L'expression "Fils de l'homme" figure 13 fois dans l'évangile de Jean ; on la trouve aussi 70 fois chez les Synoptiques, et toujours dans la bouche de Jésus, toujours à la 3e personne, comme s’il faisait parler un autre que lui-même. Spontanément on pense que ce titre met l'accent sur l’humanité de Jésus, or quand il est employé par saint Jean, il s’agit du contraire ! Beaucoup savent déjà que l'expression "fils de l'homme" apparaît dans le livre de Daniel – elle correspond à un être céleste qui descend sur les nuées –, mais ils en restent là.

Jean-Marie Martin qui est spécialiste de saint Jean est allé plus loin la plupart des fois où l'expression est apparue dans le texte de Jean qu'il lisait avec un groupe. Le présent message rassemble des extraits de plusieurs interventions, ce n'est pas du tout un exposé qu'il aurait construit ! Il faut savoir aussi que quand il parle il n'a devant lui que le Nouveau Testament en grec et qu'il n'a pas relu les transcriptions…

Voici les références des 13 occurrences de "Fils de l'homme" avec le lieu où ils sont traités : Jn 1, 51 (échelle de Jacob) ; Jn 3, 13 et 14 (serpent d'airain) ; Jn 5, 27 (capacité de jugement) ; Jn 6, 27 (il est scellé); Jn 6, 53 (manger sa chair) et 62 (montée du Fils de l'Homme) ; Jn 8, 28 (élévation) ; Jn 9, 35 (croire en lui) : Jn 12, 23 (glorification) ; Jn 12, 34 a et b (exaltation) ; Jn 13, 31 (glorification).

  • PLAN
    I – L'expression "Fils de l'homme" référée à l'Adam de Gn 1
       1) Le Fils de l'homme a été "scellé" par le Père (Jn 6, 27)
       2) L'expression "Fils de l'homme" dans l'Évangile
       3) Jésus, l'homme véritable
    II – Fils de l'homme référé à la mort-résurrection sur la croix et au don du pneuma (de l'Esprit)
       1) L'élévation du Fils de l'homme en Jn 3, 13-15 et Jn 8, 28
       2) La glorification, l'exaltation du Fils de l'homme en Jn 12, 21-24 et 34
       Parenthèse sur les testimonia
       3) Jn 1, 51. L'échelle de Jacob et le Fils de l'homme
       4) Jn 3, 13-15. Le serpent d'airain et le rapport ciel-terre
       5) Jn 6, 62 : Voir le Fils de l'Homme monter… c'est là le pneuma (l'Esprit)

 

 

Le Fils de l'homme en st Jean

 

I – L'expression "Fils de l'homme" référée à l'Adam de Gn 1

 

Gn 1, Adam image de Dieu, sclpture de Chartres1) Le Fils de l'homme a été "scellé" par le Père (Jn 6, 27)

Au chapitre 6 il y a une première mention du Fils de l'homme.

  • « 26Jésus leur répondit : "Amen, amen, je vous dis, vous me cherchez non pas parce que vous avez vu des signes mais parce que vous avez mangé des pains et que vous êtes rassasiés. 27Œuvrez non pas la nourriture corruptible, mais la nourriture qui demeure en vie éternelle, que le Fils de l'Homme vous donnera, car c'est lui que le Père a scellé". »

Le mot "scellé" correspond au "én mustériô (dans le secret)" de Paul : « Nous parlons une sagesse de Dieu qui est en secret (én mustériô), celle que Dieu a prédéterminée avant les âges pour notre gloire[1] ». (1 Cor 2, 7). Comme je l'ai souvent dit, le mot "mustérion (caché, scret) et en relation avec apucalupsis (dévoilement), ce dévoilement étant un dévoilement accomplissant.

Le Fils de l'Homme fut "scellé" où donc ? Dans le mot « Faisons l'homme à notre image ». C'est Adam du chapitre 1er de la Genèse, qui n'est pas Adam des chapitres 2 et 3, car ce n'est pas le même[2]. Et le Fils de l'Homme est cet Adam du chapitre premier. Voici que maintenant ce sceau est brisé, que cette dimension de l'homme, de son élément, de son aliment, se dévoile en Jésus pour l'humanité.

