lui dit : "Crois-moi, femme, l'heure vient que ni sur cette montagne, ni à Jérusalem, vous n'adorerez le Père. 22Vous adorez ce que vous ne savez pas, nous adorons ce que nous savons, car le salut vient des Judéens". » Cette dernière phrase est très étonnante et elle ne va pas de soi. C'est le même problème que celui de l'intitulé de Pilate : « Jésus roi des Judéens. » (19, 21). Il y a des réponses à cela. Le pire serait de passer sur le texte sans apercevoir qu'il y a problème (mais ce n'est pas mon problème d'aujourd'hui).

« 23Mais vient l'heure et c'est maintenant que les véritables adorateurs adoreront le Père en pneumati kaï alêthéïa (en pneuma et vérité) car le Père cherche de tels adorateurs» Il y a d'abord la question de l'heure, la question de la temporalité, mais ce n'est pas notre sujet.La question de la Samaritaine est une question topographique : « Où faut-il adorer ? » La réponse est : « dans le pneuma ». Elle avait posé la question : ou bien … ou bien …, sur le mont Garizim ou à Jérusalem ? La réponse est : ni ceci, ni cela. Ainsi le Christ lui dit que le lieu où il faut adorer n'est pas un troisième lieu. Ce lieu est un non-lieu par rapport aux lieux repérables de notre cartographie. Ce qui se joue ici, c'est la symbolique du lieu nouveau.

Repenser l'adoration, la prosternation.

Le pneuma est donc le lieu en quoi s'accomplit la posture essentielle de l'adoration. Le mot adorer n'est pas une bonne traduction, il vient du latin adorare. Dans le grec c'est proskunêsis, avec la symbolique du genou, et dans l'hébreu sous-jacent la racine sémitique est kâra, qui signifie la prosternation.

 Se prosterner devant qui ? Devant le Père, sans doute. Et se prosterner dans le pneuma signifie se prosterner dans la donation. En effet nous avons vu : « Si tu savais le don de Dieu », nous avons vu que l'eau désigne la donation. Or, l'eau vivante, c'est le pneuma, Jean le dit explicitement au chapitre 7. Et qu'est-ce que le pneuma ? C'est le pneuma de Résurrection, c'est-à-dire de naissance nouvelle.

Ceci nous invite à re-penser la prosternation (l'adoration) comme autre chose que ce qui irait vers l'anéantissement du "je". Il n'y a pas à distinguer des prières d'adoration devant l'immense grandeur de Dieu et des prières d'action de grâce pour son don. Car la grandeur de Dieu est de donner et rien d'autre. Or, donner, c'est recevoir, et recevoir, c'est restituer, c'est verser comme on peut le lire en Jn 7, 38.

Si cette prière-là peut venir en nous, c'est parce qu'en nous (et en tout homme) il y a semence de pneuma qui est l'insu de nous-mêmes : « le pneuma, tu ne sais. » Elle peut venir en nous parce qu'en nous il y a de quoi l'appeler, c'est-à-dire qu'il y a en nous trace de cette christité qu'est la semence de pneuma.

Le modèle premier de ce donner-recevoir, si j'en crois Paul, est Jésus lui-même, « lui qui, étant l'image – le visible – de Dieu, n'a pas estimé saisissable – prenable, susceptible d'être gardé – d'être égal à Dieu, mais s'est vidé… C'est pourquoi… Dieu lui a donné... » (Ph 2, 6-9). Apparaît la notion de vide : qu'est-ce que cette annihilation, cette crucifixion ? Cela n'a sens que dans le don, et le don de la Résurrection, qui est inscrite au cœur même de cette prostration. Nous avons ici un vide qui n'est pas de l'affliction, mais qui est de la constitution de l'éternelle respiration entre le Père et le Fils. Le verbe donner nous conduit au plus intime de ce que veut dire Dieu par la méditation de la Trinité et nous donne le sens même de la mort christique qui n'a pas d'autre sens que cette donation.

Jésus et la Samaritaine, Codex EgbertPneuma et vérité.

Et nous avons ici l'hendiadys : « en pneuma et vérité » c'est-à-dire « en pneuma qui est vérité ». Cela veut dire que le pneuma et la vérité désignent le même. Et l'indication que je donne habituellement, c'est de penser pneuma, royaume et vérité comme le même. Évidemment, ce sont des mots qui, dans notre discours spontané, sont totalement disparates, ils n'appartiennent pas au même registre. Si nous continuons à les entendre dans le champ de signification qu'ils ont chez nous, nous ne les entendons pas. Il s'agit de les entendre à partir de l'insu de la même réalité fondamentale qui se donne à entendre sous trois dénominations, trois noms.

