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La christité
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  • Ce blog contient les conférences et sessions animées par Jean-Marie Martin. Prêtre, théologien et philosophe, il connaît en profondeur les œuvres de saint Jean, de saint Paul et des gnostiques chrétiens du IIe siècle qu’il a passé sa vie à méditer.
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26 novembre 2017

La Structure symbolique de l'évangile de saint Jean d'après un article de François Quiévreux

L'évangile de Jean est construit de façon très rigoureuse, c'est ce que F. Quiévreux montre dans un article publié en 1953. Il s'agit d'une étude très fouillée sur les occurences de mots et d'expressions, et sur la symbolique reçue de l'Ancien Testament. Jean-Marie Martin à qui est dédié le blog La Christité parle de temps en temps de la symbolique des nombres dans l'évangile de Jean sans chercher à en faire une théorie. Pour compléter ce qu'il dit, il m'a semblé intéressant de publier cet article qui n'est quasiment plus disponible. D'autant que j'ai un faible pour la symbolique des nombres et pour les figures géométriques, moi qui ai été professeur de mathématiques ! Nombre d'or et carré magique m'ont passionnée un temps... Ici il est question de la petite et de la grande tétrakys

Le passage de la revue à la publication sur blog a fait que j'ai ajouté pas mal de titres à l'article de F. Quiévreux, modifié quelques passages, supprimé des notes, ajouté d'autres notes, tout cela étant en général clairement indiqué[1]. J'ai fait ce que j'ai pu pour ne pas faire d'erreur, surtout dans les références bibliques, mais ce fut un travail assez considérable aussi je pense qu'il reste des choses à vérifier ! N'hésitez pas à m'indiquer erreurs et coquilles.

                                                  Christiane Marmèche

 

 

La Structure symbolique de l'évangile de saint Jean

 

D'après François Quiévreux

Revue d'Histoire et de Philosophie Religieuses, n° 2, 1953, pp. 123-165

 

 

Introduction

 

a) L'énigme du quatrième évangile

« L'historien Adolf Harnack affirmait naguère que le problème du quatrième évangile était la plus grande énigme de l'histoire ancienne du christianisme. Aujourd'hui encore, les exégètes s'accordent à reconnaître que cette énigme est loin d'être résolue. » […]

En ce qui concerne le but même de l'évangile et son unité littéraire, son auteur, ses sources, toutes les opinions sont aujourd'hui encore représentées.

Quel est le thème de l'évangile ? Il n'est guère facile de répondre à cette question. Hoskyns, […] souligne les difficultés que nous rencontrons : « L'examen des travaux récents de critiques sur le 4e évangile a montré combien cette œuvre ne nous laisse pas de repos, il a suggéré que cette absence de repos est due, moins à quelque manque d'adaptation temporaire, qu'au thème de l'évangile lui-même. Dites que cet évangile est l'œuvre d'un auteur qui a trouvé le repos dans un état de tranquillité mystique et de perfection, et voilà que son insistance constante à souligner l'historicité, la venue en chair de Jésus, le Fils de l'Homme, déconcerte le commentateur mystique. Dites que c'est l'œuvre d'un témoin oculaire dont les souvenirs ont été arrangés, ordonnés et disposés par lui ou par quelque disciple familier avec son esprit et avec sa manière de raconter ses mémoires, et voilà que le livre se dérobe sous nos doigts avec indignation, en déclarant que la chair ne sert de rien ; que l'historicité pure, que des souvenirs qui ne sont que des souvenirs auront pour effet d'enfouir irrémédiablement la vérité dans la terre. Car la vérité qui est et qui a été Jésus ne peut être connue que par le moyen du Saint-Esprit de Dieu, qui est l'Esprit de Vérité. Le Paraclet n'a pas été donné aux disciples pendant le temps qu'ils étaient témoins oculaires de la vie et de la passion de Jésus.[2] »

Ailleurs encore, Hoskyns souligne combien la méthode historique, à elle seule, est impuissante à résoudre les problèmes soulevés par le 4e évangile. Le thème de l'évangile est-il lui-même historique ou non-historique ? « Dites que le 4e évangile est hellénique ou qu'il surgit du fond de quelque mélange de la pensée grecque et de la mythologie orientale, et alors nous sommes confondus par la qualité hébraïque de la langue dans laquelle il est écrit, par l'adhérence rigide de l'auteur à l'Ancien Testament dans ses allusions littéraires, et par la présence fréquente de détails topographiques précis concernant la Palestine. Dites qu'il y a à la fois dans ce livre des réminiscences historiques et une interprétation spirituelle, et sans doute vous êtes dans le vrai. Mais si vous prétendez demander que le critique ou que l'interprète spirituel sépare l'histoire de l'interprétation, nous le forcerons à décevoir notre attente, car l'auteur du livre a disposé une barricade autour de la route, une barricade à travers laquelle personne ne peut passer, si l'on ne comprend que le sens spirituel de la vie et de la mort de Jésus remplit l'histoire et fait ce qu'il a été, car l'Esprit donne la réalité à cette parole et à ses actions observables : “C'est l'Esprit qui anime, la chair ne sert de rien.” En d'autres termes, le thème du 4e évangile est le non-historique qui fait le sens de l'histoire, l'infini qui fait le sens du temps, Dieu qui donne leur sens aux hommes et qui est leur Sauveur.[3] »

*    *    *

Deux choses, au premier abord, surprennent dans le 4e évangile : le style, si éloigné de la pensée logique, telle que nous la manions tous les jours quand nous parlons ou quand nous écrivons, et l'apparente absence de plan ou, tout au moins, le décousu de ce plan. Le manque de liaison et l'absence de transition du discours ne peuvent manquer de frapper le lecteur. De nombreux critiques ont été ainsi conduits à supposer que nous avions affaire à un texte qui nous serait parvenu en désordre, remanié et interpolé. Il faut reconnaître qu'une telle explication est tentante.

Nous citerons quelques exemples de semblables difficultés. Dès le chapitre premier, il semble que l'auteur poursuit deux thèmes différents et passe de l'un à l'autre sans transition. Aux versets 1 à 5, il est question du Logos, le Verbe « qui était au commencement auprès de Dieu », puis, sans transition aucune, il est question aux versets 6, 7, 8 de Jean-Baptiste. Le thème du Verbe reprend au verset 9 et se poursuit jusqu'au verset 14. Ensuite, aux versets 15 et suivants, il est de nouveau question de Jean-Baptiste. Un peu plus loin, au verset 29, nous rencontrons ces mots : « Le lendemain ». De quel lendemain s'agit-il ? C'est à nouveau le cas au verset 35, puis au verset 52.

D'un bout à l'autre de l'évangile, nous rencontrons de semblables difficultés. Les indications de lieu et de temps sont fréquentes et souvent très précises[4]. Ceci rend d'autant plus frappante l'imprécision de la formule qui relie souvent les récits entre eux : « Après ces choses… » Il apparaît évident que nous ne sommes pas en présence d'un récit continu, qui suivrait la marche historique des événements, mais que l'auteur, au contraire, s'est proposé d'insister sur certains faits ou sur certains discours, suivant un plan qui nous échappe.

Essayons de résumer les principales difficultés.

  1. La disposition du récit ne paraît pas déterminée par des considérations chronologiques ou géographiques. « Les séjours de Jésus en Judée et en Galilée s'entremêlent sans que parfois l'auteur prenne la peine de mentionner le passage de Jésus d'une de ces régions à l'autre (cf. 6, 1s.). Il y aurait de singulières lacunes dans le cadre que l'on constituerait au moyen des fêtes qui sont mentionnées dans le récit des voyages de Jésus. » Ainsi s'exprime M. Maurice Goguel dans l'Introduction qui précède l'évangile de Jean dans la Bible du Centenaire.
  2. Un grand nombre de critiques modernes admettent que le chapitre 5 n'est pas à sa place. L'ordre des chapitres 5 et 6 aurait été inversé. En effet, le verset 7,1 se présente beaucoup plus naturellement comme une suite à 5,17 qu'à 6,71[5].
  3. Le récit de la femme adultère (7,53 - 8,11) manque dans un grand nombre de manuscrits. Aussi, la plupart des critiques considèrent ce fragment comme interpolé. La Bible du Centenaire le reproduit à part sous le titre « fragment d'évangile inconnu ».
  4. Le récit de la résurrection de Lazare (ch. 11) ne se trouve que dans le 4e évangile. Les synoptiques sont muets tous les trois quant au personnage de Lazare. Il est toutefois question d'un certain « Lazare » dans Luc 16,19-31, comme personnage d'une parabole.
  5. Le 4e évangile passe sous silence le récit d'événements importants tels que le baptême de Jésus, la tentation au désert, l'institution de la Sainte-Cène.
  6. Les chapitres 20 et 21 de l'évangile se terminent tout deux par un épilogue. Le premier des deux, qui se place à la fin du chapitre 20 (20,30-31), se présente comme une conclusion générale du livre. Un grand nombre de critiques admettent que le chapitre 21 est une addition de l'évangile primitif, que cette addition ait été faite ultérieurement par saint Jean lui-même, ou plus probablement par l'un de ses disciples.

Il existe en outre un grand nombre de difficultés de détail. Pour n'en citer qu'un exemple, nous mentionnons le verset : « Levez-vous et partons d'ici » (14,31) qui termine abruptement le chapitre 14, consacré à un discours du Christ. Ce verset précède immédiatement un autre discours sur la vigne et les sarments, qui débute sans transition aucune avec les premières lignes du chapitre 15.

La plupart des critiques ont donc admis que le texte de l'évangile de Jean avait subi un certain nombre de remaniements qui expliqueraient la diversité du ton, ainsi que les répétitions ou les incohérences apparentes. Dans son commentaire […] consacré à l'évangile de Jean[6], le professeur R. Bultmann a tenté de reconstituer l'ordre original du texte, dont les morceaux constitueraient, d'après lui, un véritable puzzle.

Il importe de bien voir quel est l'enjeu du débat. « Jean est-il ou non un témoin oculaire ? » ou plutôt « Avons-nous, dans le texte qui nous est parvenu, l'œuvre sans retouche d'un disciple qui raconte des événements auxquels il a assisté et participé lui-même, ou bien sommes-nous en présence d'une œuvre qui a subi des remaniements et dont la valeur en tant que document historique peut être mise en doute ? » Les apparences, il faut le reconnaître, sont en faveur de la seconde hypothèse.

 b) Structure symbolique d'autres ouvrages de l'Antiquité ou du Moyen Âge

Les observations que nous allons exposer maintenant, fondées sur l'étude du vocabulaire et des procédés stylistiques de saint Jean, aboutissent à de tout autres conclusions. Elles vont nous permettre d'affirmer l'unité de composition littéraire du 4e Évangile et l'existence d'un plan, dont il n'y a pas lieu d'exclure ni le chapitre 21, ni même l'épisode de la femme adultère.

L'œuvre de saint Jean se distingue par l'existence d'une structure symbolique que nous allons essayer de mettre en lumière.

Que faut-il d'abord entendre par là ? Les ouvrages de l'Antiquité ou du Moyen Âge, dont la structure symbolique a été reconnue et étudiée, ne sont pas nombreux. La Divine Comédie de Dante est le cas le plus célèbre d'un ouvrage composé de cette manière. On sait que ce poème est divisé en trois parties : l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis. « Chacun des trois cantiques comprend trente-trois chants. Le prélude du poème vient compléter la centaine, suivant une ordonnance longuement méditée, que règle les sens cachés des nombres, du trois, du dix et de leurs carrés[7]. »

Bucoliques de VirgileParmi les ouvrages de l'Antiquité, on a découvert l'existence d'une structure symbolique chez quelques-uns d'entre eux. Une étude de Paul Maury parue en 1944[8], a montré que les Bucoliques de Virgile étaient un ouvrage possédant une architecture secrète, caractérisée par le nombre de vers de chaque bucolique. Les relations qui apparaissent entre ces nombres sont si nombreuses qu'elles ne peuvent être fortuites. Elles ont permis à P. Maury de conclure que, sous l'apparence de simples dialogues entre des bergers, les Bucoliques sont un poème religieux et mystique, d'inspiration pythagoricienne.

On a soupçonné l'existence d'une structure symbolique dans les vers du poète grec alexandrin Callimaque (310-285 av. J.-C.). Cette structure, qui correspondrait aux sept parties du nom de Terpandre, expliquerait les particularités du style[9].

Toujours à Alexandrie, mais à une date cette fois contemporaine des origines du christianisme, nous trouvons un exemple particulièrement remarquable de structure symbolique dans l'œuvre de Philon le juif (né en 20 avant J.-C., mort après 54 de notre ère). Dans une thèse présentée en 1945, le Révérend Père G. Deleuve[10] a montré que le Commentaire allégorique de Philon, ouvrage dont le plan apparaissait à première vue en désordre, mutilé, et comportant de nombreuses redites, était en réalité construit tout entier suivant un plan rigoureux correspondant à une structure symbolique. C'est un ouvrage étrange, sans commencement, ni fin, cette particularité étant destinée à symboliser l'œuvre divine de la Création, elle-même sans commencement, ni fin. L'aspect confus de l'ouvrage de Philon résulte du fait que ce dernier travaille à la fois d'après plusieurs plans. On ne pourrait mieux comparer cette œuvre qu'à une plaque photographique qui, par suite de distractions répétées du photographe, aurait servi à prendre plusieurs vues[11]. L'étude approfondie du Commentaire de Philon, qu'a fait le Père Deleuve, montre que les parallélismes entre les différentes parties de l'ouvrage sont destinés à faire apparaître trois ordres de mouvements symboliques : 1) un mouvement dans deux directions : à gauche et à droite ; 2) un mouvement vers le haut et un mouvement vers le bas ; 3) un mouvement circulaire. Dans la même étude, le R. P. Deleuve démontre que deux autres ouvrages de Philon, la Légation à Caïus et le Contre Flaccus possèdent également une structure symbolique.

 c) Spéculations pythagoriciennes sur les nombres

Statue de Pythagore à la Cathédrale de ChartresIl importe de bien voir qu'à l'époque qui coïncide avec les origines du christianisme, ou qui les précède de peu, le pythagorisme a pris une immense importance dans le monde païen. « On peut prétendre, sans la moindre exagération, nous dit J. Carcopino, que, dans le siècle qui encadre le début de l'ère chrétienne, le pythagorisme attire de tous les points de l'horizon intellectuel tous ceux qui, avides de certitudes, étouffaient aussi bien dans le vide des sanctuaires de l'État que dans le tourbillonnement d'atomes, à quoi la mécanique aveugle des matérialistes réduisait les corps et les âmes, la nature et l'humanité. Alors, vraiment, il a dominé, ou orienté, ou influencé toutes les écoles qui ne relevaient pas d'Épicure et, pour la première fois, il a laissé dans la ville la trace tangible de ses institutions religieuses[12]. » Si J. Carcopino a ici en vue le développement du néo-pythagorisme dans la Rome des Césars, les influences pythagoriciennes à Alexandrie sont tout aussi indéniables. Philon le juif était lui-même néo-pythagoricien[13]. Il reproduit dans ses œuvres divers préceptes pythagoriciens[14].