 

2) L'expression "Fils de l'homme" dans l'Évangile

Il y a deux choses pour comprendre l'expression "Fils de l'homme" dans l'Évangile :

– "fils de l'homme" est une expression qui est prise au prophète Daniel : « Je regardais dans les visions de la nuit, et voici que sur tes nuées vint comme un Fils d’homme (…) Et il lui fut donné domination, gloire et règne, et tous les peuples, nations et langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son règne ne sera jamais détruit. » (Dn 7, 13-14) ;

– "fils de" est une expression qui veut dire "manifestation de", comme le fils est la manifestation de la semence du père (par exemple le "fils de la perdition" désigne celui qui manifeste la perdition). Donc le Fils de l'homme est en particulier[3] la manifestation de l'Homme, la manifestation de l'Homme primordial qui est aussi la manifestation du Père.

 

Le Fils de l'Homme, qui est un des noms de Jésus, est donc la manifestation de ce qui est secrètement dans le nom d'Homme. Et l'homme en question ici, c'est Adam du chapitre premier de la Genèse : « Faisons Adam comme notre image », comme notre fils. Donc, le sens vrai, authentique, de Homme, est d'être une dénomination de Dieu, déjà.

Il faut savoir que pour la première littérature chrétienne comme pour un bon nombre de témoins du judaïsme, Adam de Gn 1 n'est pas Adam de Gn 2 et encore moins Adam de Gn 3. Adam de Gn 1 c'est « Faisons l'adam[4] comme notre image (comme notre visible) » c'est-à-dire « Faisons le Christ ressuscité. » Le Christ est en cela Fils de l'homme essentiel.

Ceci se trouve chez Philon d'Alexandrie, un juif qui vivait un siècle avant J-C, et ça se trouve chez Paul dans la considération sur les deux Adam : le Christ est le "second Adam dans l'apparition", mais justement il est le "premier Adam", celui de Gn 1.

Le Christ c'est la même chose que Adam de Gn 1, et en revanche Adam de Gn 2 c'est « un autre » comme dit Philon d'Alexandrie. Et quand saint Paul dit que « le Christ est Adam pneumatique (spirituel) » (d'après 1 Cor 45-46), il pense à Adam de « Faisons l'homme à notre image » qui est une délibération et qui est la position du Christ en semence. Alors que l'autre Adam, celui de Gn 2 est boueux, terrestre, il est psukikos et non pas pneumatikos[5].

 

3) Jésus, l'homme véritable

J'ai dit que le Fils de l'Homme, qui est un des noms de Jésus, est la manifestation de l'Adam de Gn 1 : « Faisons Adam comme notre image », comme notre fils. Donc, le sens vrai, authentique, de Homme, est d'être une dénomination de Dieu, déjà.

Il faut voir que l'Occident n'est jamais entré dans cette perspective, même pas au second siècle, puisque l'une des premières questions a été de savoir non pas si Jésus était Dieu, mais si Jésus était "véritablement homme", c'est-à-dire s'il n'était pas un "semblant d'homme" comme l'affirmaient certains. Cette hérésie, le docétisme[6], a été récusée en affirmant que Jésus était véritablement un homme. Seulement, quand on dit que Jésus est véritablement un homme, on dit quelque chose de juste, de correct par rapport à la question posée à cette époque-là (et qui n'est plus la nôtre), mais on n'est pas dans la question de l'Évangile. Car l'Évangile n'a pas du tout pour but de nous dire que Jésus est un homme comme nous. Il est justement l'homme que nous ne sommes pas, c'est-à-dire l'homme vrai[7]. Tout le problème est dû au fait que chez nous, depuis Aristote, la vérité dit l'adéquation entre une proposition et la réalité.

Plus tard, la question se posera de savoir s'il était Dieu, mais pas avant la fin du IIIe, début du IVe siècle. On lit dans le Prologue de Jean : « Dans l'arkhê était le logos et le logos était tourné vers Dieu et le logos était Dieu ». Cela ne fait de difficulté à personne ! Et pourquoi tout d'un coup, au IVe siècle, se pose-t-on la question : le Logos est-il Dieu ? Quelque chose s'est passé entre-temps pour que la question devienne nécessaire dans le développement de la pensée occidentale chrétienne.

Il s'est passé que toute la pensée est désormais régie par l'opposition de l'incréé et du créé, chose qui n'est pas du tout régnante dans le Nouveau Testament. La question est donc : Ce Logos est-il incréé – mais il ne peut pas y avoir deux incréés – ou bien est-il la première grande créature qui s'est incarnée dans l'homme Jésus, c'est ce que disait Arius, contre qui le Concile de Nicée a procédé pour dire qu'il est véritablement Dieu : « Vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père ». Les traces du concile de Nicée sont, nous le savons, dans le symbole qu'on appelle de Nicée-Constantinople[8], qui est chanté ou récité parfois dans les offices.