Je rappelle d'autres expressions : « le pneuma de la vérité », (Jn 14, 17; 15, 26 ; 16, 13 et 1 Jn 4, 6) qui est la façon dont le Paraclet est annoncé, et enfin : « le pneuma est la vérité » dans « Le pneuma est le témoignant car le pneuma est la vérité » (1 Jn 5, 6). Voilà trois expressions qui montrent comment fonctionne l'hendiadys.

Le verset 23 nous oblige d'une part à repenser le pneuma dans le contexte de l'identification du lieu (d'où ?), c'est-à-dire de la tentative d'orientation, de la référence à la source, de la recherche sourcielle du puits ou du temple ou du lieu, et d'autre part c'est une invitation à penser à partir de cela le mot de vérité.

Le lieu sourciel du mot de vérité se trouve du côté d'une prise de conscience d'un radical « tu ne sais » et de l'accueil du donné à entendre qui s'en fait. Voilà le lieu sourciel à partir de quoi il faut repenser les mots, les mots essentiels, les vocables essentiels de l'Évangile. Ceci ne donnera pas lieu à une définition au sens strict du terme, mais à une orientation, car la notion d'orientation est très importante pour la question du lieu, étant entendu que la question “où ?” est essentiellement une question de désorienté.

 « 25La femme lui dit : "Je sais que vient le Messie, celui qui est appelé Christos, quand celui-ci viendra, il nous annoncera toutes ces choses". 26Jésus lui dit : "Je suis, moi qui te parle." » Lorsque nous avons vu la première identification de Jésus comme prophète (v. 19) nous avons parlé de cette deuxième identification de Jésus comme Messie, ainsi que du "Je suis" qui se trouve ici. Jésus n'est rien de tout cela, mais aussi il est cela : ces titres sont le lieu d'une première méprise parce que Jésus n'est ni le Prophète ni le Messie quand ces titres sont pensés dans les limites de l'attente des Samaritains ou des Judéens, néanmoins ces titres lui conviennent lorsqu'ils sont repensés à partir d'ailleurs.

 

Versets 27-34. Le thème de la nourriture.

Jn 4, Jésus et la Samaritaine, les disciples reviennentLes disciples sont de retour.

 « 27Et là-dessus vinrent ses disciples et ils s'étonnaient qu'il parle avec une femme ; personne toutefois ne dit : "Que cherches-tu ou que dis-tu avec elle ?" 28La femme laisse donc sa jarre et s'en va vers la ville dire aux hommes : 29"Allez, voyez un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait, n'est-il pas le Christos ?" 30Ils sortirent donc de la ville et vinrent auprès de lui.

 31Les disciples entre-temps l'interrogeaient en disant : "Rabbi, mange". 32Il leur dit : "J'ai à manger une nourriture que vous ne savez pas". 33Alors – toujours la méprise – les disciples se disent entre eux : "Est-ce que quelqu'un lui a apporté à manger ?" 34Jésus leur dit : "Ma nourriture est que je fasse la volonté de celui qui m'a envoyé, et que j'accomplisse son œuvre".»

La dernière phrase est étrange : on pourrait penser qu'il s'agit là d'une figure de style. En réalité, elle signifie que la nourriture est un des noms de la vie, de ce qui tient en vie, de ce qui garde l'essence de la vie. Nous disons parfois : « moi, ma vie, c'est de faire ceci ou cela. » Ici : « ma nourriture est que je fasse la volonté de celui qui m'a envoyé. »

Cette phrase risque d'être entendue dans une sorte de crispation, car elle semble dire que c'est la volonté d’un autre qui me tient en vie, alors que nous retrouvons ici une structure qui est constante chez Jean : faire la volonté, c'est la même chose qu'accomplir l'œuvre. En effet nous avons vu que la structure semence/fruit peut se dire sous la forme volonté/œuvre[6] : la volonté c'est la semence, et l'œuvre est l'accomplissement de la semence. L'œuvre chez saint Jean désigne soit la mort-Résurrection – et donc la même chose que l'heure –, soit l'accomplissement de l'humanité, mais c'est la même chose : la mort-Résurrection du Christ est l'accomplissement de l'humanité, et c'est cela l'œuvre. Or cet accomplissement-là, « c'est ce qui me tient en vie, c'est cela la nourriture de ma vie." »  (v. 34) Cela peut paraître une phrase grandiloquente : ma nourriture à moi…. mais elle s'entend très bien.