Les esséniens paraissent avoir été une secte pythagoricienne : « Ceux que nous nommons Esséens dit l'historien juif Josèphe vivant au Ier siècle après J.-C., pratiquent un genre de vie conforme aux préceptes de Pythagore. » (Ant. Jud. XV, X, 4, 371)[15]

On sait d'autre part que les néo-pythagoriciens qui vécurent aux environs du Ier siècle de l'ère chrétienne appliquaient des considérations tirées des nombres aux spéculations métaphysiques. On notera que l'un d'eux, Nicomaque de Gérasa[16], auteur d'un traité d'arithmétique pythagoricienne, dont il nous reste des fragments, vivait dans la seconde moitié du Ier siècle de l'ère chrétienne à Gérasa, ville de Palestine située à 30 km du Jourdain, sur la rive Est, c'est-à-dire dans la région même de la Palestine où Jean-Baptiste avait baptisé (Jn 1, 28) et où Jésus se retire après la fête de la Dédicace (Jn 10, 40).

Il n'est pas question ici de suggérer qu'il faille chercher des sources grecques ou néo-pythagoriciennes à la pensée de saint Jean. Il est hors de doute que la pensée johannique est uniquement juive et chrétienne, et il est aisé en particulier de montrer que la typologie johannique est tirée de l'Ancien Testament. Mais il n'y a aucune difficulté, nous semble-t-il, à admettre que l'évangéliste ait connu l'arithmo-géométrie des néo-pythagoriciens et qu'il l'ait utilisée pour construire la structure symbolique de son évangile[17], ceci pour exprimer des vérités spécifiquement chrétiennes.

La tétraktys dans le serpent OuroborosUne étude des spéculations pythagoriciennes sur les nombres dépasserait le cadre de ce travail. Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur aux divers ouvrages que nous citons en note[18]. Il importe cependant de retenir, pour comprendre ce qui va suivre, que, dans l'Antiquité, les nombres furent considérés non pas seulement comme s'appliquant à des collections d'objets, mais comme des essences. Les pythagoriciens pensèrent que les éléments des nombres sont les éléments de toutes choses et que le monde tout entier est harmonie et nombre, ce qui peut se résumer dans la formule fameuse : « Les choses sont nombres. »

On retiendra également que les nombres étaient représentés couramment par des arrangements de cailloux. Le mot français « calcul » vient du latin calculi qui signifie « cailloux ». Il semble que les nombres étaient représentés par des dessins symétriques et facilement reconnaissables, dont la marque des dés à jouer et des dominos nous donne la meilleure idée[19]. L'arithmétique des pythagoriciens est donc en même temps une géométrie. Enfin, les nombres n'expriment pas seulement la quantité, mais la qualité des choses. Ceci n'est pas particulier au pythagorisme. On pourrait trouver dans l'Ancien Testament de nombreux exemples d'une signification symbolique attribuée aux nombres. La chose est particulièrement frappante pour le nombre 7, mais on pourrait citer encore bien d'autres nombres dotés d'une signification symbolique.

 

I – Structure symbolique globale de l'évangile de Jean

 

Nous pouvons clore ici cette parenthèse et passer à des observations d'un ordre plus direct, en essayant d'observer dans l'évangile de saint Jean lui-même les traces les plus visibles d'un emploi symbolique des nombres.

 

1) Symbolisme des nombres inférieurs à huit

a) Le nombre sept.

Dans une étude[20] le R P Boismard a cherché à relever particulièrement chez saint Jean le symbolique du nombre 7. Le 4e évangile mentionne 7 miracles[21] et 7 discours du Christ[22]. En ce qui concerne les miracles rapportés par le 4e évangile, la chose est incontestable. Elle est un peu plus douteuse en ce qui concerne les discours, car il n'est pas certain qu'il faille considérer comme un discours unique tout le contenu des chapitres 7 et 8. De même, si les chapitres 14, 15,16 constituent bien un seul discours, le discours du chapitre 17, la Prière sacerdotale, ne doit-il pas être mis à part ? Le R. P. Boismard rappelle encore que, dans l'Évangile, « le Christ décrit de 7 façon différentes ce qu'il a conscience d'être par rapport aux hommes, dans le rapport du sabbat messianique »[23], et il cite les déclarations : « Je suis le pain de vie… Je suis la lumière du monde… Je suis la porte… Je suis le bon pasteur… Je suis la résurrection… Je suis la route, la vérité et la vie… Je suis la vraie vigne. »[24]

On peut citer encore bien d'autres exemples de l'emploi du nombre 7 dans le 4e évangile. Dans le discours sur la vigne et les sarments dans le chapitre 15, l'expression « porter du fruit » revient 7 fois (15, 2.2.4.5.8.8.16). Un certain nombre d'expressions reviennent 7 fois dans tout l'Évangile : celui qui croit en moi (6, 35 ; 7, 38 ; 11, 25.26 ; 12, 44.46 ; 14,12) – en mon nom (14, 13.14.26 ; 15, 16 ; 16, 23.24.26)  –  demeurer en moi (6, 56 ; 14, 16 ; 15, 4.4.5.6.7). 

Dans le discours sur le bon berger, au chapitre 10, le mot berger (poïmên) revient six fois (10, 2.11.12.14.16) et la septième mention qu'on attendrait, apparaît bien, mais sous la forme du mot grec de même racine poïmnê qui signifie "troupeau", au verset 16. Ces deux mots : berger et troupeau, n'apparaissent nulle part ailleurs dans l'Évangile. Le symbolisme du nombre 7 s'applique ici encore pour tout l'Évangile.

On remarquera encore que le mot amour (agapê) est employé 7 fois dans l'Évangile (5,42 ; 13,35 ; 15,9.10.10.13 ; 17,26).

On notera enfin, comme le fait le R. P. Allo, que le premier chapitre de l'Évangile est présenté comme le récit de la nouvelle création par la grâce et qu'il se passe jusqu'aux noces de Cana 7 jours qui correspondent aux sept jours de la Genèse :

« Le symbolisme débute dès le premier mot : “Au commencement” (In principio) comme le titre de la Genèse. Ce parallélisme du dernier ouvrage de la Bible avec le premier n'est certainement pas dû au hasard. Comme Moïse a présenté, étendue sur sept jours, la création de l'univers matériel, ainsi que Jean a tenu, très consciemment à notre avis, à présenter aussi en une semaine l'introduction dans le monde de la “nouvelle création” prêchée par saint Paul. La chose n'est pas très apparente, car il ne souligne pas ses procédés ; il faut de l'attention pour la remarquer. Pourtant, entre l'annonce solennelle, que fait Jean Baptiste devant les délégués juifs, de celui à qui il n'est pas digne de dénouer le cordon de sa chaussure, de celui qui est là déjà comme introducteur d'une nouvelle vie, d'une part, et, de l'autre, la première manifestation publique de ce divin transformateur, ou le changement symbolique de l'eau en vin aux Noces de Cana, que l'on calcule bien, et on verra qu'il se passe exactement sept jours. Le choix de ces deux termes, profession de Jean et changement de l'eau (quand l'auteur aurait pu en prendre d'autres plus espacés ou moins espacés), pour l'introduction de son récit, est évidemment dicté par des raisons symboliques : la deuxième création, celle de la grâce, correspond à celle de la nature, pour montrer que c'est bien une création.[25] »

Nous ne reprendrons pas ici la démonstration que nous avons essayé de faire ailleurs à ce sujet[26]. Pour faciliter cependant au lecteur la recherche du parallélisme entre le premier chapitre de l'Évangile et le premier chapitre de la Genèse, qu'Origène signalait déjà, nous noterons que le premier jour va du verset 1 au verset 28 et qu'il a comme thème la lumière, ainsi que le récit du premier jour dans la Genèse. Les mots « le lendemain », qui se trouvent répétés aux versets 29, 35 et 43, marquent le début de chacun des « jours » suivants. On arrive ainsi au quatrième jour. Le récit des noces de Cana est ensuite situé dans le temps de la manière suivante : « et, le troisième jour, il se fit des noces à Cana de Galilée » (2, 1). L'expression « le troisième jour, dans la manière de compter le temps chez les Grecs, est équivalente à l'expression « trois jours après ». Si l'on additionne ces trois jours avec les quatre jours précédents, on retrouve bien les sept jours de la nouvelle création.

Le nombre 7, dans l'évangile de Jean, tire sa signification symbolique du récit de la Genèse. Le sens qui lui est attaché est celui de la perfection divine. Dieu, ayant achevé au septième jour son œuvre, a béni le septième jour et l'a sanctifié (Gn 2, 3).

Nous reviendrons plus loin sur l'emploi de ce symbolisme dans le 4e évangile. Auparavant, nous nous proposons de montrer que d'autres nombres possèdent également un sens symbolique.

 b) Le nombre six.

Les propriétés du nombre 6 sont en relation avec le fait que la création a été accomplie en 6 jours et que c'est le 6e jour que l'homme a été créé.

Isidore de Séville, le dernier des Pères d'Occident (né vers 560) définit ainsi les propriétés du nombre 6 dans son Liber numerorum[27] : six est un nombre premier et parfait. Il n'existe aucun nombre avant le sénaire qui, s'il est divisé par ses diviseurs, soit ensuite égal à la somme de ces diviseurs[28]. « C'est un nombre dont la perfection resplendit dans la création même du monde. » Isidore de Séville ensuite quelques-uns de ses principaux emplois dans l'Écriture Sainte : les 6 jours de la création, les 6 âges du monde, les 6 urnes des noces de Cana, les 6 jours avant la Passion depuis l'entrée à Jérusalem[29].

Avant Isidore de Séville, un certain nombre de Pères de l'Église avaient consacré des traités à l'Œuvre des six jours de la création, en particulier saint Ambroise, qui écrivit sur ce sujet les six livres de l'Hexaéméron[30]. Pour saint Ambroise, le nombre 6 exprime l'harmonie parfaite. Saint Augustin tient le même langage. Parlant du 6e jour de la création, il consacre tout un long discours à la perfection du nombre 6, et il conclut en s'exprimant ainsi : « On ne peut donc pas dire que si le nombre six est parfait, c'est parce que le Dieu a accompli toutes ses œuvres en 6 jours. On doit dire au contraire que si Dieu a accompli toutes ses œuvres en 6 jours, c'est parce que ce nombre 6 est parfait. »[31].

Deux siècles auparavant, saint Méthode d'Olympe (mort vers 311) souligne la parfaite harmonie du nombre 60. « Ce nombre contient le nombre 6 dix fois, et c'est un symbole du Christ, car le nombre 6 procède de l'unité et se compose de ses propres parties, en sorte qu'il ne lui manque rien et qu'il n'a rien de trop. »[32].

Le Commentaire de Daniel, par saint Hippolyte de Rome, œuvre écrite vers l'an 204, met déjà en relation les 6 jours de la création avec les 6 âges du monde, et confirme ce système par un certain nombre de témoignages scripturaires interprétés de manière allégorique[33].

Ainsi, aussi loin que l'on remonte dans la tradition patristique, on retrouve la trace de l'importance donnée au nombre 6 dans l'exégèse, nombre qui symbolise l'harmonie de la création, soit qu'elle soit considérée dans son ensemble, c'est-à-dire dans tout l'univers, soit qu'on admire cette même perfection dans l'homme qui, venu le dernier dans la création, résume en lui tout l'univers et l'achève.

Les conceptions cosmologiques que nous venons de résumer brièvement sont plus anciennes que le christianisme. Les développements de Grégoire de Nysse dans son Traité de la création de l'homme (128 C à 161 A) se retrouvent parfois littéralement ans le Natura deorum de Cicéron, la source commune se trouvant probablement chez Posidonius d'Apamée[34].

Philon le juif envisage la structure de la création comme une application des mêmes schémas à diverses échelles et en différents ordres. « Ainsi, le cosmos reproduit un exemplaire préexistant dans le monde des idées ; l'homme est lui-même un microcosme ; son corps montre un nouveau raccourci de ce même univers ; son âme même reprend un ordre analogue. Un même sceau a conformé tout cela selon l'image de Dieu qu'il porte lui-même. La mystique des chiffres est justifiée par cette perspective. Le nombre préside à l'univers dans le monde exemplaire… Le monde multiplierait des aspects ou des variétés de quelques types, comme si un système de miroirs en renvoyait une infinité d'images. Cette structure du monde correspond à une intention créatrice, qui confère à toutes choses ordre, valeur et dignité, en vue d'une fonction et d'une relation à Dieu. Ainsi la création prend-elle son sens.[35] »

Le texte que nous venons de citer n'est pas seulement éclairant en ce qui concerne Philon. Il nous paraît d'une grande importance pour approfondir la structure symbolique de l'évangile de saint Jean. Il va pouvoir nous aider à mieux comprendre la signification symbolique du nombre 6 chez saint Jean, qui est une des plus difficiles à pénétrer, à cause de la multiplicité des notions auxquelles elle s'applique.

Le nombre 6 chez saint Jean exprime l'harmonie divine. Le mot εἰρήνη,paix, est employé 6 fois. La structure de ce mot, réparti en deux groupes de trois mentions homogènes, exprime elle-même l'équilibre et l'harmonie[36].