Nous, en général, nous faisons une autre lecture : il y a d'abord Adam, et puis ça ne marche pas, donc Dieu va corriger, et puis il va envoyer son Fils pour que ce soit mieux. Mais rien ne se passe comme ça dans nos Écritures !

Donc ceci c'était à propos de l'expression "Fils de l'homme".

 

La question posée était donc de savoir si Jésus était "véritablement un homme". Et là il faudrait dire que l'homme véritable n'est pas un homme parmi les hommes. De même Jésus est le pain véritable (Jn 6, 32) qui n'est pas du pain ou un pain. Le titre d'Homme est un titre divin comme le titre d'être Parole est un titre éternel du Fils de Dieu : ça ne veut pas dire qu'il est de toute éternité un discours qui s'échange entre les hommes. Vous dites : « Dans l'arkhê (dans le principe) était le Logos (la Parole) ». Ça ne veut pas dire qu'avant la création du monde il y avait du discours au sens où nous discourons, de même ça ne veut pas dire qu'il y avait de l'homme au sens où nous parlons de l'homme.

Jésus est le Fils de l'homme c'est-à-dire qu'il est l'homme véritable et il se fait un homme parmi les hommes mais cela ne constitue pas son identité ! En effet son identité se manifeste dans la résurrection, or il ne ressuscite pas comme un parmi d'autres puisqu'il ressuscite comme l'unité de l'humanité, comme le Monogénês (le Fils-un et unifiant).

 

Je vous signale que nous vivons depuis très longtemps, dogmatiquement, sur une christologie d'addition : la nature divine s'ajoute à la nature humaine. Or la christologie néo-testamentaire n'est pas une christologie par addition, c'est une christologie de révélation, de dévoilement, la venue à jour de ce qu'il est séminalement. Et donc même le mot homme, dans cette perspective, est une dénomination de la divinité du Christ. C'est pourquoi Fils de l'Homme dit la manifestation de l'homme essentiel, de l'homme primordial. Le fils est ce qui manifeste la semence qui est le père.

Nous avons donc deux christologies : l'une est proprement scripturaire et l'autre est devenue usuelle par le fait qu'elle a pour tâche de répondre aux questionnements de l'Occident.

Je vais vous montrer l'intérêt de cela. D'une part on sait ce qu'est l'homme puisqu'on sait que c'est une nature, et une nature ça se définit – l'homme est un animal rationnel, on sait ce que c'est –, d'autre part on a une certaine idée de Dieu : c'est celui qui a fabriqué le monde, il en est la cause efficiente. On rapproche les deux et cela ne donne rien ; et c'est même difficile de rapprocher ça ! Dire que le Christ est Dieu est difficilement pensable, parce qu'on a une idée débile de Dieu, et simultanément, une idée débile de l'homme. De les rapprocher n'éclaire rien, ça ne dit rien de plus ni sur Dieu ni sur l'homme. Alors que si l'homme christique est la révélation de ce qu'est le Père, le dévoilement de ce qu'est Dieu, cela nous apprend, et ce qu'est Dieu, et ce qu'est l'homme. On voit l'urgence ou le bénéfice.

 

► Quand on dit qu'Adam est toute l'humanité, ça met en cause l'homme comme individu, mais n'est-ce pas tomber dans un certain collectivisme ?

J-M M : De fait notre conception de l'homme comme individu est remise en cause par la réflexion qui lit l'humanité dans la figure d'Adam. C'est une chose que nous avons remarquée. Dans « Faisons l'homme à notre image » il y va, non pas de l'individu ni d'un exemplaire pour chacun des individus, mais de la totalité de l'humanité comme étant un tout déjà. Par ailleurs on peut voir aussi que, lorsqu'il s'agit du peuple de Dieu lors de l'Exode, il n'y va pas d'un collectif, mais il y va d'une réalité mystérieuse qui est l'Israël de Dieu[9] mais qui est autre que ce que nous appelons aujourd'hui un peuple. Nous avons donc dans les deux cas l'expression de la même chose, mais une chose qui ne peut pas laisser paisible notre compréhension native du rapport de l'individu à la collectivité. Aujourd'hui il semblerait que les gens se répartissent entre personnalistes et collectivistes (ou socialistes) et que de toute façon il faut choisir ; on fonctionne sur un présupposé de ce genre. Mais ce qui nous intéresse, ce n'est pas d'être ou ceci ou cela, c'est de savoir à partir de quoi ces choses se distinguent, qu'est-ce qui m'impose d'entrer dans une telle problématique. L'être-ensemble christique remet en cause les premières données de notre grammaire, cela nous invite à penser autrement notre façon d'être à autrui et d'être soi-même. Si je change le sens d'autrui, du même coup je me change moi-même ; ce sont des choses qui vont corrélativement et simultanément. Bien sûr ce que nous annonçons ici est très en avant de ce que nous pouvons faire.