De plus "accomplir l'œuvre" est la nourriture du Christ, mais c'est aussi sa boisson. Quand il dit : « J'ai soif », il s'agit du désir d'accomplir l'œuvre qui est mort et Résurrection. C'est pourquoi nous avions raison d'interpréter la fatigue, la sixième heure, le « J'ai soif », la donation, dans la perspective de la mort du Christ. Ce n'est pas développé dans le texte à propos de la boisson, mais c'est développé à propos de la nourriture et donc c'est la même chose.

Une remarque à propos de l'expression faire la volonté : le verbe faire (poïeïn) n'est pas à entendre dans notre sens mais plutôt au sens d'un laisser faire, mais pas un laisser faire passif. On pense trop souvent que le laisser-faire, c'est passif. Mais prenons l'exemple de la poésie puisque le mot poésie vient du verbe poïeïn : un poème ça vient, ça se donne (parfois ça ne se donne pas il faut attendre) et cependant laisser venir un poème, c'est une prodigieuse activité. Donc ici faire la volonté de Dieu est à entendre au sens d'un laisser s'accomplir, ce qui rejoint ce que nous avons dit : la volonté ou le désir c'est la semence, et l'œuvre accomplie est l'accomplissement de cette même semence, c'est le moment de la moisson, donc faire la volonté du Père c'est porter à terme son œuvre.

Cette expression faire la volonté de Dieu se trouve dans l'énoncé du Notre Père. Nous disons "que ta volonté soit faite", mais le verbe faire ne se trouve pas dans le grec d'origine. Le verbe grec gignesthaï, qui s'y trouve et qui est traduit par faire, n'a jamais le sens de fabriquer mais signifie : laisser venir ce qui a à être. L'allemand lassen est pour cela très intéressant : il signifie laisser dans le sens positif du terme et également faire.

 

Versets 35-38. Semeur et moissonneur.

Jésus à nouveau va révéler quelque chose aux disciples en changeant leur regard. Nous avons là l'expression « lever les yeux » qui se trouve quatre fois dans l'évangile de Jean, dans des lieux à chaque fois signifiants. On a la distinction d'une vue courte (d'une vue basse) et d'une vue d'en haut. Naître d'en haut, c'est aussi voir d'en haut. Le thème de « lever les yeux » est très important parce qu'il y va ici de supprimer une méprise.

Moissonneur, Livre d'heure, XIIIe« 35Ne dites-vous pas encore quatre mois (un quadrimestre) et ce sera la moisson. Je vous le dis, levez les yeux, les champs sont déjà blancs, prêts pour la moisson (donc c'est maintenant). » Il y a donc deux façons de voir le temps qui sont en cause dans ce passage. La vue basse dit : "encore quatre mois" ; celui qui a les yeux levés voit que c'est maintenant. C'est très important pour la conception johannique du temps.

« 36Le moissonneur reçoit salaire, c'est-à-dire qu'il rassemble (recueille, sunageï) le fruit pour la vie éternelle – là aussi il ne s'agit pas d'une simple anecdote de la parabole : un moissonneur ne recueille pas la moisson pour la vie éternelle, mais "le" moissonneur dont il parle et qui est au cœur de la parabole, lui, fait ce recueil – en sorte que le semeur se réjouisse en même temps (homou) que le moissonneur. » Vous avez ici le thème de la joie qui est un thème récurrent chez saint Jean mais qui est toujours un thème eschatologique, et vous avez le thème de qui voit l'accomplissement en regardant la semence. « 37Car en ceci la parole est vraie : "autre le semeur, autre le moissonneur". 38Je vous ai envoyés moissonner là où vous ne vous êtes pas fatigués, d'autres se sont fatigués et vous, vous êtes entrés dans leur champ. » Le semeur c'est celui qui souffre, celui qui travaille, qui se fatigue.

La fatigue du chemin, la fatigue du Christ est un thème important. Comme je l'ai dit le verbe "fatiguer" ne se trouve que deux fois chez Jean, au début et à la fin de ce récit. Autrement dit, Jean fait un rappel. Et nous avions dit que la fatigue c'est la passion car il est la sixième heure, l'heure du commencement de la passion du Christ.