Le nombre 60 s'applique à Dieu (θεός) et à l'homme (ἄνθρωπος) créé à l'image de Dieu.

Le nombre de l'homme étant égal à 60, les mots corps (σῶμα), sang (αἶμα), sont employées 6 fois, de même que le mot vin (οἶνος). Le mot vie (ζωή) apparaît 36 fois (36 = 6 × 6).

Si, du microcosme, nous passons au macrocosme, nous constatons que le mot, ὅλος, tout entier, est employé 6 fois. De même, le mot πολύς, nombreux, beaucoup, est employé 36 fois. Le nombre 6 correspond donc à l'univers, considéré dans sa totalité, soit dans l'espace, soit dans le temps (l'expression, τῇ ἐσχάτῃ ἡμέρα, au dernier jour, est employée 6 fois). Mais il exprime en même temps le milieu et l'actualité (μέσος, au milieu de, ainsi que ἐντεῦθεν, d'ici, sont employées 6 fois).

Ainsi, ce nombre apparaît en quelque sorte comme le sceau de Dieu sur les choses créées, soit qu'il s'agisse de tout l'univers, soit de ce microcosme qu'est l'homme. Les démons eux-mêmes portent ce sceau (δαίμων, démon, 6 fois).

Il convient enfin de signaler une exception assez curieuse. Il s'agit de quelques mots que l'on s'attendrait à voir mentionner 6 fois et qui ne le sont que 3 fois. C'est le cas par exemple du mot ὑδρία, urne. On s'attendrait, à cause des 6 urnes du récit des noces de Cana, à ce que ce mot apparaisse 6 fois, soit dans ce récit, soit dans tout l'Évangile[37]. Or le mot ὑδρία n'apparaît que 3 fois en tout dans l'Évangile[38]. C'est également le cas du mot ἕξ, six, employé 3 fois dans l'Évangile[39].

La règle relative à ces exceptions est d'ailleurs plus générale : le mot douze (δώδεκα) est employé 6 fois. Le mot quatre (τέσσαρες) est employé 2 fois. On peut dire que, lorsqu'un mot est employé un nombre de fois différent de son symbolisme propre, ce nombre est égal à la moitié du nombre-symbole.

 c) Le nombre cinq.

Le nombre 5, dans l'Ancien Testament, paraît avoir une signification très voisine de celle du nombre 7. Il s'applique aux choses saintes, sacrées, parfaites. En Égypte, le nombre 5 paraît avoir eu une signification très voisine de celle du nombre 7 chez les Hébreux. On relève précisément dans la Genèse l'emploi du nombre 5 dans les récits qui se passent en Égypte. Benjamin, invité à table avec ses frères chez Joseph, reçoit une portion cinq fois supérieure à celle de ses frères (Gn 43,34). On retrouve encore le nombre 5 mentionné dans plusieurs autres passages de l'histoire de Joseph (45,6 ; 45,22 ; 47,2).

La longueur et la largeur de l'autel dans le tabernacle de l'Exode était de cinq coudées (Ex 27,1  et 38,1). David réclame cinq pains au prêtre Achimelec et celui-ci lui donne du pain « sacré », car il n'y avait pas d'autre pain que les pains de propositions (I Sam 21,1-6).

Dans le 4e évangile, on remarquera qu'il est question aussi de cinq pains dans le récit de la multiplication des pains (Jn 6,9). Matthieu, Marc et Luc les ont également mentionnés. Il n'est pas douteux que Jean applique le nombre 5 aux choses saintes ou célestes. Il emploie le mot saint (ἅγιος), cinq fois, et il l'applique une fois au Père (6, 69), une fois au Fils (17,11), et trois fois au Saint Esprit (1,33 ; 14,26 ; 20,22).

Jean emploie de même les mots d'en haut, élever, montagne, royaume, cinq fois.

Les Pères de l'Église se sont souvent demandé ce que signifiaient les 5 maris de la Samaritaine. Ils y ont vu les 5 livres de Moïse, les 5 âges du monde, etc.

Nous pensons qu'ici, comme dans maintes autres occasions, il faut se garder tout d'abord de l'erreur qui consisterait à évacuer le sens littéral. Si l'évangéliste note que le Christ a révélé à la femme samaritaine qu'elle avait eu cinq maris (Jn 4, 18), c'est tout d'abord qu'il veut illustrer ici ce qu'il a dit plus haut (Jn 2, 24-25) : « Jésus ne se fiait pas à eux, parce qu'il les connaissait tous et qu'il n'avait pas besoin qu'on le renseignât sur personne : il savait de lui-même ce qu'il y a dans l'homme. » Le détail relevé par l'évangéliste est bien réel : cette femme avait eu cinq maris. Mais pourquoi l'évangéliste a-t-il soin de répéter le mot « mari » cinq fois dans ce même récit[40], sinon pour souligner l'importance symbolique qu'il attribue à ce nombre ?

Encore une fois, c'est une tendance très ancienne et très générale chez les peuples de l'Antiquité que d'attribuer à certains nombres une valeur sacrée ou une qualité particulière. Chez les pythagoriciens, le mariage avait pour symbole le nombre 5, qui unit[41] au premier nombre pair le premier nombre impair (l'unité étant mise à part). Comme nous retrouvons par ailleurs chez Jean d'autres emprunts, ceux-là indubitables, au symbolisme des pythagoriciens, il nous paraît ici probable que telle est la source du symbolisme des 5 maris. Le caractère religieux du lien du mariage justifie d'ailleurs cette application dans un système où le nombre 5 s'applique aux choses sacrées. Jean n'implique pas le nombre 5 à l'homme, mais le nombre 60 car l'homme est une créature terrestre, créée le 6e jour de la Genèse. Le mot ἀνήρ lui-même, qui signifie également "homme", et qui est employé dans le sens de "mari" dans l'entretien avec la Samaritaine, apparaît en tout 8 fois dans l'Évangile. Nous verrons la raison de l'emploi de ce nombre quand nous nous occuperons du nombre 8.

 d) Le nombre quatre.

Le nombre 4 est lié avec la création, particulièrement avec la vie sur la terre. La quatrième parole de Dieu dans la Genèse fait apparaître la vie sur la terre (Gn 1, 11).

C'est avant tout aussi un symbolisme spatial, qui dessine en forme de croix les 4 directions de l'espace. Dans la Genèse, on trouve de même les 4 fleuves du paradis (Gn 2,10). Il y a également 4 extrémités de la terre (Jér 49,26), 4 vents, 4 saisons, 4 périodes du jour.

Les êtres qui représentent la création vivante devant Dieu sont toujours bon nombres de 4, ainsi que les 4 animaux de la vision d'Ézéchiel (Ez 1,5).

Le symbolisme du nombre 4 chez Jean est parfaitement cohérent avec celui de l'Ancien Testament.

Le Logos, le Verbe, auteur de la création (Jn 1,3), est mentionné 4 fois dans le prologue de l'Évangile (Jn 1,1-18). Le même mot est employé au total 40 fois dans tout l'Évangile.

Le mot croix est mentionné 4 fois dans l'Évangile[42], de même que le mot résurrection[43].

Ce n'est sans doute pas sans raison que les anges sont mentionnés 4 fois, que de mot jardin, κῆπος, est employé 4 fois (pour rappeler le jardin d'Éden), que les mots χρόνος et καιρός, qui, l'un et l'autre, s'appliquent au temps, sont, eux aussi, employés 4 fois.

Nous verrons plus loin que le nombre 10, qui, d'après les pythagoriciens, dérive de 4 (1 + 2 + 3 + 4 = 10), s'applique chez saint Jean à la vie (ψυχή).

 e) Le nombre trois.

Sceau de SalomonLe nombre 3, dans l'antiquité, était figuré par un triangle. Suivant que ce triangle est tourné vers le haut ou vers le bas, il symbolise le monde d'en haut ou le monde d'en bas. L'hexa-gramme juif, ou sceau de Salomon, est constitué par deux triangles imbriqués l'un dans l'autre.

Ce nombre ne s'applique donc pas au monde terrestre, mais, soit au monde céleste, soit au monde inférieur.

Trois hommes apparurent à Abraham, lors de la visite divine qu'il reçut près des chênes de Mamré (Gn 18,2).

Les chérubins, dans la vision du prophète Ésaïe, chantent : « Saint, saint, saint est l'Éternel des armées. » (Es 6,3).

Dans le 4e évangile, les mots qui signifient respectivement ἄνωθεν et κάτω, d'en haut et d'en bas, sont chacun employés 3 fois. L'évangéliste mentionne 3 fois l'Esprit Saint (πνεῦμα ἅγιος), la colombe (περιστερά), le Jourdain (ἰορδάνης). Il mentionne également 3 fois le diable (διάβολος), le voleur (λῃστής) et le mauvais (πονηρός). L'opposition se retrouve jusque dans l'emploi des mots ouiet non (ναί et οὔ), eux-mêmes employés chacun 3 fois.

f) Le nombre huit.

Nous n'envisagerons pas dans cette étude le cas des mots employés une ou deux fois. Il convient donc d'examiner maintenant l'emploi du nombre 8, qui se rattache au nombre 7, par lequel nous avons commencé.

Le symbolisme du nombre 8 est avant tout celui du huitième jour.

Chez les Israélites, le premier-né de la famille ou du bétail était offert à Dieu le huitième jour (Ex 22,30). C'était le huitième jour également qu'avait lieu le sacrifice pour la purification des lépreux (Lév 12,3). On circoncisait les enfants le huitième jour après la naissance (Lév 12, 3). Enfin, le huitième et dernier jour de la fête des Tabernacles était le plus grand jour, le plus solennel (Lév 23,36 ; cf. Jn 7,37).

Le christianisme de bonne heure a adopté le symbolisme du huitième jour pour en faire celui du dimanche. La position du jour où le Christ était ressuscité par rapport à la semaine juive est à l'origine de ce symbole, qui prendra de plus en plus d'importance dans les premiers siècles du christianisme.

La première mention du dimanche, le jour du Seigneur (κυριακῇ ἡμέρᾳ), se trouve dans Ap 1,10. Et Ignace d'Antioche (mort en 110) définit le chrétien par le fait qu'il n'observe plus le sabbat, mais le jour du Seigneur (Magn. VI, 1). Dans le 4e évangile, nous voyons les disciples rassemblés au soir du premier jour de la semaine, le jour de la résurrection, puis à nouveau huit jours après (Jn 20,19 et 20,26).

Le Père Daniélou, dans son ouvrage Bible et liturgie, a consacré une étude très approfondie à la symbolique du dimanche, qui est le huitième jour[44]. Nous y renvoyons le lecteur.

La première épître de Pierre nous montre une autre signification symbolique attachée au nombre 8, qui se rapporte au baptême. Celui-ci est une participation à la mort et à la résurrection du Sauveur. Ce texte (I Pi. 3,20) rappelle que huit personnes furent sauvées dans l'arche de Noé et voit dans l'eau du déluge l'antitype du baptême, « lequel n'est pas l'effacement d'une souillure corporelle, mais la demande à Dieu d'une bonne conscience par la résurrection de Jésus-Christ » (3,21). Le rappel de la résurrection à propos du baptême montre bien le lien entre ce symbolisme et celui du dimanche. [45] […]

Dans l'évangile de Jean, le nombre 8 est celui qui a la signification la plus haute.

De même que nous avons vu tout à l'heure le mot Logos employé 4 fois dans le prologue et 40 fois dans tout l'Évangile, nous constatons que le mot Dieu est employé 8 fois dans le prologue et 80 fois dans tout l'Évangile[46]. Il est d'autre part question 8 fois du nom de Dieu.

Il est fait par ailleurs 8 mentions de υἱός θεοῦ, Fils de Dieu dans l'Évangile.

Le verbe ressusciter, ἀνίστημι, est également employé 8 fois dans l'Évangile.

La mort, θάνατος, apparaît huit fois et de même le mot νεκρός, le mort.

Le mot κλαίω, pleurer et le mot χαρά, joie apparaissent tous les deux avec ce même symbolisme. Ces pleurs sont ceux de la mort, et la joie, celle de la résurrection. Le symbolisme est donc cohérent.

Il est intéressant de relever d'autre part, parmi les mots employés 8 fois l'adjectif ἔσχατος, dernier et la conjonction πέραν, au-delà de. […]

Le symbolisme du huitième jour, dans l'évangile de Jean, a déjà une signification eschatologique, qui annonce celle qu'on trouvera plus tard chez les Pères au IVe siècle[47]

Le symbolisme du nombre 8 dans l'Évangile est, avons-nous dit, celui qui est de l'ordre le plus élevé[48]. Ceci se trouve être vrai, même à la lettre, car il n'y a pas chez Jean de symbolisme attaché au nombre 9, ou plutôt ce sera le même que celui du nombre 3, car 9 = 3 × 3. Quant au nombre 10, nous verrons un peu plus loin que son symbolisme se rattache tantôt à celui du nombre 4, tantôt à celui du nombre 1.

 

2) Symbolisme des nombres supérieurs à huit.

a) Règle de base.

Il est aisé de montrer que les nombres supérieurs à huit ont un symbolisme qui dérive de celui des huit premiers d'après la règle suivante :

  1. s'il s'agit d'un nombre premier, le symbolisme est celui de la somme des chiffres qui forment le nombre[49].
  2. s'il s'agit d'un nombre décomposable en un produit de facteurs, le symbolisme correspond à celui des différents facteurs. Il peut cependant être influencé également par le sens qui correspond à la somme des chiffres.[50]

Exemples de nombres premiers :

  • on trouve 13 fois Fils de l'homme : le symbolisme sera le même que celui de 4, qui s'applique au Verbe créateur et à la création ;
  • on trouve 17 fois vie éternelle : le symbolisme est le même que celui de 8, qui s'applique à la mort et à ce qui est au-delà de la mort ;
  • on trouve 19 fois Christ : le symbolisme est le même que celui du nombre 1, qui exprime l'unité divine. Le Christ est celui qui rétablit l'unité perdue.

