Matthieu 25, 31-46. Jugement dernier ? Par Malou Le Bars
Les textes dits du jugement dernier sont d'une approche délicate, et dans un message récent, il en était question avec Jean-Marie Martin à qui est dédié le présent blog : Débat autour du jugement dernier. Pour prolonger le débat voici maintenant un commentaire de Mt 25, 31-46 écrit par Malou le Bars, une amie de longue date de J-M Martin.
Ce commentaire est paru en novembre 2017 dans Témoignage Chrétien. Le texte de l'évangile figure à la fin.
Voici quelques-uns des lieux où intervient Malou le Bars :
- Des lectures bibliques de Malou le Bars souvent proches de J-M Martin : https://www.temoignagechretien.fr/author/malou-le-bars/ ;
- Des parcours bibliques qu'elle anime avec d'autres à « Bible et Lecture-Bretagne » : https://bl-bretagne.bible-lecture.org/search/malou+le+bars/ ;
- Des articles dans Lettre aux communautés : revue de la communauté Mission de France
Matthieu 25, 31-46. Jugement dernier ?
Par Malou Le Bars
Ce passage de Matthieu est souvent présenté comme la scène du « jugement dernier », à la fin des temps, mais c’est passer à côté de l’essentiel, car cette sorte de parabole nous révèle maintenant la vérité ultime de ce que nous engageons dans chaque relation avec les « petits ». Le début, qui peut se traduire « À chaque fois que le Fils de l’Homme vient […] », n’a rien à voir avec une « pesée des âmes » représentée sur le tympan de nos cathédrales !
Autour de ce Fils-Roi, dans sa manifestation, il y a les « anges », c’est-à-dire toutes les paroles adressées par Dieu aux humains et « toutes les nations » sont rassemblées ; c’est dans notre organisation de vie terrestre que le Fils va opérer son œuvre de séparation ou plutôt de révélation « comme le berger sépare les brebis des boucs ». Impossible pour nous d’identifier d’emblée ce qui est réparti à droite et à gauche : mais on peut dire que ce qui est révélé « brebis » ou « bouc » l’était déjà mais n’apparaissait pas ! Le terme traduit par brebis, c’est le petit bétail, et le bouc évoque la puissance dominatrice.
Il nous faut sortir de la représentation désastreuse que certaines personnes, les brebis, seraient sauvées et d’autres, les boucs, condamnés. La séparation, selon les critères du Fils de l’Homme, va trancher dans l’intime de chacun de nous, en cet espace de vérité qui nous échappe.
Le Fils attire à lui la part de nous appelée à vivre en fils, de la vie du Père : « Venez les bénis de mon Père. » Il leur dévoile que la relation au « plus petit », au « moindre », c’est une rencontre avec lui, à travers la fraternité qui l’unit, lui et chacun de ces petits, ses frères. À leur insu, les « bénis » ont pris soin du Roi identifié aux « petits », tous les êtres de chair fragiles, vulnérables, blessés. Il est là où se trouvent les corps en souffrance, dans la petitesse, le dénuement, le rejet au milieu des hommes. Il suffit d’avoir engagé ce type de relation une seule fois dans son existence pour que la rencontre avec le Fils ait lieu « pour autant que vous l’aurez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères ».
Ce Roi est aux antipodes de ce que représentent les « boucs » qui, dans leur statut de toute-puissance, n’ont pas voulu « voir ».
Ce que l’Évangile appelle maudit, c’est, en chacun de nous, un certain regard sur les êtres faibles, démunis, souffrants, un regard qui écrase, rejette, instrumentalise. C’est cela qui est « du diable ». Avec la mort disparaît ce qui n’a pas été irrigué par l’amour gratuit, désintéressé. C’est une heureuse nouvelle que cela parte en fumée et que demeure ce que le Christ-Roi recueille en son Corps.
************************
Matthieu 25
31 « Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, accompagné de tous les anges, alors il siégera sur son trône de gloire. 32 Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres. 33 Il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. 34 Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : "Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. 35 Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger et vous m'avez recueilli ; 36 nu, et vous m'avez vêtu ; malade, et vous m'avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi". 37 Alors les justes lui répondront : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? 38 Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir ? 39 Quand nous est-il arrivé de te voir malade ou en prison, et de venir à toi" ? 40 Et le roi leur répondra : "En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait"! 41 Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : "Allez-vous-en loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. 42 Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire, 43 j'étais un étranger et vous ne m'avez pas recueilli ; nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité". 44 Alors eux aussi répondront : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou en prison, sans venir t'assister" ? 45 Alors il leur répondra : "En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait". 46 Et ils s'en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle ».