Lors du cycle sur "L'énergie en saint Jean" au Forum 104 à Paris en 2011-2012 Jean-Marie Martin a parlé du pneuma pendant toute une séance. La plus grande partie de cette séance[1] figure ici, elle a été augmentée par des éléments venant d'autres interventions. Certaines choses figurent à plusieurs endroits. Initialement ce message comportait presque toute la séance, mais depuis la parution de la transcription du cycle (tag ÉNERGIE) en octobre 2016, le message a été repris et transformé par C. Marmèche. Tous les titres et toutes les notes ont été ajoutés.

Symbolique de l'Esprit-Saint, du pneumaEn grec le mot pneuma signifie lui-même souffle, esprit et aussi vent… Dans ce message pneuma est toujours entendu dans la région positive[2], mais lorsqu'il est employé dans la région négative, le pneuma c'est le souffle du mensonge, de la parole mauvaise (par ex 1Jn 4, 1). Même saint Paul emploie parfois pneuma dans un sens négatif : « les souffles (les esprits) de la méchanceté » (Ga 6, 12), mais il n'emploie pas l'adjectif dans un sens négatif : pneumatikos est toujours du bon côté. Dans ce message pneuma sera souvent mis avec une minuscule mais ça ne l'empêche pas de pouvoir désigner ce que nous appelons l'Esprit Saint, Pneuma Hagion en grec que J-M Martin préfère traduire "Pneuma de Consécration", et évite "Pneuma Sacré" à cause de la connotation du mot "sacré". À noter aussi que le mot Pneuma (Esprit) n'est pas réservé à l'Esprit Saint, le Père est Pneuma (Esprit), le Fils est Pneuma (Esprit).

 

 

 

Les symboliques de l'Esprit-Saint,

et plus généralement du pneuma

 

En préambule, une question d'un participant à une session de J-M Martin :

►  Pourquoi est-ce que, très souvent, tu ne traduis pas pneuma par un mot français ?

Esprit Saint référé à la RésurrectionJ-M M : C'est vrai, c'est justement pour surseoir à la question que tu poses maintenant. La réponse : il est impossible de traduire pneuma, même si, néanmoins, il faut tenter de le faire. Il faudrait une journée entière pour réfléchir à cela.

J'évite de traduire le mot pneuma, parce qu'il est susceptible de tous les noms. Les auteurs du IIe siècle le savaient : il est polyonyme, disaient-ils. La symbolique va du côté du feu, de l'eau, de l'huile, de l'intelligence, on n'en finirait pas d'énumérer… De plus, le mot pneuma n'appartient pas seulement à l'Écriture. À l'origine, il appartient aussi bien à la médecine hippocratique, aux stoïciens. C'est pourquoi souvent, quand j'emploie en rigueur le mot de pneuma, j'indique le lieu référentiel : le pneuma est « le pneuma de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts », en me référant à l'incipit de l'épître aux Romains[3]. C'est donc le pneuma de Résurrection.

Noms du Saint Esprit

Ta question n'est pas insignifiante, et en même temps, j'y ai fait droit largement en refusant de répondre à sa ponctualité. Mais, bien sûr, on peut être amené à traduire pneuma par Esprit. Par exemple toutes les énumérations du Veni Creator sont légitimes.

Nous avons aussi tendance à penser implicitement le logos comme bien circonscrit et l'Esprit (le pneuma) comme flou. Est-ce fondé ? Oui et non. Dans saint Jean, le pneuma est le pneuma de vérité, mais la vérité ne signifie pas un catalogue de vérités. Or, le pneuma parle, mais aussi il crie, il murmure, parfois dans des paroles inexprimables. Il ne faudrait pas répartir simplement comme si le logos était la parole articulée et le pneuma un souffle inarticulé.

 

Première partie : Symboliques du pneuma

 

Voici différentes directions dans lesquelles on peut essayer de méditer la complexe symbolique du pneuma, c'est dans le désordre.  

I – Références des symboles.

Esprit-Saint Ecritures, sur un trôneEn soi[4], rien n'est symbole de rien, ou tout peut être symbole de tout. Quelque chose devient symbole à la mesure où il est en rapport avec d'autres choses. Et ce qui récolte, ce qui lie, ce qui met ensemble les choses, c'est la parole. Opposer le symbolique et le verbal est, dans cette perspective, totalement aberrant. Il n'y a pas de symbole sans parole. Mais il faut savoir que la parole ne se limite pas au discours articulé. Un symbole ne devient parlant que dans une configuration. Et la configuration n'est pas seulement la phrase au sens syntaxique, mais elle a toujours à voir avec une mise en rapport. Il y a des ensembles symboliques qu'il faut entendre dans leur source originelle. Un symbole parle toujours dans une source. C'est la bouche du poète ou du prophète qui est la source du symbole. C'est donc un événement. Je dis cela car nous allons toucher au symbole. Nous commençons un peu, très petitement. Il ne faudrait pas rapidement croire que le symbole, on en fait n'importe quoi sous prétexte qu'il n'a pas de définition rigoureuse. Il n'a pas la définition de la rigueur et de la logique (par genre et différence spécifique), mais il a ses exigences propres. Ceci de culture à culture, de source à source, d'époque à époque, mais aussi d'une source à l'immédiateté de la mise en œuvre par chacun de nous. Il y faut beaucoup de prudence.

 

1) L'eau, le feu, le sang, le souffle, l'odeur.

a) La symbolique des éléments : Eau (+ vin), feu (+ sang), air (vent, souffle)

En premier, on pourrait regarder du côté de la symbolique des éléments. Si vous ouvrez le dictionnaire rabbinique de Jastrow, au mot rouah qui est une façon hébraïque de dire pneuma, vous trouvez : eau, feu, air.

1//  Le pneuma est dans la symbolique de l'eau[5] :

fleuves d'eau vive coulent de sons seinIl y a surtout une affirmation explicite au chapitre 7, à la fête de Soukkot : « 37Dans le dernier jour qui est le grand jour de la fête, Jésus se tint debout et cria disant : “Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi, et boive. 38Celui qui croit en moi, selon que le dit l'Écriture, des fleuves d'eau vivante couleront de son sein.[6] » Et Jean fait l'exégèse : « 39Il parlait du pneuma que devraient recevoir ceux qui croiraient en lui– et il ajoute – car il n'y avait pas encore de pneuma (pas de pneuma dévoilé, manifesté) car Jésus n'avait pas encore été glorifié(c'est-à-dire ressuscité) ». La résurrection est la manifestation et le déploiement du pneuma sur l'humanité. Vous avez là un lieu sourciel (c'est le cas de le dire), un lieu fondamental.

Et on a cela dans le dialogue avec Nicodème : « Si quelqu'un ne naît pas d'eau et pneuma » (Jn 3,5) ; "eau et pneuma" est un hendiadys, il s'agit de naître“de cette eau-là qui est pneuma”.

●    L'eau qui est pneuma se distingue d'autres eaux dans l'évangile de Jean :

–  Il faut bien entendre la phrase de Jean-Baptiste qui dit « Moi je baptise dans l'eau, mais lui (Jésus) baptise dans le pneuma » (Mc 1, 8)[7] ; cela signifie  que Jésus « baptise dans cette autre eau-là qui est le pneuma ».

– Au chapitre 4, Jésus donne « l'eau de la vie » à la Samaritaine. Cette eau que lui donne Jésus, eau de la vie nouvelle, se distingue de l'eau de son puits qui est le puits de Jacob, c'est-à-dire l'eau de la parole ancienne qui l'a abreuvée et nourrie jusqu'ici.

–  Au chapitre 5 l'eau de la piscine de Bethesda guérit, mais guérit peu et mal, elle se distingue de cette autre eau qui est la parole de Jésus qui guérit, cette autre eau est donc le pneuma, car, comme le dit Jésus : « mes paroles sont pneuma et sont vie » (Jn 6, 63).

La symbolique de l'eau est constante ; ça ruisselle d'eau chez Jean à toutes les pages.

2// Le pneuma est dans la symbolique du vin en Jn 2[8].

Le vin aux Noces de CanaLa symbolique du vin n'a pas une grande place chez saint Jean. Cependant, les Noces de Cana ont une importance décisive et pourraient du reste appartenir à une revendication de la signification du vin. La raison est simple. Le vin est souvent, chez les prophètes et les apocalyptiques, pris en mauvaise part. Le vin, c'est le thumos, la colère, la fureur… Certains ont même essayé de lire les Noces de Cana dans ce sens-là, ce qui est totalement impossible, car nous avons là le vin du Royaume, le vin de l'accomplissement, le vin de l'eschatologie. Mais ce n'est pas la symbolique première du vin.

À Cana on trouve encore la distinction entre deux eaux, deux fluides : l'eau lustrale des Judéens dans la symbolique des six jarres est distinguée de cet autre fluide qui est le vin eschatologique : il y a un partage de ces deux eaux, l'eau des Judéens et l'eau qui est le vin.

Y a-t-il des rapports entrele vin et le sang? Oui, et ces rapports, pour être pensables, sont d'abord verbaux avant d'être gestuels. L'expression, dans la langue hébraïque, du sang de la grappe, contient en elle implicitement une symbolique du sang et du vin. On la retrouve dans la thématique du pressoir dont on en a tiré des représentations assez horribles – je pense à un vitrail de Saint-Étienne-du-Mont où le sang du Christ est recueilli dans un pressoir. Il y a une symbolique du rapport du sang et du vin qui se retrouvera dans l'expression : "manger ma chair et boire mon sang" en Jn 6, toujours dans la région sacrificielle.

L'Esprit Saint et le feu3//  Le pneuma est dans la symbolique du feu (et du sang) :

C'est le feu de la Pentecôte où le pneuma descend sous forme de langues de feu.

Par ailleurs on trouve le feu chez saint Luc en lien avec le pneuma. En effet l'opposition entre le baptême donné par Jean et le baptême à venir qui sera donné par le Christ est celle d'un baptême par l'eau et d'un baptême par le feu et le pneuma : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi (...) Lui vous baptisera dans le Pneuma Sacré (l’Esprit Saint) et le feu. » (Lc 3, 16).

Le pneuma est aussi dans la symbolique du sang, nous trouvons ça dans la lecture de 1 Jn 5 : « 6Il est Celui qui vient par eau et sang, Jésus Christos … 7Car trois sont les témoignants, 8le pneuma et l'eau et le sang, et les trois sont un seul » où eau = sang = pneuma. [cf le b)]

Or le sang désigne parmi les éléments classiques l'équivalent du feu ; il y a un petit texte du IIe siècle où j'ai trouvé cela : aïma (le sang) hôs (comme) pur tupomenon (marqué de la symbolique du feu).

4//  Logos et pneuma comme chair et sang (Évangile de Philippe)[9].

Le sang est un des noms du Pneuma. Il y a un petit dialogue à ce sujet qui se trouve dans l'évangile de Philippe, texte gnostique du IIe siècle.

Après avoir rappelé ce qu'a dit le Christ : « Celui qui ne mange pas ma chair et ne boit pas mon sang n'a pas la vie en lui », Philippe pose la question : « Qu'est-ce que sa chair ? » Il répond : « Sa chair est le Logos (la Parole) et son sang est le Pneuma Sacré. Celui qui a reçu ceux-là a une nourriture et une boisson et un vêtement. ». (Sentence 23, éd. Ménard, p. 59)

Le Logos et le pneuma c'est la chair et le sang. Vous me direz : voilà une façon tout à fait métaphorique d'interpréter et d'abandonner le réalisme eucharistique. Pas du tout. Notre évangile de Jean va jusqu'à nous dire que le pain véritable c'est la parole, et que le pain corruptible n'est pas du pain véritable. Voilà un renversement qui ne fait pas que simplement inverser les choses.

5//   Le pneuma est dans la symbolique de l'air : c'est le vent, le souffle.

