Voici les textes de la messe du vendredi 12 octobre 2012 et l'homélie que Jean-Marie Martin a faite lors du sixième jour de la retraite à Saint-Jacut sur le thème "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et boive". On peut lire en complément une étude de J-M Martin sur un texte de Paul qui culmine dans la citation "Le juste vivra par la foi" car J-M Martin donne le sens de nombreux mots qui se trouvent en Ga 3, 6-14 et dont le sens est à connaître (évangile, justification.... ): Rm 1, 16-17 : Évangile, énergie, dévoilement, foi, justification, salut… Thèse fondamentale de l'épître aux Romains .

 

La figure d'Abraham et la malédiction de la Loi

 

Abraham a dans son sein les fils de la promesseLecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates (3, 6-14)

Frères, Abraham eut foi en Dieu, et de ce fait, Dieu estima qu'il était juste. Comprenez-le donc : les vrais fils d'Abraham, ce sont les croyants. D'ailleurs l'Écriture avait prévu, au sujet des nations païennes, que Dieu en ferait des justes par la foi ; c'est pourquoi on y trouve cette bonne nouvelle annoncée à Abraham : En toi seront bénies toutes les nations.

Ainsi, ceux qui sont croyants sont bénis avec Abraham le croyant. Quant à ceux qui se réclament de l'obéissance à la loi de Moïse, ils sont tous atteints par la malédiction dont parle l'Écriture quand elle dit : “ Maudit soit celui qui ne s'attache pas à mettre en pratique tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi ”.

Il est d'ailleurs clair que par la Loi personne ne devient juste auprès de Dieu, puisque l'Écriture dit : “ C'est par la foi que le juste vivra”.

La Loi, c'est tout autre chose que la foi, puisque la Loi dit : “ Celui qui met en pratique les commandements vivra à cause d'eux ”.

Quant à cette malédiction de la Loi, c'est le Christ qui nous en a rachetés en devenant objet de malédiction, pour nous sauver, car l'Écriture déclare : “ Maudit soit celui qui est pendu au bois du supplice ”.

C'était pour que la bénédiction d'Abraham s'étende aux nations païennes dans le Christ Jésus, et qu'ainsi nous recevions, grâce à la foi, l'Esprit promis par Dieu.

 

Évangile selon saint Luc (11,15-26)

Comme Jésus avait expulsé un démon, certains se mirent à dire : « C'est par Béelzéboul, le chef des démons, qu'il expulse les démons. » D'autres, pour le mettre à l'épreuve, lui réclamaient un signe venant du ciel.

Jésus, connaissant leurs intentions, leur dit : « Tout royaume divisé devient un désert, ses maisons s'écroulent les unes sur les autres. Si Satan, lui aussi, est divisé, comment son royaume tiendra-t-il ? Vous dites que c'est par Béelzéboul que j'expulse les démons. Et si c'est par Béelzéboul que moi, je les expulse, vos disciples, par qui les expulsent-ils ? C'est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. Mais si c'est par le doigt de Dieu que j'expulse les démons, c'est donc que le règne de Dieu est survenu pour vous. Quand l'homme fort et bien armé garde son palais, tout ce qui lui appartient est en sécurité. Mais si un plus fort intervient et triomphe de lui, il lui enlève l'équipement de combat qui lui donnait confiance, et il distribue tout ce qu'il lui a pris. Celui qui n'est pas avec moi est contre moi ; celui qui ne rassemble pas avec moi disperse.

Quand l'esprit mauvais est sorti d'un homme, il parcourt les terres desséchées en cherchant un lieu de repos. Et comme il n'en trouve pas, il se dit : 'Je vais retourner dans ma maison, d'où je suis sorti.' En arrivant, il la trouve balayée et bien rangée. Alors, il s'en va, et il prend sept autres esprits encore plus mauvais que lui, ils y entrent, et ils s'y installent. Ainsi, l'état de cet homme est pire à la fin qu'au début. »

 

Homélie de Jean-Marie Martin

Nous allons revenir à la belle épître aux Galates de Paul que nous avons vue cette semaine, qui recèle ce qu'il appelle son Évangile. C'est une épître qui prélude à la belle et grande épître aux Romains, en particulier au chapitre 4 où il s'agit de la figure d'Abraham.

La foi est le maître-mot de l'Évangile puisqu'il dit la réception de cela qui vient. La foi c'est d'abord recevoir. Or Paul médite la figure d'Abraham comme figure de la foi. C'est en effet la foi qui fait d'Abraham un juste, c'est-à-dire un bien ajusté. La foi et non pas la pratique des commandements : on est sauvé (ou ajusté) à Dieu et à autrui, par la foi et non pas par la pratique des commandements.