Exemple d'un nombre décomposable en un produit de facteurs

On rencontre 28 fois (4 × 7) dans l'évangile les mots envoyer (ἀποστέλλω) et mourir (ἀποθνῄσκω). Le symbolisme dérive à la fois de celui des facteurs 7 et 4, qui expriment d'une part la perfection divine et son achèvement au cours des 7 jours de la création, et d'autre part la création elle-même. Mais, par la somme des chiffres, on aboutit également à la signification du retour à l'unité : 2 + 8 = 10. Ce nombre s'applique donc à la rédemption accomplie par Jésus-Christ, envoyé par Dieu.

Les multiples de 10.

Il va de soi que le zéro n'a aucun sens significatif et que le symbolisme de 10 est le même que celui de 1[51], celui de 50 le même que celui de 5, etc.[52]… Nous avons d'ailleurs vu plus haut que le mot Dieu est employé 80 fois dans tout l'Évangile et 8 fois dans le prologue ; de même, le mot Logos est employé 40 fois dans tout l'Évangile et 4 fois dans le prologue.

 b) Les nombres carrés.

Une signification particulière est exprimée par l'emploi du carré, correspondant à l'exaltation de la qualité signifiée. C'est ainsi que les mots vérité (ἀλήθεια), et nom (ὂνομα), sont employées chacun 25 fois dans l'Évangile, pour signifier la perfection de la sainteté, à laquelle correspond, comme on l'a vu plus haut, le symbolisme du nombre 5.

De même le mot κύριος, seigneur, est employé 49 = 7 × 7 fois, pour désigner Jésus-Christ dans l'Évangile[53].

On notera que, de la même manière, les mots σκοτία et σκότος qui signifient tous les deux ténèbres sont employés respectivement 8 fois et 1 fois dans l'évangile, soit en tout 9 = 3 × 3. Il n'est pas douteux, et si l'on remarque l'opposition, exprimée dans toute une série de passages, entre la lumière et les ténèbres, que les ténèbres symbolisent l'empire du Mal. Or, on a vu plus haut que l'une des significations attachées au nombre 3 désignait le monde inférieur et les puissances mauvaises.

 c) Le nombre 10 et la tétractys.

Certains mots, dans l'évangile de Jean, sont employés dans une suite de passages, qui se présentent dans l'ordre 1 + 2 + 3 + 4 = 10, ou  encore 4 + 3 + 2 + 1 = 10. C'est en particulier le cas du mot ψυχή qui, dans l'évangile de Jean, signifie la vie physique, le souffle de vie, au sens que cette expression a dans le livre de la Genèse[54].

Répartition du mot vie dans l'évangile de JeanDe la même manière, parmi les 25 passages[55] qui contiennent l'expression : en vérité, en vérité, je vous le dis (ἀμήν ἀμήν λέγω ὑμῖν), les 10 passages centraux (de 6,26 à 12,24) se présentent dans l'ordre 4 + 3 + 2 + 1 = 10 :

En vérité, en vérité, je vous le dis dans l'év de JeanIl paraît peu vraisemblable que cette disposition soit l'effet du hasard. Nous la croyons voulue par l'évangéliste. Chez les pythagoriciens, la somme 1 + 2 + 3 + 4 = 10 correspondait à la tétractys sur laquelle les pythagoriciens juraient le secret. Nous sommes ainsi amenés à admettre, comme nous l'avons dit plus haut, (c) de l'Introduction), que l'auteur du 4e évangile a connu l'arithmétique pythagoricienne et l'a utilisée en vue de la structure symbolique de son évangile. On ne sait guère ce qu'était la signification de la tétractys pour les pythagoriciens, sinon que, de quelque manière, elle était liée à l'idée d'immortalité. La tétractys est en effet qualifié par Jamblique et par Porphyre de « Sources et racines de l'Éternité ». Chez Jean, la signification qui est liée à la structure symbolique 1 + 2 + 3 + 4 = 10, paraît être celle de la vie.

Pour dégager la signification johannique du symbole, il suffit de procéder à la construction pythagoricienne qui correspond à la tétractys. Nous avons vu (c) de l'Introduction), que les nombres étaient représentés par des arrangements de points (ou de cailloux).

Le nombre 10 lui-même était représenté par un triangle conformément à la somme 1 + 2 + 3 + 4 = 10[56].

Voici la figure formée par les dix passages de l'évangile de Jean qui contiennent le mot vie (ψυχή) :

 

tétractys du mot vie dans l'évangile de Jean

L'application que nous avons faite de la figure pythagoricienne correspond aux dimensions du mot vie (ψυχή) dans l'évangile de Jean[57]. La lecture de cette figure permet de constater que la cinquième mention du mot vie joue un rôle essentiel, puisqu'elle est au centre de ce triangle : « Celui qui hait sa vie (ψυχή) dans ce monde la conservera pour la vie éternelle (ζωὴ αἰώνιος) » (Jn 12, 25).

Si l'on recherche de la même manière quelle est la 5e mention dans la série des 10 passages qui débutent par les mots « En vérité, en vérité, je vous le dis »,  que nous avons énumérés plus haut, on constate que c'est la suivante : « Si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort » (Jn 8, 51).

Ainsi la signification de la tétractys dans l'évangile de Jean paraît se rapporter à la vie éternelle.

 d) La grande tétractys : 36.

Il est d'ailleurs intéressant de noter que le mot ζωὴ qui signifie vie chez saint Jean, figure 36 fois dans l'évangile dont 17 fois dans l'expression vie éternelle.

Le nombre 36 correspond à la seconde tétractys[58] des pythagoriciens :

  • La série 1 + 2 + 3 + 4 = 10 constitue la petite tétractys.
  • La série 1 + 2 + 3 + 4 + 5 +… + 8 = 36 constitue la grande tétractys, c'est celle qui est formée par la somme des huit premiers nombres.

Le nombre 36 se rapporte donc au symbolisme du nombre 8, Nous avons vu que 17 se rapportait, lui aussi, au symbolisme de 8. Nous vérifions ici encore l'existence, dans le 4e évangile, d'un système symbolique cohérent[59].

 

II – Résumé du vocabulaire johannique

 

Voici maintenant le nombre de mentions des mots et des expressions les plus caractéristiques dans le 4e évangile[60].

 

1) Le nombre 3 (et aussi 30 ; 9).

Ce nombre s'applique soit au monde d'en haut, soit au monde d'en bas.

a) Le monde d'en haut (les choses divines) :

Mots employés 3 fois : ἄνω, d'en haut ; πνεῦμα ἅγιος, Esprit Saint ; περιστερά, colombe ; ἰορδάνης, Jourdain ; πηγή, fontaine ; παραλαμβάνω, recevoir ; ζωοποιέω, vivifier ; εὐχαριστέω, rendre grâces ; διακονέω, servir ; διάκονος, serviteur ; ἀγαθός, bon ; ναί, oui ; ἰχθύς, poisson ; ἄμπελος, cep ; μένω, demeurer dans la parole, demeurer dans mon amour, le Christ (ou l'Esprit) demeure en vous.

Mots employés 30 fois : ἐρωτάω et ἐπερωτάω, prier, demander ; λαμβάνω dans le sens de "recevoir" ; ὁράω, voir ; λαλέω parler, dire  (à la 1re personne) ;  ἳστημι, ἀνίστημι, παρίστημι, περιίστημι,  ressusciter, se tenir debout.

Mots employés 9 fois (9 = 3 × 3) : ἀληθινός, vrai, véritable ; φανερόω, manifester, rendre visible.

 b) Le monde d'en bas :

Mots employés 3 fois : διάβολος, diable ; πονηρός, mauvais ; λῃστής, voleur ; σχίσμα, séparation ; φόβος, peur ; φεύγω, fuir ; πίπτω, tomber ; οὔ, non.

À noter aussi que l'expression : « Vous mourrez dans vos péchés » (est employées 3 fois ; et que la phrase : « Il convaincra le monde de péché, de justice et de jugement » (16, 8) comprend 3 termes ; et que les mots σκοτία et σκότος, ténèbres, se rencontrent 9 fois (9 = 3 × 3).

 

2) Le nombre 4 (et aussi 12, 16 et 28 ; 13 ; 10 et 37).

Le nombre 4, dans l'évangile de Jean, s'applique au Verbe créateur et à la Création. Il correspond aussi au symbolisme de la croix.

Le nombre 10 (= 1 + 2 + 3 + 4) se rattache à ce même symbolisme et exprime la vie.

a) Champs symboliques.

Le Verbe :

  • λόγος, le Verbe (dans le prologue) se rencontre 4 fois ; λόγος, parole (dans tout l'évangile), 40 fois ; μονογενής, Fils unique (J.-C.), 4 fois : παράκλητος, Paraclet (le Consolateur), 4 fois ; χάρις grâce, 4 fois ; υἱός τοῦ ἀνθρώπουle Fils de l'Homme, 13 fois.

La Croix :

  • Mots employés 4 fois : Σταυρός, croix ; πραιτώριον, prétoire ; πλευρά, côté ; μερός, part ; ὀθόνιον, linge ; μύρον, parfum.
  • Mots employés 12 fois(12 = 3 × 4) : ἱεροσόλυμα, Jérusalem : προσκυνέω, adorer ; ἀποκτένω, faire mourir ; σταυρόω et συνσταυρόω, crucifier ; μισέω, haïr ; γραφή, écriture ; ῥῆμα, parole ; κρίσις et κρίμα, jugement ; ἄρτι, jusqu'à maintenant.
  •  Le mot μνημεῖον, sépulcre, est employé 16 fois, (16 = 4 × 4) ;
  • Les mots ἀποθνῄσκω, mourir et ἀποστέλλω, envoyer, sont employés 28 fois (28 = 7 × 4) ;
  • Mots employés 13 fois : νίπτω, laver ; βαπτίζω, baptiser ; φιλέω, aimer ; φωνέω, appeler ; ἄγω, amener.

La Résurrection :

  • Mots employés 4 fois : ἀνάστασις, résurrection ; Βηθανία, Béthanie ; δάκτυλος, doigt ; δίκτυον, filet ; ἄγγελος, ange.
  • L'expression  « et moi je le ressusciterai au dernier jour » (6, 39.40.41.54) se rencontre 4 fois ;
  • Le mot ἐγείρω, ressusciter, 13 fois.

Le Souper (participation à la mort et à la résurrection du Seigneur) :

  • Mots employés 4 fois : δεῖπνον, souper ; Κανά, Cana ; a)na/keimai être couché à table ; βρῶσις, nourriture ; ψωμίον, bouchée de pain.
  • φαγεῖν et προσφάγιον manger, est employé 16 fois (16 = 4 × 4).

La création :

  • Mots employés 4 fois : κῆπος, jardin, ; χρόνος, temps, ; καιρός, temps, moment favorable ; besoin, nécessité;
  • Mots employés 13 fois : αἰών, éternité ; γῆ, terre ; σάββατον, sabbat.

Le mot σάρξ, chair se rencontre 13 fois.

 b) Les mots employés 10 ou 37 fois :

Mots employés 10 fois.

Le mot ψυχή, vie est employé 1 + 2 + 3 + 4 = 10 fois, ainsi que les expressions « le disciple que Jésus aimait » et « en vérité, en vérité, je vous dis ».

Si le nombre 10, chez Jean, possède une signification dérivée de celle du nombre 4, il convient de noter cependant que le sens qui dérive de la signification du nombre 1 n'est pas écarté. Ce nombre signifie l'unité. Ainsi le mot μονός, seul, unique, est employé 10 fois dans l'Évangile.

Nous relevons encore les mots suivants qui sont employés 10 fois : πάσχα, pâque ; καρπός, fruit ; ἀπόλλυμι, perdre, faire périr ; δεῖ, il faut ; θύρα et θυρωρός, porte et portière ; οἶκος et οἰκία, maison ; κράζω et κραυγάζω, crier (proclamer) ; διδάσκω, enseigner ; ταῦτα λελάληκα ὑμῖν, je vous ai dit ces choses.

Mots employés 37 fois.

On peut rapprocher du sens du nombre 10 celui du nombre 37 dans le 4e évangile. Ce nombre, dans la somme des chiffres est égale à 10 a la même signification. Peut-être le voisinage du nombre 36, tétractys de 8, et qui signifie la vie, exerce-t-il aussi une influence.

L'un des mots les plus essentiels du vocabulaire johannique, le verbe ἀγαπάω, aimer, apparaît 37 fois. Ainsi, le mot aimer, chez Jean, a-t-il une simplification symbolique en rapport avec le thème de la vie (donner la vie) et celui de l'unité (« Comme le Père m'a aimé, moi aussi, je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. »)

Le mot qui signifie εἷς, un, est aussi employé par Jean 37 fois,

De même le verbe εἶδον, voir.

 

3) Le nombre 5 (et aussi 15 ; 25 ; 23).

Le nombre 5, comme nous l'avons vu, correspond aux choses saintes. C'est pour cette même raison qu'il s'appliquera aux mots comportant l'idée d'élévation, encore à la justice, au mariage (en raison du caractère sacré de ce lien) et à la nourriture (la Cène).

Les choses saintes :

  • Sont 5 fois : ἅγιος, saint ; βασιλεία, royaume ; διακαιοσύνη et δίκαιος, justice et juste.
  • Se rencontrent 15 fois (= 3 × 5) les mots : νόμος, loi ; πληρόω, accomplir.
  • Sont employés 25 fois (= 5 × 5) : ἀλήθεια, vérité ; οὔ, non ; ἐγώ εἰμί, moi, je suis (dans la bouche de J.-C.) ; ἀμήν ἀμήν λέγω ὑμῖν, en vérité, en vérité je vous le dis.

Autres champs symboliques :

  • Se trouvent 5 fois : ἔρημος, désert ; οἶκος, maison ; οἰκία, maison ; ἔθνος, nation (le peuple saint : les juifs) ; ὁδός et ὁδοιπορία, chemin.
  • Se rencontrent 23 fois : φῶς, lumière ; βλέπω, ἀναβλέπω, ἐμβλέπω, voir (la lumière) ; δοξάζω, glorifier.

Les choses élevées :

  • Mots employés 5 fois : ἄνωθεν, d'en haut ; ὑψόω, élever ; ἕλκω, tirer, attirer ; όρος, montagne ; κεφαλή, tête.