Nous faisons signe vers quelque chose qu'il importe de découvrir d'autant plus que l'annonce évangélique elle-même met en cause nos conceptions natives. L'expression « mourir pour » (le Christ est mort pour) est impensable si nous ne changeons pas notre conception de ce que c'est que d'être quelqu'un qui meurt pour, et d'être un ensemble de gens pour qui on meurt. Si nous gardons une certaine précompréhension des relations qui existent entre l'individu et la totalité, mourir pour quelqu'un n'a pas de sens, Pour que cela ait un sens, il faut que se découvre une sorte de circulation entre nous que nous ne soupçonnons même pas et que le Christ est là pour nous dévoiler. C'est cela premièrement qui a été fortement perçu par saint Paul dès l'origine, c'est même cela qui lui a révélé par contrecoup une sorte de circulation sournoise concernant la complicité dont l'humanité spontanément héritait dans le péché d'Adam (c'est de là qu'est venu plus tard la notion de péché originel, mais secondairement). La complicité en Adam n'a été perçue qu'à la lumière de cette unité insoupçonnée de l'humanité qui se révèle dans la résurrection du Christ. C'est à cette lumière-là seulement que peut se faire la prise de conscience d'une certaine complicité dans ce qui s'y oppose, c'est-à-dire une certaine compréhension de notre multiplicité qui met en cause l'unité de l'humanité dans le Christ.

La difficulté pour nous provient de la façon disjointe que nous avons de penser d'une part l'individu et d'autre part la totalité, la collectivité. Par exemple l'unité mystérieuse de tous dans le Christ vue par Paul est symbolisée par la réalité qu'est un peuple dans le sens de l'Ancien Testament, et il faut bien voir que cette réalité est considérée comme préexistante auprès de Dieu avec le Messie, avant d'être dévoilée. C'est pour cela par exemple qu'il faut beaucoup insister sur la différence qui existe entre la notion commune de peuple qui s'exprime spontanément chez nous et ce qui est impliqué dans l'expression scripturaire de "peuple de Dieu". Autrement dit cette unité ne se réalise pas au plan justement où la notion de peuple est susceptible d'être définie.

 

II – Fils de l'homme référé à la mort-résurrection sur la croix et au don du pneuma (de l'Esprit)

 

1) L'élévation du Fils de l'homme en Jn 3, 13-15 et Jn 8, 28

En plusieurs textes de saint Jean il est question de "l'élévation" du Fils de l'homme, comment faut-il l'entendre ?

Déjà chez saint Paul on trouve le terme "élever" et même "surélever" pour dire la résurrection : « C'est pourquoi Dieu l'a surélevé et lui a donné gratuitement le Nom. » (Ph 2)

 

Chez saint Jean lui-même, le verbe élever est employé progressivement de façon constante à propos de la mort de Jésus, c'est-à-dire de l'élévation sur la croix, la première occurrence claire étant : « 13Nul n'est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'Homme. 14Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, ainsi il faut que soit élevé le Fils de l'Homme  15pour que quiconque croit en lui ait vie éternelle. » (Jn 3, 13-15). [NB : ce passage est repris longuement plus loin au 3°]

En un premier sens le mot hupsosen (exalté, élevé) est un mot qui dit plutôt la Résurrection, cependant saint Jean l'emploie en même temps de la crucifixion, c'est explicitement dit en Jn 12, 32-33 : « Moi quand j'aurai été élevé de terre, je les tirerai tous auprès de moi." Il disait cela signifiant de quelle mort il devait mourir. »

 

Au chapitre 8, un autre passage très court explicite cette élévation du Fils de l'homme.

  • « Jésus leur dit : “Quand sera élevé (hupsôsêté) le Fils de l'Homme alors vous connaîtrez que je suis et que je ne fais rien de moi-même, mais selon ce que le Père m'a enseigné, c'est cela que je dis.” » (Jn 8, 28)

« Vous connaîtrez que je suis » : “Je suis” correspond à "Eyeh asher Eyeh", Yahveh si vous voulez[10], c'est-à-dire que sa mort l'identifiera pleinement au Père.

 

2) La glorification, l'exaltation du Fils de l'homme en Jn 12, 21-24 et 34

 

a) Voir le Fils de l'homme glorifié. Jn 12, 21-24. 