Symbole du ventLe mot grec de pneuma est traduit couramment par esprit, souffle, vent. C'est aussi bien l'air du vent que l'air de la respiration donc le souffle. D'ailleurs nous avons tort de faire une grande différence entre le vent et le souffle, y compris le souffle vivifiant et le souffle parlant. Les Anciens ne font pas cette différence. L'univers tient par le souffle de Dieu, et les quatre vents tiennent l'univers. Ce sont les souffles de la bouche de Dieu. Mais cette interprétation ne vaut pas simplement pour le monde biblique, les vents ont un caractère sacré dans le monde grec, ils ont des noms propres.

esprit, souffle, airLe souffle est peut-être la signification la plus fondamentale : principe d'animation, principe de vie[10]. Tout le monde sait qu'on ne peut inspirer qu'à la mesure où on a expiré, si on est empli d'air on ne peut plus recevoir l'air. Le pneuma est un souffle de cet ordre-là parce qu'il est essentiellement donation, il est essentiellement respiration[11].

Le propre du pneuma c'est la respiration, comme le mot l'indique : le souffle, c'est-à-dire l'expir et l'inspir. L'inspir est le pneuma totalement retenu dans le Christ, et l'expir est le moment où le pneuma se répand et se diffuse sur la totalité de l'humanité. Le rapport entre inspir et expir est analogue à celui de la semence et du fruit. C'est le rapport du sômatikos, du tenu en compact (le Christ est le pneuma en compact), et de la diffusion du Christ sur l'humanité.

Le Pneuma n'est pas simplement un souffle respiratoire[12]. Paul distingue Adam de Gn 2 qui apparaît en premier et qui est une psukhê zôsa (une âme vivante), et le Christ, qui est Adam de Gn 1, qui apparaît en second, et correspond au Pneuma qui est zôopoioun, donateur de vie. En effet « Faisons l'homme à notre image », c'est la pré-vision de la venue du Christ ressuscité. Et Jésus achève la création en donnant ce pneuma à l'homme modelé. Cela se trouve par exemple en Jn 20, 19-23 : le soir de la première journée de la Résurrection, Jésus ressuscité est au milieu de ses disciples, il souffle sur eux et leur donne le Pneuma (l'Esprit)[13].

les 4 éléments

►►►► Ces éléments-là (le feu, l'air, l'eau) ont pour caractéristique d'être des fluides (des liquides) et il manque la terre – puisque vous savez qu'il y a quatre éléments – la terre justement qui est le symbole de ce qui ne coule pas, du stable, du solide et du froid. Il y a d'ailleurs une symbolique de la tactilité qui est très archaïque.

 

b) Eau, sang et pneuma en référence au Baptême, à la croix[14].

Recueil du sang du Christ, Cosimo RossettiIl y a surtout, dans la première lettre de Jean au chapitre 5, l'énumération de l'eau, du sang et du souffle : « 6Celui-là est celui qui est venu par eau et sang, Jésus Christos, non pas dans l'eau seulement, mais dans l'eau et dans le sang ; et le pneuma est le témoignant. […] 7Car trois sont les témoignants : 8Le pneuma et l'eau et le sang, et les trois sont vers un ». Ils sont trois mais ils sont un. On reviendra sur ce passage magnifique car il récapitule parfaitement la symbolique johannique de ces éléments. Ils sont assumés à travers des épisodes qui sont censés leur donner leur sens (leur signification). Ici, référence est faite à la croix du Christ où de son côté coulent eau et sang et où il rend le pneuma (le souffle). Il y a aussi une référence au Baptême du Christ [mais l'identification de l'eau et du sang n'est pas facile à faire, voir Lecture de 1 Jn 5, 1-12 ; Eau, sang et pneuma (esprit, souffle...) dans les versets 6-8 ]

Ce qui est en question c'est le venir, et le venir par moyen d'eau, sang, pneuma. Il est question à la fois de la parole entendue, du baptême, de l'Eucharistie, mais non pas comme des choses disjointes et telles qu'il faudrait attribuer telle pièce du ternaire à tel sacrement, mais telles en revanche que chacun de ces symboles dans son unité profonde dit la totalité de la présence du Christ aux croyants maintenant. Nous retrouvons là le langage de l'évangile de Jean : l'eau à boire, le sang qui coule, le pneuma parlant, ou la parole qui s'entend, comme ailleurs le pain qui se mange, désignent le "venir du Christ", disent des noms de sa réelle présence de Ressuscité.

Par ailleurs il est possible que cette lettre de Jean s'adresse à des gens qui, par préférence, lisent Jésus dans la symbolique de l'eau et récusent d'une certaine manière la symbolique du sang, donc la signification de sa mort. Il existait des tendances de ce genre dans les Églises primitives : soit de récuser le vin, soit de récuser le sang au bénéfice de l'eau (vin et sang sont dans la même symbolique). On les appelait des aquariens (les partisans de l'eau) et il est possible qu'ils aient eu une certaine proximité avec les milieux johanniques, à cause de l'importance que prend la symbolique de l'eau chez saint Jean. Il serait donc ici en train de corriger cet aspect et de réintroduire l'importance de la chair sacrificielle, de la véritable mort christique et du sang répandu, et du même coup peut-être, de réinviter à célébrer l'Eucharistie avec le vin.

c) Le pneuma est dans la symbolique de l'odeur et de l'huile odorante.

Jn 12, Onction de Jésus, codex Egbert, XePar ailleurs ces éléments sont véhicules de qualité et singulièrement d'odeur. En particulier l'eau véhicule l'odeur, c'est la notion d'excipient. Le pneuma est excipient c'est-à-dire que de fait il reçoit tous les noms et toutes les formes et toutes les couleurs. Si on méditait la notion de pneuma comme souffle odorant, on verrait que l'odorat est privilégié. L'odorat fait partie de la symbolique du souffle.

Jean n'a pas le souci d'énumérer les 5 sens, mais des traces de l'odorat se trouvent chez lui :

  • Lors de l'onction de Jésus par Marie de Béthanie, le nard est répandu et Jean ajoute : « et la demeure fut emplie de l'odeur du parfum » (Jn 12, 3), c'est la profession de la Résurrection, voilà ce qu'il faut entendre. Tous les petits mots de Jean sont significatifs de ce qui est grand.
  • On trouve les notions d'odeur de sainteté et d'odeur de corruption à propos de Lazare : c'est la différence entre l'odeur de corruption qui vient de la décomposition de ce qui meurt, et l'odeur de l'incorruptible.
  • On a aussi toute la thématique de l'onction : être enduit ou imprégné. Le nom même de Christ dit quelque chose de l'onction, l'onction d'huile odorante[15].

●   La thématique de l'odeur dans l'Évangile de la vérité.

  « Car trois sont les témoignants, le pneuma et l'eau et le sang, et les trois sont vers un. » (1Jn 5, 7-8). Le "un", ici, a probablement une autre signification plus fondamentale qui a à voir avec le Monogène (Fils un) et les enfants dispersés, déchirés. La fonction de diffusion du pneuma se dit dans le langage de l'eau, dans le langage du sang répandu et dans le langage du souffle dont la caractéristique est justement d'être la résurrection répandue. La diffusion du pneuma permet la reconstitution de l'unité des déchirés (dieskorpisména), qui sont une séquelle de la fragmentation des dénominations du Nom dans le meurtre. Le pneuma s'étend pour aller les rechercher et les rassembler, c'est-à-dire que le rapport du Monogène (Fils un) et des tekna (enfants) est un rapport de réconciliation. C'est pour cela que le Fils, en tant que Monogène, est l'unificateur des déchirés, c'est-à-dire le pardonnant des pécheurs, le pardonnant des pardonnés.

 Et comme nous savons que les tekna (les enfants) sont une déchirure de l'agapê, de la même façon, le Monogène a pour signification le retour à l'unité, cette unité qui est l'agapê, l'espace du pneuma. Comme la respiration, le pneuma va aux extrêmes, expire à l'extrême, mais pour réintroduire dans le pneuma qui est l'odeur première, parce que les dispersés sont des odeurs refroidies… Vous avez là un bref aperçu des lectures des gnostiques.

parfum répandu, calligraphie, de Sr Barbara, NativitéVoici un court extrait de l'Évangile de la vérité :

 « Les fils du Père sont son odeur parce qu’ils sont de la grâce de son visage. C’est pourquoi le Père aime son odeur et la manifeste dans tous les espaces. Et si elle (cette odeur) se mêle à la matière, il donne son odeur à la lumière, et dans son silence, il lui laisse assumer toute forme et tout son. Car ce ne sont pas les oreilles qui respirent l’odeur mais l’odeur, c’est au pneuma qu’appartient de la sentir. [Et lorsque cette odeur est dispersée]il l’attire à lui et la plonge dans l’odeur du Père. Il la ramène et la reconduit au lieu d’où elle est venue, dans l’odeur première.»[16]

Ceci rejoint d'autres thématiques connues. Ce sont de grands et magnifiques symboles qui sont pour une large part issus d'une lecture non conceptualisante de notre Écriture.

 

2) Les verbes du pneuma (verser, répandre, donner, emplir, habiter).

Les verbes du pneuma sont donner et répandre (ou verser), habiter, emplir…  Emplir et répandre ont rapport avec l'écoulement, avec le liquide en tout cas, donc avec la diffusion, ce sont des verbes du ruissellement et de l'emplissement:

verser : « L'amour de Dieu est versé dans nos cœurs par le pneuma sacré qui nous a été donné » (Rm 5, 5) dit Paul.

Saint_Esprit sur le monderépandre : On a vu précédemment le lieu le plus sourciel sur l'écoulement du pneuma : « De son sein couleront des fleuves d'eau vive. […] Il dit cela du pneuma… » (Jn 7, 38-39) L'eau coule du Christ comme, selon Ézéchiel, les fleuves d'eau coulaient du Temple, ou comme l'eau coulait du rocher frappé par Moïse lors de l'Exode. Et cette eau est assimilée au pneuma qui ruisselle et se répand. En Jean, 19, 34, du corps crucifié de Jésus coulent "eau et sang" ; et il faut rappeler que le Temple, pour Jean, c'est le corps du Christ (Jn 2, 21)

donner : Dieu « ne donne pas le pneuma avec mesure. » (Jn 3, 34)Le verbe donner, de façon explicite, a pour complément direct le Pneuma. Ce rapport est éminent car le Pneuma est essentiellement ce qui est donné, et le Pneuma est le nom de la région dans laquelle règne, non pas la violence, non pas le droit et le devoir, mais le don. « Le pneuma n'est pas donné avec mesure », le mot mesure ici est pris dans le sens négatif :ce qui n'est pas bien mesuré mais est mesuré chichement. Car nous sommes dans une thématique de ce qui surabonde et cette surabondance est de l'ordre de la gratuité, ce n'est pas "ce que doit", c'est au-delà de "ce que doit". Ainsi l'éminence du don c'est le pardon.

►►►[17] L'Esprit est répandu ou versé dans les cœurs. Donc bien entendre une phrase comme celle-ci : le Pneuma c'est le Christ ressuscité répandu, c'est le Christ répandu. Bien sûr, nous ne disons pas que le Saint Esprit n'est pas une personne distincte de la deuxième personne de la Sainte Trinité, nous ne disons pas le contraire non plus ici. Mais le terme de "personne" en particulier nous empêche d'entendre les textes du Nouveau Testament.

emplir[18]: « Le pneuma du Seigneur emplit l'orbe des terres » (Sg 1, 7) – l'orbe c'est le cercle du monde et ceci rejoint le pneuma stoïcien ; « Il emplit la demeure dans laquelle ils étaient assemblés » (Ac 2, 2) ça c'est à la Pentecôte ; « Étienne empli de pneuma » (Ac 7, 55). « Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire. » (dans le Sanctus, cf Is 6, 3) : la gloire est un autre nom du pneuma. Donc tout ce qui est de la manifestation et de l'accomplissement de ce qui est secrètement dans le Dieu insu l'est, d'une certaine façon, au titre du pneuma. Donc à toutes les dimensions, à tous les étages le pneuma emplit. C'est un emplissement qui est en même temps accomplissant puisque le grec a le même mot pour emplir et accomplir, ce qui existe encore un peu chez nous quand nous disons : J'ai rempli ma tâche, ou bien j'ai accompli ma tâche.