Le mariage :

  • Sont nommés 5 fois : les maris de la Samaritaine (4, 16.17.17.18.18) qui furent au nombre de 5 ; νυμφίος et νύμφη, époux et épouse.

La nourriture (la Cène) :

  • Sont nommés 5 fois : les pains de la multiplication des pains (6,5.7.9.11.13), qui furent au nombre de 5 ; τρώγω, manger ; βρῶμα et βρῶσις, nourriture ; ὀψάριον, poisson.

 

4) Le nombre 6 (et aussi 60 ; 36).

Le nombre 6 exprime l'harmonie divine, qui est comme le sceau de Dieu sur l'univers, soit qu'on le considère dans son ensemble, soit plus particulièrement dans l'homme (macrocosme et microcosme) :

On rencontre 6 fois : le mot εἰρήνη,paix ; φίλος, ami ; ποιμήν, berger ; τῇ ἐσχάτῃ ἡμέρα, au dernier jour ; μέσος,au milieu de ; ἐντεῦθεν,d'ici.

On trouve le mot Θεός,Dieu (dans tout l'Évangile, appliqué à Dieu lui-même), 60 fois ; Θεός Dieu (appliqué à Dieu lui-même dans le prologue 1, 1-18), 6 fois

On lit 60 fois les mots : ἄνθρωπος, homme ; λαλέω, parler ;

On lit 36 fois vie 36 = 6 × 6 fois; δύναμαι, pouvoir (verbe) ; sauver

On trouve chacun des mots suivants 6 fois : σῶμα, corps ; αἶμα, sang ; οἶνος, vin ; σάρξ*[61], chair (autre que celle de J.-C.) ; γονεῖς, parents (le père et la mère) ; ἱμάτιον, vêtement ; διψάω, avoir soif ; δόξα, gloire (des hommes).

Le monde inférieur :

Les mots suivants sont employés 6 fois : δαιμόνιον, démon ; νύξ, nuit ; λύω, délier, détruire, anéantir.

 

5) Le nombre 7 (et aussi 49).

Le nombre 7 signifie la perfection. Il tire son sens du septième jour de la création, qui fut le jour du repos de Dieu.

On trouve 49 = 7 × 7 fois le mot κύριος, Seigneur (appliqué à Jésus-Christ).

On trouve 7 fois les mots suivants : ἀγάπη, amour ; καρδία, cœur ; ἄρχων, chef ; θύρα[62], porte ; λίθος, pierre ; σάρξ, chair (en parlant de celle du Christ) ; ποιμήν et ποίμνη, berger et troupeau ; ἀγαθός, bon ; ὑγιής, guéri ; πρῶτος, premier ; ἀληθώς vraiment ; πάντοτε, toujours ; συνάγω, rassembler ; θεάομα,ι contempler ; δείκνυμι, montrer ; μέλλω, devoir arriver ; μνημονεύω, μιμνῄσκομαι,  ὑπομιμνήσκω, se souvenir et faire se souvenir ; φέρω, porter (du fruit dans le chapitre 15) ; ὁ πιστεύων εἰς ἐμὲ, celui qui croit en moi ; μένω demeurer (en moi) ; ἐν τῷ  ὀνόματί μου, en mon nom ; ταῦτα λελάληκα ὑμῖν, je vous ai dit ces choses (dans le discours des adieux, ch. 14, 15, 16) ; ὁράω et πιστεύω, voir et croire (associés ensemble)[63].

 

6) Le nombre 8 (et aussi 80 ; 17 ; 98 ; 24).

Le symbolisme du nombre 8 est celui de la mort et de la résurrection. On remarquera la parenté étroite du symbolisme des nombres 8 et 4. Nous avions été amenés à souligner de la même manière la parenté du symbolisme des nombres 6 et 3. Il semble toutefois que le nombre 4 s'applique à la création présente, alors que le nombre 8 s'applique à la vie éternelle et à l'eschatologie.

On remarquera d'autre part la correspondance suivante : le mot Θεός, Dieu est employé 6 fois dans le prologue et 60 fois dans tout l'Évangile pour parler de Dieu lui-même. Le mot ἄνθρωπος, homme est de même employé 60 fois dans tout l'Évangile.

Par ailleurs, si l'on compte combien de fois le mot Dieu est appliqué pour l'ensemble de ces diverses acceptions, qui s'applique à Dieu, à Jésus-Christ ou aux hommes (« J'ai dit : vous êtes des dieux » : 10, 34-35) on trouve 8 mentions dans le prologue et 80 dans tout l'Évangile. Par ailleurs le mot ἀνήρ,homme (au sens équivalent de vir en latin) est employé 8 fois.

Le tableau suivant résume cette double correspondance […]:

 

Dieu et homme dans l'évangile de Jean

On trouve aussi 8 fois υἱός θεοῦ, Fils de Dieu,; ὂνομα, Nom (Nom de Dieu). ἀνίστημι, ressusciter ; χαρά, joie. Le nombre 8, d'une manière générale, s'applique à ce qui est au-delà de la vie présente.

On trouve aussi 8 fois les mots suivants : πέραν, au-delà, de l'autre côté ; θάνατος, la mort, νεκρός, le mort ; κλαίω, pleurer ; ἀσθενέω, être malade.

Sont employés 17 fois (1 + 7 = 8) : ζωὴ αἰώνιος, vie éternelle ; ζάω vivre ; ἑορτή, fête ; σημεῖον, signe ; ἳστημι, se tenir debout ; περιπατέω, marcher ; Γαλιλαία Galilée.

Le mot πιστεύω, croire se rencontre 98 fois (où 9 + 8 = 17).

Sont employés 8 fois: διδάσκαλος, maître ; ῥαββί, rabbi ; ἀρχή, commencement ; πρῶτον, d'abord, au commencement ; ἔσχατος, dernier ; ἰχθύς, poisson.

Sont employés 24 fois les mots ὕδωρ, eau ; πνεῦμα, esprit ; ἄρτος pain.

Sont employés 8 fois : ἐργάζομαι, travailler, agir ; ἐξουσία, pouvoir (substantif) ; τίθημι ψυχὴν, donner sa vie ; πούς, pied (dans le ch. 13 du lavement des pieds) ; νίπτω, laver (dans le ch. 13 du lavement des pieds).

Sont employés 36 fois : δύναμαι, pouvoir (verbe) ; ζωή, vie.

On apprend enfin que Judas Iscariote est nommé 8 fois dans tout l'Évangile, c'est-à-dire le même nombre de fois que le mot θάνατος, mort.

 

Remarques :

Les mots employés une ou deux fois :

Dans les énumérations ci-dessus, nous nous sommes limités aux mots les plus significatifs du vocabulaire johannique. Nos recherches qui ont porté sur un nombre de mots plus étendu que celui qui figure dans les tableaux précédents, nous ont montré que tous les termes employés dans l'évangile ont été employés suivant un système symbolique cohérent, à l'exception toutefois des mots qui ne sont employés qu'une ou deux fois dans tout l'Évangile. Parmi ceux-là, un certain nombre d'entre eux paraissent bien posséder un symbolique numérique.

Si le mot ποίμνη, troupeau, n'est employé qu'une seule fois, c'est parce qu'il n'y aura qu'un seul troupeau (10, 16). Sans doute est-ce aussi pour la même raison que le mot σωτήρ, Sauveur, n'est employé qu'une fois, de même que le mot σωτηρία, salut[64]. Mais un grand nombre d'autres mots qui ne sont employés qu'une seule fois dans l'Évangile ne paraissent pas spécialement se rattacher à la signification de l'unité.

De même, en ce qui concerne le nombre 2, un certain nombre de mots employés deux fois paraissent se rattacher à la même signification symbolique que les mots employés quatre fois : c'est sans doute avec l'intention que l'auteur a employé deux fois dans l'Évangile les mots Messie, agneau (ἀμνός), manne. Le mot τέσσαρες, lui-même, qui signifie quatre est employé deux fois dans l'Évangile. Nous retrouvons donc ici encore la règle qui rapproche le symbolisme de 3 et de 6, de 4 et de 8. Mais un certain nombre d'autres mots employés deux fois ne paraissent pas se rattacher à la même signification. Il est assez difficile de faire le départage entre les uns et les autres. C'est pour cette raison que nous avons préféré laisser de côté les mots qui ne sont employés qu'une fois ou deux fois dans l'Évangile.

Les mots Jésus et Père

Avant de clore ce chapitre, il est intéressant d'examiner encore le cas des mots Jésus et Père, en raison de leur fréquence particulière dans l'Évangile. Un comptage précis du nombre de mentions apparaît à première vue difficile, en raison des variantes. Mais les considérations que nous allons développer dans le chapitre suivant permettent de choisir entre ces variantes.

Il est donc possible de préciser exactement le nombre de mentions du mot Jésus, qui s'élève à 242 dans tout l'Évangile, le mot Père, appliqué à Dieu, étant lui-même employé 121 fois[65]. On remarquera que le premier de ces nombres est exactement le double du second. La somme des chiffres du premier est égale à 8, celle des chiffres du second à 4. Le symbolisme est donc bien le même que précédemment. La disposition symétrique des chiffres est sans doute, elle aussi, significative. Dieu réunit en lui à la fois l'unité et la dualité, ce qu'indique le nombre 121, qui présente en même temps une disposition trinitaire.

Les mots croire, Seigneur, vie éternelle

Signalons encore en passant le nombre de mentions du mot croire, πιστεύω, qui s'élève à 98. Ce nombre est égal à 2 × 49, et la somme de ses chiffres est égale à 17. Il est donc en relation avec le mot Seigneur, κύριος, lui-même employé 49 fois. Et avec la vie éternelle, ζωὴ αἰώνιος, employé 17 fois.

 
 

III – Structure partielle des mots

 

a) La répartition d'un mot dans chaque récit de l'évangile de Jean.

Nous nous sommes attachés jusqu'à maintenant à montrer que les mots employés par l'auteur du 4e évangile sont employés chacun un nombre déterminé de fois, ce nombre possédant une signification symbolique, qu'on peut ramener dans chaque cas à celle des nombres compris entre 1 et 8. C'est ce que l'on pourrait appeler la structure d'ensemble ou structure globale de chaque mot. Nous nous proposons maintenant de montrer que, pour un assez grand nombre de mots, il existe en outre une structure, qui correspond au nombre de mentions du mot considéré dans chaque récit de l'Évangile. Il convient, pour la faire apparaître, de ne pas s'arrêter à la division actuelle de l'évangile en chapitres, qui est de date récente[66], mais d'observer les divisions naturelles du récit, qui correspondent aux événements ou aux discours qui sont rapportés.

Exemple : la répartition du mot ψυχή (vie) dans l'Évangile

C'est déjà ce que nous avons fait pour les mots qui sont employés 10 fois dans l'Évangile et dans la suite des mentions se présente sous la forme de la tétractys : 1 + 2 + 3 + 4 = 10.

Ainsi, le mot ψυχή, vie, se répartit dans l'Évangile comme nous l'avons vu de la manière suivante :

Discours sur le Bon Berger (10,11.15.17.24)……………………      4
Annonce de la glorification du Fils de l'Homme (12,25.25.27)…...   3
Annonce du reniement de Pierre (13,37-38)………………………   2
Discours sur le cep et les sarments (15,13)………………………   1

Nous avons là un exemple d'un mot employé un nombre déterminé de fois dans quatre récits différents, ces quatre nombres formant la suite 4, 3, 2, 1. Nous nous proposons de montrer qu'une structure analogue apparaît pour un certain nombre de mots, et que la suite de nombres qu'on peut mettre ainsi en évidence dans chaque cas possède une signification symbolique. Cette disposition correspond à ce qu'on peut appeler la structure par le récit ou structure partielle du mot, par opposition à la structure globale, dont nous avons parlé tout à l'heure, et qui correspond au nombre total de mentions dans tout l'Évangile. Nous conviendrons pour abréger que, lorsque nous parlerons de la structure d'un mot, il s'agira de la structure partielle ainsi définie.

Pour mieux nous faire comprendre, nous choisirons quelques exemples et, pour commencer, nous étudierons la structure des verbes qui ont trait au souvenir.

 b) Structure partielle des verbes qui ont trait au souvenir.

Les verbes μιμνῄσκομαι, se souvenir ; ὑπομιμνήσκω, faire se souvenir ; μνημονεύω, se souvenir.

  • Le verbe μιμνῄσκομαι, se souvenir, est employé 3 fois dans l'Évangile : deux fois dans le récit de la purification du Temple (2,17.22) et une fois dans le récit des Rameaux (12,16).
  • Le verbe ὑπομιμνήσκω, faire se souvenir, est employé une seule fois dans tout l'Évangile, au verset 14,26, relatif à l'action du Paraclet : « Mais le Paraclet, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de toutes les choses que je vous ai dites. »
  • Le verbe μνημονεύω, se souvenir, est employé 3 fois dans l'Évangile (15,20 et 16,21), dans le même discours, le discours des adieux qui remplit les chapitres 14, 15 et 16 de l'Évangile.

Ainsi, le verbe faire se souvenir est encadré par 3 passages qui le précèdent, contenant le verbe, et par 3 autres qui le suivent, contenant le verbe, ces deux derniers verbes signifiant l'un et l'autre se souvenir.

Cette disposition paraît destinée à souligner l'importance capitale du verset 14, 26, relatif à l'action du Paraclet. Dans son ouvrage sur Les sacrements dans l'Évangile johannique, le professeur O. Cullmann remarque, lui aussi, combien l'affirmation donnée dans ce verset est fondamentale : « L'Esprit Saint est à l'œuvre dans les croyants, tout particulièrement pour les aider à comprendre la vie terrestre de Jésus. On pourrait dire à ce propos que les deux passages du discours d'adieu : 14,26, et 16,12, nous livrent la clé du 4e évangile….

Déjà, à la fin du récit de la purification du Temple (2,19), il est écrit expressément que les disciples se sont souvenus seulement après la mort de Jésus qu'il leur avait ainsi parlé de la destruction de son corps.

