Voici une introduction à la gnose valentinienne faite par J-M Martin. Il a été initié à cette lecture lors de ses études à l'université grégorienne de Rome, par Antonio Orbe (1917-2003), jésuite, spécialiste des Pères de l'Eglise, qui a aussi écrit des ouvrages sur la gnose valentinienne (en espagnol) ; on trouve pas mal de notices sur les Valentiniens dans le dernier ouvrage traduit en français, Introduction à la théologie des IIe et IIIe siècles (2 tomes) Cerf 2012, coll Patrimoines.

 

La gnose des Valentiniens :

 

Lieux fondamentaux, angélologie, chambre nuptiale

Citations des Extraits de Théodote

 

Voici la dernière séance de cette année[1]. Par l'examen de la symbolique Ciel-Terre dans saint Jean et surtout dans saint Paul, nous avons été conduits à évoquer l'angélologie, les anges sous diverses dénominations. Les anges sont les habitants du ciel et les hommes sont les habitants de la terre. L'angélologie ouvre un programme immense et nous avons peu de temps pour en parler. […]

Après vous avoir présenté une angélologie catéchétique du IIe siècle je vais maintenant traiter de l'angélologie des Valentiniens au même siècle, à un niveau de réflexion ou de pensée qui est structurellement, à mon sens, plus fidèle à l'Écriture. Les Valentiniens seront bientôt ensuite, pour d'autres raisons, rejetés de la grande Église. Ils restent cependant des témoins intéressants d'une possibilité de pensée dans le domaine de l'angélologie. Valentin enseigne dans les années 130, puis il y a la deuxième génération de disciples parmi lesquels Ptolémée, Héracléon.

 

Le grand mythe central des Valentiniens est l'épisode de Sophia. Sophie (sagesse) est le mot qui a donné le nom à la philo-sophie, et Sophia a bien des malheurs. Ceci est raconté dans La Grande Notice qui est un résumé de doctrines valentiniennes, probablement de Ptolémée. On trouve cette Notice dans le premier livre de l'Adversus Haereses d'Irénée, chez Hippolyte (en fait le pseudo-Hippolyte), chez Tertullien et dans les Extraits de Théodote de Clément d'Alexandrie qui date du début du IIIe siècle. Nous avons un schème à peu près semblable qui retrace ce que l'on pourrait appeler les premières choses du gnosticisme chrétien.

 

Premier parcours : Les trois lieux fondamentaux

 

Voici d'abord une sorte de topographie où situer les mots que je vais prononcer. Les trois lieux fondamentaux sont l'Abîme, le Plérôme et hors du Plérôme :

 1) l'Abîme : chez les Valentiniens l'Abîme (Buthos) est ce qu'il y a tout en haut. Il garde la signification de abussos, c'est-à-dire qu'il est l'infranchissable. Il a d'ailleurs souvent un autre nom anexikhniastos, (ikhnos = la trace, la piste ; an = ne pas) donc celui dont on ne peut trouver la trace, le non-franchissable, l'impénétrable. Il correspond au Père.

2) En dessous, mais ce n'est pas un dessous d'infériorité malgré la difficulté en français de comprendre cela : le Plérôme. L'infranchissable est comme un vide, et la plénitude correspond à ce vide : le Fils un (le Monogénês) est l'arkhê d'une plénitude (d'un Plérôme).

Ceci ne fait que traduire ce que dit saint Jean dans le Prologue de son évangile : « Dans l'arkhê était le Logos », autrement dit l'arkhê est un des noms du Logos, c'est ce qui ouvre et ensuite règne sur ce qu'il a ouvert, donc sur le déploiement de l'arkhê. Le Monogène est plein« et de sa plénitude (plêrômatos) nous avons tous reçu, et donation sur donation (grâce sur grâce) » (v. 16). Le mot Plérôme est donc un mot de saint Jean. Ce Plérôme est à la fois le Fils et une multitude, mais de quoi et comment ?

3) Enfin, en dessous, le "hors du Plérôme" qui est un autre vide, un vide négatif celui-ci, alors que le premier vide est un et égal avec la plénitude. Le rapport du plein et du vide est tout à fait positif entre le Père et le Fils, en revanche le "hors du Plérôme" est un vide de carence, de manque, hustérêma. Le manque : le mot est pris à saint Jean « hustérêsantos tou oïnou, le vin venant à manquer. »

- le Plérôme est plénitude, et ce vide est un vide de manque, un mauvais vide, le vide indu. 
- l'espace de plénitude est lumière, ce vide est espace de ténèbre.
- l'espace de plénitude est sagesse, ce vide est folie ou sottise.

Les trois expressions : le vide, la ténèbre et la folie, sont employées par Paul pour désigner l'espace dans lequel nativement nous nous tenons, et ils sont constamment énumérés ensemble. Ils sont la première conséquence de la non-eucharistie : « Ils n'eucharistièrent pas » (Rm 1, 21) et c'est pourquoi ils entrent dans la ténèbre, le vide et la folie (v. 21-22). La folie, c'est aussi la fausse sagesse, c'est-à-dire la sagesse de ce monde, la philosophia par rapport à l'annonce évangélique. Et cette énumération ternaire se retrouve dans l'épître aux Éphésiens, donc c'est une espèce d'énumération constante et structurelle qui se trouve précieusement gardée par les Valentiniens alors que la grande Église ne la retient pas.