Pentecôte, Giottohabiter. En Col 2, 9, vous avez : « En lui habite toute la plénitude de la divinité sômatikos (corporellement, solidement) » : sôma, c'est le corps au sens quasi géométrique du terme, le solide, stéréon, comme le firmament est le stéréoma. La plénitude (le plêrôma) c'est le Pneuma. Cela veut dire que l'Esprit, jadis répandu de manières diverses et successives sur les prophètes, les prêtres, les rois, s'est rassemblé en un seul solide sur le Christ au jour du Baptême, et y demeure pour qu'il puisse être, à la croix, répandu sur la totalité de l'humanité. L'Esprit, c'est la Résurrection répandue. Et cela est célébré dès la croix puisque Jean ne médite jamais la Résurrection indépendamment de la crucifixion. D'après Jn 19, 30, à la crucifixion Jésus émet le pneuma : « Il livra (parédôken) le pneuma » alors que les Synoptiques disent « Il remit (aphêken) le pneuma » (Mt 27, 50) ou « il expira (exépneusen) » (Lc 23, 46 ; Mc 15, 37) au sens banal du terme, mais chez Jean, c'est le pneuma.

Habiter est d'ailleurs, pour les Anciens, une façon d'emplir l'espace. Nous pensons, nous, qu'habiter, c'est être posé en terre quelque part ; mais habiter, c'est emplir l'espace qui est atteint par le regard, et par le regard prolongé, c'est-à-dire venir sur terre mais sous le ciel. Habiter un espace, c'est l'emplir.

 

3) La colombe, la gloire et la nuée comme symboles du pneuma.

Esprit Saint, Rosalba Manesa) La colombe, un symbole corporel.

► Tu as dit que le pneuma est du côté du liquide, mais au Baptême l'Esprit descend comme une colombe, et la colombe c'est corporel. D'ailleurs le souffle est aussi un terme du corps.

J-M M : La colombe est effectivement un des symboles du pneuma (de l'Esprit) et d'ailleurs tous les termes réputés abstraits ont une origine corporelle. Au catéchisme on disait que Dieu était un "pur esprit" par opposition au corporel ou au concret, ceci pour utiliser des répartitions qui ne sont pas très fameuses mais qui sont dans notre usage.

b) Six origines possibles du symbole de la colombe au Baptême[19].

Au Baptême, le pneuma descend donc sous forme d'une colombe et repose sur Jésus. Il oint Jésus et donc le manifeste comme Christos, c'est-à-dire comme Messie[20], imprégné, enduit de pneuma, comme Roi oint.

Diverses interprétations ont été faites à propos de cette colombe, soit à propos d'autres manifestations de l'Esprit, soit à propos des lieux où est mentionnée une colombe.

1/ On fait volontiers référence à Genèse 1, l'Esprit qui plane sur les eaux. Tout cela irait très bien si, en Israël, l'Esprit de Dieu était effectivement comparé à une colombe, mais il n'en est rien en général[21].

2/ Le lieu référentiel ne serait-il pas plutôt, alors, le déluge où apparaît effectivement la colombe ?[22] Ce thème était également devenu une lecture traditionnelle, par exemple dans le De Baptismo de Tertullien, mais nous savons que nous allons la retrouver mêlée avec la théologie sacramentaire de Tertullien :

Noé et la colombe, mosaïque de Monreale« Alors cet Esprit très Saint, sortant du Père, descend avec complaisance sur ces corps purifiés et bénis, il se repose sur les eaux du Baptême comme s'il reconnaissait là son ancien trône, lui qui sous la forme d'une colombe est descendu sur le Seigneur. Par là l'Esprit Saint manifesta sa nature car la colombe qui, jusque dans son corps est privée de fiel, est tout en simplicité et en innocence… » Ce qui intervient ici, c'est qu'il y a une signification symbolique d'un thème, mais les rencontres de cultures risquent de créer des problèmes d'interprétation. Je n'ai pas vérifié, mais j'imagine que ce qui est dit de la colombe relève bien plutôt de l'histoire naturelle de Pline, donc d'une traduction latine, que d'une tradition judéo-chrétienne. « …et ceci n'est pas sans rapport avec une figure qui a précédé. Après que les eaux du déluge eurent purifié l'antique souillure, après le baptême du monde, si j'ose dire, c'est la colombe lâchée de l'Arche et revenant avec un rameau d'olivier, symbole de paix même pour les païens, qui vient en messagère annoncer à la terre l'apaisement de la colère du ciel. Aussi selon une disposition semblable, mais dont l'effet est spirituel, la colombe qui est l'Esprit Saint vole vers la terre, c'est-à-dire sur notre chair, cette chair sortant du bain lavée de ses anciens péchés, elle apporte la paix de Dieu en messagère du ciel où se tient l'Église dont l'Arche est la figure. »

3/ Le lieu pourrait être aussi le Cantique des Cantiques 2, 10-14:

Benn, Cantique des Cantiques ma colombe« Mon bien-aimé a pris la parole, il m'a dit: " Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens! Car voici que l'hiver est passé – c'est le kaïos, la saison nouvelle –  la pluie a cessé, elle a disparu Les fleurs ont paru sur la terre, le temps des chants est arrivé; la voix de la tourterelle s'est fait entendre dans nos campagnes; le figuier pousse ses fruits naissants, la vigne en fleur donne son parfum. Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens! Ma colombe, qui te tiens dans la fente du rocher, dans l'abri des parois escarpées, montre-moi ton visage, fais-moi entendre ta voix; car ta voix est douce, et ton visage charmant. »

Le thème de la saison, de l'annonce eschatologique, le thème de la voix. Je signale pourtant que cette référence n'est mentionnée nulle part.

Dans la littérature rabbinique elle-même, la colombe désigne fréquemment Israël.

4/ Voici une autre interprétation, elle est splendide mais sans doute difficile à admettre pour vous : la colombe désigne le nom invisible de Dieu. Il est intéressant de noter qu'on est baptisé au nom de Jésus ou au nom du Père. Certains gnostiques – et ici il s'agit particulièrement de Marc le mage, un gnostique valentinien de la deuxième génération – disent que le nom visible de Jésus est celui que nous connaissons, Iêsous, mais que son nom invisible n'est connu que par les gnostiques : le nom invisible n'a pas six lettres, il a la totalité des lettres. En grec colombe se dit péristéra, et Marc le mage[23] met en œuvre une technique de lecture qui sera ensuite tout à fait usuelle avec la langue hébraïque dans le judaïsme soit rabbinique soit cabalistique. Vous savez que les lettres signifient à la fois ce qu'on appelle des lettres et ce qu'on appelle des nombres ; or si on calcule la totalité des nombres correspondants aux lettres de péristéra (la colombe), on obtient 801[24] et 801, c'est oméga (800) plus alpha (1), donc ça va de l'alpha à l'oméga, ça contient la totalité. C'est donc la totalité imprononçable et invisible des lettres, c'est le nom secret qui descend sur le Christ, c'est le Christ d'en haut, secret, qui descend dans le Christ de l'économie, sur Jésus[25].

Quoi qu'il en soit de ce type de lecture, ce qui est intéressant, c'est que par un chemin aussi détourné soit-il, on rejoint le thème de la plénitude et de la totalité que nous avons déjà rencontré par ailleurs, le thème du plérôme.

5/ Transfiguration, Annonciation. Nous avons eu l'occasion à plusieurs reprises de signaler des rapports entre le Baptême et d'autres épisodes du Nouveau Testament, notamment les épisodes théophaniques et apocalyptiques, l'Esprit y étant désigné soit de façon explicite, soit de façon implicite. Il faudrait voir en particulier le rapport de la colombe et de la nuée (néphélê) à la Transfiguration (Mt 17, 5) ; et puis, à l'Annonciation, l'obombration, de la racine grecque  skia (ombre) : « Le pneuma te couvrira de son ombre (épiskiaseï) » (Lc 1, 35). Ce sont des thèmes traditionnels de la mystique de l'Esprit de Dieu en Israël.

Chagall, La traversée de la mer rougeVoici par exemple ce que dit saint Ambroise: « La colonne de nuée c'est l'Esprit-Saint. Le peuple était dans la mer et la colonne de lumière le précédait, puis la colonne de nuée le suivait, comme l'ombre du Saint-Esprit. Tu vois que par l'Esprit-Saint et par l'eau, la figure du Baptême est rendue manifeste. » (De Sacramentis, I, 22).

6/ La colombe désigne Israël. En effet le roucoulement de la colombe désigne la prière d'Israël (« Je gémis comme la colombe » Is 38,14)[26], c'est un thème biblique très important de l'Ancien Testament. Ultimement toute la création gémit, c'est-à-dire toute l'humanité. Quand il est question du "gémissement de la création" en Rm 8, 22 cela ne veut pas dire que les pierres gémissent ! Le mot ktisis (création) signifie ici l'humanité. Elle est mise en rapport avec les fils de Dieu. Il y a des gémissements de l'ensemble de l'humanité, des gémissements des fils de Dieu qui attendent, et des gémissements du pneuma lui-même qui gémit.

« 22Car, nous savons que la création tout entière co-gémit et est en travail (souffre les douleurs de l'enfantement) jusqu'à maintenant, 23non pas seulement [elle] mais nous aussi nous gémissons en nous-mêmes, ayant la prémice du pneuma (…) 26De même aussi le pneuma co-pourvoit à notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. Mais le pneuma lui-même sur-intervient par des gémissements inarticulés ».

Le gémissement du pneuma, c'est le gémissement de la colombe. C'est un vieux thème biblique très intéressant qui indique ce moment de la parole qui n'est pas encore articulée et qui sera essentiel à la parole, la dimension d'appel. Je sais que ça peut être pris autrement. On peut considérer qu'on offense quelqu'un quand on prend sa parole pour des choses inarticulées, un cri. Mais ça n'est pas dans ce sens-là !

Cri et gémissement se trouvent d'ailleurs dans ce chapitre 8 des Romains auquel je fais allusion. C'est un passage très important. C'est là qu'il y a la mention du cri : « Abba, pater », et ce cri est le cri fondamental qui n'est pas un cri au sens d'un appel non adressé, parce que lorsqu'il est entendu dans le sens de Paul, c'est la juste réponse à « Tu es mon fils ». Il n'y a rien d'autre dans le christianisme que la parole qui dit : « Tu es mon fils », qui nous permet de dire « Notre Père qui es aux cieux ». D'une certaine façon, tout est là.

c) Le pneuma comme gloire et comme nuée.

« Nous avons contemplé sa gloire » (Jn 1, 14) La glorification c'est la résurrection. La doxa (la gloire) : s'il y a un mot qu'on ne comprend pas, c'est celui-là. La doxa (kavod en hébreu) c'est la présence invisible de Dieu au temple ou au milieu de son peuple. Cette gloire de Dieu se manifeste éventuellement comme nuée qui est aussi une manifestation de l'Esprit, ou comme lumière, comme luminosité. L'étymologie du mot gloire (kavod en hébreu, doxa en grec) n'est pas du tout la même. En effet ce qui est lourd peut être dans une symbolique négative par rapport au subtil, mais peut être dans une symbolique positive par rapport à l'évanescent. Dans l'hébreu, la kavod c'est ce qui a du poids, un poids de présence.