Tous les passages du 4e évangile où il est question de ce « souvenir » doivent être rapprochés pour leur contenu des affirmations relatives au Paraclet dans le discours des adieux ; pour comprendre le caractère particulier de l'Évangile, ces passages sont d'un poids beaucoup plus considérable qu'on ne l'admet généralement. Ce souvenir n'est pas seulement le souvenir du fait matériel, mais il inclut en même temps l'intelligence de ce fait conférée par le Saint Esprit. »[67].

La structure numérique 3 . 1 . 3 des trois verbes ayant trait au souvenir met en effet l'accent sur le verset 14,26, et nous avertit que c'est à la lumière de ce passage central, relatif à l'intelligence conférée par le Saint Esprit, que nous devons lire chacun des six autres passages, qui ont trait au souvenir.

 c) Structure du mot ἅγιος, saint.

Le mot ἅγιος, saint, figure dans les cinq passages suivants :

  • 1,33: « Celui sur lequel tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint » ;
  • 6,69 : « Nous savons que tu es le Saint de Dieu » ;
  • 14,26 : « Le Paraclet, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de toutes les choses que je vous ai dites » ;
  • 17,11 : « Père Saint, garde-les dans ton Nom » ;
  • 20,22 : « Recevez l'Esprit Saint ».

On remarquera que le mot « Saint » est appliqué au Père (1 fois), au Fils (1 fois) et à l'Esprit Saint (3 fois). Les deux passages où le mot « Saint » est appliqué au Père et au Fils sont imbriqués dans les trois passages où le mot « Saint » s'applique à l'Esprit :

- Esprit Saint (1,33)
le Saint de Dieu (Jésus) (6,69)
- Esprit Saint (14,26)
Père Saint (17,11)
- Esprit Saint (20,22).

Cette structure correspond à un arrangement régulier, qui souligne, comme dans l'exemple précédent, la valeur centrale du verset 14, 26.

d) Structure du mot ἀγάπη (amour).

Le mot ἀγάπη (amour) est employé 7 fois dans l'Évangile : 5, 42 ; 13, 55 ; 15, 9.10.10.13 ; 17, 26.

On remarquera que dans les versets 9 et 10 du ch. 15, l'expression « demeurer dans l'amour » est employée trois fois : « Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés ; demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi j'ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. » La première phrase a trait à l'amour du Fils pour les disciples ; la seconde a trait à l'amour des disciples pour le Fils ; la troisième a trait à l'amour du Père pour le Fils.

Cette triple déclaration constitue le noyau central, où est inclus ce qu'il y a de plus essentiel : la relation d'amour du Père au Fils, et du Fils aux disciples.

Autour de ce noyau viennent se grouper symétriquement les autres passages qui contiennent le mot ἀγάπη (amour). Les versets 5,42 et 17,26 ont trait, l'un et l'autre, à l'amour de Dieu, absent dans le premier, présent dans le second : 5,42 : « Je sais que vous n'avez pas l'amour de Dieu en vous » – 17,26 : « Je leur ai fait connaître ton Nom, et je le leur ferai connaître, afin que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux, et moi en eux. »

Il y a de même une symétrie entre les versets 13,35 et 15,13, qui, l'un et l'autre, font suite à l'énoncé du même commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » 13,35 : « À ceci, tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour entre vous », – 15,13 : « Personne n'a un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. »

Les sept passages où se trouve mentionné le mot ἀγάπη (amour) comprennent ainsi quatre passages, opposés deux à deux, groupés autour de trois autres.

Le noyau central, c'est la source et le don de l'amour, qui émane du Père vers le Fils et va du Fils aux disciples (15,9.10.10). Puis vient autour de ce noyau une première zone, relative à l'amour entre frères, qui va jusqu'à donner sa vie (13,35 et 15,13), puis une seconde qui a trait à l'amour de Dieu (5,42 et 17,26).

Si l'on excepte les trois passages centraux marqués par le mot « demeurer », qui ont trait à l'enracinement de l'amour en Jésus-Christ, on constate une progression dans les quatre autres passages : l'absence de l'amour de Dieu (5, 42) ; l'amour paternel (13, 35) ; le plus grand amour : donner sa vie (15, 13) ; la présence de l'amour de Dieu par la présence de Jésus lui-même dans le cœur des disciples (17, 26).

Il n'est pas douteux que nous sommes en présence d'une construction voulue et profondément méditée. Il est donc nécessaire, comme nous l'avons fait, de rapprocher l'un de l'autre ces sept passages ; l'étude de ces parallélismes permet d'arriver à une connaissance plus pleine de la pensée de l'évangéliste.

e) Structure du mot γεννάω, naître.

L'étude de la structure du mot γεννάω, naître, est particulièrement intéressante. […]

Le texte communément reçu de ces versets, établi d'après les manuscrits qui nous sont parvenus, est le suivant : « Mais, à tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux-là qui croient en son nom, qui ne sont pas nés du sang, ni d'une volonté charnelle, ni d'une volonté d'homme, mais de Dieu. » Mais, d'autre part, il est avéré que, parmi les Pères de l'Église, Irénée, Tertullien, Augustin ont connu une autre leçon comportant les mots « qui est né », au lieu de « qui sont nés ». Il s'agit dans ce cas, non des fidèles, mais du Verbe lui-même. Il faudrait lire alors : « …il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu à ceux-là qui croient au nom de Celui qui n'est pas né du sang, ni d'une volonté… »

Le Père F.-M. Braun, dans une étude, a montré par des arguments fondés sur l'étude des textes patristique et sur la critique interne, que la leçon « qui est née » doit être préférée à celle qui comporte le pluriel[68].

La structure du mot naître dans l'Évangile permet-elle de choisir entre ces deux leçons ? Nous allons voir qu'il en est bien ainsi et qu'elle confirme sans hésitation possible qu'il s'agit bien dans le verset 1,13 de la naissance du Verbe.

On remarque que la structure comporte deux groupes de 8 mentions

occurences du verbe naître dans l'év de Jean

chacun, le premier de ces deux groupes étant encadré par deux mentions isolées. Le symbolisme du nombre 8 dans le récit de l'entretien avec Nicodème se rapporte au baptême du chrétien, qui est une mort et une résurrection avec Jésus-Christ. Dans le second groupe de 8 mentions, 5 se rapportent à la naissance naturelle de l'homme qui est né aveugle, 2 à la nouvelle naissance du chrétien qui est ici comparée à l'enfantement, et la dernière enfin à la naissance de Jésus « qui est né, pour rendre témoignage à la vérité ».

Mais que signifient les deux mentions isolées, symétrique par rapport au premier groupe de 8 mentions ? Il convient d'étudier le verset 8,41 auquel le verset 1,13 fait pendant. Les juifs répondent à Jésus qui les accuse de faire les œuvres de leur père, le diable (8,41 ; cf. 8,44) : « Nous ne sommes pas nés de la prostitution, nous n'avons qu'un Père, Dieu. »

Si les huit mentions de l'entretien avec Nicodème ont trait à la nouvelle naissance du chrétien, et que la mention suivante a trait à la naissance des juifs, qui sont nés du diable, il ne peut être question encore une fois dans la première mention, celle du prologue (1,13), de la naissance du chrétien. C'est la naissance du Verbe, né de Dieu, qui fait opposition avec celle des juifs, nés du diable. La structure du mot γεννάω, naître, permet donc d'apporter un argument nouveau en faveur de la leçon « qui est né » dans le verset 1,13.

 f) Structure des mots se rapportant à la mort ou au péché.

On constate que les mots qui, dans le 4e évangile, se rapportent à la mort ou au péché, ont tous une même structure :

  • θάνατος, la mort : 5,24 ; 8,51.52 ; 11,4.13 ; 12,33 ; 18,32 ; 21,19.
  •   νεκρός, le mort : 2,22 ; 5,21.25 ; 12,1.9 ;12,17 ; 20,9 ; 21,14.

la structure de chacun de ces deux mots est donc la suivante :

  • θάνατος, la mort : 1 . 2 . 2 . 1 –– 1 . 1
  •   νεκρός, le mort : 1 . 2 . 2 . 1 –– 1 . 1

Le mot ἀπόλλυμι qui signifie perdre, faire périr, apparaît 10 fois dans l'Évangile[69], avec une structure très voisine de la précédente : 1. 1 . 2 . 2 . 1 . 1 ––  1 . 1

Nous remarquons que la suite des nombres 1 . 2 . 2 . 1 correspond également à la structure des mots ἄνω et κάτω qui signifient d'en haut et d'en bas (2,7 ; 8,6.8 ; 8,23.23 ; 11,41).

Le sceau de SalomonEn suivant les principes de l'arithmo-géométrie des pythagoriciens, il n'est pas douteux que cette suite de nombres 1 . 2 . 2 . 1 peut se représenter par deux triangles, l'un tracé avec la pointe en haut, l'autre avec la pointe en bas. Ce symbole n'est autre que l'hexagramme hébraïque ou sceau de Salomon. D'après le contexte même du verset Jn 8,23 : « Vous êtes d'en bas, moi, je suis d'en haut », on voit que saint Jean emploie, lui aussi, cette représentation comme le symbole des deux mondes : celui d'en haut et celui d'en bas.

La structure des mots la mort et le mort peut aussi se lire, d'une manière abrégée, sous la forme 3 . 3 . 1 . 1.

Nous retrouvons cette disposition dans la structure du mot ἁμαρτία, péché[70] : 1 . 1 . 3 . 3  –  3 . 3 . 2 . 1 . 1 :

  • dans la première série formée par les huit passages contenus dans les chapitres 1 à 8, on observe la série de nombres 1 . 1 . 3 . 3 qui, dans l'ordre inverse, 3 . 3 . 1 . 1 apparaissent dans les mots : la mort et le mort.
  • dans la deuxième série de passages, contenant le mot « péché » qui va de 9,34 à 20,23, on voit apparaître la suite inversée, mais interrompue en son milieu par deux autres passages : 16,8-9. Ces deux versets se rapportent à l'action du Paraclet, dont le rôle est de « confondre le monde au sujet du péché ».

Il n'est pas douteux que saint Jean a voulu peindre, par un symbole commun aux différents mots ci-dessus, l'essence même de ce qui caractérise la mort et le péché. On retrouve d'ailleurs encore la même structure, cette fois dans l'ordre 1 . 1 . 3 . 3, pour la suite des mentions du nom de Judas Iscariote (6,71 ; 12,4 ; 13,2.26.29 ; 18,2.3.5).

 g) Autres exemples de structures.

Sans vouloir multiplier les exemples, il est intéressant de souligner que les structures que l'on peut mettre en évidence dans le cas d'un grand nombre de mots du 4e évangile ont souvent pour but de faire apparaître un passage central, qui se trouve ainsi souligné, comme c'est le cas pour le verset 14,26 en ce qui concerne les mots se rapportant au souvenir.

Le mot δύο, deux,

Si l'on observe la suite du 13 passages contenus le mot δύο, deux, on ne constate la structure suivante : 3 . 1 . 1 . 1 – 1 – 1 . 1 . 1 . 3. Cette disposition a manifestement pour objet de souligner l'importance du verset 6,9, qui se trouve placé au centre d'une double suite symétrique, chacune d'elles évoquant à son tour l'image de la dissociation du nombre trois en trois unités. On sait que, chez les Pères de l'Église, le nombre 2 symbolise la rupture de l'unité, en même temps qu'il se rapporte également aux deux préceptes de la charité : l'amour de Dieu et l'amour du prochain.

Chez saint Jean, l'intention symbolique apparaît la même : le nombre 2, par la structure même de ce mot, figure la division. Mais il est extrêmement remarquable que le verset central 6,9 a trait aux deux poissons de la Cène : « Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons. » Nous pensons que Jean veut figurer, par le symbole eucharistique des deux poissons, le rétablissement de l'unité, car, de ces deux poissons, l'un est le Christ, l'autre chacun des baptisés, ainsi qu'il ressort d'un texte célèbre de Tertullien : « Nous sommes de petits poissons, nés dans les eaux à l'exemple de Jésus-Christ, notre Poisson » (Tert., De baptismo, c.1). Ainsi Jean souligne que c'est par l'union du chrétien avec le Christ dans la Cène que se refait l'unité qui avait été brisée par le péché.

 

Tableau donnant d'autres structures

Le tableau ci-dessous donne, sans autre commentaire, divers exemples de structures, que le lecteur pourra essayer d'approfondir.

 

Structures symboliques, F Quiévreux

 

 

 

Conclusions

 

a) Regard sur quelques objections.

Avant de tirer des faits que nous venons d'exposer une conclusion quelconque, il convient de s'arrêter un instant sur quelques objections qui viennent à l'esprit.

À diverses reprises, nous avons essayé d'éclairer la signification du symbolisme des nombres dans l'Évangile en recourant à l'interprétation des Pères de l'Église. Est-il légitime de procéder ainsi ? Le symbolisme des nombres chez les Pères est bien postérieur à l'Évangile. Mais ce symbolisme, les Pères ne l'ont pas inventé : ils n'ont fait que continuer une tradition ancienne, qui remonte au christianisme primitif et à l'Évangile, et dont il faudrait chercher les sources dans tout le monde antique. Si une clé ouvre les portes d'une maison, il n'importe guère que l'artisan qui a fait cette clé soit plus jeune que la maison. Nous dirons que c'est la clé et nous nous en servirons.[71] […]

Mais une objection plus grave vient à l'esprit, ou plutôt une répugnance. Nous nous trouvons en face d'un aspect de la pensée antique, qui est peut-être ce qu'il y a de plus étranger à l'esprit moderne. Nous sommes donc tentés, contre toute évidence, de nous demander si les arrangements numériques que nous constatons par l'étude du vocabulaire du 4e évangile, ne sont pas l'effet du hasard. Le calcul des probabilités permet certainement de réfuter cette hypothèse, en montrant que la probabilité de la rencontre d'un tel nombre de coïncidences est absolument infime. Mais on ne peut s'empêcher alors de se poser cette question : comment l'auteur sacré a-t-il pu parvenir à composer un écrit de cette manière ? La difficulté paraît effarante au premier abord, mais une comparaison avec la musique va nous éclairer. Supposons qu'en l'an 3000, on ait perdu absolument toute notion de ce qu'est la musique, et qu'on fasse un jour la découverte d'une partition musicale. Des savants l'étudient. Ils observent des signes répartis sur cinq lignes. C'est une portée musicale, mais ils n'en ont jamais entendu parler. À force de recherches, ils finissent par trouver des rapports mathématiques dans l'ordre de répétition de ces signes. Peu à peu, ils découvrent l'écriture musicale, mais elle ne leur apparaît que comme une suite de nombres. Là-dessus, nos savants s'émerveillent et se demandent comment il a été possible de réaliser par le calcul des nombres une œuvre d'une aussi effarante complexité. En réalité, nous savons que les choses ne se passent pas ainsi : un compositeur de musique écoute son inspiration et ne s'occupe pas des nombres, qui pourtant mesurent réellement les accords qu'il écrit.