Résumé très schématique.

De haut en bas il y a :
L'Abîme qui correspond au Père. C'est le vide positif.
Le Plérôme (la Plénitude). Et le Monogène (Fils un) est arkhê de cette plénitude.
– Le "hors du Plérôme"
qui correspond à notre espace. C'est le vide de "manque".

Ce sont les trois grands éléments de la topographie fondamentale.

Le Monogène est Fils par rapport à ce qui le précède (l'Abîme) et il est Arkhê par rapport à tout ce qui s'ensuit dans le Plérôme.

Il va falloir reprendre cela, retraverser ces espaces. Nous le ferons à plusieurs reprises pour nous familiariser avec cette topographie. Nous verrons que, dans tout cela, il s'agit des noms qui sont attribués à Dieu. Il y a des noms masculins et des noms féminins, et leur rapport est pensé comme un rapport de couple ou bien comme un rapport générationnel. Ainsi Monogène et Vérité forment un couple, et Logos émane[2] de ce couple.

On peut lire tout ce qui va suivre comme une histoire du vocabulaire, des vocables, des noms de Dieu. Il est très important pour l'angélologie que ce soit les noms de Dieu.

 

Deuxième parcours : les multiples dénominations du Nom

 

1) L'Abîme est le Dieu in-nommable vers qui nous tourner.

Je reviens à l'Abîme dont nous avons dit qu'il était l'impénétrable : il est l'in-nommable, le Dieu innommable.

L'innommable de Dieu est véritablement ce vers quoi il nous est donné de nous tourner. Se tourner vers l'innommable est notre mode possible d'être à son endroit. Ceci est très important pour l'intelligence de la prière. Nous avons des idées sur Dieu, nous ne prions pas nos idées sur Dieu, nous prions Dieu plus grand que les idées que nous en avons, que nous pouvons en avoir. Nous prions Dieu lui-même. Si nous prions notre idée de Dieu, nous sommes idolâtres car nos idées sont toujours de petites idées, des idoles. Cela fait écho à la prière qui se trouve à la fin du chapitre 3 des Éphésiens : « Ô Dieu qui peut en surdébordement par rapport à ce que nous pouvons penser et désirer (penser et demander, c'est la même chose) ». La prière, c'est de s'adresser au Dieu plus grand que notre pensée de Dieu et que notre désir même de Dieu, de Dieu qui surpasse tout désir. C'est très important.

2) Le Plérôme est le Nom de Dieu (le Fils c'est le Nom)

Le passage que nous faisons sur le ternaire : Abîme, Plérôme et "hors du Plérôme", oriente notre regard vers la parole, puisque cette fois nous nommons l'Abîme précisément innommable, et c'est pourquoi le Plérôme est le Nom de Dieu.

Le Plérôme, c'est le Fils, c'est le Fils "empli de". « Le Fils, c'est le Nom » : cette expression se retrouve à plusieurs reprises dans les écrits du IIe siècle. Le Fils c'est le Nom, le Nom du Dieu innommable. Ce qui correspond à une expression de Paul : « Il est l'eikôn (l'image) du Dieu invisible » (Col 1, 15) c'est-à-dire qu'il est le visible de l'invisible. De même il est le nommable de l'in-nommable, il est le Nom. Le fils en effet hérite du nom.

a) Le déploiement du Nom en multiples dénominations (ou éons).

Or l'important, dans ce qui va suivre, c'est que le Nom se déploie en multiples dénominations. C'est pourquoi le Plérôme est l'ensemble des dénominations de Dieu.

Il y a un seul Nom mais ce Nom se déploie en multiples dénominations, ce qui correspond à ce que nous trouvons chez saint Jean quand Jésus dit  « Je suis la vérité », « Je suis la vie »… Dans ces "Je suis", le "Je" christique indique l'unité, unité porteuse d'une multiplicité puisqu'il y a de multiples dénominations qui sont autant d'aspects, peut-être faudrait-il dire des ins-pects : le préfixe "a" marque l'extériorité, tandis que le préfixe "in" marque une multiplicité intérieure, inspectus

Deux remarques :

– les dénominations ne sont pas des dénominations extérieures mais l'essence de ce qui est le plus étant.

– les éléments du Plérôme sont donc ici appelées dénominations, mais plus couramment on les appelle des éons, nous verrons pourquoi après.

b) Le Logos (la Parole) vient avant l'Anthropos (l'Homme).