« Nous avons contemplé sa gloire (doxa) » : cette présence de Dieu nous l'avons contemplée. La doxa est un des noms du pneuma : la doxa comme luminosité ou comme poids de présence (suivant les images symboliques possibles) c'est la même chose que le pneuma de résurrection, donc ce déploiement de la résurrection. Qui contemple la gloire ? Les séraphins, c'est-à-dire les esprits brûlants : ils contemplent la gloire et chantent : « Kadosh, kadosh, kadosh » (Is 6, 3) – c'est l'origine de notre Sanctus – et une fumée emplit l'espace[27]. Pour la rouah (l'esprit) ce sera la même chose, soit sous la forme de la colonne de lumière, soit sous la forme de la colonne de nuée à l'Exode. À la Transfiguration c'est la nuée qui recouvre.

 

4) Le pneuma du médio-stoïcisme, la rouah de la Bible hébraïque.

Le pneuma c'est le souffle, depuis la signification médicale chez Hippocrate, un souffle qui est compris ensuite de manière différente chez les philosophes contemporains de l'avènement de nos évangiles : dans le médio-stoïcisme, le pneuma est constitutif de l'univers, c'est le principe cohésif et discernant à l'intérieur de la totalité du cosmos. Il y a même des échos de cela chez saint Paul et chez saint Jean, donc un sens philosophique contemporain qui n'est pas exclu[28].

L'Esprit planait sur les eaux, Bible de SouvignyCeci pose la question : d'où allons-nous chercher le sens ? Parce qu'il y a là un sens qui est contemporain de l'Évangile, il n'est pas exclu que Paul ait l'oreille aussi parfois pour ce sens-là. Mais il y a une autre source qui est la rouah, c'est-à-dire non pas la source philosophie grecque mais la source hébraïque, depuis le deuxième verset de la Genèse : « Et la rouah de Dieu se mouvait au-dessus des eaux (verouah Elohim merahefeth 'al pené hamayim)». Donc il y a des références bibliques de l'Ancien Testament qui sont nombreuses et très importantes dans la constitution de cette notion néotestamentaire de pneuma, mais il y a aussi un discours contemporain. Comment cela joue-t-il ? C'est à appréhender à chaque fois.

D'ailleurs le mot de pneuma est tellement polysémique que saint Justin en plein milieu du IIe siècle (c'est l'un des premiers auteurs chrétiens) dit : « Le pneuma est panonyme et polymorphe » c'est-à-dire qu'il peut recevoir tous les noms et prendre toutes les formes. Donc on a affaire ici à quelque chose qui est d'une extrême plasticité, d'une extrême mobilité de sens. C'est à peu près l'égal de notre verbe être : on dit être aussi bien d'un peuplier, d'un scorpion, que de Dieu : « Dieu est » ; « le scorpion est » et ce n'est pas la même chose.

Le pneuma a une sorte de plasticité de ce genre, ce qui fait que la difficulté est très grande pour s'y retrouver. Il faudra que nous apprenions à découvrir des principes de lecture pour entendre chaque fois dans un texte déterminé le sens de ce mot.

 

II – Le pneuma comme espace : il est "le" Lieu, le Royaume.    

●   Le pneuma est espace au sens de lieu.

Le mot lieu (topos), a sans doute plus d'importance chez les anciens que la notion d'espace. Je pense même que les anciens n'ont pas la notion d'espace qui apparaît en fait avec la modernité. Et le Lieu, c'est-à-dire le lieu des lieux, vous savez ce que c'est ? C'est le Dieu des dieux, c'est-à-dire qu'en monde sémitique, rabbinique, Hamaqom, le Lieu, c'est un des noms de Dieu, de même que Hashem, le Nom.

Le lieu a donc la signification de Dieu lui-même, de la maison du Père ; et la maison du Père, sa demeure, c'est le Temple, mais le nouveau Temple c'est le Pneuma.

La notion d'espace demanderait à être expliquée car ce n'est pas la notion banale d'espace. Cette notion de lieu et de spaciement, c'est-à-dire de dis-tance ou de dif-férence qui est la condition même de l'unité, c'est quelque chose de très important.

●   La question "Où ?"

La notion de lieu est en rapport avec la question « Où ? » qui est la question première,  la bonne question chez saint Jean[29]. Si le Christ vous demande : « Que cherches-tu ? », il faut lui répondre par la question « Où ? »  :

– « Où demeures-tu ? » (Jn 1,38) et « Où l'as-tu posé ? » (Jn 20, 13) sont des questions qui viennent en réponse à la question « Que cherches-tu ? », question qui porte sur la qualité de la recherche.

–  C'est la question aussi de la Samaritaine en Jn 4 : « Où faut-il adorer ? ». C'est une question où ? et c'est une question fondamentale qui signifie : à quoi je me réfère, à quoi je me rapporte, à quoi je me soumets ?

●   Le pneuma est "le" lieu.

Où faut-il adorer : « sur le mont Garizim là où nos pères ont adoré, ou à Jérusalem où vous les Judéens – parce qu'elle le prend pour un Judéen – vous dites qu'il faut adorer ? » (d'après le v.20) ; et la réponse est : ni à Jérusalem, ni à Garizim « 23mais l'heure vient et c'est maintenant, que les véritables adorateurs adoreront le Père en pneuma et vérité » ; « en pneuma et vérité » c'est-à-dire dans le pneuma qui est vérité. Donc le pneuma est un lieu ? Non, le pneuma est le lieu, le lieu où il faut adorer. Le lieu a la signification de Dieu lui-même, de la Maison du Père, et la Maison du Père, la demeure, c'est le Temple ; et le nouveau Temple, c'est le pneuma. Ce n'est pas un lieu repérable par nous puisque, de ce même pneuma, il est dit « Tu ne sais ».

Le pneuma dit l'habitation d'un lieu, le fait de l’emplir. Un lieu n'est lieu qu'habité. Répandre, emplir, habiter sont les verbes du pneuma qui désignent la qualité de la région du pneuma, autrement dit du Royaume. Royaume est un des synonymes du terme d'espace. Le pneuma est donc l'espace habitable qui s'appelle aussi le Royaume.

La symbolique du lieu est de toute première importance. On peut se poser la question profondément, c'est-à-dire : « D'où je suis, qu'est-ce qui me donne lieu d'être ? ». Le lieu comme le temps sont à la dimension même du verbe être, ce sont des choses à méditer.

●  Autre approche du même thème[30] : Pneuma, Royaume (Règne), Ekklêsia[31].

égliseLe pneuma est la résurrection répandue. Répandre est un des verbes du pneuma. Il a cette signification fluide parce qu'il a rapport au souffle, au liquide et au feu. Au Baptême, qui est la célébration de la résurrection, il descend en plénitude sur le Christ  et demeure. Par la résurrection, il se verse  – verser (enkhéeïn), autre verbe du pneuma – et emplit l'espace. C'est cela, le royaume.

Avec le royaume, nous entrons dans un rapport ouvert par la question “Qui règne ?”: le souffle de vie est plus fort que le règne de la mort. Nous sommes donc dans la question : « Qui règne ? » Le pneuma a ici la même fonction que l'espace. Le royaume est le déploiement du roi. Le mot grec basiléia est traduit parfois par règne et parfois par royaume. C'est une des prédications fondamentales de Jésus pré-pascal : dans les évangiles synoptiques, Jésus annonce la présence du royaume, il dit les paraboles du royaume. Ce mot basiléia, tantôt traduit par règne, tantôt par royaume, présente à ce titre un intérêt très grand car il garde ces deux significations, de même que le mot hébreu correspondant, malkout. Chez nous le règne a plutôt une signification temporelle : le règne de Louis XIV désigne la fonction active de celui qui règne sur un temps et sur un lieu. Le royaume a plutôt la signification de ce sur quoi on règne. Or, ces deux choses ne sont pas dissociables. En effet, le règne régnant, c'est le Pneuma et le royaume régi, c'est l'Ekklêsia, c'est-à-dire l'humanité convoquée – klêsis : appel, convocation – et non ce que nous appelons l’Église au sens spécifique du terme. Or ces deux termes, Ekklêsia et pneuma, se situent dans le même ensemble. C'est la même chose considérée du point de vue actif et du point de vue réceptif.

 

III – Le pneuma est la vie de résurrection.

Une autre direction, c'est la vie sous la forme première de la résurrection, car vie et résurrection c'est le même mot chez Jean. Quand Jésus dit : « Je suis la résurrection et la vie » (Jn 11,25) il dit un hendiadys c'est-à-dire deux fois la même chose, deux mots pour une seule chose. La vie au grand sens du terme c'est la vie de résurrection. Dans l'Évangile, le pneuma est toujours « le pneuma de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts » (Rm 8, 11), c'est-à-dire le pneuma de vie neuve, le souffle de vie neuve, le souffle qui habite la parole, la parole neuve[32].

Insufflation d'Adam, Hortus deliciarum, Mont Ste Odile, XIIe sUn des traits fondamentaux du pneuma, c'est d'être zôopoioun c'est-à-dire vivifiant, vivificateur, donateur de vie. C'est une mention qui se trouve dans le Credo : « Je crois en l'Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ».

C'est quelque chose de constant. Par exemple Philon d'Alexandrie pose la question de savoir pourquoi Moïse dit que le souffle donné à l'homme en Gn 2, 7 est pnoê alors qu'il connaît le terme de pneuma depuis le deuxième verset de la Genèse (« Le pneuma de Dieu était porté sur les eaux »). « Il a dit souffle léger (pnoê) et non souffle (pneuma), parce qu'il y a une différence : le souffle (pneuma) contient les notions de force, de tension et de puissance ; et le souffle léger est comme une brise et une exhalation paisible et douce. » (Legum Allegoriae I, 42).[33] Et il fait remarquer que le pneuma est qualifié de « pneuma de Dieu » parce qu'il est le plus vivifiant de tous les éléments et que Dieu est principe de toute vie.

La vivification qui est en question ici est donation de vie nouvelle et éternelle ; c'est une autre dimension de l'être, une dimension nativement insue qui demeure d'une certaine façon insue (non sue), mais avec laquelle j'ai relation, j'ai écoute (pour reprendre le mot à Nicodème).

 

IV –Le pneuma est l'Agapê (amour…).

Onction d'huile, Esprit d'amourUne autre direction c'est agapê : le pneuma c'est le pneuma d'amour ; c'est même probablement sous cette forme-là qu'il vient en premier dans la pensée de notre Occident à cause d'une espèce de distinction qui apparaît avec saint Augustin : le Logos (la Parole) est du côté du cognitif (du côté de la connaissance) et le pneuma est du côté de l'agapê, du sentiment, de l'affectif. Eh bien cette répartition-là est aussi une répartition de l'Occident, elle n'est pas du tout conforme à l'Écriture. Et elle n'existe pas du tout dans l'Évangile.

Nous opposons facilement et parfois de façon systématique la vie et la connaissance, or pour saint Jean « La vie c'est qu'ils te connaissent » : vivre c'est connaître. Cela veut dire que le mot de connaître n'a pas le sens qu'il a chez nous et le mot vivre non plus, puisque chez nous ils sont distincts et qu'ici ils disent le même. C'est une invitation à penser. Aimer c'est connaître, vivre c'est connaître.

L'agapê, il en est abondamment question dans la première lettre de Jean. « Dieu est agapê  » comme « Dieu est pneuma », vous trouvez les deux phrases. « 8 Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu, puisque Dieu est agapê » (1Jn 4, 8).

 

V – Connaissance et assistance. Pneuma, Royaume et Vérité.

La cinquième direction est celle de la connaissance.

●   Pneuma entendu comme enseignement.

l'Esprit-Saint et l'enseignementSaint Jean nous dit : « Nous connaissons que nous demeurons en lui et lui en nous, (en ceci) qu’il nous a donné de son pneuma. » (1 Jn 4, 20). Le pneuma désigne ici l'annonce essentielle, dans ses articulations subtiles, du rapport Père-Fils, envoi-présence, mort-résurrection, mort pour nous, c'est-à-dire le noyau indissociable, indissoluble, infragmentable de l'Évangile. C'est donc le pneuma entendu comme enseignement, mais enseignement qui n'est pas nécessairement articulé en parole puisque nous ne sommes pas ici dans la région où la conscience est décisive pour la définition de la connaissance.