De la même manière, l'évangéliste, inspiré par le Saint Esprit, n'a certes pas eu besoin de se livrer à aucun calcul pour réaliser une œuvre aussi parfaite. Ainsi, l'objection ne tient pas et, si elle est venue à notre esprit, c'est que nous ne concevons pas la possibilité d'un autre mode de penser que la pensée logique, mais c'est là seulement une infirmité de l'esprit moderne. Il ne nous paraît donc pas un instant vraisemblable que l'évangéliste ait opéré comme le ferait un poète en mal d'inspiration, calculant le nombre de pieds, cherchant ses rimes, bref procédant par tâtonnements successifs. La complication d'un tel travail, dans le cas du 4e Évangile, serait absolument inouïe. […]

Nous pensons que l'inspiration donnée par le Saint Esprit a fourni à l'évangéliste le moyen de s'exprimer dans une langue où les symboles, engendrés par la répétition des mots, viennent doubler et renforcer le sens du discours. Nous sommes ainsi en présence d'une sorte de langage poétique, pour lequel nous ne trouvons aucun équivalent parmi les emplois modernes de la parole et de l'écriture.

 b) Dès le Prologue : Dieu et le Verbe ; la Vie, la Lumière, les Ténèbres.

Ceci nous apparaît transparent dès les premières lignes du prologue de l'Évangile : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. » La triple répétition du mot « Verbe » correspond à la triple répétition du mot « Dieu », ainsi qu'à celle du verbe « était ». Par là est signifiée la relation d'unité entre Dieu et le Verbe. Viennent ensuite, dans les versets suivants, un certain nombre de termes répétés deux fois : la Vie, la Lumière, les Ténèbres, qui tous s'appliquent à des choses créées. Une semblable analyse, étendue à tout le prologue, serait, selon nous, singulièrement éclairante. Ainsi vont s'expliquer les particularités du style de saint Jean, les répétitions, la manière de progresser du discours, et tout ce qu'on a pris jusqu'ici le plus souvent pour des négligences, des lourdeurs ou des incohérences. […]

 c) Le texte du 4e évangile nous est parvenu dans un état d'intégrité remarquable.

Le mode même de composition, comportant l'existence d'une structure symbolique, rend l'ouvrage semblable à un mécanisme d'horlogerie extraordinairement complexe et précis, où tout est lié et où tout s'enchaîne, de sorte qu'il est impossible de changer un seul mot sans trahir. On peut donc appliquer au 4e évangile ce que l'auteur de l'Apocalypse dit de son propre livre au verset 22,18-19 : « Je déclare aussi à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre que, si quelqu'un y ajoute, Dieu le frappera du fléau décrit dans ce livre, et que, si quelqu'un retranche les paroles de ce livre prophétique, Dieu lui retranchera sa part de l'arbre de vie et de la cité sainte, qui sont décrits dans ce livre. »

Toute retouche ou suppression apportée au texte primitif peut donc être décelée. Nous ne pouvons, en quelques lignes, indiquer toutes les corrections de texte que l'étude de la structure symbolique permet d'établir. Elles sont en général de peu d'importance. On peut ainsi affirmer que le texte du 4e évangile nous est parvenu dans un état d'intégrité remarquable. Les variantes, par rapport au texte reçu, sont le plus souvent insignifiantes ; mais, par contre, il est de la plus grande importance de noter que, ni l'épisode de la femme adultère, ni le chapitre 21 ne doivent être exclus du texte primitif. L'hypothèse d'une interversion des chapitres 5 et 6 est également à exclure.

À propos de l'épisode de la femme adultère.

Jésus et la femme adultère, basilique San Angelo, Capoue, XIeEn ce qui concerne l'épisode de la femme adultère, cette conclusion apparaît troublante, car les arguments qui ont conduit la plupart des critiques à rejeter l'authenticité johannique de la péricope 7,53 – 8,11 ne sont pas sans force. Plus de 40 mots, qui figurent dans cette péricope et dans le reste de l'Évangile, oblige, d'après leur structure, à admettre que ce récit fait bien partie intégrante du texte de l'Évangile. Une première difficulté réside dans le style de la péricope, assez voisin de celui des synoptiques. Toutefois, rien n'empêche d'admettre que Jean a lui-même intercalé à cet endroit de l'Évangile un emprunt fait à une autre source.

Mais les arguments tirés du fait que la péricope manque dans de nombreux manuscrits, et en particulier dans les plus anciens, et que les Pères de l'Église en très grande majorité, l'ont passé sous silence, nous mettent en face d'une difficulté beaucoup plus grande, qui ne peut se résoudre que par l'hypothèse suivante : le récit du pardon accordé à la femme adultère serait celui qui, dans tout l'enseignement de Jésus, est apparu aux hommes des premiers siècles comme le plus scandaleux. Essayons de nous replacer dans l'esprit de l'Antiquité : le pardon était alors une chose si étrangère aux mœurs et à la loi qu'il n'est, a priori, pas invraisemblable de supposer que le récit de la femme adultère ait fait à ce point scandale qu'on n'ait pas osé le maintenir dans le texte de l'Évangile.

À propos du chapitre 21.

Quant au chapitre 21, il n'y a aucune difficulté à le maintenir comme faisant partie de la composition primitive de l'Évangile, comme l'exige la structure symbolique d'un grand nombre de mots du vocabulaire johannique[72]. Le chapitre 21 est reproduit dans tous les manuscrits. Le style en est tout à fait johannique, comme le reconnaissent beaucoup de critiques. Il y a un épilogue à la fin du chapitre 20, et un autre à la fin du chapitre 21, c'est que l'un et l'autre n'ont pas le même but. Le premier (20,30-31) a trait au but du livre, qui a pour objet d'amener les lecteurs à croire que « Jésus est le Christ, le Fils de Dieu » ; le second a la portée d'un témoignage rendu : « C'est ce disciple qui rend témoignage de ces choses, et c'est lui qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est véridique. Jésus a fait encore beaucoup d'autres choses ; si on les écrivait une à une, je ne sais si le monde entier pourrait contenir les livres qu'on en écrirait. » (21,24-25). Certains critiques ont vu là une manière de s'exprimer hyperbolique. Nous pensons que l'évangéliste a voulu faire ici une allusion voilée au procédé symbolique de composition de son livre, où les choses ne sont pas « écrites une à une », mais au contraire « toutes ensemble » par l'effet de la structure symbolique, de sorte que des aperçus indéfiniment nouveaux peuvent naître d'une étude de plus en plus fouillée du texte.

[…][73]

 d) Le cas de l'Apocalypse.

Vitrail de l'Apocalypse, Cathédrale, Clermont-FerrandOn peut se demander si le 4e évangile constitue une exception dans la littérature biblique, ou s'il existe d'autres ouvrages de la Bible, composés de la même manière, c'est-à-dire possédant une structure symbolique. Le temps nous a manqué pour nous livrer à des recherches personnelles en vue d'élucider cette question. Cependant, une étude inédite, due à M. E. Laubscher[74], de Bâle, permet d'apporter une réponse en ce qui concerne l'Apocalypse de saint Jean, qui apparaît indubitablement composée suivant une structure symbolique. En excluant un certain nombre d'éléments du texte qui se distinguent par une période composée de phrases ou d'éléments de phrases qui se répètent[75], on constate que les mots du vocabulaire de l'Apocalypse (les substantifs) sont employés chacun un nombre déterminé de fois, qui est en rapport avec leur sens symbolique.

Il existe, non pas une identité, mais une grande analogie entre la signification symbolique des nombres dans l'Apocalypse et dans le 4e évangile. Les nombres 3 et 7 s'appliquent aux choses saintes et divines ; le nombre 4 s'applique à la création et aux êtres vivants ; le nombre 6 au monde inférieur (Die Unterwelt des Bösen).

Il semble que, dans le 4e évangile, le système symbolique ait été plus développé encore que dans l'Apocalypse. Dans ce dernier livre, il n'apparaît pas qu'il existe quelque chose de semblable à la « structure partielle » des mots, qui présente une si grande importance dans l'Évangile.

Une étude plus approfondie permettrait peut-être de conclure que les deux ouvrages ont été écrits par le même auteur, qui aurait rédigé d'abord l'Apocalypse, ensuite le 4e évangile. Pour le moment, cette conclusion serait sans doute prématurée. On peut affirmer, en tout cas, qu'il s'agit de deux ouvrages de même famille.

En ce qui concerne les autres écrits johannique, la recherche d'une structure symbolique reste à faire. Il en est de même en ce qui concerne les synoptiques[76].

 

Le mot de la fin.

Si notre modeste travail pouvait avoir comme résultat de susciter l'intérêt d'autres chercheurs, son but nous apparaîtrait rempli. À ceux qui voudraient s'engager dans cette voie, il convient cependant de rappeler qu'une semblable étude échappe au domaine de la curiosité intellectuelle. Ce n'est pas un jeu de l'esprit ; c'est une recherche où l'on ne peut que se laisser guider, non pas suivant les voies de la sagesse humaine, mais sous la conduite de l'Esprit, car, suivant le mot de l'apôtre, dans le deuxième chapitre de la première épître aux Corinthiens, qu'il convient de relire en son entier : « L'Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu. » (I Cor 2,10).



[1] PLusieurs changements mineurs ne sont pas indiquées : Du fait que l'article a été écrit en 1953, certaines précisions comme "ouvrage récent" ont été abandonnées. Par ailleurs quelques aménagement ont été faits dans les énumérations, en partciculier ceux de la deuxième partie.

[2] E. C. Hoskyns, The four Gospel (edited by F. N. Davey), London, 2e edition, 1947, p. 129.

[3] E. C. Hoskyns, op. cit., p. 132.

[4] À titre d'exemples, l'indication de l'heure où se passe la scène, donnée lors de la rencontre des deux premiers disciples (1,39), lors de l'entretien avec la Samaritaine (4,6), lors de la guérison du fils d'officier royal (4,52), et enfin lors de la crucifixion (19,14).

[5] M.-J. Lagrange, Évangile selon saint Jean, Paris, 1947.

[6] R. Bultmann, Des Evangelium des Johannes, Göttingen, 1941.

[7] A. Masseron, Les énigmes de la “Divine Comédie”, Paris, 1922, p. 99.

[8] P. Maury, Le secret de Virgile et l'architecture des Bucoliques, dans Lettres d'Humanité, Bulletin de l'association Guillaume Budé, t. III, 1944, p. D1-147.

[9] E. Cahen, Callimaque et son œuvre poétique, Paris, 1929, p. 590, il signale cette hypothèse émise par divers critiques, tout en restant lui-même sceptique à ce sujet.

[10] G. Deleuve, L'exégèse de Philon étudiée dans le commentaire allégorique, thèse de doctorat, présentée à l'institut catholique de Paris en 1945, 283 pages

[11] G. Deleuve, op. cit., p. 279.

[12] J. Carcopino, La basilique pythagoricienne de la porte majeure, Paris 1943 p. 187.

[13] E. Bréhier, Les idées philosophiques et religieuses de Philon d'Alexandrie, 2e édition, Paris, 1925, p.18

[14] Isidore Lévy, La légende de Pythagore de Grèce en Palestine, Paris, 1927, p.217 ss.

[15] Isidore Lévy, op. cit., p. 269.

[16] Sur Nicomaque de Gérasa, voir P.-H. Michel, de Pythagore à Euclide, Paris, 1950, p. 118.

[17] On objectera que cela suppose une culture singulière, fort inattendue chez un pêcheur des bords du lac de Tibériade. Mais on remarquera que dans Jn 18,15-16, il nous est dit à deux reprises que le disciple bien-aimé « était connu du grand prêtre ». Il est difficile dans ces conditions de penser que ce disciple pourrait être un homme illettré. Il y aurait fort à dire sur cette méprise contemporaine, d'après laquelle Jésus et ses disciples ont été des hommes sans aucune instruction.

[18] L. Robin, La pensée grecque et les origines de l'esprit scientifique, etc.

[19] J. Burnet, L'aurore de la philosophie grecque, traduction française, Paris, 1919, p 113-114.

[20] E. Boismard, L'Évangile aux quatre dimensions, dans Lumière et vie, revue bimensuelle, n°1 décembre1951.

[21] L'eau changée en vin à Cana – guérison du fils de l'officier royal – guérison du paralytique – multiplication des pains – marche sur les eaux – guérison de l'aveugle né – résurrection de Lazare.

[22] L'entretien avec Nicodème – l'entretien avec la Samaritaine – le discours qui suit la guérison du paralytique – le discours sur le pain de vie – le discours prononcé à la fête des tabernacles, ch. 7 et 8 – le discours sur le bon berger, ch. 10 – le discours après la Cène, ch 14-17.

[23] E. Boismard, op. cit., p. 100.

[24] Cf. : 6, 35.36 ; 8, 12 ; 10, 7 ; 10, 11.14 ; 11, 25 ; 14, 6 ; 15, 1.5.

[25] E. B. Allo, L'Évangile spirituel de saint Jean, édition du cerf, Paris, 1944 p. 75. Etc.

[26] F. Quiévreux, La maternité spirituelle de la Mère de Jésus dans saint Jean, La vie spirituelle, supplément n°20, 15 février 1952.

[27] Isidore de Séville, Liber numerorum qui in sanetis Scripturis occurunt, P. L. 93, col. 179-200.

[28] Le nombre six est divisible par 3, par 3 et par 1. C'est également la somme 3  + 2 + 1.