C'est à bon droit par ailleurs que nous envisageons tous ces aspects de vocables et de vocabulaire, car dans le processus que nous indiquons ici la parole (le logos) vient en premier, l'homme ne vient qu'ensuite [voir le schéma][3]. « La parole précède l'homme ». Voilà une phrase qui serait longue à méditer, qui mettrait en cause toute notre façon d'être au monde, qui a un sens authentiquement johannique puisque la première dénomination du Monogène ou de l'Arkhê, c'est le Logos : « Dans l'arkhê est le Logos » (Jn 1, 1). Qu'est-ce qu'une parole qui se tient ici et qui n'est pas l'émanation ou la production d'un homme, ou d'un pensant ? "La parole précède". C'est un des thèmes majeurs, à un autre point de vue, de l'un des derniers ouvrages de Heidegger, Acheminement vers la parole. C'est dans un champ proprement philosophique. Quelque chose de ce genre est aperçu. Mais je vous donne là des informations, et il ne faut pas escompter qu'en quelques moments d'informations de ce genre, on opère l'étonnant passage qui constitue le fait d'être dans un monde dans lequel la parole précède l'homme. C'est vraiment tout autre chose. Donc « Dans l'arkhê était le Logos … et le Logos fut homme (fut chair) » c'est-à-dire que l'homme n'est rien que le porte-parole, le porteur de la parole, celui qui recueille la parole, la parole qui le précède.

Gnose valentinienne, topographie

Description topographique du couple Abîme/Silence et du Plérôme

Du couple Logos et Vie émanent dix dénominations (ou éons) qui sont sans importance, et douze émanent de Homme et Ekklêsia. Au total cela fait 30 : c'est-à-dire 10 et 12 plus les 4 couples indiqués.

En fait ce schéma correspond à une des écoles valentiniennes. En effet si on regarde de près les écoles valentiniennes, du moins ceux qu'on appelle ainsi, on peut voir qu'il y a deux écoles : une école qui dit par exemple que l'Abîme ne peut être que seul, il ne peut pas avoir de compagne ; et puis une école qui commémore une compagne mais c'est la même chose si on regarde de près : ce ne sont pas deux écoles, ce sont deux façons de voir.

3) Le démembrement du Nom initié dans le Plérôme ouvre le Hors-Plérôme.

Je donne une information à ce sujet pour poursuivre notre parcours descendant : nous faisons un deuxième parcours de l'Abîme jusqu'à là où nous sommes, c'est-à-dire hors du Plérôme. Il y a le Nom et le déploiement du Nom, mais il n'y a pas seulement un déploiement, il y a aussi un démembrement du Nom. Le thème du démembrement du Nom se trouve aussi dans certaines mystiques juives, pour autant qu'on puisse parler de mystique juive.

a) Le démembrement du Nom introduit par Sophia dans le Plérôme.

Cela s'inaugure à l'intérieur du Plérôme. Le 12ème éon issu de Homme et Ekklêsia s'appelle Sophia (la Sagesse). C'est donc le 30ème éon.  Dans cette perspective-là, il s'agit de la Sophia en tant qu'elle est Sophia de l'homme, nous ne sommes pas ici dans le champ où la Sophia égale l'Esprit Saint, nous sommes dans une autre perspective.

Sophia est ici un des noms du Christ. En effet Archê est un nom de la Sophie juive puisqu'elle dit : « Il (Dieu) m'a créée, Archê de ses voies vers ses œuvres » (Pv 8, 22) c'est-à-dire qu'elle est tête de pont vers le cheminement de ce qui s'accomplit. Or Archê est aussi un nom du Logos, donc Logos et Sophia sont deux dénominations du même. Une Sophia qui déchoit, c'est un nom de Dieu qui déchoit.

Le mythe valentinien de la déchéance de Sophia.

Sophia (Sagesse), icôneSophia a un époux, mais ce n'est pas la peine de le nommer – il y a beaucoup de noms qui n'ont pas d'importance – parce que précisément elle entreprend de faire quelque chose sans son époux. Étant le petit dernier, Sophia, la sagesse, entreprend de vouloir connaître le Père, pénétrer le Père par ses propres ressources, sans l'aide même de son conjoint et ça rate ! C'est une entreprise aprakton, impraticable, impossible, car le Père est imprenable, et il est imprenable parce qu'il se donne. Si l'essence de ce qui est en question ici c'est le don, vouloir prendre le don, vouloir le prendre par ses propres ressources, ses propres forces, c'est le manquer. Nous trouvons ici la notion essentielle tout à fait chrétienne de base, de la volonté de prise comme méprise nécessaire.

Et ce qui arrive à Sophia ouvre le manque, hustérêma, jette le trouble dans l'ensemble des dénominations. Une dénomination manquée porte le trouble sur l'intelligibilité, l'intelligence des autres notions, mentions.

Le manque ouvre le champ du "hors Plérôme", donc le lieu où nous sommes.

Les aventures de la fille de Sophia (de sa manifestation)

Sophia a, dans son mouvement, produit une conception, mais une conception informe. Et cette production peut être appelée sa fille par exemple, puisque, dans cette symbolique, la manifestation de quelque chose est le fils ou la fille de cette chose, comme le fils est la manifestation de ce qui est en secret séminalement dans le père. Cette fille sera appelée Achamoth, mais peut aussi être appelée Sophie (ou Sagesse).