●   « Le pneuma est vérité » (1Jn 5, 6) ; « Je suis la vérité » (Jn 14, 6).

Jean dit : « Le pneuma est vérité » mais ici le mot vérité ne dit pas la collection des savoirs vrais au sens où nous savons énoncer un certain nombre de propositions. Le mot vérité dit quelque chose de beaucoup plus fort puisque Jésus lui-même dit : « Je suis la vérité » (Jn 14, 6) d'où aussi une identification du pneuma avec Jésus. Comment quelqu'un peut-il dire « Je suis la vérité » ? Et je ne m'en offusque pas au sens où ce serait prétentieux. Ce serait prétentieux par exemple de dire « Je suis le véridique ».

 « Je suis la vérité » : qu'est-ce que ce Je christique ? Ça n'est audible que si on médite sur ce que veut dire je quand le Christ dit je, parce que si un je psychique quelconque que vous rencontrez dans la rue vous dit : « Je suis la vérité » méfiez-vous ! Dans « Je suis la vérité » ce qui est difficile à comprendre, c'est le mot vérité peut-être, mais le plus difficile à comprendre, c'est encore le mot Je.

●    Pneuma de vérité et Paraclet.

L'Esprit du Seigneur est sur moiL'expression « le pneuma de la vérité » se trouve abondamment dans les chapitres 14, 15 et 16, les chapitres du grand discours après la Cène, où il prend également le nom de paraklêtos. Il y a cinq citations qui sont réparties au long de ces chapitres et qui traitent du pneuma sous le nom de "pneuma de la vérité" et sous le nom de paraklêtos :

– Pneuma paraklêtos. Paraclet signifie parole de défense dans le monde grec où le paraclet c'est l'avocat. Chez saint Jean paraclet n'est pas un nom propre puisqu'il désigne le Christ dans la première lettre de Jean (1Jn 2, 1). « Il vous donnera un autre paraclet » (Jn 14) peut se traduire en première approche par : il vous donnera un autre mode d'assistance, le mot assistance comportant l'idée de présence et l'idée d'aide.

– "Pneuma de la vérité". Nous avons lu en 1 Cor 2, 12 que Dieu nous a donné son pneuma. C'est dans un contexte tel que cela signifie qu'il nous a donné quelque chose de sa pensée, de ce qu'il pense. Il y a la pensée pensante et la pensée pensée : le pneuma a trait à ces deux choses. C'est le dévoilement (la révélation, c'est le même mot) en tant que ce dévoilement est verbal puisque c'est la parole qui donne de voir, donc qui ouvre le champ du visible, dans l'Évangile comme dans la Genèse – « Dieu dit : "Lumière soit". Lumière est. Dieu vit… » : la parole donne la lumière, la lumière donne de voir. « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu… » (1Jn 1) c'est dit dans l'ordre. C'est une constante dans le discours johannique.

●    Pneuma, Royaume, vérité : trois mots qui disent la même chose.

Et le pneuma est toujours le pneuma de la vérité chez Jean, c'est-à-dire le pneuma qui est vérité. Pneuma, royaume, vérité sont synonymes, chez Jean. Chez nous, le souffle (pneuma) est une affaire qui concerne le pneumologue, le royaume concerne par exemple le droit constitutionnel, la vérité concerne le métaphysicien ou éventuellement le mathématicien. Or on peut montrer avec rigueur que ces trois mots-là se prennent explicitement les uns pour les autres dans l’évangile de Jean.

J'en ai esquissé l'intelligibilité quand j'ai dit que le pneuma était ce qui ouvrait l'espace habitable qui s'appelle aussi le royaume, et si j'ajoute que la vérité, chez Jean, désigne aussi l'ouverture d’un espace, un espace d'avènement : a-lêthéia (vérité) signifie sortie hors de l'oubli, donc advenue à la présence. Bien sûr, ce n'est pas là notre usage courant du mot de vérité. Déjà, nous nous trompons quand nous parlons d'une vérité : il faudrait dire non pas "la vérité" mais "une proposition vraie", employer l'adjectif. Chez nous la vérité c'est ce qui fait qu'une proposition est vraie, entre autres choses. Mais chez saint Jean ce n'est pas premièrement et d'abord cela, c'est ce qui ouvre un espace d'intelligibilité. En être conscient est la condition pour entendre un bon nombre d'expressions qui se trouvent chez saint Jean.

 

VI – Le Pneuma est en rapport avec l'onction[34].

a) La symbolique de l'onction (du trempage).

Onction de David par Samuel, vitrailLa symbolique de l'onction est quelque chose qui nous est devenu totalement étranger au point que Christ ne signifie pas ce que signifie Christ, mais plutôt une espèce de nom de famille comme si dans Jésus Christ, Jésus était le prénom et Christ le nom. Je galèje un peu. Chrieïn, qui donne Christos et qui donne chrisma (un mot qui va du côté de l'onction), signifie oindre.

Seulement, pour entendre la symbolique de l'onction, il ne suffit pas de faire signe vers des pratiques désuètes comme de verser de l'huile sur la tête d'un homme pour en faire un roi ou un prophète, ces choses curieuses qu'on recense dans l'histoire des religions et qu'on peut recenser ici. La question est d'entrer dans une éventuelle intelligence de la symbolique de l'onction.

Il faut savoir une première chose, c'est que oindre c'est "pénétrer". Le meilleur mot est peut-être "tremper", un mot qui vaut d'ailleurs pour baptizeïn parce que c'est ensemble que la symbolique du baptême et la symbolique de l'onction peuvent se penser dans ce qu'elles ont de reculé et de difficile pour nous. D'ailleurs le mot baptizeïn grec a d'abord été traduit, non par baptizare qui est un décalque latin, mais par le mot latin tinguere qui signifie littéralement "tremper", pas comme de l'acier trempé mais comme tremper la soupe.

Je veux dire par là quelque chose de très important, et cela peut nous faire retrouver l'intelligence de cette gestuation et aussi de sa signification profonde. En effet, pour nous, oindre ou teindre, de même que baptiser indique quelque chose qui a bien à voir avec le corps mais qui a à voir avec le corps dans un imaginaire où on reste à la superficie du corps. Chez nous une teinture c'est même employé pour dire : « Je n'ai qu'une teinture de connaissance » où teinture signifie "qui reste à la superficie" littéralement. Mais, par exemple encore en alchimie, la teinture deMoyennes métaux c'est justement la transformation du métal tout entier.

Onction du Saint-EspritOr ce qui est en question ici, c'est une espèce d'invasion ou d'investissement ou d'investiture. Mais là, je retrouve la même difficulté. En effet, avec investiture j'arrive à la symbolique du vêtement qui a aussi à voir avec cela, mais le vêtement chez nous est essentiellement quelque chose qui se met par-dessus et qui est superficiel, alors que la symbolique ancienne du vêtement déclare l'identité la plus profonde de celui qui est investi, investi d'investiture : le vêtement, c'est la ressaisie du corps en son profond. Les choses que je raconte ici paraissent peut-être vaines, mais des expressions fondamentales comme « revêtir le Christ », qui est une expression de Paul, sont réduites à superficialité et à néant si on n'entre pas dans cela.

L'onction est faite avec quoi ? Avec le pneuma. Et en effet un des traits fondamentaux du pneuma, aussi bien dans le stoïcisme de l'époque que dans la symbolique juive, c'est d'être ce qui pénètre intégralement tout le corps et, le pénétrant, le tient et donc le maintient aussi. Le pneuma est dedans et autour. Le pneuma est le principe de consistance de quelque chose.

Il y a des exemples grossiers comme toujours. Les stoïciens disent que le pneuma coule dans toutes choses comme le miel dans les rayons de la gaufre. Donc il s'agit ultimement d'être investi, empli – car emplir est un mot du pneuma.

L'onction (ou l'imprégnation) est donc un symbole très fondamental, qu'il s'agisse du champ gestuel (on oint à la confirmation par exemple), ou que cela soit entendu comme la pénétration dévoilante qui est la proximité même de la présence du pneuma en nous.   

b) Christos (Oint, Messie).

Onction de David par Samuel, Doura Europos, IIIe sLe Christos, Messiah en hébreu[35], désigne celui qui est oint, donc enduit, imprégné[36]. Le Christ est oint du pneuma, il est oint du souffle, de l'odeur. Dans l'Ancien Testament les prophètes et les prêtres recevaient une onction. Le roi messianique et attendu est un roi oint, ce que le Christ est mais pas au sens d'une onction simplement rituelle.

Le Christos est celui qui est pleinement oint c'est-à-dire que le Verbe de Dieu est oint du pneuma : le pneuma descend, repose sur lui et ce pneuma est répandu, est versé sur. Je reviens toujours sur cette grande gestuelle symbolique.

Nous avons vu que Jn 7, 37-39 où le pneuma est désigné par l'eau : le dernier jour de la fête de Soukkot qui est la fête de l'eau, Jésus se tient debout au milieu du Temple et crie « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne vers moi et boive. Celui qui croit en moi, selon que le dit l'Écriture, des flots d'eau vivante ruisselleront de son sein. » Jean fait référence ici à l'inondation de la terre à partir du Temple prévue dans la mystique juive et singulièrement en Ézéchiel 47. Il s'agit de l'inondation de la connaissance de Dieu qui se répand et qui est appelée à pénétrer le monde. Le Christ est ce lieu à partir d'où cela s'annonce.

c) Le mot chrisma dans la première lettre de Jean.

L'Esprit Saint Eglise, FanoIl y a quelque chose qui va du côté de l'onction : le chrisma. C'est un mot qui apparaît dans la première lettre de Jean. Le chrisma est une onction d'enseignement, le pneuma lui-même enseigne : « Le chrisma vous enseigne au sujet de tout. » (1 Jn 2, 27).

En 1 Jn 2, 20 il y a une précision : « Vous avez un chrisma venu du Hagios (Sacré…) ».Pourquoi le mot sacré ici ? Parce qu'il se réfère au Pneuma de Consécration (ce qu'on traduit par Esprit Saint). En effet, le pneuma est le pneuma de chrismation et c'est pourquoi peu après, au verset 22, il est question du titre de Christos, la question étant de savoir si Jésus est le Christos ou le non-Christos.

Vous avez ce passage très étonnant où Jean ne craint pas de dire : «Mais vous, le chrisma que vous avez reçu de Lui qu'il demeure en vous. Et vous n'avez pas besoin qu'on vous enseigne.» (1Jn 2, 27). Cette phrase est à comprendre au sens universel de tout homme qui reçoit quelque chose de l'Évangile, elle est intégrable par toutes les Églises.

Que veut dire ce mot chrisma ?

Nous excluons ici d'avoir à choisir entre connaissance ou rite, entre parole et souffle muet, entre situation institutionnelle sacramentelle et situation charismatique et, dans la situation institutionnelle, à choisir entre baptême et par exemple confirmation. Ce qui est en question ici précède toutes ces déterminations et peut éventuellement les fonder lorsque, existant, elles sont lues dans leur véritable signification. Et ce qui précède tout cela est donné. « Vous avez reçu un chrisma » : cette expression est de saint Jean. Saint Paul parle de la donation que nous avons déjà reçue de l'Esprit, et emploie souvent un terme financier qu'on traduit par arrhes, c'est une avance ou un gage : « Dieu nous a donné les arrhes de l'Esprit » (2 Cor 5, 5). Cela correspond en gros à ce qui est donné ici sous la dénomination de chrisma. Autrement dit, tout accueil de la parole essentielle, qui ne dit pas grand-chose mais qui dit l'essentiel, est baptême déjà, est trempage et onction, c'est-à-dire que tout naturellement cela peut ensuite se célébrer dans une gestuation de baptême ou d'onction, et cela peut se mettre en œuvre dans une célébration de prière spontanée. Le principe en est retenu, surtout par saint Paul. Il a beaucoup de soucis pour mettre de l'ordre dans les communautés qui s'adonnent à ce genre d'expression spontanée, mais le principe en est aussi reconnu là.

