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La christité
La christité
  • Ce blog contient les conférences et sessions animées par Jean-Marie Martin. Prêtre, théologien et philosophe, il connaît en profondeur les œuvres de saint Jean, de saint Paul et des gnostiques chrétiens du IIe siècle qu’il a passé sa vie à méditer.
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15 août 2025

Le chrétien vit les actes du Christ et participe à ses titres

Les premiers chrétiens expriment les actes du Christ dans un langage qui parle en particulier de sacerdoce et de sacrifice en se référant à l'A T, et aussi par une pratique, en particulier par le baptême et l'eucharistie. D'une certaine manière, le chrétien vit les actes du Christ et en outre il participe à ses titres (seigneur ou roi ; prêtre).

C'est ainsi que J-M Martin a fini le dernier chapitre du premier semestre du cours de théologie qu'il donnait à l'Institut Catholique de Paris en 1968-69. Juste avant il avait médité sur le premier chapitre de l'épître aux Hébreux et sur le psaume 110 (109), vous en avez la transcription dans les deux messages précédents.

 

Les notions de sacerdoce et de sacrifice dans le 1er christianisme

 

Par Jean-Marie Martin

 

Après avoir étudié la christologie néotestamentaire du Psaume 110 (109), nous étudions maintenant plus particulièrement l'expression sacrificielle et sacerdotale du Christ.

Nous allons nous borner à faire un rappel de thèmes assez sommaires dans un premier temps. Puis, en un second temps, une sorte de réflexion sur la situation de ces notions de sacerdoce et de sacrifice dans le christianisme originel. Nous retrouvons plus tard d'autres données sur cette question, en particulier avec Thomas d'Aquin, ici nous prenons simplement un premier contact avec cette question dans le cadre du Nouveau Testament.

 

Ces actes sacrificiels et sacerdotaux du Christ, les chrétiens les expriment

  • d'abord par un langage,
  • puis par une pratique.

 

A) LE LANGAGE.

Vous voyez bien le problème général que nous posons : comment ce langage du sacré - c'est-à-dire du sacrificiel, du sacerdoce, - prend-il place dans l'expression originelle du christianisme ?

Pour être complet, il faudrait envisager ici plusieurs thèmes que nous ne ferons qu'énumérer.

D'abord "la lecture pascale de l'œuvre du Christ". Ceci est particulièrement important dans l'évangile de Jean avec la désignation notamment du Christ comme Agneau de Dieu. Et le thème de l'agneau de Dieu se trouve également dans l'Apocalypse.

 

Il faut voir par ailleurs le thème du sang du Christ. Nous avons là un symbole fondamental extrêmement complexe.

1/ D'abord le sang du Christ dans le contexte pascal de l'Alliance nouvelle, référence au sang de l'Agneau pascal. Ceci est d'ailleurs attesté dans les synoptiques dans le récit de la Cène et également dans le récit de la Cène de de Paul : « Le sang de l'Alliance nouvelle » (1 Cor 11, 25).

Vous savez que les réductions au dénominateur commun ne se font pas en symbologie comme dans les mathématiques. Le "thème du sang de l'Alliance" peut être traité pour lui tout seul et ne pas coïncider absolument avec simplement le "thème du sang" par exemple.

2/ Un autre thème, c'est le groupement johannique : pneuma, eau et sang dans la première lettre de Jean : « Il y en a trois qui rendent témoignage : le pneuma, l'eau et le sang. » (1 Jn 5, 8) Nous avons déjà eu l'occasion de faire allusion à ce texte, à le situer par rapport à la croix, à le situer aussi par rapport à ses incidences sacramentaires[1].

3/ Ensuite "le sang dans le contexte du sacrifice annuel fait par le grand-prêtre" dans le sacerdoce aaronique. Le Christ, lui, présente son propre sang comme le grand-prêtre présentait le sang des animaux. C'est un thème fondamental de l'épître aux Hébreux (qui est notre référence ici), et il est utilisé généralement en ce sens que les choses du judaïsme étaient l'ombre (ou la figure ou l'image) de ce qui est sur la montagne : « Vois, lui est-il dit (à Moïse), tu feras tout selon le modèle qui t’a été montré sur la montagne. » (He 8, 5). Remarquez que c'est dans une ligne qui n'est pas très étrangère à la technique d'un Philon d'Alexandrie sur ce point ; il existe une spéculation sur la signification du grand-prêtre dans Philon d'Alexandrie qui est très proche à certains égards de ce que nous trouvons dans l'épître aux Hébreux.

 

Enfin est en question "le sacerdoce du Christ selon l'ordre de Melkisédeq", ceci aussi se trouve dans l'épître aux Hébreux. Lisez particulièrement le chapitre 7 où se trouvent les caractéristiques de Melkisédeq appliquées au Christ, en particulier c'est là qu'est la citation du Ps 110 :Tu es prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melkisédeq.

Le thème du sacrifice est lui-même associé à Melkisédeq puisqu'à son propos la patristique développera le thème de l'offrande du pain et du vin d'après Gn 14, 18 sq : « Melkisédeq, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était sacrificateur du Dieu Très-Haut. Il bénit Abram, et dit : Béni soit Abram par le Dieu Très-Haut, maître du ciel et de la terre ! …. »

 

● Remarques sur ce langage du sacerdoce et du sacrifice.

Après cette énumération sommaire des thèmes principaux qui convergent vers ce que nous appelons "l'idée sacerdotale ou sacrificielle", nous allons marquer une courte réflexion. Notre intention est de situer ce langage.

Il faut bien voir que ce qui est dit en ce sens n'ajoute pas "un contenu nouveau" à ce qui est dit du Christ dans d'autres vocabulaires, c'est-à-dire que le sacerdoce du Christ n'est pas autre chose que sa royauté ou que sa seigneurie, et son sacrifice n'est pas un autre acte que sa passion ou résurrection.

Lorsque nous disons ceci précisément à propos du Christ, c'est là que peut revenir notre formulation connue et qui est vraie en toute rigueur de terme ici : c'est le même point qui est visé sous ses dénominations aspectuelles tirées du langage du sacré telles qu'elles sont entendues dans l'expression rituelle des Écritures. Ceci est très important.

Il y a un sens du Christ qui s'exprime dans le langage de la seigneurie et de la royauté, un langage qui se développera assez rapidement en figure mythique, c'est-à-dire dans la figure de la victoire du roi sur ses ennemis, etc. Mais ce qui est désigné dans ces figures n'est pas autre que ce qui est désigné ici dans le langage de sacré, qui est celui du sacerdoce ou du sacrifice. C'est la même réalité fondamentale.

Ce que je viens de dire est vrai au plan scripturaire. Cependant, il faut voir que lorsque les théologiens feront l'analyse de cela, ils utiliseront un autre type de langage ; nous verrons que par exemple saint Thomas dit que le sacerdoce du Christ n'est pas autre chose que sa sainteté, et sa sainteté pas autre chose que son union hypostatique, mais c'est là un autre problème.

Vous savez bien qu'à d'autres points de vue plus superficiels, des rapports du profane et du sacré, de l'histoire et du sacramentaire… sont des problèmes très importants de nos jours. Or nous ne prétendons pas que, de ce que nous disons ici, on puisse déduire quoi que ce soit pour résoudre immédiatement des problèmes de ce genre ; cependant c'est à verser au dossier de la question. Il s'agit d'analyser correctement le donné originel du christianisme… et il faut bien voir que nous avons affaire à une visée à travers des langages différents.

 

B) UNE PRATIQUE

Nous venons de voir que le Ps 110 a fourni un vocabulaire sur le Christ. Mais le langage de l'Ancien Testament ne fournit pas seulement le vocabulaire d'un discours dissertant sur le Christ. Ce langage se prolonge en gestes, et son contenu s'exprime dans la pratique rituelle du chrétien.

Vous voyez très bien que nous passons ici d'une pointe à un autre pointe de notre triangle référentiel. Ce langage n'est pas seulement un discours dissertant sur le Christ, c'est une parole qui s'exprime en geste.

 

1/ Le baptême.

J'atteste et je signifie que le Christ fut baptisé dans la mort en étant, moi, "baptisé dans l'eau". Vous voyez comment : en référence à la pratique baptismale, l'acte même de "la mort du Christ" est désignée comme baptême. Nous avons ici occasion d'interférence de vocabulaire à partir de la pratique pour la désignation de ce qui est contenu en elle. Et c'est ainsi que le Christ peut dire : « un autre baptême dont je dois être baptisé » (Lc 12, 50), et c'est précisément la mort.

