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La christité
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  • Ce blog contient les conférences et sessions animées par Jean-Marie Martin. Prêtre, théologien et philosophe, il connaît en profondeur les œuvres de saint Jean, de saint Paul et des gnostiques chrétiens du IIe siècle qu’il a passé sa vie à méditer.
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30 août 2025

Le rapport inouï du Christ et de l'humanité en Résurrection

la Résurrection n'est pas encore pleinement accomplie, elle ne le sera que lorsque la totalité de l'humanité sera ressuscitée. Mais on ne peut comprendre le rapport de la geste christique à l'humanité qu'à la mesure où on pense l'humanité non pas comme une collection additionnelle d'individus mais comme des fragments déchirés d'une unité christique. En ressuscitant, le Christ ressuscite ses propres membres.

C'est en lisant saint Jean que peu à peu on entend quelque chose à ce rapport inouï du Christ et de l'humanité, et c'est ce qu'a fait Jean-Marie Martin tout au long de ses enseignements. Ce qui suit provient essentiellement de la session sur les chapitres 20-21 de Jean. Quelques passages ont été rajoutés car il sous-entendait des explications déjà données.

 

 

Accomplissement de la Résurrection et humanité

 

Jean-Marie Martin

 

 

1°) "Aller au Père" comme nom de la Résurrection et de la mort du Christ

 

Dans le chapitre 17, Jésus prie : « Père, l'heure est venue. » et il précise plus loin : « je vais près de toi » (v. 11). Chez saint Jean "l'heure" désigne l'aller au Père, et cela de façon constante dans tous les chapitres qui précèdent le chapitre 18. Quand nous disons que "l'heure" signifie "aller au Père", cela signifie aussi indirectement qu'il faut dé-chronologiser d'une certaine façon le mot "heure", ce qui n'est pas très facile.

"Aller au Père" est à la fois un nom de la Résurrection et un nom de la Mort du Christ. En effet :

  • dans la littérature chrétienne antérieure à saint Jean, "être assis à la droite de Dieu" désigne la Résurrection. L'expression « Assieds-toi à ma droite » se trouve dans le psaume 110. Cela est passé dans notre Credo : « il est monté aux cieux, il est assis à la droite de Dieu… ».[1]
  • dans le langage du judaïsme de cette époque, "aller vers ses pères" désigne la mort, et il reste quelque chose de cela dans l'expression johannique "aller au Père".

Ici nous retrouvons une chose que nous avons dite à plusieurs reprises, à savoir que la Mort et la Résurrection du Christ disent le même.

 

2°) Le rapport inouï du Christ et de l'humanité dans la Résurrection

 

Attention, la Résurrection n'est pas encore pleinement accomplie. Pourquoi ? regardons ce que dit Jésus à Marie-Madeleine au chapitre 20 : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. » (v. 17), ce qui signifie "ne me touche pas encore" comme le montre la suite du verset. J'explique.

Nous avons dit que "Ressusciter" et "monter vers le Père" sont deux façons de dire la même chose dans le premier christianisme, d'où « Je ne suis pas encore monté vers le Père » signifie que la résurrection, dans son grand sens, n'est pas encore accomplie. Et elle n'est pas accomplie car Jésus ajoute : « Va vers mes frères et dis-leur... » La résurrection n'est pas accomplie en plénitude tant que l'humanité n'est pas partie prenante de la résurrection de Jésus.

 Jésus n'est jamais considéré dans sa singularité, en dehors de son rapport double, premièrement au Père, deuxièmement à la totalité de l'humanité. Le Je christique lui-même n'est pas ce que nous appelons un individu, un indivisible clos en soi. Il n'a sens que par rapport au Tu du Père qui lui dit : « Tu es mon Fils », et il n'a sens que par son rapport à l'humanité tout entière que le Père « lui a remis dans les mains », expression de Jean 17.

Autrement dit, dans son sens plein, la résurrection est celle de l'humanité christique, elle est l'accomplissement de « Faisons l'homme à notre image », c'est-à-dire "faisons l'homme comme notre Fils", car l'image c'est le Fils comme on le voit en Gn 5, 3 : « Adam vécut 130 ans, à sa ressemblance et selon son image il engendra un fils » ; donc on engendre à l'image du père. Mais par ailleurs, « Faisons l'homme à notre image… mâle et femelle il les fit » veut dire : "faisons Jésus ressuscité et l'humanité en lui". En effet, dit en Ep 1, 22-23 que Dieu a donné le Christ « comme tête au-dessus de tout à l'ekklésia (l'humanité convoquée) qui est son Corps », ainsi Jésus est la tête, et l'humanité femelle est son corps, ce qui correspond à « mâle et femelle il les fit »,

 

Revenons à ce que dit Jésus à Marie-Madeleine. L'essence de la réponse de Jésus tient en ceci : « Ne me touche pas » signifie « Ne me touche pas encore » car n'est pas accompli le moment eschatologique. En effet, l'eschatologie envisage, non pas la résurrection singulière de Jésus, mais la Résurrection de l'humanité en lui. C'est pourquoi Marie-Madeleine est envoyée aux frères pour annoncer cette montée au Père.

