Comme des vivants revenus de la mort

Initiation à la vie spirituelle

par Régine du Charlat

Paris, Bayard Éd., 2002. - (15x20,5), 180 p.

 

Préface de Jean-Marie Martin

Une préface revient à dire « voici ». Voici une parole à entendre. On peut estimer superflu de présenter une parole qui d'elle-même s'offre avec grâce et vérité. Entendus d'abord comme ils sonnent, ces deux mots de « grâce » et de « vérité » me viennent pour dire l'écriture de Régine du Charlat. Et leur proximité ne laisse plus choisir entre l'aisé et le profond, entre l'aimable et le sérieux.

Ces pages se vouent à témoigner d'une Parole plus grande. L'auteur, dans la posture de la disciple, s'est assise longuement aux pieds de la lettre. Dès la première page de saint Jean, elle lisait les deux mots « grâce » et « vérité », mais entendus cette fois dans leur nouveauté christique. Ils nomment alors l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts et qui emplit celui qui est plein de grâce et vérité, plénitude dont nous avons tout reçu…

Une acception ainsi située de l'esprit, et donc du champ de la spiritualité, loin d'isoler et d'étrécir le cœur, invite l'auteur à déceler en nous et autour de nous les chemins de l'Esprit que notre conscience n'égale jamais. À la trouver dans des approches, malentendus, méprises et reprises. On s'y méprend, on se reprend ; nos doutes deviennent conditions de certitudes et nos certitudes se révèlent avoir été douteuses ; nos cicatrices dessinaient les traits de notre visage à venir.

Ainsi le long chemin d'humanité résumée dans les étapes intérieures de la Samaritaine. Mais Régine du Charlat ne trace pas l'itinéraire obligé de tout parcours. On n'entend que ce qu'on avait en soi à entendre, et à l'heure où il nous est donné de l'entendre.

 

Quatrième de couverture

Comme des vivants revenus de la mort, R du CharlatL'expérience spirituelle authentique ne peut se satisfaire de réponses toutes faites. Elle est une aventure personnelle, à construire par chacun dans son humanité concrète, charnelle, ordinaire. Ce livre est une invitation à redécouvrir la vie spirituelle. Mais il est bien autre chose qu'un manuel, car apprendre à vivre est un art qui, comme tout art, requiert bien plus qu'une technique une grâce de vivre.

 

Extrait du chapitre 15.

Choisir de vivre comme des vivants déjà revenus de la mort.

 Lorsque nous sommes conduits à ce foyer incandescent de toute vie spirituelle chrétienne qu'est la Résurrection du Christ, tout change et cependant rien ne change. Tout est déjà joué, tout reste à faire. La parole de Dieu fait son chemin dans nos corps. Elle ne nous sort pas pour autant de la condition humaine, de ses opacités, de ses blessures, de ses fautes. Nous ne ferons pas l'économie des combats et de la mort. Nous ne tomberons pas dans l'illusion d'un paradis définitivement atteint. À moins que le paradis ne soit autre chose que ce que nous rêvons ?

La vie spirituelle est toute tension entre la certitude qu'on est déjà « passé de la mort à la vie » et la longue espérance, la dure patience pour que cela, en nous et en toute humanité, s'achève et se manifeste.

Les lettres de Paul et de Jean foisonnent de signes de cette tension :

« Offrez-vous que Dieu comme des vivants déjà revenus de la mort » (Romains 6, 13) : recommandations très fortes de saint Paul, aptes à décrire parfaitement un art de vivre chrétien. Il ne nous appartient pas d'éviter la mort, mais nous pouvons choisir de vivre « comme des vivants déjà revenus de la mort ». Paradoxalement, cela veut dire que nous consentons à la mort. Pour en être « revenu », il faut l'avoir déjà traversée. Mais c'est en même temps refuser de nous soumettre à la mort, et de lui laisser la victoire.

Nous consentons à la mort lorsque….

 

Dernier chapitre

La confiance

S’il n’y avait la confiance, peut-être n’y aurait-il pas le courage, ni la bonté, ni rien de tout le reste : si forte et si fragile, si précieuse, si indispensable à la vie.

La confiance s’identifie à la vie elle-même. Elle est son noyau dur et son climat. Dans l’incertitude, elle donne de croire à la vérité ; devant le mal, elle continue de croire à la bonté ; dans la complexité des relations, elle parie sur la rectitude et la bonne volonté de chacun. Toutes les règles et les précautions du monde n’élimineront pas les risques : risques de l’erreur et de l’accident ; risques de la méchanceté et du mensonge ; risques de la violence et du meurtre. La confiance le sait et permet d’en traverser les insécurités : contrat tacite et puissant qui fait confiance en la confiance de l’autre.

Nous sommes constitués dans la confiance, plus vitale que l’air et le pain. La retirer, c’est tuer ; la perdre, c’est mourir ; la retrouver, c’est ressusciter.

La confiance tolère le désaccord, parfois même la guerre mais pas le mépris ou ces modes apparemment atténués du mépris que sont l’inattention et l’indifférence. Elle est vivante tant qu’elle croit qu’un humain reste un humain.

La confiance est exigeante parce qu’elle connaît, comme par instinct, les possibilités de l’autre ; elle ne doute pas qu’il soit capable de devenir ou de redevenir ce qu’il est. Elle invite à la croissance et à la liberté, non à la compromission et à la démission même s’il en coûte. Elle est blessée et elle souffre lorsqu’on la confond avec l’optimisme facile. Elle n’ignore pas que l’échec est toujours possible et ne croit jamais la réussite acquise d’avance. Contre toute espérance, elle espère.

La confiance reste infiniment fragile, bien plus rapidement détruite que reconstruite. C’et pourquoi il faut la protéger avec soin, et, quand elle souffre, la consoler avec tendresse. Elle est pourtant infiniment forte, capable de ressusciter des pires morts, simplement en restant ce qu’elle est : la confiance.


Voir aussi :

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