Par ailleurs vous savez que cet aspect du baptême chrétien s'exprimera aussi à travers le récit du baptême de Jésus dans le Jourdain. Et il y a un rapport très étroit dans la littérature patristique entre le baptême du Christ dans l'eau du Jourdain et le baptême du Christ dans sa mort à la croix. Il y a entre autres ce passage des Catéchèses mystagogiques de saint Cyrille de Jérusalem où il est question de la lutte contre la bête du fleuve, qui a lieu lorsque Jésus descend dans le Jourdain, ce qui est une allusion à la renonciation du chrétien au démon lorsqu'il descend dans l'eau du baptême. Mais cette lutte contre la bête correspond exactement par ailleurs à la victoire du Christ par sa mort contre les puissances et contre la mort. Tout cela est étroitement lié.

Donc je signifie que le Christ fut baptisé dans la mort. Et de l'attester me le fait vivre. Autrement dit cette attestation a toujours été considérée comme un événement pour moi. C'est ce qui explique les formules réalistes de Paul qui dit : « Nous avons été co-ensevelis avec le Christ dans la mort par le baptême » (Rm 6, 3sq).

 

2/ L'eucharistie.

D'autre part, j'atteste et je remémore que le Christ est mort et ressuscité, que son sang fut versé pour l'Alliance nouvelle quand, buvant la coupe, je suis intimement oint du sang protecteur de l'Agneau. Et dans l'eucharistie, la mort du Christ prend la désignation pascale que le Christ lui-même a exprimée dans la bénédiction de la coupe.

 

Notre intention n'est pas de traiter en détail de ces choses, mais précisément de marquer comment nous n'avons pas seulement affaire ici à un langage verbal, mais au prolongement gestuel, au prolongement vécu de ce langage dans l'événement du rite.

En outre, il faudrait revoir ici le ternaire johannique auquel nous faisions allusion, « Il y en a trois qui rendent témoignage : le pneuma, l'eau et le sang. » (1 Jn 5, 8) :

– l'onction du pneuma qui s'exprime dans la profession de foi, et peut-être dans l'onction rituelle pré-baptismale qui correspond à cette profession de foi ;

– l'eau qui est le baptême ;

– le sang qui est l'eucharistie.

Mais ces gestes sont désignés par rapport au Christ en croix duquel, selon Jean, émane certes le pneuma (l'Esprit) qu'il remet, mais aussi l'eau et le sang qui coulent de son côté. La signification sacramentaire de ces réalités est perçue par Jean dans la croix elle-même, c'est-à-dire qu'une des lectures du sens de la croix, ou du Christ en croix, se fait dans le langage fourni par cette expression de la communauté chrétienne primitive.

Nous n'avons pas d'ailleurs ici à chercher si c'est le rite qui cause la dénomination ou le contraire ; cela n'a aucune importance. Ce qui nous importe ici, c'est de voir très précisément la coïncidence de ces dénominations.

 

C) TITRES DU CHRIST ET DES CHRÉTIENS

Donc d'une certaine manière, le chrétien vit les actes du Christ. En outre il participe à ses titres.

Jésus, nous l'avons vu, est Seigneur ou roi. Nous avons vu aussi qu'il est prêtre. Et le peuple de Dieu, au titre du baptême, c'est-à-dire en devenant quelqu'un du Christ – "ceux du Christ (hoï tou Christou), comme dit saint Paul – se désigne comme un peuple royal et sacerdotal.

Nous avons vu une participation aux actes du Christ, nous avons ici une participation à la l'intitulation elle-même.