Abraham a une descendance, il est le père de la promesse, en lui non seulement le peuple d'Israël, mais aussi les nations de la terre seront nombreusx comme les grains de sable de la plage et les étoiles du ciel. Isaac est le monogênès (ce qui sera un titre du Christ), c'est-à-dire le fils un (unique) dans lequel se recèlent les semences de la totalité des descendants. Et ses descendants ne sont pas seulement les descendants selon la chair (le peuple juif) mais ses descendants sont tous les hommes qui croient, puisqu'Abraham est le père de la foi. « Les vrais fils d'Abraham sont les croyants. »

Deux choses ici qui constituent le grand évangile (la bonne nouvelle) de Paul :

  • c'est la foi et non pas la pratique de la loi ;
  • cela n'atteint pas simplement le peuple juif, mais la totalité de l'humanité.

Paul traite les deux choses de façon simultanée.

« D'ailleurs l'Écriture avait prévu au sujet des nations païennes, que Dieu en ferait des justes par la foi. C'est pourquoi on y trouve cette bonne nouvelle annoncée à Abraham : “En toi seront bénies toutes les nations”.» Voici pour l'ampleur de la foi.

 « Quant à ceux qui se réclament de l'obéissance à la loi de Moïse, ils sont tous atteints par la malédiction dont parle l'Écriture quand elle dit : “Maudit soit celui qui ne s'attache pas à mettre en pratique tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi”.» Voilà une phrase qui devrait étonner. En effet la pratique de la loi n'ajuste pas à Dieu.

Ailleurs Paul en donne la raison : c'est que, de son propre, personne n'est capable d'obéir à tous les commandements de Moïse. Avec le Christ vient cette énergie, cette mise en œuvre, cette vigueur de l'Esprit Saint qui seule donne à l'homme d'être agréable à Dieu.

Paul est constamment contre cette autosuffisance, cette prétention de pouvoir être juste de par soi-même. Tout est dans la grâce, dans la donation gracieuse, gratuite de Dieu aux hommes.

 En Rm 4 qui correspond à ce passage, il y a ceci : « il justifie par la foi pour que ce soit par grâce (par donation gratuite)». Quand on lit ici que « ceux qui se réclament de l'obéissance à la loi de Moïse, ils sont tous atteints par la malédiction dont parle l'Écriture quand elle dit : “Maudit soit celui qui ne s'attache pas à mettre en pratique tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi”», cela ne signifie pas que mettre en pratique tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi qui, en soi, est malédiction ; mais cela signifie que, l'homme n'ayant pas en lui-même les ressources d'obéir pleinement à la Loi, cela devient une sorte de malédiction.

« Il est d'ailleurs clair que par la loi personne ne devient juste auprès de Dieu puisque l'Écriture dit “c'est par la foi que le juste vivra”.» Dans l'épître aux Romains qui glose la phrase « Abraham a été justifié parce qu'il eut foi en Dieu», c'est-à-dire que c'est la foi qui le rend juste, Paul explique que si c'était un salaire, un mérite, il pourrait se glorifier, ce qui n'est pas le cas. Il met ainsi en évidence que la grâce se distingue (comme donation gratuite) et du salaire et du mérite.

C'est l'Évangile de Paul : « La Loi, c'est tout autre chose que la foi, puisque la Loi dit : “Celui qui met en pratique les commandements vivra à cause d'eux”.» En effet ça devient une malédiction parce que nul n'est susceptible de pratique les commandements de par ses propres ressources.

« Quant à la malédiction de la loi, c'est le Christ qui nous en a rachetés en devenant lui-même objet de malédiction pour nous sauver » Oui, le Christ est mort pour nous sauver de la mort ; le Christ est objet de malédiction pour nous sauver de la malédiction. Quelle est cette malédiction ? « Maudit soit celui qui est pendu au bois du supplice » : la croix est non seulement douloureuse, infamante, mais encore objet de malédiction.

Et de même que Jésus retourne la signification de la mort, parce que ce n'est plus pour lui une servitude mais qu'il y accède librement, de même il retourne le sens de la malédiction en bénédiction pour l'ensemble de l'humanité. C'est « pour que la bénédiction d'Abraham (figure de la foi), s'étende aux nations païennes dans le Christ Jésus, et qu'ainsi nous recevions grâce à la foi l'Esprit promis par Dieu » : cette énergie qui se demande et qui se donne, est seule est capable de nous ré-ajuster, de faire de nous des justes.

Le texte est difficile, donc il méritait une petite glose de ce genre…