Par ailleurs, les premiers chrétiens ont vu que si le Christ monte vers le Père, cela suppose qu'il est d'abord descendu, comme le dit Paul : « Qui est celui qui est monté, sinon celui qui est descendu » (Ep 4,10). Et ici monter et descendre n'ont sens qu'à partir de la résurrection

En fait, le "je ne suis pas encore monté" n'a pas beaucoup de sens pour Jésus car il ne cesse de monter qui est descendre : ici descendre et monter c'est la même chose. C'est ce qui était indiqué par l'image de l'échelle de Jacob : « les anges – ils sont là aussi ! – montent et descendent sur le Fils de l'homme » (Jn 1, 51). Jésus est cette vection qui réunit ciel et terre, il est l'échelle, et plus il va vers le Père et plus il vient vers nous. En effet, "aller au Père" c'est la même chose que "venir vers nous" selon ce qu'il dit : « Vous ne me constaterez plus qui est que vous me verrez » (Jn 16, 16). En d'autres termes, quand le Christ va au Père, ce n'est pas qu'il nous quitte ; quand il va au Père, c'est précisément qu'il vient aux croyants.

On a donc vu que Jésus n'est pas ressuscité tant que tous les frères ne sont pas ressuscités (« Va dire aux frères »). Tout ça c'est d'une cohérence prodigieuse.

 

► Ça met en l'air toute notre conception habituelle de la résurrection.

J-M M : Je ne trouve pas. C'est le cas si nous pensons l'identité de Jésus sur le mode de l'identité d'un je parmi les autres je, ce qu'il fut, mais c'est par l'effacement de cette identité-là qu'il devient l'unité de la totalité de l'humanité. Sa résurrection n'est pas une affaire singulière où parce qu'il a été bien gentil, parce qu'il a bien voulu souffrir, on l'a récompensé comme on récompense un individu. Il ne faut pas penser dans ce chemin. Jésus dit Je de la totalité de l'humanité accomplie.

► Vous dites souvent que la Résurrection est le lieu d'identification du Fils….

J-M M : La résurrection identifie Jésus comme Fils puisqu'il peut dire : « Je vais au Père », et il l'est si bien que, dans la suite du verset 17, il dit : « je monte vers mon Père qui est votre Père, mon Dieu qui est votre Dieu. » On retrouve cela tout au long de l'évangile de Jean. Je crois même que c'est l'essentiel.

La méprise est toujours de prendre Jésus pour ce qu'il n'est pas, et c'est important parce que la question est pour nous de savoir comment nous identifions Jésus : est-ce sur le mode d'une histoire anecdotique remémorée ou est-ce qu'il s'agit d'autre chose ?

Si nous l'identifions sur le mode d'une histoire anecdotique, nous nous méprenons à plusieurs titres. En effet nous posons Jésus dans la reculée d'une histoire anecdotique, c'est-à-dire dans une histoire de temps mortel, et donc nous manquons essentiellement la résurrection, mais nous manquons aussi la dimension collective de Jésus à la mesure où cette dimension mortelle est liée à notre mode d'être à l'individu comme justement à un autre, c'est-à-dire comme la réduplication du pareil.

Mais la révélation de la Résurrection consiste à dire que Jésus est quelque chose de nous, en quoi nous sommes. C'est ce qui est accentué dans le texte lorsqu'il dit : « Je vais vers mon Père qui est votre Père » ; ça ne veut pas dire simplement que nous sommes des frères qui s'ajoutent, cela veut dire que notre pluriel accède à une certaine identité dans la dimension de Ressuscité de Jésus, ce qui met en question notre mode usuel d'être à autrui. Nous sommes nativement aux proches sur le mode des pareils, c'est-à-dire que nous sommes sur le mode des pluriels ; et comme on peut le voir la fin du chapitre 11 et aussi dans le chapitre du bon berger, chez Jean le pluriel n'est jamais neutre, le pluriel est d'abord le pluriel de la dispersion : nous sommes « les dispersés » c'est-à-dire ceux qui ne se rencontrent pas, nous sommes nativement sous un mode meurtrier, ce qui est le sens de la dispersion.

Jean parle du grand dévoilement de la filiation en tant que cela nous concerne, à savoir que, à cause de la résurrection, la parole « Tu es mon fils » s'adresse à l'humanité. En effet dans le récit du Baptême Jean ne rappelle pas le « Tu es mon fils » des Synoptiques, mais il le module en distinguant d'une part les enfants de Dieu (ta tékna tou théou) qui sont appelés ensuite les dispersés, et d'autre part le Monogène (le Fils un et unifiant) La distinction qui est faite au sein de la notion de fils, c'est la distinction entre le pluriel de dispersion et le monos (le un), à tel point que le monos est un nouveau pluriel qui est le pluriel de la réconciliation. Jean ne connaît que deux pluriels : d'une part le pluriel du meurtre et d'autre part le pluriel de la réconciliation ou de la résurrection, ce qui est la même chose.