Il serait singulièrement erroné de penser que le Christ a simplement acquis une royauté en faisant de nous des sujets. Il y a certes cette notion d'hypotaxis (de subordination) qui est très importante, que nous avons déjà traitée attentivement. Mais ce qui est très important et que nous marquions à propos de Philippiens 2[2], c'est que ce que l'homme avait perdu en Adam, antithétiquement, il le retrouve dans le Christ. Autrement dit, ce titre de "seigneur" qu'il avait perdu pour devenir un esclave (doulos), il le retrouve en Jésus-Christ. Et nous avons une certaine participation à la seigneurie du Christ, à sa royauté autrement dit. Nous sommes un peuple royal, et, de la même manière, un peuple sacerdotal. Et ceci nous ferait déboucher sur ce problème important, mis en évidence et en valeur par Vatican II : le problème du sacerdoce commun des fidèles, le sacerdoce au titre de la foi et du baptême qui est l'expression de la foi – sacerdoce qui est à prendre dans un sens vrai.

D'ailleurs, nous n'utiliserons ici pour l'instant ce titre de sacerdoce du Christ qu'en rapport à ce sacerdoce des fidèles. Nous savons bien que par ailleurs on pourrait étudier comment ce titre se comporte par rapport au sacerdoce ministériel dans l'Église ; c'est un autre problème également très important mais que nous n'évoquons pas pour l'instant.

Les deux titres que nous avons vu dans l'épître aux Hébreux, le titre de "Seigneur" et le titre de "prêtre", développent des aspects du peuple de Dieu, du peuple que Dieu s'est acquis en Jésus-Christ. Et ici le texte référentiel fondamental se trouve dans la première lettre de Pierre, 2, 9 qui reprend des titres qui ont un sens pour le peuple de Dieu de l'Ancien Testament et qui les utilise pour désigner le peuple de Dieu de la nouvelle Alliance :

« Mais vous, vous êtes une race choisie, un sacerdoce royal, une nation Sainte… En sorte que vous annonciez les vertus de celui qui, de votre ténèbre, vous a appelés vers son admirable lumière. »

 

C'est précisément ce à quoi nous convie la liturgie de Noël que nous allons vivre prochainement, et c'est en ce sens que notre conclusion est opportune.

Avez-vous remarqué la collecte du troisième dimanche de l'Avent ? « Que le don de ta présence illumine les ténèbres de notre esprit ».

Évidemment, ce serait trop enfantin de simplement souhaiter par là que la lumière de Dieu nous fasse comprendre les difficultés de la christologie ! Ce qui est en question est autre chose de beaucoup plus important, et qui concerne non pas la christologie mais précisément la foi, et la foi telle qu'elle se reçoit dans la vie.

Mais comme par ailleurs la foi dans notre vie demande aussi à se réfléchir, et à la mesure où notre requête de lumière en ce sens est humble et sobre, il appartient aux dons du Saint Esprit de nous aider également. Ces dons qui, vous le savez, ne suppriment nullement la sueur, ni l'effort, ni la recherche. Mais lorsque tout effort et tout travail est fait, il est bon d'accueillir le résultat comme quelque chose de donné. Parce que cela est vrai aussi. Et par suite, il est bon de le demander.

 

 

Tout notre premier trimestre fut au fond assez simple d'ambition et susceptible d'être réuni autour d'une idée. C'est la recherche de la christologie des sources, et cela sous le rapport de la sacramentalité. Nous espérons que cette idée de sacramentalité, pour difficile qu'elle soit, va vous paraître progressivement féconde.

Nous n'arrêtons pas de voir une opposition dans l'Église entre des gens qui sont facilement satisfaits de l'anecdote du christianisme, qu'il s'agisse de la résurrection du Christ ou de la conception virginale du Christ, des gens qui se contentent de cet aspect de fait anecdotique et qui ne le remettent pas en question. Et en revanche, il y a une autre tendance qui tend activement à rechercher le sens au détriment de la validité historique du fait. Nous pensons que la majorité de ce que nous lisons aujourd'hui est de l'un ou de l'autre bord.

Or la singularité de la recherche que nous faisons ici – qui n'est d'ailleurs pas pour répondre à ces questions, qui est une recherche naïve –, est de fournir une sorte de réponse montrant l'insuffisance d'une part du simple fait, et l'insuffisance également de la réduction à une idée, à une idéologie. Au fond, c'est tout ce que nous avons vu au cours de ce trimestre, tout cela portait sur la première annonce du Christ dans les Sources. 

Désormais nous allons poser un certain nombre de questions à cette christologie initiale. Nous allons nous interroger sur l'humanité du Christ, sur sa divinité, sur son caractère de sauveur, etc.

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