La semaille et la moisson c'est la même chose, mais c'est la même chose dans une différence : différence de l'état séminal et de l'état achevé (accompli) de cette chose. Comme du reste, pour la même raison, l'Ancien Testament et le Nouveau Testament, c'est la même chose, avec cette différence que tout le Nouveau Testament est séminalement dans l'Ancien, et que l'Ancien est sur mode manifesté et accompli dans le Nouveau : c'est la lecture christique de l'Ancien Testament que fait le Nouveau Testament, et il faut qu'elle le fasse. Je ne dis pas que c'est le seul mode d'approche de l'Ancien Testament, libre à d'autres de l'approcher d'autres manières. C'est le mode christique d'aborder l'Ancien Testament, et je ne lis l'Ancien Testament, pour ma part, jamais autrement.

Et le mot important c'est homou : « le semeur et le moissonneur se réjouissent ensemble (homou) » (v.36), ensemble, un adverbe de temps qui signifie en même temps, simultanément.

Le rapport eschatologique (le rapport aux choses dernières) est traité toujours dans le rapport semence / moisson et ici semeur / moissonneur. Celui qui entend la parole, la parole qui donne de voir (« Levez les yeux ») est déjà dans la proximité de l'eschaton et de l'accomplissement.

Pour lire un texte c'est la même chose. On peut lire ce texte pour entendre ce qu'il a l'air de donner à notre vue basse, c'est-à-dire on peut conjecturer la factualité, ce qui est emprunté à l'Ancien Testament comme formulation, ce que dit un geste, une heure, un chiffre, un temps, une attitude parce qu'elle serait factuellement comme cela ; on peut se poser ces questions, c'est encore la vue basse. « Lever les yeux » c'est lire le texte dans la "volonté du texte". Or la volonté du texte est annoncée au moins à deux reprises dans l'évangile de Jean : « Ce texte est écrit pour que vous l'entendiez et que du fait de l'entendre vous viviez »[7]. Tant que je n'entends pas ce texte comme une parole qui me donne ici et maintenant de vivre, en fait je ne suis pas dans l'écoute du texte. Je suis ailleurs, je me pose des questions à propos du texte, j'essaye de…, je ne suis pas dans l'écoute que le texte veut.

Je parle ici de la volonté du texte, c'est une expression qui peut paraître étrange. Nous avons déjà vu la volonté de Dieu. Il faut apprendre que la volonté signifie l'essence secrète de la chose, et l'essence secrète du texte est accomplie quand je l'entends de telle sorte que je vive. Mais nous ne savons pas véritablement ce que veut dire vivre.

 

Versets 39-42. La venue vers Jésus des gens de la ville.

la samaritaine, manuscrit Damiette, 1179, bibliothèque Mazarin, BNFLa femme a convoqué la ville et les gens viennent vers Jésus. « 39De cette ville beaucoup crurent en lui à cause de la parole que la femme avait témoignée disant : "Il m'a dit tout ce que j'ai fait". 40 Quand donc les Samaritains arrivèrent, ils lui demandèrent de demeurer auprès d'eux et il demeura là deux jours.

 41Et beaucoup plus nombreux, ils crurent, à cause de sa parole 42et ils disaient à la femme : "Ça n'est plus à cause de ton discours que nous croyons car nous-mêmes nous avons entendu et nous savons que celui-ci est véritablement le sauveur du monde". »

Ces Samaritains croient à Jésus d'une certaine manière puisqu'ils arrivent simplement « à cause de la parole que la femme avait témoignée .. » Puis ils restent deux jours près de Jésus, et à la fin ils disent : « Ce n'est plus à cause de ton discours que nous croyons car nous-mêmes nous avons entendu. » Elle a été indispensable, cette femme, et néanmoins elle s'efface. Et le dire de la femme est alors transformé en voir : le dire de l'annonce est un dire qui est voué à se développer en voir, c'est le dire qui donne de voir, thème johannique confirmé ici.

 

Jn 4 le dialogue Jésus Samaritaine

Quelques remarques sur l'ensemble du récit.

Le malentendu natif.

Dans tout le dialogue, tout le débat, la Samaritaine et Jésus sont apparemment entrés dans la plus grande méprise. En tout cas, la Samaritaine se méprend sur ce qu'il en est de Jésus. Et néanmoins ils sont ensemble, ils sont dans une proximité qui n'est pas seulement la proximité locale. Ils sont loin, mais d'un éloignement qui est pour être près. C'est-à-dire d'un éloignement qui est l’essence ou la condition même de la proximité ultime.