[29] (Note ajoutée) Jean-Marie Martin considère, lui, que, par exemple dans le récit des noces de Cana, le nombre 6 (les 6 jarres-urnes) est incomplet il manque 1 pour faire 7 : voir le 5° de Symbolique des chiffres en Jn 6, 1-13 et autres textes. Accomplir et abolir.

[30] Ambroise, Hexaéméron, Ambroise c'est lui-même inspiré de l'Hexaéméron de saint Basile le Grand.

[31] Augustin, Gen. ad. litt. lib. IV.

[32] Méthode d'Olympe, Le banquet des dix vierges, traduction française par J. Farges. Méthode fait longuement l'exposé des propriétés mathématiques du nombre 6.

[33] Hippolyte de Rome, Commentaires sur Daniel, traduction française par M. Lefèvre.

[34] Grégoire de Nysse, La création de l'homme, introduction et traduction de J. Laplace.

[35] A. Laurentin, Le pneuma dans la doctrine de Philon.

[36] (1) dans les derniers entretiens de Jésus ch. 14 et 16 : « Je vous laisse la paix » ; « Je vous donne ma paix » ; « Afin qu'en moi vous ayez la paix ». (2) Dans le récit des apparitions du Christ ressuscité : « Paix vous soit ! » (3 fois au ch. 20) ;

[37] On remarquera que 6 urnes servaient aux purifications des juifs (Jn 2, 6). Il s'agissait de purification corporelle et le mot "corps" lui-même est employé six fois dans l'Évangile.

[38] Le mot πέντε, cinq, est employé cinq fois.

[39] L'étude de la structure symbolique de l'Apocalypse de saint Jean fait apparaître la même règle, s'appliquant à des cas d'exception.

[40] C'est un procédé qui est fréquent chez Jean. Dans le récit de la multiplication des pains, il est question de cinq pains et le mot pain est répété cinq fois.. Il est de même question de 2 poissons et le mot poisson est répété deux fois dans ce même récit. On pourrait faire encore cette même remarque à d'autres occasions (les deux disciples dans Jn 1, 35-37).

[41] (Note ajoutée) Pour les Pythagoriciens, 5 = 2 + 3 où 2 étant féminin et 3 masculin, 5 symbolise le mariage.

[42] Cf 19, 17.19.25.31.

[43] Cf. 5,29.29 ; 11,24.25.

[44] J. Daniélou, Bible et liturgie, Paris, 1951. Ch. XV, Le dimanche et ch. XVI, Le huitième jour.

[45] (Remarques ajoutées qui ont trait au symbolisme du 8 sans se rapporter à l'évangile de Jean) 1/ Du fait que2 x 2 x 2 = 8 et 2 + 2 + 2 + 2 = 8 les pythagoriciens appelaient le 8 "harmonie".  2/ Le nombre du Christ est 8 car la guématrie de Jésus (Iésous en grec) est 888 (i’ = 10, ê’ = 8, s’ = 200, o’ = 70, u’ = 400, s’ = 200.). 3/ De même que le 8e jour est le 1er jour après la semaine de 7 jours, la Pentecôte est le 50e jour c'est-à-dire le 1er jour après 7 semaines, soit 49 (=7x7) jours,. 4/ D'après I Pi. 3,20 le baptême fait partie de la symbolique du 8, ainsi les anciens baptistères chrétiens étaient octogonaux, l’octogone étant la forme géométrique intermédiaire entre le carré et le cercle, et donc symboliquement entre le ciel et la terre.  5/ L'ogdoade jouait un grand rôle dans la gnose valentinienne. Voir la description du Plérôme valentinien dans les messages du tag gnose valentinienne.

[46] Si l'on suit le texte de Nestlé, on trouve 81 mentions du mot Dieu. Mais nous croyons, d'après des observations tirées de l'examen de la structure symbolique de ce mot, qu'il faut préférer la leçon Père dans le verset 16,27, comme la donnent les manuscrits B., C., D., à la leçon Dieu, d'où seulement 80 mentions de "Dieu".

[47] « Quel est le huitième, sinon le jour du Seigneur, grand et manifeste, qui brûle comme la paille, qui fait trembler les puissances d'en haut ? L'Écriture l'a appelé huitième, manifestant le changement d'état et l'inauguration de la vie future. En effet, la vie présente n'est rien qu'une seule semaine, qui commence au premier jour et finit au septième, et revient aux mêmes étendues et reprend au même commencement, pour descendre vers la même fin. C'est pourquoi personne n'appellerait le dimanche huitième jour, mais premier. En effet, le cycle du septénaire ne s'étend pas au nombre de huit. Mais, lorsque toutes ces choses s'arrêteront et se dissoudront, alors la course de l'ogdoade surgit. » Saint Jean Chrysostome, De compunctione, II, 4.

[48] (Note ajoutée) Mais le 7 garde aussi dans certains récits un sens de plénitude conformément à l'usage biblique, voir ce que dit F. Quiévreux au I 1° a) "Le nombre sept". J-M Martin en parle  lui aussi : « Les six jarres à Cana (Jn 2) sont les jarres de purification (donc les jarres de la loi juive). Là nous avons le rapport du 6 au 7 ; le manque qui est signalé (« Le vin venant à manquer ») correspond à la différence entre le six et le sept, le sept étant le moment de l'accomplissement, car ceci a lieu le septième jour : Nous avons en effet au chapitre 1 : un jour, "le lendemain" (v. 29), "le lendemain" (v. 35), "le lendemain" (v. 43), et le chapitre 2 commence par : "et trois jours après". Or, 4 + 3 = 7. » (Symbolique des chiffres en Jn 6, 1-13 et autres textes. Accomplir et abolir.)

[49] (Note ajoutée) D'après cette règle 17 se rattache au 8 puisque 1 + 7 = 8. Certains considèrent en plus que 17  a les propriétés de 10 et 7 (le 7 ayant une figure de plénitude, car il n'est pas partout supplanté par 8).

[50] (Note ajoutée) Autre règle : « En matière de symbolisme numérique, les nombres se multiplient et ne s'additionnent pas, sauf s'il s'agit du symbolisme de deux mots différents, synonymes ou voisins, qui dans ce cas s'ajoutent. Ce dernier cas est fréquent chez le quatrième évangéliste. » (F. Quiévreux, Par François Quiévreux, Le récit de la Multiplication des pains dans le 4e évangile (symbolique des nombres))

[51] On notera que les mots σωτήρ et σωτηρία qui signifient respectivement Sauveur et le salut ne sont employés chacun qu'une seule fois dans l'Évangile.

[52] (Note ajoutée) Cf. dans : Symbolique des chiffres en Jn 6, 1-13 et autres textes. Accomplir et abolir.  le § 3 "Symboliques des chiffres 5 et 5000. Les 5000 convives."

[53] Seigneur est en outre employé une fois en 12,21 (par des Grecs pour s'adresser à Philippe) et trois fois en 13,16 et 15,15 et 20 (l'esclave n'est pas plus grand que son seigneur).

[54] Les versions modernes traduisent ψυχή par vie, âme ou être.

[55] Sept d'entre eux précèdent cette série (1,52 ; 3,3.5.11 ; 5, 19.24.25), 8 autres la suivent (13,16.20.21.38 ; 14,12 ; 16,20.23 ; 21,18)

[56] (Note ajoutée) : On dit que 16 est le nombre carré de 4, car 16 est le nombre de points d'un carré formé par 4 lignes de 4 points. De même le nombre 10 est dit nombre triangulaire de 4: Ainsi le nombre triangulaire de 8 est représenté par des points disposés en triangle équilatéral : à la première ligne il y a un point, à la deuxième 2… et la huitième ligne contient 8 points, le total est 36 = 1 + 2 + 3 + 4 + 5 +… + 8. À noter qu'en Jean 21,11 il est question de 153 poissons, or 1 + 2 + 3 + 4 + 5 +… + 17 = 153, donc 153 est le nombre triangulaire de 17, d'où 153 a les propriétés de 17 (F. Quiévreux en parle dans une des dernières notes). On sait aussi que 666 (le nombre de la bête en Ap 13,18) est le triangulaire de 36 (1 + 2 + 3 + 4 + 5 +… + 36  = 666), le nombre 36 étant lui-même le carré de 6.

[57] Nous avons fait ailleurs l'application de cette même figure aux dimensions du disciple que Jésus aimait et nous avons montré que le passage central était le verset 19, 27 : « Voilà ta mère ». (F. Quiévreux, La maternité spirituelle de la mère de Jésus).

[58] (Note ajoutée) « Rares sont les nombres qui -représentés par des cailloux- forment deux figures : un triangle et un carré. C’est le cas de 36  (le nombre suivant dans ce cas est 1225 !). » (Jacques Chopineau, http://prolib.net/pierre_bailleux/bible/217.203.nbre6.htm )

[59] (Note ajoutée) Pour Jean-Marie Martin les 36 mentions du mot ζωὴ (vie) se rapportent à la vie éternelle dans l'évangile de Jean.

[60] Les mots accompagnés d'un astérisque, ou bien sont pris dans un sens particulier, ou bien figurent dans un passage particulier de l'évangile. Le nombre de mentions indiquées ne correspond pas, dans ce cas, au nombre total de mentions dans l'évangile.

[61] Le mot σάρξ est employé 13 fois. Il s'applique 7 fois à la chair de Jésus-Christ et il est employé 6 fois dans le sens de la chair opposée à l'esprit

[62] Le mot θύρα, porte, est employé quatre fois en parlant de Jésus-Christ. Cette porte est donc celle de la résurrection en raison de la signification symbolique du nombre quatre.

[63] Le verset placé au centre de ces sept passages est le verset 20, 8 : « Il vit et il crut. »

[64] On peut rattacher les 10 mentions du mot μονός, seul, unique, au même symbolisme, celui de l'unité.

[65] Le mot πατήρ, père, dans toutes ses acceptions, est employé au total 137 fois dans l'évangile.

[66] (Note ajoutée, citation de F. Quiévreux) On sait que la division actuelle en chapitres et en versets fut introduite au XIIIe siècle par l'archevêque de Canterbury, Stephen Langton. Elle est donc sans valeur pour nous.

[67] O. Culmann, Les sacrements dans l'Évangile johannique, Paris, 1951, p. 17.

[68] F.-M. Braun, La mère de Jésus dans l'œuvre de saint Jean, dans Revue thomiste, 1950, III.

[69] Le mot ἀπόλλυμι, perdre, apparaît dans les passages suivants de l'évangile de Jean : 3,16 ; 6,12 ; 6.27.39 ; 10,10.28 ; 11,50 ; 12,25 ; 17,12 ; 18,9.

[70] Le mot ἁμάρτημα, péché, apparaît dans les passages suivants : 1,29 ; 8,3 ; 8,21.24.24 ; 8,34.34.46 ; 9,34.41.41 ; 15,22.22.24 ; 16,8.9 ; 19,11 ; 20,23.

[71] (Note ajoutée) Jean-Marie Martin, lui, est plus réservé.  « Il faut voir comment les Pères de l'Église ont souvent tendance à poursuivre une certaine unification de la symbolique. Pour eux, par exemple, cinq est le nombre traditionnel des sens en Occident et donc cinq désigne l'homme dans ses capacités dites sensorielles, et cela peut se prêter dans notre texte à une interprétation. Cependant il ne faut rien inventer, il faut dévoiler. Une symbolique est à la fois d'une très grande liberté mais aussi d'une très grande rigueur c'est-à-dire qu'il faut savoir comment cela joue. » (Symbolique des chiffres en Jn 6, 1-13 et autres textes. Accomplir et abolir.)

[72] On remarquera d'autre part que le chapitre 21 contient, dans le récit de la pêche miraculeuse, un détail, celui de la mention des 153 poissons (Jn 21, 11), qui ne peut guère s'expliquer autrement que par la symbolique des nombres. De même que nous avons noté chez saint Jean l'emploie des structures symboliques : 1 + 2 + 3 + 4  = 10 et 1 + 2 + 3 +… + 8 = 36, on observera que l'on a : 1 + 2 + 3 +… + 17  = 153. Or le nombre 17 correspond, nous l'avons vu, à la vie éternelle.

[73] (Note ajoutée) Ici l'auteur résume brièvement les principales remarques que l'on peut faire en ce qui concerne le texte de l'Évangile. Puis il donne une remarque d'ensemble sur la visée du 4e évangile. Il ne reprend pas ici le problème de la divisions en chapitre mais il le fait ailleurs : « On sait que la division actuelle en chapitres et en versets fut introduite au XIIIe siècle par l'archevêque de Canterbury, Stephen Langton. Elle est donc sans valeur pour nous. L'observation des nombres nous permettra de vérifier si elle correspond on non à la structure conçue par l'auteur de l'évangile. C'est ainsi par exemple que le nombre des mentions du nom de Jésus dans l'ensemble des chapitres 18 et 19 de l'évangile montre que le récit allant de 18,1 jusqu'à la fin du chapitre 19 constitue bien un tout, Jésus y étant nommé 40 fois. Le nombre 40 a le même symbolisme que 4, symbole de la croix.» (Par François Quiévreux, Le récit de la Multiplication des pains dans le 4e évangile (symbolique des nombres))

[74] Le manuscrit qui nous a été obligeamment communiqué par M. E. Eubscher comporte l'étude de plusieurs centaines de mots du vocabulaire de l'Apocalypse.

[75] Les éléments à exclure ,dans l'Apocalypse sont au nombre de sept : la description des quatre animaux (4,7) ; le dénombrement des élus  (7,4.8) ; les phrases qui se répètent, relative à l'ouverture des sept sceaux (ch. 6 et 8) ; « et le premier ange sonna de la trompette » jusqu'à « et le septième ange » (ch. 7) ; « et le premier versa sa coupe » jusque « et le septième versa sa coupe »(ch. 15) ; « à l'Orient trois porte » jusque « à l'Occident trois portes » 21,13) ; « le premier fondement était de jaspe » jusque « le douzième d'améthyste » (21,19-20).

[76] F. Quiévreux a étudié les récits de la multiplication des pains, cf. Par François Quiévreux, Le récit de la Multiplication des pains dans le 4e évangile (symbolique des nombres)

 

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