Cette manifestation de Sophia est jetée dehors avec la passion qu’a subie Sophia qui, elle, est donc réintégrée dans le Plérôme. Cette 2ème Sophie tombe dans des lieux qui naturellement sont caractérisés dans la plus pure tradition paulinienne comme des lieux de l'ombre, du vide et de la folie.

Le récit des aventures de la 2ème Sophie se trouve en partie chez saint Paul.

En effet les trois caractéristiques de la 2ème  Sagesse correspondent aux trois façons de dire la déficience que Paul a énumérées en Rm 1, 21-22 : elle tombe dans les espaces du vide (par opposition à la plénitude), dans les espaces de la ténèbre (par opposition à la lumière) et dans la folie (par opposition à la sophie, la sagesse) car elle s'appelle Sophie mais elle devient une sorte de prétendue sagesse. De la Sophia déchue il est dit par exemple que « elle bouillonna dans les lieux de l'ombre et du vide ; c’était inévitable puisqu’elle était exclue de la lumière et de la plénitude. » (Adversus Haereses 4,1).

Donc ce n'est pas un mythe qui est inventé de l'extérieur, c'est une lecture pertinente de Paul et de Jean. Ce qui est en question dans ce mythe c'est l'avènement du manque dans l'unité. Les pères de l'Église vont se gausser du fait que c'est la Sagesse qui n'est pas sage. Mais justement, la Sagesse est le lieu de la possible non-sagesse, et c'est précisément pour cela qu'elle s'appelle Sagesse, parce qu'elle a rapport avec l'insensé.

La méprise et le malentendu adviennent dans le "hors du Plérôme".

Sophia va rester à l’intérieur du Plérôme, c’est sa fille, c’est-à-dire sa manifestation qui sera jetée hors du Plérôme, et la différence, c’est que la première subit l’altération et la seconde la contrariété. Il y a une méditation sur le rapport de l’altération des noms et du moment où les noms deviennent des contraires.

En effet le trouble initié à l'intérieur du Plérôme arrive à la région des dieskorpisména, des déchirés, de la déchirure ; or la première déchirure est celle du vocabulaire : c'est donc l'ouverture du malentendu, de la méprise (se méprendre). La méprise et le malentendu règnent sur le "hors du Plérôme", mais ils ont leur initiation première à l'intérieur du Plérôme.

 b) La restauration dans le Plérôme grâce au couple Christos-Pneuma.

Mais il faut aussi poursuivre ce qui s'ensuit à l'intérieur du Plérôme. En quoi consistera la restauration de ce lieu qui ne peut pas se tenir dans le manque puisqu'il est la Plénitude ?

Il y a un autre couple qui est issu de Monogène et Vérité qui intervient : c'est le couple Christos-Pneuma. Pneuma est l'aspect féminin, c'est-à-dire diffusé du Christos qui est oint en plénitude du Pneuma : Christos et Pneuma sont des mots qui s'entre-appartiennent dans l'évangile de Jean. Il ne faut pas oublier que Pneuma est neutre en grec, mais que rouah le mot hébreu correspondant est féminin et que la féminité du Pneuma joue un grand rôle dans la symbolique des premiers siècles. Pneuma dit la même chose que le Christos en tant que le Christos est enduit (oint) de la plénitude du Pneuma.

Le Christos instruit les dénominations (les éons), les égalise et leur apprend à eucharistier :

Il les instruit, donc c'est la donation d'une révélation, d'un dévoilement, que les éons n'avaient pas encore reçu.

Il les égalise, c'est-à-dire qu'il leur apprend qu'ils sont dans la méprise quand, dans leurs différences, ils se prennent séparément, ils se séparent. C'est-à-dire que toutes ces dénominations : " Je suis la parole", "Je suis la vie", "Je suis la lumière", ne sont vraiment comprises que lorsqu'elles disent la même chose et non pas des choses différentes, quand elles disent l'indicible, quand elles disent la Résurrection. C'est tout une histoire de la parole.

Il leur apprend à eucharistier, c'est-à-dire qu'ils sont dans leur juste mesure quand ils se reconnaissent comme donnés à eux-mêmes et aux autres. Eucharistier, c'est reconnaître le don, c'est donc reconstituer la gloire, la gloire qui est la reconnaissance du don comme don.

4) Les dénominations sont aussi des éons, des anges, des logoï (paroles).

Tout ceci est en soi très simple. Je pense que ça vous paraît un peu complexe, mais j'informe.

Je voudrais ajouter ceci : pourquoi les dénominations sont-elles appelées des éons ? Et puis quel rapport y a-t-il avec les anges ?

