Régine du CharlatDans l'espérance de la Résurrection, les Sœurs auxilliatrices et sa famille font part de la disparition de Régine DU CHARLAT le lundi 27 novembre 2023 à l'âge de 86 ans.

Les obsèques se tiendront le jeudi 07 décembre 2023 à 10 heures en l'église Sainte-Elisabeth de Hongrie, 25 rue des chantiers, 78000 Versailles.

 

Régine était une vieille amie de Jean-Marie Martin à qui est dédié le présent blog. Il avait d'ailleurs écrit la préface de son livre Comme des vivants revenus de la mort[1]. Plusieurs textes d'elle figurent sur le blog dans le tag R. du Charlat. Dans le présent message, la première partie présente Régine du Charlat, et en deuxième partie figure "Perdre le bon pour trouver le meilleur" un article qui a été publié dans La Croix.

 

I – Quelques éléments de son itinéraire

 

Régine est née en 1937 en Tunisie. Après le bac elle est allée en classe de préparation à une grande école puis à la Sorbonne, elle y a participé à la JEC (Jeunesse Étudiante Chrétienne[2]), elle a même été responsable diocésaine de la JEC universitaire ; c'est là qu'elle a découvert « la guerre qui régnait entre les différentes aumôneries universitaires de Paris. Ce fut un choc très douloureux. Et parce que je l'avais intégré dans ma propre foi, je me rappelle m'être dit, en termes un peu pieux, mais que je crois toujours justes : il ne faut pas s'étonner, si l'Église nous donne le Christ, qu'elle nous donne le Christ crucifié. Ce jour-là, l'Eglise est devenue pour moi fondamentale. Et je n'ai jamais pu penser que la foi chrétienne pouvait être vivante en dehors de l'Église. »

Régine est entrée chez les Sœurs Auxiliatrices en 1960. Elle a fait ses études à l'Institut Supérieur de Pastorale Catéchétique de l'Institut Catholique de Paris (entre 1963 et 1966), et ensuite y a œuvré. (…)

Après être passée par la direction d'un centre de formation pastorale et catéchétique à Paris, elle a été responsable du service de formation permanente de la faculté de théologie qui s'appelait alors "l'Extension Universitaire" et avait été créée par Jacques Audinet, plus tard, elle y a fonctionné en tandem avec le père Jean-Marie Martin, pendant huit ans. Par ailleurs elle a fondé l'Institut des arts sacrés de l'Institut Catholique de Paris (en 2002) et en a été directrice.

Elle a collaboré parfois très étroitement avec le Forum 104 de la rue de Vaugirard à Paris, c'est en particulier un espace de dialogue avec ceux qui sont à la marge de l’Église et qui parfois n’ont rien à voir avec elle.

Elle a écrit plusieurs livres : La catéchèse aux premiers siècles (1968), La Vie fraternelle (1983), Tournés vers Dieu (DDB 1989), La parole et le corps (Centurion 1993) La réconciliation (DDB 1997), Comme des vivants revenus de la mort (Bayard 2002), "L'art, un enjeu pour la foi" (direction collectif, l’Atelier 2002), Trouver sa propre parole de foi (Lumen Vitae 2009), ainsi que des livres collectifs. Elle a écrit des articles dans la Croix, Christus, Catéchèse, Études, Vie chrétienne, Points de Repères, Croire Aujourd’hui, Panoramiques, Panorama…

Son itinéraire est retracé sur https://www.la-croix.com/Definitions/Lexique/Theologie/L-itineraire-spirituel-d-une-theologienne c'est de là que vient la citation précédente sur la JEC. Dans l'interview elle dit aussi :

  • « Finalement, tout au long de mon itinéraire, je crois que si j'avais un titre à me donner, ça serait celui de catéchète. C'est-à-dire d'abord soucieuse de la foi qui se dit. Et si j'avais à définir ou à décrire ce que j'ai cherché le plus à faire, c'est de trouver comment on peut dire la foi comme expérience. »

 

 

II – Perdre le bon pour trouver le meilleur

Par Régine DU CHARLAT

La Croix du 22 novembre 2004

 

Présentation de La Croix. Le monde a changé et il peut nous être demandé de consentir à perdre ce qui pourtant était bon, pour nous ouvrir à ce que nous ne savons pas mais qui pourra être dit le meilleur si cela surgit de la nouveauté de l'Évangile. Perdre le bon pour trouver le meilleur.

 

Voici deux ans que j'hésite à écrire ce billet : parce qu'il est peut-être devenu inopportun, parce que surtout je ne voudrais pas qu'il paraisse prédicant. Pourtant je m'y risque aujourd'hui, poussée par une sorte de nécessité intérieure. Après tout, le lecteur reste juge et cela ne relève tout de même pas de l'imprimatur !

Nous cherchons trop à tout tenir. Je ne parle pas ici pour ceux, si nombreux, qui connaissent le grand malheur du désœuvrement, du chômage, de la maladie, de la dépression. Je pense plutôt à ceux d'entre nous, nombreux aussi parmi les lecteurs de La Croix, qui œuvrent dans des institutions ecclésiales en crise.

