M Bellet et J-M Martin

Tous les quinze jours, de 1981 à 2012, Maurice Bellet et Jean-Marie Martin ont ouvert à Paris un espace d’écoute / parole dans un espace public : la salle d'accueil de la chapelle Saint-Bernard, sous la gare Montparnasse. M. Bellet parlait une heure en présence de J-M Martin puis après une pause, J-M Martin parlait une heure en présence de M. Bellet. Par ailleurs, une fois par an ils co-animaient un week-end à l'abbaye de Saint-Jacut.

En ce moment où Jean-Marie qui vient d'avoir 90 ans subit des examens pour sa santé (sans gravité), Maurice lui a fait parvenir le témoignage suivant.

 

 

L'attitude que Jean-Marie m'a donné à entendre c'est l'écoute… et très précisément écouter cette parole qui n'est pas un dire parmi le flot de ce qui s'échange parmi les humains, ni même la parole vive qu'il me convient d'entendre de mon proche qui me parle. Car la parole qu'il m'est donné d'entendre – si je veux lui garder une oreille attentive – elle n'est pas sur ceci ou cela, elle n'est pas d'untel ou untel, c'est celle qui vient de l'insaisissable source qui précède la création du monde… et elle est chair. Elle est cette chair de celui qui nous l'a donnée. Et elle dure et demeure dans ce texte du Nouveau Testament où des voix d'humains s'entrecroisent pour donner à entendre l'unique voix dont la foi ose croire qu'elle est celle du Fils où le Père se donne à nous tout entier.

Si telle est notre attitude, alors le texte mérite un respect absolu aussi éloigné d'un fondamentalisme borné que d'une exégèse plus soumise à la mentalité contemporaine qu’à ce que cette parole dit. C'est, me semble-t-il, ce que je recevais de Jean-Marie à l'époque où nous fonctionnions ensemble dans le sous-sol de la gare Montparnasse à la salle de réunion conjointe à la chapelle Saint-Bernard. La formule était originale : chacun de nous avait un temps de parole mais chacun écoutait la parole de l'autre. Ce n'était pas une succession de discours mais la co-présence de deux interventions animées, je le crois, du même esprit avec des contenus et des styles différents. Cet écart dans cette unité donnait à ces rencontres un ton particulier.

Ces années sont derrière nous, et nous vieillissons, Jean-Marie et moi, séparés par la distance et l'incommodité des voyages. Nos deux paroles ont laissé des traces écrites, polycopiés ou livres, et surtout, nous l'espérons bien, quelque chose de cette communion qui est le plus essentiel de nos vies.

À toi Jean-Marie c'est quelques mots en toute amitié avec un vœu de meilleure santé.

Maurice Bellet