Nous avons vu que le Christ est le Nom et que le Plérôme contient des "dénominations" à savoir différents noms du Christ lui-même, différents aspects du Christ :

– le Christ est l'Ange du Grand conseil, donc les multiples aspects du Christ sont angéliques, ils peuvent être appelés des anges (angélicoï). Les anges sont de multiples aspects de l'Ange par excellence ;

– le Christ est l'Aïôn, il est l'âge nouveau, il est la zôê aiônios (la vie éonique), expression qu'on traduit en général par la vie éternelle ; et les multiples aspects de la vie éonique s'appellent les éons. Les éons sont des aspects de l'Aïôn.

– le Christ est le Logos, donc les éons sont des logoï (des paroles), ce qui rejoint ce que nous avons dit à propos des anges puisqu'un ange c'est un messager.

Tout ce qui est au singulier dans le Christ se déploie, et les déploiements méritent tous les mêmes noms quand ils sont égalisés, quand ils sont pensés dans leur identité profonde et pas simplement dans leurs différences.

Il y a ici un rapport très complexe parce que nous sommes dans un rapport de type générationnel, donc du type de l'enfantement, donc à penser sur le modèle du rapport du père et du fils et pas sur le mode de la création.  Et cependant nous avons déjà ici un vocabulaire de la multiplicité. Par exemple les anges, pour nous, sont des créatures. Or, pas ici. Voyez la différence, voyez le chemin. Je suis sûr que vous ne voyez pas, mais j'indique quand même. C'est une première indication dans ce champ-là.

Conclusion des deux premiers parcours.

Nous avons fait un premier parcours qui avait pour tâche de nous faire relire le parcours le plus connu, le plus familier, entre : le Père inconnu ; le Fils qui est la connaissance ou le Nom ou le visage du Père ; et puis l'au-dehors de cela qui est la région de la ténèbre. Ensuite notre deuxième parcours a été de relire la même chose, mais dans le vocabulaire prioritaire du vocabulaire précisément, c'est-à-dire de la parole.

De quoi s'agit-il dans tout cela ? De parole. Seulement, ce qu'est le nom chez les anciens est tout à fait autre chose que ce que nous appelons simplement un nom, et ce qu'est la parole précède ce que nous appelons la réalité des choses, etc. Cette remarque nous dispense de répondre à la question : les éons existent-ils ou sont-ce des aspects de notre regard sur Dieu ? Ils ne sont ni l'un ni l'autre au sens où nous posons la question, c'est-à-dire qu'ils sont les deux, mais d'une autre manière.

Jamais nous n'entrerons à l'intérieur de cette pensée tant que nous serons alourdis de nos questionnements et représentations d'occidentaux. Il faut déposer ceux-ci pour que nous puissions quelque peu pénétrer dans cette affaire.

 

Troisième parcours : L'angélologie

 

Pour poursuivre, nous reprenons le même chemin, ou du moins une partie du chemin, en accentuant notre regard sur le mot ange ; nous l'avons fait sur le mot parole (logos), maintenant sur le mot ange.

Jésus est l'Ange du grand conseil.

Nous avons dit : ange est un des noms de Jésus, au singulier : "l'Ange". Rappelez-vous bien que, dans la perspective hébraïque, "le pain", ce n'est pas du pain ; "l'Ange" ce n'est pas un ange, c'est-à-dire que ce n'est pas un ange parmi les anges.

Le mot ange est une des nominations de Jésus qui a cours au second siècle, surtout sous la forme de "l'Ange du Grand conseil", c'est-à-dire de la grande délibération divine. C'est la communication de la délibération divine. Au fond, la délibération divine, c'est « Faisons l'homme » (Gn 1, 26). Dieu délibère et l'ange qui annonce et manifeste le conseil délibérant, c'est Jésus lui-même.

Le Plérôme comme chambre nuptiale.

Nous avons vu que le Christ est l'Aïôn et qu'il y a des éons, qu'il est le Logos et que les éons sont aussi appelés des logoï, de même il est l'Angélos et les éons sont appelés des angéloï (des anges). Il y a dans tout cela à nouveau un rapport de singulier et de multiplicité, car les noms (ou les dénominations) engendrent, autrement dit les noms sont des semences (des spermata) et un des noms du Plérôme est "la chambre nuptiale".

Les aventures de la "femelle".

La manifestation de Sophia (la fille de Sophia) est appelée la "femelle". Cette "femelle" a été rejetée provisoirement hors de la chambre nuptiale, c'est-à-dire hors du Plérôme, Elle va donc enfanter en-dehors du Plérôme. Cependant elle sera réintégrée dans le Plérôme puisqu'elle est d'essence pneumatique (d'essence spirituelle)[4].

La distinction semences mâles/semences femelles.

Il y a donc une distinction fondamentale entre les semences qui sont issues de la chambre nuptiale et les semences issues de la "femelle" à l'extérieur de la chambre nuptiale :
– Les semences issues de la chambre nuptiale sont appelées angéliques (angélica).
– Les semences enfantées par la "femelle" en dehors de la chambre nuptiale constituent l'humanité, mais le sperma angélicon (la semence angélique) est l'essence de cette humanité.

Les deux naissances chez saint Jean.