Nos institutions chrétiennes sont le plus souvent multicentenaires. Il y en a de récentes, comme, par exemple, les mouvements d'Action catholique. Mais il y en a bien plus qui datent d'un passé lointain : les paroisses, les diocèses (même s'il y en a eu un temps beaucoup plus qu'aujourd'hui !), les monastères, les congrégations religieuses, les organisations caritatives... Inutile ici de prolonger une liste qui ne se veut qu'indicative.

Que nous ne puissions plus tout tenir, on l'a déjà souvent et courageusement pris en compte et on a commencé à chercher des solutions, comme par exemple dans le « redéploiement pastoral » qui réaménage le territoire paroissial. Dans la catéchèse, dans les congrégations, dans les universités catholiques - pour ne citer encore que des exemples -, partout on cherche à faire face à la crise de moyens humains ou financiers, sans perdre l'orientation constitutive de l'Église qui est d'annoncer et de faire vivre l'Évangile. Mais, ce faisant, nous continuons tous à vivre au-dessus de nos moyens, en cherchant à tout tenir quand même.

Il se peut très bien que ce soit un passage obligé, à assumer spirituellement, en Église. Il m'arrive souvent de penser à tel ou tel évêque dont je sais le temps complètement saturé, au-delà des forces humaines, et de me dire que sa santé spirituelle prouve peut-être que c'est bien cela qui est à vivre aujourd'hui, comme inévitable transition. Il est probable qu'il en est ainsi de tous. Il me semble pourtant que cela ne pourra pas durer.

C'est d'abord une question de bon sens : on ne peut pas vivre indéfiniment au-dessus de ses moyens. Mais cela me paraît surtout une invitation à assumer spirituellement d'avoir à perdre le bon pour trouver le meilleur. Sans doute, tout n'a-t-il pas été parfait dans notre Église et y a-t-on commis des erreurs regrettables, mais tout de même pas uniquement. S'il y a crise ce n'est pas parce que nos institutions et nous-mêmes n'étions pas bons. Ce que nous sommes déjà en train de perdre signe beaucoup plus probablement le passage que l'échec. Le monde a changé - beaucoup d'observateurs et d'analystes nous alertent suffisamment aujourd'hui - et il peut nous être demandé de consentir à perdre ce qui pourtant était bon, pour nous ouvrir à ce que nous ne savons pas mais qui pourra être dit le meilleur si cela surgit de la nouveauté de l'Évangile.

On entend parfois parler de « refondation ». Je crains qu'on ne se fasse des illusions dans l'usage de ce terme. Souvent il s'agit en réalité de reconstruire sur les fondations anciennes : celles du territoire, des structures d'évangélisation, du monastère, de telle ou telle spiritualité... Cela n'est pas refonder car, si les fondements restent inchangés, il y a bien des chances que l'édifice, certes modernisé, ne soit pas véritablement « neuf ».

Il n'est nullement question ici de prospective ni même simplement d'esquisse de nouvelles formes de présence chrétienne. Cela peut se faire, bien sûr, et il est même probable que nous aurons encore à « bricoler » sans mauvaise conscience avec nos institutions en crise. Certaines feront peut-être toujours la preuve de leur fécondité. Ce dont il est ici question, c'est d'une attitude spirituelle collectivement assumée par laquelle nous acceptons d'avoir à nous détacher de ce que nous avons goûté comme bon pour être capables d'accueillir ce que Dieu qui « œuvre sans cesse » veut, et donc peut, faire surgir de neuf dans notre monde.

Peut-être avons-nous peur de la nudité de l'hiver, où la semence se défait sous la terre pour préparer le fruit. Peut-être d'ailleurs est-ce seulement le temps de la jachère où la terre se repose en attendant de nouvelles semailles. Et si c'était la condition pour que nous acceptions d'entendre l'Évangile - seul véritable fondement - à frais nouveaux ? Ce serait grâce. Certes l'Église grandit ailleurs que chez nous, en Asie, en Afrique. C'est aussi grâce. Mais ce qu'il nous est donné de vivre dans notre vieille Europe et qu'il nous faut intégrer spirituellement pourrait bien être aussi une parole pour tous.

Et si la nudité de l'hiver était belle de ses promesses ?



[2] La JEC n'existe plus. Cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeunesse_%C3%A9tudiante_chr%C3%A9tienne . [Note personnelle de l'autrice du blog : il semble que l'Eglise elle-même a fait en sorte que la JEC disparaisse, ce qui est regrettable, j'aime ce mot de Régine : « si l'Église nous donne le Christ, elle nous donne le Christ crucifié ». ; je le dis d'autant plus que moi-même c'est dans la JEC que j'ai trouvé le premier lieu d'une réflexion avec d'autres quand j'étais en lycée, et la lecture d'un texte d'évangile qui commençait toujours les réunions a été fondamentale pour moi, je me suis alors laissée transformer par la Parole, c'est pour cela que j'ai tout de suite apprécié Jean-Marie Martin]