Il ne faudrait pas se restreindre aux répartitions qui sont les nôtres, l'intellect ou l'affectif, la connaissance ou le rite, tel rite ou tel rite, le rite institutionnel sacramentel ou un rite qui soit plus spontané etc. Il n'y a rien de décidé, mais il y a là comme la source d'expressions de ce genre.

d) Correspondances avec d'autres symboliques.

Baptême du Christ, baptistère de Parme, ItalieÀ partir de là, tout circule. L'onction a à voir avec d'autres éléments, par exemple l'huile, l'élément liquide qui est véhicule du pneuma pour la chrismation. D'ailleurs pour les Anciens Dieu « nous a donné de son pneuma » (1Jn 4, 13) c'est-à-dire qu'il nous donne de sa présence, de son agapê, de son connaître.

À propos du Pneuma saint Jean emploie le terme ekporeuétaï qui est traduit par "il procède", "ce qui procède de", "ce qui émane de" : « Quand viendra le Paraclet que je vous enverrai d'auprès du Père, le Pneuma de la Vérité qui procède (émane) du Père, lui témoignera de moi. » (Jn 14, 26)[37]. Il s'agit de penser toutes choses et en particulier de penser les étants comme "émanés", non pas fabriqués.

La notion d'émanation a beaucoup d'importance, c'est la bonne odeur qui a à voir avec l'onction. Pour les Anciens d'ailleurs la pensée elle-même est une onction : nous sommes enduits de pensée. Connaître c'est être enduit de vérité. « Dieu nous a donné de son pneuma » (1 Jn 4, 13), c'est-à-dire qu'il nous a enduits de son connaître. Ça a à voir aussi avec le souffle. L'impression, l'onction, l'insufflation.

 

VI – Le pneuma et le Plérôme des dénominations[38].

Le Fils un (Monogénês) est plein de l'humanité, c'est-à-dire des enfants de Dieu, et plein de cela qui est l'accomplissement, c'est-à-dire des dénominations du Pneuma[39] : les deux à la fois.

a) Les premières dénominations du Plérôme.

En effet les premiers lecteurs de Jean au IIe siècle ont mis en rapport des mots masculins et féminins qui se trouvent dans l'évangile de Jean ou dans les lettres de Paul. Il y a des noms essentiels qui se couplent (masculin-féminin) et il y a des noms qui s'engendrent.

  • Zôê (Vie) nom féminin se couple avec Logos (Parole) nom masculin.
  • Alêtheia (Vérité) fait couple avec Monogénês (Fils Un) ;
  • Buthos (Abîme)  fait couple avec Siguê (Silence) qui est féminin en grec.

Le Silence est quelque chose comme la mère de la parole, c'est la garde de ce qui se donne, la retenue de ce qui se déploie. Le silence est donc ce qui est retenu dans les profondeurs de l'insu (Buthos, l'Abîme) et qui se manifeste dans le Fils, le Fils étant la visibilité de l'invisible, l'eikôn tou aoratou, la venue à visibilité et la manifestation de ce qui est secrètement dans le Père.

Vie (zôê) ainsi que grâce et vérité sont trois noms qui se trouvent dans le prologue de Jean. Grâce est un autre nom de Siguê (le Silence), c'est le moment silencieux de la donation, la Vérité en est le dévoilement, la monstration. Silence, Vérité et Vie sont dans un rapport d'engendrement.

Trois couples du Plérôme des dénominations

b) Le couple Christos / Pneuma[40].

trinité où l'Esprit Saint est fémininLe mot pneuma lui-même est considéré comme un nom féminin, car il est neutre en grec mais féminin en hébreu (rouah). Ceci joue un rôle dans le premier christianisme où ceux qui parlent grec ont encore à l'oreille quelque chose du langage biblique hébraïque.

Pneuma fait couple avec Christos : Christos est oint (enduit) de Pneuma. Pneuma est l'aspect féminin, c'est-à-dire diffusé du Christos qui est oint en plénitude du Pneuma : dans l'évangile de Jean, Christos et Pneuma sont des mots qui s'entre-appartiennent.

c) Le pneuma comme Plérôme.

Et la totalité de ces dénominations forme les noms de la plénitude, c'est-à-dire les noms du Pneuma[41]. C'est pourquoi on lit au chapitre 1 de saint Jean : « plein de grâce et vérité » (v.14) qui résume la totalité de ce dont le Monogène (le Fils un) est plein. « Et de sa plénitude nous tous avons reçu » (v.16) : le Plérôma (la plénitude) est un des noms du Pneuma. C'est-à-dire qu'il est plein de toute donation, donc de tous les noms œuvrants de l'Évangile et c'est pourquoi il peut porter tous les noms.

« Et le Logos fut chair, il a demeuré parmi nous et nous avons contemplé sa gloire, gloire comme du Fils un et plein – empli et emplissant – de grâce et vérité » (v.14) : il est plein de la totalité du Pneuma puisque « grâce et vérité » résume les multiples dénominations, et c'est cette plénitude qui descend sur le Christ lors du Baptême – car nous sommes déjà dans le baptême de Jésus au premier chapitre de l'évangile de Jean – et y demeure. Et c'est ce Pneuma qui, à la mort du Christ, est rendu, et la mort-résurrection du Christ découle sur la totalité de l'humanité, autrement dit le Pneuma découle sur l'humanité. Voilà une structure de pensée qui est belle et qui était bien connue par les premiers auteurs chrétiens du IIe siècle : elle a laissé des traces dans notre Écriture.

 

VII –  Pneuma de consécration : rapport avec l'onction et l'odeur.

Le pneuma a aussi à voir avec un autre aspect qui est celui de sacré (hagion). Par exemple « Consacre-les dans la vérité » est une expression courante chez saint Jean[42] et précisément dans la symbolique de l'onction qui est issue de l'Ancien Testament : on est oint de pneuma en ce sens qu'on reçoit cette vérité qui nous consacre.

 « To pneuma to hagion » c'est « Le pneuma de consécration » et c'est ce que nous traduisons par Esprit Saint. Je ne dis pas que c'est forcément une mauvaise traduction, mais il faudrait laisser place pour quelque chose que nous ne connaissons pas du tout ; or nous ne sommes pas, spécialement dans notre époque, adaptés à entendre ce que voulait dire le mot sacré chez les anciens. L'usage que nous en faisons est toujours un usage ridicule, dérisoire, insuffisant. Qu'est-ce que le sacral ? C'est quelque chose de très difficile[43].

Donc : « pneuma de consécration » voilà quelque chose qu'il faut noter même si je ne sais pas encore exactement ce que ça veut dire. L'important n'est pas de retenir seulement ce que je comprends, mais surtout ce que je n'entends pas, parce que c'est là qu'il y a à trouver. Si je lis pour confirmer ce que je sais déjà, ce n'est vraiment pas la peine. Ce qui est intéressant dans l'Évangile, c'est ce qu'il y a d'énigmatique. Les choses que nous croyons avoir comprises, ce n'est pas la peine, c'est d'ailleurs signe que nous ne les avons pas comprises, pas entendues.

●   Odeur de consécration / odeur de corruption.

À nouveau, pour vous montrer la circulation des choses, on peut mettre un rapport entre la consécration et l'odeur par exemple, comme on pourrait mettre un rapport entre la consécration et l'onction. Il y a une expression bien connue : « odeur de sainteté » et il faudrait d'abord dire « odeur de consécration ». Elle s'oppose à l'odeur de corruption, nous avons cela en toutes lettres dans le chapitre 11 à propos de Lazare qui est mort : Jésus veut s'approcher du tombeau, mais la sœur de Lazare lui dit : « Il est de quatre jours, il sent (ozeï) déjà » (v.39).

À l'époque de Jésus on pensait que la corruption commençait au quatrième jour, c'est d'ailleurs pourquoi il est si important que Jésus soit ressuscité le troisième jour car il a connu la mort mais pas la corruption. Il y a une phrase du Ps 16, 10 : « Tu ne laisseras pas ton consacré connaître la corruption » qui est citée explicitement par Paul dans son discours en Actes 13 verset 35.

L'odeur de corruption, c'est l'odeur de mort accomplie par opposition à l'odeur de vie c'est-à-dire à l'odeur de résurrection. Le contraire de la mort c'est la résurrection.

 

 

 

Conclusion.

Il y aurait encore d'autres éléments symboliques. Vous avez seulement ici un aperçu sur la vastitude du champ symbolique dans lequel se meut le terme de pneuma. Ce sont des indications pour qu'à chaque fois nous soyons alertés lorsque nous sommes dans la proximité d'un texte : qu'est-ce qui en ressort parmi les multiples possibilités de significations du pneuma ? Et c'est le contexte, toujours, qui nous le dira. C'est ce genre de recherche que nous allons mener dans les deux séances qui nous restent.

 

Deuxième partie : Reprise de thèmes

 

1) Symboliques de l'onction et du parfum (Jn 12, 3 et autres).

► Est-ce qu'au chapitre 12 le geste fait par Marie est un geste d'onction christique ?

J-M M : Il y a deux verbes oindre chez saint Jean : chrieïn qui donne les mots Christ (Oint) et christianoï, notre nom de chrétiens, et puis un autre verbe, aleiphô, dans l'onction de Jésus par Marie de Béthanie au chapitre 12 : « êleipsen tous podas jesou ». Donc, la référence à l’onction consécratoire n’est pas immédiate dans le texte du ch 12, d’autant que Marie n’est pas habilitée à « oindre » (un roi, un prophète ou un prêtre). Oindre… C’est essentiellement le pneuma qui oint.

Marie-Madeleine au parfum« 3Marie prit alors une livre d'un parfum de nard pur de grand prix ; elle oignit les pieds de Jésus, les essuya avec ses cheveux et la maison fut remplie de l'odeur de ce parfum. »

L'onction faite par Marie n'est pas assimilable à l'onction christique mais plutôt à l'onction du cadavre de Jésus puisque c'est Jésus lui-même qui le dit : ce parfum « elle l'a gardé en vue de mon ensevelissement » (v.7). Cependant la symbolique du parfum qui est liée à la symbolique de l'onction christique ici est très présente, et en particulier on lit la petite phrase : « et la maison fut emplie de l'odeur de myrrhe ». C’est un exemple de petite phrase johannique qu’on peut ressortir du texte et méditer pour elle-même, elle résume l’Évangile. 

Le thème de la maison est très important et le verbe « emplir » est décisif, c’est un verbe du pneuma.  En effet c'est une expression qui est semblable à : « le pneuma emplit », il emplit l'orbe des terres disait déjà le psaume ; « Il emplit la maison où ils étaient assis » et il emplit le cœur de l'homme : « Étienne empli de pneuma ». Donc il emplit à toutes les dimensions. Cela indique l'idée de fluide, de liquide qui fait partie de la symbolique du pneuma, y compris la symbolique du parfum. Il y a de magnifiques textes du IIe siècle sur la symbolique du parfum.

► Le verbe enduire est proche du verbe oindre ?

J-M M : Oui mais il y a ceci qu'enduire chez nous est réputé superficiel alors que très curieusement, même dans notre langue, l'essence du parfum, c'est l'intériorité même : le parfum est censé pénétrer quand il est apposé, et emplir celui qui le reçoit. Le parfum est sans doute une des dénominations les plus rares mais aussi les plus précieuses de la semence.

► Ce verbe enduire est à propos de la parabole de l'aveugle de naissance en Jn 9, Jésus crache sur le sol, fait de la boue avec sa salive et "enduit" les yeux de l'aveugle (v.6).

J-M M : Ici c'est le verbe chrieïn (oindre), bien que la signification du geste de Jésus soit tout à fait autre à la mesure où c'est la reprise de Adam de Genèse 2 qui est fait de boue (on dit de poussière, mais c'est de boue). Autrement dit le baptême est la reconnaissance de son aveuglement natif, de sa boue native qui, lavée par les eaux du baptême, donne de voir en vérité. Car l'aveugle de naissance, c'est nous, c'est tous les hommes, nous sommes nés aveugles par rapport à l'essentiel des choses.