Nous retrouvons ici toute la thématique des deux naissances qui se trouve explicitement chez Jean : « Si quelqu'un ne naît pas d'en haut, il n'accède pas au Royaume » (d'après Jn 3, 3), Royaume qui est un autre nom du Plérôme, de l'Aïôn, de la Plénitude.

La semence angélique est appelée semence "mâle"[5] par opposition à la semence femelle de laquelle nous sommes nés au sens usuel de notre naissance[6].

Le Christ descend vers nous chargé de la semence nuptiale.

L'humanité, issue de la femelle, est enfantée en dehors de la chambre nuptiale. Cependant, notre véritable semence est de la chambre nuptiale, et le Christ descend chargé de cette semence nuptiale pour qu'elle rencontre notre humanité.

C'est la part insue de nous-mêmes, c'est le "Tu ne sais" pneumatique qui est semence ou étincelle de divinité dans l'humanité.

Quand cette semence est chez nous, elle est "dans" le monde mais elle n'est pas "du" monde,[7] elle est de la chambre nuptiale, donc elle cherche sa réintégration dans la chambre nuptiale en même temps que la Sagesse qui a été provisoirement jetée en dehors du Plérôme.

La distinction johannique de l'époux et de l'ami de l'époux.

Le rapport entre "chambre nuptiale" et "le dehors de la chambre nuptiale" correspond, chez saint Jean, à la distinction entre ceux qui sont dans la chambre nuptiale – l'époux et l'épouse – et le Baptiste qui se tient en dehors de la chambre nuptiale et qui entend la voix de l'époux. La symbolique époux-épouse, qui est une symbolique fondamentale aussi bien chez Jean que chez Paul, intervient ici.

« 28Vous même, vous témoignez à propos de moi-même de ce que j'ai dit : "Je ne suis pas le Christos mais j'ai été envoyé au-devant de lui. 29Celui qui a l'épouse est l'époux, et l'ami de l'époux qui se tient debout et qui l'écoute se réjouit de joie à cause de la voix de l'époux. Et telle est ma joie pleinement accomplie. 30Il faut qu'il croisse et que je diminue. ». (Jn 3)

Nous avons ici époux / épouse. L'ami entend “la voix de l'époux”, mais en réalité il entend la voix de la chambre nuptiale.

La lecture valentinienne permet d'expliquer quelques textes du IIe siècle qui paraissent très énigmatiques. Je vais vous donner connaissance de l'un d'entre eux, après les petites préparations que nous avons faites, il pourra éventuellement commencer à vous parler.

 

Citations des Extraits de Théodote

Extraits de Théodote, Clément d'Alexandrie

 

 

Je vais prendre quelques textes des Extraits de Théodote de Clément d'Alexandrie (150-220). C'est un lieu majeur pour cette question.

Par ailleurs la thématique de la chambre nuptiale, je vous le signale, se trouve surtout développée dans l'évangile de Philippe, un pseudépigraphe qui n'appartient pas au canon de nos Écritures, mais qui est un livre très intéressant[8].   

Les Extraits de Théodote sont un carnet de notes fait par saint Clément d'Alexandrie. Il recueille les notes d'un gnostique issu de l'école valentinienne qui s'appelle Théodote. Peut-être y a-t-il des notes d'autres gnostiques qui s'y mêlent, et en plus des réflexions de Clément d'Alexandrie lui-même. C'est un carnet de notes où il prend des citations, et puis il fait ses propres réflexions. Il est souvent assez difficile de savoir déceler – on y arrive – ce qui est citation et ce qui est de son propre.

Clément d'Alexandrie est très différent d'Irénée. Irénée est toujours ironique et méchant à l'égard des gnostiques, alors que Clément d'Alexandrie discute avec eux : « Nous, nous disons plutôt que … », donc nous sommes dans une lecture plus intéressante.

Voici quelques citations dans la traduction de F. Sagnard (Sources Chrétiennes n°23, édition du Cerf 1948), le texte original est en grec.

 

Un premier ensemble.

N°2. « 1Les Valentiniens disent : lorsque le "corps psychique" eût été façonné – ici nous sommes hors du Plérôme, dans la formation de Adam du chapitre 2 de la Genèse qui est Adam façonné – une semence mâle fut déposée par le LOGOS dans la psyché "élue" qui était en sommeil, semence qui est un effluve de l'élément angélique (aporroia tou angélicou) – ici donc, nous sommes dans une perspective où anges et hommes ne sont pas simplement des habitants de lieux différents, mais sont dans un rapport d'échange, de proximité : l'homme devient angélicos (angélique) lorsqu'il déploie pleinement sa semence authentique, son être authentique, son nom dans la pensée de Dieu, dans le Plérôme de Dieu – afin qu'il n'y eut point de déficience (hustérêma) – le manque dont nous parlions tout à l'heure – 2Cette semence opéra comme un ferment, unifiant ce qui apparaissait comme divisé, à savoir la psyché et la chair (...), c'est la semence déposée dans l'âme par le SAUVEUR. Cette semence est un effluve de l'élément mâle et angélique (…) » Le rapport masculin-féminin est l'équivalent ou l'analogue ici du rapport angélique et humain. Je reviendrai sur l'usage du vocabulaire des dualités dans cette écriture-là.