On a un cheminement progressif. La Samaritaine le prend d'abord pour un Judéen, ce qu'il n'est pas. Chemin faisant, elle pense qu'il est peut-être bien le prophète que les Samaritains attendent. Qu'il soit le prophète, sans doute, qu'il soit le prophète que les Samaritains attendent, non : il y a encore méprise. Puis elle pense qu'il est peut-être le Christos, le Roi-Messie que les judéens attendent, ce qu'il est et ce qu'il n'est pas, au sens où les Judéens l'attendent, mais ce qu'il est néanmoins et c'est là qu'il dit : "Je suis". Et enfin elle le confesse, avec toute la ville venue se rassembler autour de Jésus, comme sauveur du monde, ce qui est son nom propre : Yeshoua c'est-à-dire Sauveur.

Nous avons ici une longue recherche dans laquelle néanmoins, dès le principe, il y a cette présence. Cela est très important parce que je ne sais jamais, d'expérience, quelle est la semence ou l'essence de ce que je vis, de ce que je pense. L'étude rétrospective éclaire ce qui a été un cheminement. Mais je n’ai jamais maîtrise absolue sur cela.

Ce récit c'est l'histoire de l'humanité tout entière. En effet, c'est récapitulé à la fin comme le rapport de la semence à la moisson. L'histoire de l'humanité, c'est de l'alpha à l'oméga, du séminal à la moisson. Le thème de la moisson comme celui du festin nuptial à Cana sont des thèmes d'eschatologie, d'accomplissement. Il y a toute cette distance et tout ce chemin.

D'une certaine façon, toute la vie prépascale des disciples est aussi un immense malentendu, demeure dans le "non pleinement entendu". Il y a là quelque chose de très précieux car il faut dire que le malentendu n'est pas seulement négatif, le malentendu est notre première façon d'entendre. Entendre c'est toujours chez nous corriger un malentendu. Nous sommes nativement dans le "mal-entendu". On se plaint beaucoup de ce qu'il n'y ait pas de communication : on ne s'entend pas mutuellement. Bien sûr. En fait on devrait plutôt s'étonner qu'il arrive parfois qu'on entende un peu quelque chose.

Nous sommes nativement tellement crispés ! Nous ne sommes pas spontanément ouverts, jamais suffisamment ouverts. C'est notre structure. Je ne fais pas ici une critique de l'égoïsme, je parle de l'égoïté, c'est-à-dire de la structure même de l'être je telle que nous en héritons nativement. C'est pour cela que l'unité des hommes est totalement à faire, elle n'est pas présumée d'avance comme une chose faite. Donc le chemin vers "entendre" procède à partir du malentendu qui est une forme provisoire, une forme première dans le temps, notre première façon d'entendre.

La soif de Dieu.

La Samaritaine, vitrail N Dame, Talant, 1997► Jésus a dit à la Samaritaine "Donne-moi à boire", mais finalement il n'a pas bu ?

J-M M : Je crois qu'il faut lire dans la Samaritaine la même soif que ce dont a soif Jésus sur la croix, et ce n'est franchement pas de vinaigre, pas de Pouilly non plus ! Ce n'est pas la qualité de la boisson qui est en question. C'est la grande soif que Dieu a de toujours de l'humanité, soif d'accomplir l'humanité, de la libérer, de la donner à elle-même. Il s'agit sans doute de la grande fatigue de Dieu depuis le début du monde, et il en a… Et on peut penser peut-être qu'il existe quelque part un désir plus grand que toute fatigue, ça pourrait être divin.

Votre remarque c'est : le texte ne dit pas si finalement il lui a donné à boire. Mais si, il le dit pleinement parce que Jésus a soif de l'humanité représentée par la Samaritaine et comme elle le reconnaît, du même coup elle répond à sa soif profonde. Il ne s'agit pas de dire : ce sont de simples images pour dire quelque chose d'autre, c'est l'un dans l'autre. La grandeur de la dimension que nous évoquons est dans le petit de l'épisode. Savoir lire le grand dans le petit, c'est cela la tâche d'une véritable lecture du Nouveau Testament. Lire le grand dans le petit, c'est voir le fruit dans la semence. Or en général nous ne le faisons pas, nous contemplons la semence, le fruit n'est pas encore là, nous ne le voyons pas. C'est ce que dit le texte à propos de l'autre regard : « Levez les yeux ». On ne voit pas l'authentique dimension de l'homme quand on voit un homme, il faut lever les yeux.

Ainsi les apôtres ont connu le Christ de manière humaine d'abord, et le connaître ainsi, c'est un peu se méprendre sur son cas. La Samaritaine a connu le Christ de manière humaine d'abord, elle l'a connu comme Samaritaine, c'est-à-dire comme s'il était un Judéen qui, normalement, ne fréquente pas trop les Samaritains. Et nous avons dit qu'elle a progressé jusqu'à ce qu'elle puisse le confesser dans sa dimension et son propre nom de Yeshoua, Sauveur.