► Donc la dimension du pneuma, c'est le laver ?

J-M M : Voilà, et là il est dans la symbolique de l'eau.

Pour ce qui est des éléments principaux – parce que vous avez vu que le pneuma se dit vraiment sous toutes les formes, il faut le détecter, le reconnaître comme tel, et ce n'est pas facile parce que, quand n'importe quoi peut signifier n'importe quoi apparemment, on est dans le pur désastre. Or ce n'est pas n'importe quoi ou n'importe comment, il y a une régulation pour la lecture des termes symboliques qui est très rigoureuse et ne permet pas de chanter son petit air, cela s'apprend. Nous, nous ne procédons pas ainsi. L'Occident n'a pas développé, dans sa lecture de l'Évangile, une lecture correspondant au mode selon lequel c'est écrit parce qu'il avait besoin de l'adapter, mais les adaptations successives ne remplacent pas l'origine. Elles sont signifiantes, elles sont bonnes en général, et elles sont exactes surtout quand elles sont dogmatiques, mais l'exactitude n'est pas la vérité du texte. Il ne faut pas confondre l'exact et le vrai. Le mot vrai a un sens éminent puisque Jésus dit : « Je suis la vérité ». Et qu'est-ce que c'est que la vérité ? Mais « Qu'est-ce que la vérité ? » c'est une question d'occidental et c'est Pilate qui la pose, ce n'est pas la question de l'Évangile, c'est la question du Romain.

Ici, en Jn 9, c'est la confession de l'état natif boueux qui, lavé par l'eau du baptême ouvre l'œil à un autre espace, à une autre visée.

 

2) Comment percevoir l'Esprit Saint ?

► L'Esprit Saint, à la Pentecôte est souvent considéré comme une force d'en haut qui descend, donc c'est une force subtile. Je me demande si, pour percevoir cet Esprit Saint, il ne faut pas un certain endormissement des facultés habituelles, comme dans l'Ancien Testament quand l'Esprit tombe sur les prophètes qui sont saisis d'une torpeur ; ou faut-il que soit donnée une faculté particulière pour le percevoir ? Je dirai : est-ce que c'est seulement une phase qui arrive comme ça, faut-il aussi qu'il y ait du changement ?

J-M M : Tout à fait, et ceci est une question très pertinente. Il n'y a pas de proportion entre le pneuma divin – et pour l'instant je ne précise pas s'il y a une différence entre l'Esprit Saint troisième personne et Dieu comme Esprit – il n'y a pas de proportion entre cela et nos capacités natives d'appréhension (par natives j'entends celles de notre première naissance, de notre naissance à ce monde).

C'est en toutes lettres dans saint Jean au chapitre 3, dans le dialogue nocturne avec Nicodème : « Le pneuma, tu ne sais » c'est-à-dire qu'il n'est pas objet de savoir, et il faut bien entendre ce que veut dire savoir chez Jean à ce moment-là. Il n'y a pas de proportion entre le pneuma et nos capacités natives de perception : « Si quelqu'un ne naît pas d'eau et pneuma, il n'entre pas dans le royaume » (Jn 3, 5) c'est-à-dire qu'il ne peut pénétrer dans l'espace de Dieu, pour cela il lui faut naître du pneuma.

► Vous dites que le pneuma n'est pas de l'ordre du savoir, alors serait-il de l'ordre de l'expérience ? Saint Paul, sur le chemin de Damas, a reçu l'Esprit avec une brutalité extrêmement forte à un moment où il ne s'y attendait pas. Est-ce qu'il est possible de cultiver cette capacité de réception à l'Esprit ?

J-M M : Ceci se trouve aussi dans le texte du dialogue avec Nicodème : « Tu entends sa voix » : essayer d'entendre ce qui est l'expression même du pneuma, c'est-à-dire essayer d'entendre l'Écriture.

●   Ruissellements de pneuma, mais aussi orages.

Par rapport à ce que vous avez dit, j'aimerais dire qu'il y a à la fois une hydrographie et une climatologie du pneuma, c'est-à-dire qu'il y a des canaux, des cours d'eau qui sont la lecture de l'Écriture, la fréquentation des sacrements etc. et puis il y a aussi des intempéries intempestives, la climatologie, la météorologie : ça peut venir sous forme d'orage brutal, rapide. Ce n'est pas de façon tout à fait gratuite que j'emploie ces métaphores-là, parce qu'un des symboles les plus fondamentaux du pneuma, c'est l'eau, nous en avons parlé, l'eau est un autre nom du pneuma.

Il y a des chemins du pneuma, des ruissellements de pneuma, mais il y a aussi des orages, ça tombe et ça peut tomber brutalement.

Par ailleurs vous êtes partis du mot expérience qui est un mot difficile dans le cas présent parce que ce n'est pas une pensée d'ordre conceptuel, mais ce n'est pas à tous égards et dans tous les sens, une expérience. C'est une expérience à certains égards, mais pas telle qu'elle ait en elle son autosuffisance. En effet, quand j'ai fait une expérience au sens banal du terme, j'ai un retour sur mon expérience : à la fois je connais l'objet de l'expérience et mon acte d'expérience. Or là je n'ai pas un retour total sur l'objet. Autrement dit, le mot expérience est utile, il a une signification, mais à condition qu'il soit corrigé pour dire ce qu'il en est. C'est pourquoi Jean utilise des mots mais qui ont besoin tous d'être corrigés.

Le premier équivalent de la foi c'est recevoir, recevoir quelque chose qui vient, le reconnaître comme venant à moi. Seulement je n'en ai pas une expérience au sens absolument rigoureux, c'est une expérience qui me vient par une parole, mais par une parole témoignante : tout cela est fondé sur l'expérience proprement dite de la Résurrection que font les apôtres, qui est du reste une expérience collective et multiple. Elle est collectrice à la mesure où elle n'est pas faite simplement pour eux mais pour rassembler ceux qui, dans leur parole, entendront la parole de la nouveauté christique.

Ceci est très important parce que, tous les spirituels le savent, le degré de foi ne se mesure pas au degré de sentiment que j'en ai. Quand je dis : « un homme de grande foi » je ne dis pas grand-chose ; je dis éventuellement : « un homme de grande ferveur », et par ferveur je peux entendre les effets de la foi sur le psychisme quand il y a des retombées psychiques. Mais la foi en elle-même n'est jamais comme telle en son fond pleinement ressentie, et en tout cas elle n'est pas à la mesure de ce que je ressens.

La joie christique peut être soigneusement camouflée dans une vie de peine, être présente mais n'être pas dans le lieu de l'exubérance psychique, ça tous les mystiques le savent. Il ne faut pas confondre les expériences spirituelles telles qu'elles sont ressenties, et la vérité de la foi. Pour autant il faut séparer ces choses mais il faut être prudent. Autrement dit le proprement spirituel n'est pas de l'ordre du psychique même s'il a des retombées dans le meilleur des cas, et ceci même dans les pires cas. Il est très possible qu'il y ait une façon de vivre la douleur ou la souffrance au titre de la foi, non pas dans la joie, mais dans quelque chose qui n'est pas la pure déréliction, le pur abandon. L'expérience de la pure déréliction peut se faire aussi, elle se fait même chez le Christ : « À quoi m'as-tu abandonné ? » (Mc 15, 34). Et on ne peut pas dire qu'il manque de foi.

► Il m'apparaît que c'est quelque chose qui ne nous appartient jamais, qui nous échappe toujours. Chaque fois qu'on veut parler d'une expérience, en fait elle disparaît.

J-M M : C'est-à-dire que la volonté de la retenir la fait fuir. Entendre l'Évangile ce n'est jamais avoir entendu, c'est attendre d'entendre. Avoir, c'est toujours demander et non pas posséder de façon satisfaite[44].

Nous avons fait allusion à l'épisode de Nicodème, c'est un lieu qui me paraît très précieux. Ce qui est mis en question ici justement c'est l'abord de l'Évangile, de ce qui vient, en quoi ça consiste : ce n'est pas contenu dans ce que je sais et il faut que mon prétendu savoir soit débouté, récusé ; il faut que j'aie encore à entendre.

 


[1] Figurent ici l'essentiel du II et du III de ÉNERGIE. Ch II : Le pneuma (souffle, esprit, Esprit Saint…) chez saint Jean. Repères et symboliques. Au I J-M Martin donne d'abord deux repères : le pneuma se pense à partir de la Résurrection ; le spirituel se distingue du psychique. Une question sur les dons du SE figure dans un message à part : Les dons du Saint Esprit ; Un/multiples ; Fragment d'intact ; Parabole des apparitions nocturnes (Évangile de vérité). Ce qui est dit du pneuma (de l'Esprit Saint) dans le Credo est médité dans la session sur "Credo et joie" : Chapitre 5 : L'Esprit Saint. Un autre aspect du pneuma n'est pas traité ici : L'opposition chair-pneuma. La crucifixion/résurrection du langage.

[3] « Déterminé Fils de Dieu de par la résurrection d'entre les morts dans un pneuma de consécration (dans un esprit de sainteté, dit-on d'habitude) ».

[4] Ce paragraphe est extrait de la session sur la Symbolique des éléments (dont la transcription paraîtra prochainement sur le blog)

[6] On ne sait pas d'où est tirée cette citation ; ce qui est sûr, c'est que Jean reprend ici le cri de la Sagesse de l'Ancien Testament et se rapporte à plusieurs épisodes : le rocher frappé par la baguette de Moïse, d'où coule l'eau ; le temple d'Ézéchiel d'où coule de l'eau depuis les quatre faces du temple ; les quatre fleuves du paradis. Ce sont des thèmes que les Anciens se plaisaient à rapprocher les uns des autres dans la thématique de l'eau. Les testimonia sont des recueils de textes de l'Ancien Testament autour d'un même thème (l'eau, le bois…) et qui sont censés parler symboliquement du Christ. (J-M Martin, Saint Jean de Sixt, septembre 2008, Si tu savais le don… ).

[7] En Jn 1 on a la même chose  dans la bouche de Jean-Baptiste : « Je suis venu, moi, baptisant dans l'eau. […] Celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau celui-là m'a dit : "Celui sur qui tu verras le pneuma descendant et demeurant sur lui, celui-ci est celui qui baptisera dans le pneuma."» (Jn 1, 31-33).

[8] Figurent ici deux extraits de la session sur la Symbolique des éléments (dont la transcription paraîtra prochainement sur le blog).  Sur le texte des Noces de Cana voir tag JEAN 2. CANA.