N°3. « 1Le SAUVEUR étant donc venu, a réveillé l'âme et enflammé l'étincelle – cette aporroia, cette émanation, s'appelle maintenant étincelle – car les paroles du Seigneur sont puissance (dunamis). C'est pourquoi il a dit : « Que votre lumière brille devant les hommes – donc l'élément lumineux est insufflé et se met à vivre – 2Et, après sa Résurrection, insufflant son esprit dans les Apôtres, de son souffle, il chassait le "limon" comme cendre et le séparait, tandis qu'il enflammait l'étincelle et la vivifiait. » Le Pneuma, c'est ce qui, venant, insuffle, et de son souffle réveille, enflamme l'étincelle et chasse la cendre : magnifique image.

Il y a beaucoup de passages que j'essaie d'éviter dans cet ouvrage parce qu'ils nous ouvrent à un autre problème relatif à des préoccupations du temps de Clément d'Alexandrie, donc du début du IIIe siècle : Clément lit ces textes du second siècle dans la problématique de savoir ce qui est corporel et ce qui est incorporel (mais dans cette problématique corporel et incorporel n'ont pas le sens que nous leur donnons). Donc je passe un bon nombre de choses.

 

Un deuxième ensemble.

N°21. « 1Le texte : « Il les créa à l'image de Dieu, il les créa mâle et femelle » désigne, au dire des Valentiniens, la meilleure émission de Sagesse. Les mâles qui en proviennent sont l'élection (eklogê) ; les femelles sont l'ensemble des appelés (klêsis). » Les appelés et les élus ce sont les mêmes : ils sont appelés en tant qu'ils sont encore semence de femelle. Mais la femelle engendre avant que le produit engendré ne soit accompli, c'est-à-dire qu'elle engendre une matière informe, non accomplie, qui est appelée "avorton". Mais ces mots ne sont pas à entendre dans le sens qu'ils ont chez nous. « Les mâles qui en proviennent sont l'élection» c'est-à-dire que les élus sont tous les hommes car l'étincelle est déposée dans tous les hommes. Je ne suis pas sûr qu'ensuite les Valentiniens aient entendu cela. Ils ont souvent entendu qu'ils étaient, eux, la semence appelée et élue, ou que les appelés étaient les autres, et que eux étaient les élus – il y avait des oppositions –, mais cela, c'est plus tardif. Dans un premier temps, ils restent dans la lecture proprement issue de Jean et de Paul dans ce domaine. « Ils nomment mâles les éléments angéliques (angélica) tandis que les femelles ce sont eux-mêmes, la "semence supérieure". » Voyez, femelle et mâle sont comme deux moments de la même réalité. Nous ne sommes plus dans la distinction du dedans et du dehors. La semence en question se trouve dans le dehors, mais elle n'est pas "du" dehors. Seulement elle a besoin d'être éveillée par l'élément mâle, c'est-à-dire par son élément angélique, elle a besoin de s'unir à son ange. Au fond, chaque fragment de divinité qui est au cœur de chaque homme, a besoin de s'unir – et ceci dans un langage nuptial – à son ange.

« 3Ainsi donc les éléments mâles se sont "concentrés" (rassemblés) avec le LOGOS. Les éléments femelles (...) s'unissent aux Anges – le Christ descend chargé des semences mâles qui ainsi sont mises en rapport avec une semence femelle – et entrent dans le Plérôme. (…) L'Église d'ici-bas se change en ange. »

N°22. « 1Et quand l'Apôtre dit : « Autrement, que feront ceux qui se font baptiser pour les morts ? »  – Vous avez une curieuse exégèse ici d'un texte très énigmatique qui se trouve au chapitre 15 de la première aux Corinthiens qui est tout entier sur la Résurrection. Paul fait allusion à ceux qui se font baptiser pour les morts. Ici nous avons sans doute une reprise qui n'a probablement pas le sens originel de l'usage auquel Paul fait allusion. Mais ce qui est intéressant, c'est la façon dont c'est repris. – C'est en effet pour nous, dit Théodote, que les Anges dont nous sommes des portions se font baptiser. – Les anges se font baptiser pour nous qui sommes des morts puisque nous sommes dans l'espace de la mort –  2Car nous sommes morts, nous que l'existence ici-bas a introduit à un état de mort. Mais les "mâles" sont vivants, eux qui ne participent pas à cette existence d'ici-bas. « Si les morts ne ressuscitent pas, pourquoi nous faisons-nous baptiser ? ». 3C'est donc que nous ressuscitons "égaux aux Anges" et "restitués" aux "mâles", les membres avec les membres, dans l'unité. 4Et, disent-ils, « ceux qui se font baptiser pour les morts », ce sont les Anges qui se font baptiser pour nous, afin que, possédant nous aussi le NOM, – être baptisé, c'est recevoir le Nom – nous ne soyons pas arrêtés par la Limite du Plérôme (…) et empêchés d'entrer au Plérôme. – Le Nom est aussi un mot de passe qui fait que les portiers ne nous arrêtent pas. Nous avons le mot de passe pour entrer dans le Plérôme –  5C'est pourquoi, dans "l'imposition des mains", ils disent à la fin : « pour la Rédemption angélique » c'est-à-dire pour celle que les Anges ont aussi, afin que celui qui a obtenu la "Rédemption" se trouve baptisé dans le NOM même dans lequel son ange a été baptisé avant lui. – Il est fait allusion ailleurs au baptême des anges. Il est dit ici que les anges se font baptiser pour nous, et c'est ce qui a donné lieu chez moi à l'expression que j'ai souvent employée : « les mots de notre vocabulaire doivent être baptisés afin de pouvoir dire... », c'est-à-dire perdre leur sens usuel pour re-susciter, laisser mourir leur sens usuel pour ressusciter à la capacité neuve de dire la nouveauté christique. – 6Or, au commencement, les Anges ont été baptisés dans la "Rédemption" du NOM qui est descendu sur Jésus, sous la forme de la colombe (…) »