De nos jours on cherche beaucoup à connaître Jésus de manière humaine. Un historien cherche derrière l'Évangile ce qui a bien pu en vérité se passer avant que ce soit interprété par les apôtres. Or nous ici, nous n'avons pas lu ainsi. Nous avons essayé de lire l'Évangile dans l'Évangile, pas derrière l'Évangile. En effet l'Évangile pour nous implique le témoignage des témoins choisis. Les témoins choisis ne parlent pas du dehors, ils font partie de l'événement, de l'avènement, de la venue et de la parole.

C'est ainsi que saint Paul écrit : « Nul ne peut dire Jésus est Seigneur – c'est-à-dire nul ne peut dire Jésus est ressuscité – sinon dans le Pneuma Sacré. » (1 Cor 12, 3). Naturellement le Saint Esprit ne fait pas partie de l'épistémologie d'un historien, ce n'est pas requis pour être historien. Qu'il fasse la recherche en son lieu, c'est son affaire, ce n'est pas notre affaire de chrétiens en tant que chrétiens, encore que nous puissions nous intéresser aussi à ce qu'il dit, mais c'est autre chose.

Nous avons essayé donc de lire non pas de manière humaine, mais de lire dans le pneuma (dans l'Esprit), de ne pas être absents de notre lecture puisque nous incluons nos propres célébrations ici dans la marche de notre semaine.

Jn 4, la Samaritaine

 


[1] Allusion ici aux deux royaumes antérieurs : le royaume d'Israël au Nord avec pour capitale Samarie, et le Royaume de Judée au sud avec pour capitale Jérusalem.

[3] Pour l'instant (septembre 2013) il n'y a pas de message sur le blog  La christité concernant cette expression "plus grand" mais cela viendra.

[4] « Le gnostique Héracléon (un disciple de Valentin) a fait un commentaire  de l'évangile de Jean. Lorsqu'il commente le verset « Va chercher ton mari » il se réfère à cette idée que les spirituels dans ce monde sont un élément brisé de couple et que l'élément mâle se trouve conservé dans le lieu de la plénitude, dans le Plérôme, et que c'est cet élément complémentaire accomplissant de l'homme qui est visé ici. Cet élément mâle est appelé parfois logos, (logoï au pluriel), chacun a son logos, c'est-à-dire la parole parlante ; c'est aussi son nom qui n'est pas encore prononcé ; c'est aussi son angelos que l'on traduit par son ange, l'envoyé. C'est pour cela qu'Héracléon dit que le Logos vient plein de logoï, qu'il est l'ange du conseil, l'ange de la délibération, étant la plénitude de ce qui est l'élément accomplissant de chacun. Ici nous faisons un gros effort de traduction par rapport au langage technique, mais il importe de faire cet effort parce que très facilement on réduit cela à être des imageries inconsistantes. La notion de syzygie, c'est-à-dire de couple, est ici impliquée et il y a des choses extrêmement fortes dans le couple.Évidemment cela donne un tout autre sens au verset : il s'agit de faire prendre conscience à la Samaritaine qu'elle n'a pas sa part accomplissant, son homme. »  (Extrait du cours de christologie donné par  Jean-Marie Martin à la l'Institut Catholique de Paris en 1974-1975)

[5] Allusion au fait que dans l'Ancien Testament "Je suis" désigne Dieu d'après la révélation faite à Moïse.au début du chapitre 3 de l'Exode. « 13Moïse dit à Dieu (Elohîm): “Voici que moi je vais venir vers les fils d'Israël, je leur dirai : “Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous”. Ils me diront : “Quel est son nom ?” Que leur dirai-je ? 14Et Dieu dit à Moïse : “Ehyeh asher Ehyeh”. Et il dit : “Ainsi tu diras aux fils d'Israël : “ Ehyeh (Je suis), m'a envoyé vers vous”. » (Ex 3).

 [6] Voir le message Caché/dévoilé, semence/fruit, sperma/corps, volonté/œuvre....

[7] « Toutes ces choses ont été écrites pour que vous croyiez que Jésus est le Christos, le Fils de Dieu et que, en croyant (du fait d'entendre), vous ayez vie dans son Nom » (Jn 20, 31) ; « … pour que tout homme qui croit en lui ait vie éternelle » (Jn 3, 15).