[9] Cette partie est extraite de la session sur "Jean 6, Pain et parole" (tag JEAN 6)

[10] Dans La Messe, yoga du souffle (éd Le Fennec, 1994), John Lagerwey, Directeur d'études à l'EPHE spécialiste du taoïsme, relit la liturgie comme étant le lieu d'échange de souffles, de création du Souffle. Voici des extraits (p. 13-23) : « Yoga veut dire discipline : discipline du corps, respiration contrôlée, circulation du souffle. La liturgie n'est rien d'autre. » « Le mot que l'on traduit par 'esprit' est le même, en hébreu, que le mot pour 'souffle'. Le Saint Esprit est donc plutôt le 'souffle sacré'. C'est le souffle qui est saint par définition car c'est le souffle qui donne la vie : qu'y a-t-il de plus sacré que la vie ? » « Le yoga chrétien consiste à faire circuler le souffle dans le corps du Christ. “Vous êtes le corps du Christ”, chantons-nous en allant communier. En effet, nous sommes ensemble le corps du Christ et, d'entrée de jeu, il y a un salut, un échange de salutations. Nous faisons circuler entre nous le souffle même qui est salué et qui fait de nous des prêtres, c'est-à-dire des médias, des lieux de transit du Souffle. “Le Souffle soit avec vous”, dit l'un (car il n'y a qu'un seul Seigneur), “Et avec votre esprit”, répondent les autres. La discipline chrétienne du souffle est scandée par un échange de paroles – de souffles typiquement humains–, qui saluent, chez les uns et chez les autres, ce qui en eux est déjà divin, ce qui les rend dignes de notre respect et de notre amour, à savoir le fait qu'ils soient, de par leur présence en ce lieu, à la fois porteurs et demandeurs de ce même souffle qui va faire de nous un seul corps. Nous saluons donc ce que nous venons demander. (…) La liturgie discipline notre emploi du souffle, l'oriente, le plie à ses fins, à nos fins. Pour que nous soyons tous remplis de l'Esprit. » « On oublie ce qui est clair dans d'autres traditions plus cosmologiques, plus mythologiques, moins historiques (…) à savoir que l'un des moyens les plus universels de fécondation spirituelle par le souffle est celui par l'oreille : la Parole. Lorsqu'elle pénètre une oreille réceptive, la parole se fait appel, et de l'appel naît la vocation. »

[12] En hébreu la néfesh désigne la respiration par la gorge, le souffle qui est aussi celui des animaux : « Le Seigneur Dieu façonna l'homme, avec la poussière du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l'homme devint un être vivant (nefesh hayah)» (Gn 2,7). Pneuma est le principe qui me fait vivre : ce n'est pas simplement le souffle respiratoire qui est un élément vital mais partiel, mais c'est ce qui tient et maintient un être en vie, c'est le grand souffle. Nefesh correspond à psyché (grec) et à "âme" (français) mais on peut traduire par "être" ; rouah correspond à pneuma (grec). Dans le texte grec de la Septante : « Et Dieu façonna l'homme, poussière prise à la terre, et il souffla sur sa face un souffle de vie (pnoên zôês) et l'homme fut pour [être] une psychê vivante (eis psychên zôsan). » Mais attention, dans la pensée hébraïque, l'homme n'est pas formé de parties composantes, il est regardé selon des aspects.

[14] Seul le 1er  paragraphe vient du cycle sur l'énergie, les autres sont extraits de la session sur la Symbolique des éléments (dont la transcription paraîtra prochainement). La lecture de ces versets faite par J-M Martin lors du cycle sur l'énergie figure dans Lecture de 1 Jn 5, 1-12 ; Eau, sang et pneuma (esprit, souffle...) dans les versets 6-8 .

[15] L’onction d’huile est aussi mise en rapport avec la guérison en Marc 6,13, qui dit que les Douze envoyés par Jésus « guérissaient de nombreux malades en les oignant d’huile ». Elle est citée aussi en Jacques 5,14-16. Le verbe oindre est alors aleiphô comme en Jn 12 pour l'onction de Marie de Béthanie.

[16] Évangile de la vérité, traduction de Ménard (Letouzet et Ané 1962) : .f. XVII p. 34, Ménard p 66-67.

[17] Ce paragraphe est extrait d'un cours de J-M Martin à l'Institut Catholique de Paris.

[18] J-M Martin a lui-même précisé que cet emplir supposait un certain vide : « Comme nous sommes dans l’ordre du don,  cet "emplir" (qui est la même chose que le verbe donner) suppose le vide, un rapport à la vacuité. Il n'y a pas quelque part des pensées du vide et ailleurs des pensées du plein, ce sont des mots d'ordre pour débutants, et c'est faux. Là où il y a du plein, il y a du vide ! Le mot plein n'a pas de sens si le mot vide n'est pas là. L'exemple pratique de cela c'est la respiration.  Il n'y a possibilité de recevoir le don du souffle que pour autant que j'expire. Il suffit de bien apprendre à expirer et l'inspiration viendra toute seule. »

[20] Le symbolisme de l'onction est repris de façon détaillée au 6°. Christos traduit le mot hébreu massiah (messie)

[21] On peut le trouver dans certains écrits : « ‘Et l’Esprit du Seigneur planait sur les eaux’, tel une colombe qui plane par-dessus ses petits, mais sans les toucher » (Traité Haguiga).

[22] Saint Pierre ne parle pas de la colombe mais réfère le baptême au Déluge : « Le Christ a souffert la mort, lui juste pour des injustes, ayant été mis à mort selon la chair, mais rendu à la vie selon l’Esprit. C’est aussi dans cet Esprit qu’il est allé faire une proclamation aux esprits en prison, rebelles autrefois lorsqu’aux jours de Noé la longanimité de Dieu temporisait tandis que se construisait l’arche dans laquelle un petit nombre, savoir huit personnes, furent sauvés à travers l’eau. C’est elle aujourd’hui qui vous sauve par son antitype, le baptême » (1 Pierre 3, 18-21).

[23] C'est saint Irénée qui, au chapitre I de Contre les hérésies qui cite la pensée de Marc le mage.

[24] En effet :   π + ε + ρ + ι + σ + τ + ε + ρ+ ὰ = 80+ 5 + 100 + 10 + 200 + 300 + 5 + 100 + 1 = 801.

[25] Cette dernière considération est celles des valentiniens. Un certain nombre de messages figurent sur cette pensée, en particulier Gnose valentinienne : Lieux fondamentaux, angélologie, chambre nuptiale. Citations d'Extraits de Théodote. : le texte des Extraits de Théodote parle des semences angéliques. Dans le message Lecture gnostique de la Samaritaine (Jn 4, 4-24) suivie des fragments d'Héracléon cités par Origène on trouve cette considération du Christ d'en haut qui descend chargé des semences.

[26] Certains expliquent cela à partir de l'hébreu. «En se rattachant à la racine haga, méditer signifie “murmurer à mi-voix". Ce murmure, émanant du larynx, ne se rapporte pas uniquement à l’homme ; indifférencié, il ne saurait comporter nécessairement un contenu religieux. Comme le font observer Emmanuel Von Severus et Aime Solignac, ce murmure peut s’appliquer aux cris de certains animaux, tels le rugissement du lion (Is 31, 4), le pépiement de l’hirondelle, le roucoulement de la colombe (Is 38, 14), le grognement de l’ours.» (Marie-Madeleine Davy, http://www.questionde.com/la-revue/la-revue-question-de/meditation/complements-d-enquete/ouverture-sur-la-meditation-dans)

[28] Lors d'une des soirées sur le Notre Père, J-M Martin a mis en rapport pneuma, volonté et semence (cf II du NOTRE PÈRE. Chapitre VI. Soit ta volonté comme au ciel de même aussi sur terre) en ajoutant à la fin : «Vous voyez l'importance qu'il y a à mettre en rapport les trois termes de sperma, de pneuma et de thélêma. Du reste, ce n'est pas inouï. Dans la médecine des premiers siècles, chez Galien ou même dans le stoïcisme, pneuma et sperma (souffle et semence) sont des mots qui s'emploient l'un pour l'autre et vont très bien ensemble. Dans la pensée stoïcienne, pas dans la morale stoïcienne, il y a un certain nombre de rapports structurés avec cela.»

[30] Cette partie vient des rencontres sur le Notre Père (tag NOTRE PÈRE). Elle trouve un prolongement au 5° avec "Pneuma, Royaume, Vérité"

[31] Cette partie est extraite des rencontres sur le Notre Père : « Que ton règne vienne» est une demande concernant le Pneuma. (NOTRE PÈRE. Chapitre V. Vienne ton règne)

[32] « Pneuma est le principe qui me fait vivre : ce n'est pas simplement le souffle respiratoire qui est un élément vital mais partiel, qui a son nom propre, mais c'est ce qui tient et maintient une totalité, ce qui maintient un être en vie, c'est le grand souffle. L'idée de souffler, l'idée de vie peuvent, au sens où je les entends aujourd'hui, être restrictifs par rapport à l'idée de pneuma, car le pneuma c'est une lumière, c'est une connaissance : le pneuma parle. Alors souvent nous avons réparti d'une part le Logos (le Verbe) qui tient des discours, mais ses discours sont loin, et d'autre part le pneuma ; et le pneuma, c'est pfff, on ne sait pas ce que ça dit mais c'est plus ou moins du côté de l'affectif, en tout cas assez proche, et ça n'a pas de forme. Cette répartition-là est totalement contraire à ce qui est en question ici.» (J-M Martin, Saint-Bernard-de-Montparnasse, mars 2010)

[33] « Moïse dit : "Dieu façonna l'homme en prenant une motte de terre et il insuffla sur sa face un souffle de vie (pnoên zôês) et l'homme fut engendré en âme vivante (psychê zôsa)". Il montre par là très clairement la différence du tout au tout qui existe entre l'homme qui vient d'être façonné ici et celui qui avait été précédemment engendré à l'image de Dieu » (De opificio mundi §134). Citations tirées  de l'article de  Paul-Hubert Poirier : Pour une histoire de la lecture pneumatologique de Gn 2,7 : Quelques jalons jusqu'à Irénée de Lyon, Revue des études augustiniennes, 40, 1994, p.2-3.

[34] Un certain nombre de choses ont été ajoutées par rapport au cycle sur l'énergie, elles viennent de ce que J-M Martin a dit lors d'une soirée de mars 2010 à Saint-Bernard-de-Montparnasse.

[35] Le mot hébreu mashiah (messie) vient du verbe mashah qui signifie passer la main sur quelque chose, d'où oindre. Dans la Septante grecque il a été traduit par Christos, d'où Christ. Dans l'AT il peut désigner le roi d'Israël, le grand prêtre, ou même Cyrus, le roi perse qui a permis au peuple exilé de rentrer à Jérusalem (Isaïe, 45, 1).

[36] Être imprégné de quelque chose est une façon de dire la proximité. Il faudrait étudier les notions d'imprégnation, les notions de mélange, de mélange total, selon la physique des stoïciens qui est très particulière.

[37] C'est de là que vient l'expression du Credo : l'Esprit Saint procède du Père (et du Fils).

[38] Dans cette partie, les dénominations (y compris le pneuma) ont leurs noms écrits avec une majuscule. Vous avez un schéma très complet et un récit dans le message Gnose valentinienne : Lieux fondamentaux, angélologie, chambre nuptiale. Citations d'Extraits de Théodote.

[39] Ici J-M Martin parle des dénominations du Pneuma, ailleurs il parle des dénominations du Christ (cf note précédente), mais c'est le même. Quand Jésus dit « il vous est bon que je m'en aille, car si je ne m'en vais, le Paraclet ne viendra pas. » (Jn 16,7) la venue véritable qui est l'autre face de l'absence, est mise au compte du Paraklêtos, de l'Esprit, mais Père, Fils et Esprit ne sont jamais disjoints. L'Esprit est le présentificateur de la dimension ressuscitée de Jésus, donc de la dimension authentique de Jésus.

[40] Dans le récit valentinien qui est une lecture de saint Jean et saint Paul, le couple Christos/Pneuma intervient à la suite d'un trouble initié à l'intérieur du Plérôme par Sophia, il restaure ce lieu qui ne peut pas se tenir dans le manque puisqu'il est la Plénitude (cf Gnose valentinienne : Lieux fondamentaux, angélologie, chambre nuptiale. Citations d'Extraits de Théodote.).

[41] Le Pneuma peut désigner fragmentairement une partie du Plérôme (voir note précédente) mais peut désigner la plénitude elle-même.

[42] Par exemple : « Et pour eux je me consacre moi-même en sorte qu'ils soient eux aussi consacrés dans la vérité. » (Jn 17, 19). Le mot vérité ici n'est pas à entendre dans notre sens. Nous appelons vérité l'exactitude ou le correct, mais ici alêthéia (vérité) est la même chose que le dévoilement ou que la révélation.

[43] J-M Martin a fait deux sessions sur le Sacré dans l'Évangile, voir la transcription dans le tag SACRÉ.

[44] J-M Martin aime beaucoup le verbe "avoir", plus que le verbe "être". Cf Les verbes être et avoir dans la Bible, en hébreu, grec et français.