 

Un dernier ensemble :

N°35. « 1Jésus, notre "Lumière", comme dit l'Apôtre « s'étant vidé de lui-même » – la kénose – (…) a, par le fait qu'il était l'ange du Plérôme, entraîné au-dehors avec lui les Anges de la semence supérieure. 2Quant à lui, il possédait la "Rédemption" en tant qu'il provenait du Plérôme, mais, pour les Anges, il les a emmenés en vue du "redressement" de la semence. – c'est-à-dire du redressement de la semence femelle qui correspond à ces Anges – 3Car c'est comme pour une portion d'eux-mêmes qu'ils prient et qu'ils invoquent le secours : retenus ici-bas à cause de nous, alors qu'ils sont pressés de rentrer, ils demandent pour nous la "rémission", afin que nous entrions avec eux. – Le Christ venant apporte notre semence mâle – 4Car on peut presque dire qu'ils ont besoin de nous pour entrer, puisque, sans nous, cela ne leur est pas permis (pour la même raison, disent-ils, que la Mère elle-même n'est pas entrée sans nous) – la mère de toutes les semences qui est hors du Plérôme – : c'est donc à bon droit qu'ils prient pour nous.

N°36. 1Toutefois, c'est dans l'unité, disent-ils, que nos Anges ont été émis, car ils sont un, en tant qu'issus de l'Un. 2Mais parce que nous existions nous-mêmes à l'état divisé, Jésus, pour cette raison, a été baptisé pour diviser l'indivis, jusqu'à ce qu'il nous unisse aux Anges dans le Plérôme : afin que nous, – la multitude – devenus un, nous soyons tous mélangés à l'Un qui a été divisé à cause de nous.



[1] Vous avez ici un extrait de la cinquième séance du cycle qui avait pour thème Ciel / Terre au Forum 104 en 2008-2009. Il y a le paragraphe introductif de la séance et la deuxième partie. Quelques ajouts ont été faits pour rendre ce qui arrive à Sophia plus facile à comprendre.

[2] On a parlé de rapport générationnel et on pourrait dire que Logos est "engendré" par le couple Monogène-Vérité, mais il est préférable de parler d'émanation plutôt que d'engendrement ici. Voir le schéma un peu plus loin.

[3] Homme est un nom de Dieu, J-M Martin n'explique pas pourquoi dans cette première prise de contact avec le Plérôme. Vous aurez d'autres messages sur ce blog où ce sera expliqué.

[4] Distinction est faite entre d'une part ce qui est du Plérôme qui est pneumatique (spirituel), et d'autre part ce qui est du "hors Plérôme" qui est psychique ou hylique (matériel). C'est la différence que fait Jean entre ce qui est du monde (le psychique ou le hylique) et ce qui est dans le monde sans être du monde (le pneumatique) : « Vous n'êtes pas du mondeVous avez souffrance dans le monde » dit Jésus aux disciples en Jn 15, 19 et 33.

[5] Cette distinction entre les anges mâles et les anges femelles a sens dans une perspective déterminée puisque la distinction masculin-féminin est une polarisation aussi essentielle que ciel et terre, donc on la retrouve à tous les niveaux.

[6] L'ange gardien a une signification très intéressante chez les Valentiniens puisque c'est la part masculine de notre être. Nous sommes nativement semence féminine et l'ange est notre part secrète qui est aux cieux, c'est-à-dire dans notre intime – parce que le rapport haut-bas se laisse transformer aisément en rapport centre-circonférence, et le ciel est l'intime, je le dis souvent. Cela nécessite de penser l'intérieur ou l'intimité d'une certaine façon.

[7] Voir note 4.

[8] Le 7 février 2007 à Saint-Bernard de Montparnasse J-M Martin a lu des extraits de l'évangile de Philippe sur le thème de la chambre nuptiale, le thème d'année étant "L'espace johannique". Cette lecture va faire l'objet d'un message sur le blog.