Il faudrait aller plus loin parce que le terme d'enfants chez saint Jean signifie que les péchés (c'est-à-dire le meurtre) sont levés comme on lève une hypothèque. C'est pourquoi saint Jean entend, dans la parole « Tu es mon fils », la parole qu'il prête au Baptiste : « Voici l'agneau qui lève le péché du monde ». C'est ainsi qu'il dit : « Je vous écris petits-enfants parce que vos péchés sont levés » (1Jn 2). Être enfant signifie être pardonné.

Il y a donc ici tout un ensemble qui a à voir avec l'identification du Christ. Tant que je pense le Christ comme un tiers, donc comme un autre pareil, je ne le pense pas dans la dimension dans laquelle il se montre quand il s'identifie par la résurrection.

 

► La Résurrection accomplie est la résurrection de la totalité de l'humanité : comment le vivre et le dire à des catéchumènes ? Honnêtement je n'attends pas tellement de réponse. Et il y a deux aspects : dire ce que j'ai entendu, c'est l'aspect qui ressemble un peu à un enseignement ; et puis il y a ce que j'essaie de vivre : comment essayer de le faire vivre ?

J-M M : Pratiquement il y a deux choses dans ce que vous dites.

1. L'accomplissement de la Résurrection égale la résurrection de la totalité de l'humanité (il faut bien dire : égale). C'est un point qui a été indiqué, qu'il faut bien référencer au texte johannique, et tenter ensuite de méditer. Ce point est en effet décisif : "mon œuvre" c'est ma mort / résurrection, mais « mon œuvre » c'est l'accomplissement de la totalité de l'humanité, le même mot dit les deux, donc il y a un rapport entre ces choses. Ceci nous invite à penser le Christ non pas simplement comme celui qui enseigne, pas simplement comme un modèle, mais comme cela de l'humanité qui œuvre au plus profond de l'humanité pour l'accomplir. Il n'est pas simplement quelqu'un qui enseigne sur le salut, ou qui est un modèle pour obtenir le salut, il est celui qui sauve : il accomplit le salut. C'est-à-dire que son œuvre singulière a un retentissement sur la totalité de l'humanité, un retentissement qui n'est pas simplement sur le mode de l'exemple ou du savoir.

On ne peut comprendre ce rapport de la geste christique à l'humanité qu'à la mesure où on pense l'humanité non pas comme une collection additionnelle d'individus mais comme des fragments déchirés d'une unité christique. en ressuscitant, le Christ ressuscite des propres membres, c'est tout le rapport de l'un et des diéskorpisména (les dispersés, les déchirés) qui est constitutif de l'évangile de Jean et qu'on trouve dans les lieux stratégiques de ce même évangile.

2. L'autre point, c'est comment le vivre et le dire, par exemple, à des catéchumènes ? Il pourrait se faire que "le vivre" ici ait toute l'ampleur d'un entendre (l'Évangile) qui m'investit, un entendre qui ne soit pas simplement pour moi-même une information, mais que je sois investi de cette écoute, et que cet investissement passe de l'oreille à la modification du geste, de la main, de la façon de marcher, du comportement.

Il est vrai que, pour annoncer l'Évangile, c'est à partir de là que la parole se fait, ce n'est pas simplement par la répétition d'une formule. Vous avez noté d'ailleurs prudemment que néanmoins, parce que nous ne sommes jamais l'égal de ce que nous avons à dire, il faut aussi donner des repères, des informations de vocabulaire qui permettent de s'entendre mutuellement.

Il s'agit pour vous de le dire à des catéchumènes. Pourquoi sont-ils catéchumènes ? C'est qu'ils ont vécu une expérience, il y a une raison de retournement chez eux. Il n'est pas sûr qu'elle puisse se dire de façon satisfaisante. Il n'est pas sûr qu'eux-mêmes puissent en rendre compte. Il est possible qu'il y ait dans ce retournement des motivations diverses, peu importe. Il y a quelque chose en eux déjà. Il y a de quoi entendre, et il faut écouter.

Une façon de leur dire la Résurrection, dans cette posture-là, c'est d'abord de tenter d'écouter ce qu'ils ont à dire. En effet, la parole que nous apportons n'est pas apportée simplement de l'extérieur, c'est une parole qui est déjà œuvrante dans l'interlocuteur, et c'est celle-là qui est décisive.

Pour nous justement il s'agit au maximum de s'ajuster à cette situation, c'est-à-dire essayer d'entendre ce qui, peut-être, se dit de Dieu dans l'expérience même et dans la parole tâtonnante du catéchumène ; et recueillir cela pour le faire résonner avec ce que nous en vivons nous-mêmes éventuellement, et avec ce que nous entendons dans l'Écriture. Je pense que c'est quelque chose comme cela.

 

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