Au chapitre 12, des Hellènes, c'est-à-dire probablement des Juifs de la diaspora hellénistique, sont montés à la fête de Jérusalem et disent à Philippe : « 21Nous voulons voir Jésus. » Au sens plein, voir (horan) c'est voir Jésus dans sa dimension de résurrection qui s'appelle aussi la gloire, ce par quoi il est le pleinement visible du Père, donc ce par quoi est glorifié le Père. C'est donc un magnifique programme ! Philippe le dit à André. André et Philippe vont ensemble le dire à Jésus. La réponse de Jésus est vraiment très étonnante, elle a l'air, comme d'habitude, pas du tout pertinente à première lecture. Voici ce qu'il répond : « 23L'heure est venue que soit glorifié le Fils de l'homme – cela répond-il à la question posée par les Hellènes ? En tout point !L'heure, chez Jean, désigne le moment où quelque chose ou quelqu'un arrive à son accomplissement et à sa visibilité propre. Glorifié signifie présentifié, donc l'heure est venue qu'il soit donné à voir dans sa présence la plus propre. Le voir c'est donc le voir dans sa dimension de gloire, c'est ce qui l'identifie véritablement – 24Amen, amen, je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et n'y meurt, il demeure seul, mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. » Donc voir Jésus, ce sera finalement le voir dans sa mort et sa résurrection parce que, en dépit des apparences, ce texte répond bien à la question.

 

b) La mise en question de l'exaltation du Fils de l'homme en Jn 12, 34

Un peu plus loin au chapitre 12, la foule s'étonne.

  • « 34La foule lui répondit : “Nous avons appris de la loi que le Christ demeure pour l'aïôn (pour toujours), comment dis-tu, toi, qu'il faut que le Fils de l'Homme soit exalté ? Qui est donc ce Fils de l'Homme ?”

Cela sous-entend que Jésus revendique d'être le Fils de l'homme. La foule a compris d'une façon grossière que "être élevé" sur la croix c'était mourir, or pour eux le Christ (le Messie) ne doit pas mourir. Mais comme souvent chez saint Jean, la phrase est à double sens, et la foule annonce en fait la résurrection car elle se méprend sur la mort du Christ qui n'est pas une mort pour la mort mais une mort pour la vie. Il demeure comme lumière des hommes, ce que Jean va développer juste après.

 

PARENTHÈSE SUR LES TESTIMONIA

Les premiers chrétiens ont puisé dans l'Ancien Testament des listes d'épisodes ou de fragments groupés autour d'un même thème symbolique qu'on appelle des testimonia. Vous avez un groupement de passages qui ont trait à la pierre, au roc, au rocher ; ou qui ont trait à l'eau ; ou qui ont trait au bois. Ces éléments (pris dans le cadre d'une narration) sont lus comme des témoins écrits du Christ.

Les passages qui ont trait au "bois" concernent le bois de la croix qui est donc le "signe" de l'intervalle ciel-terre, ce qui correspond à "monter-descendre", ou encore à "être élevé", ou "exalté".

L'expression "Fils de l'homme" est très courante dans les Synoptiques, assez rare chez saint Jean, et chez lui, c'est toujours dans la perspective de la mort-résurrection qu'elle est employée. On pourrait se demander si ce n'est pas parce que l'expression "Fils de l'Homme" était dans le recueil de testimonia, de témoignages symboliques recueillis, que Jean puise à ce moment-là l'expression même de "Fils de l'Homme".

Nous avons vu que le mot hupsosen (exalté, élevé) est un mot qui dit la Résurrection, et que saint Jean l'emploie en même temps de la crucifixion. Autrement dit le bois de la croix, ou l'arbre axial de la croix, l'axe ciel-terre, est appelé suivant les versions lignum (bois) ou signum (signe).

L'échelle de Jacob et le serpent d'airain faisaient sans doute partie de ces testimonia, saint Jean les reprend dans son évangile.

 

Le songe de Jacob avec l'écchelle3) Jn 1, 51. L'échelle de Jacob et le Fils de l'homme

À la fin du chapitre 1 qu'on trouve une référence à l'échelle de Jacob.

  • « 47Jésus vit Nathanaël venant vers lui et dit à son sujet : “Voici véritablement un israélite en qui il n'y a point de ruse.” 48Nathanaël lui dit : “D'où me connais-tu ?” Jésus répondit et lui dit : “Avant que Philippe ne t'appelle, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu.” 49Nathanaël répliqua et dit : “Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es roi d'Israël.” 50Jésus lui répondit et dit : “Parce que je t'ai dit que je t'ai vu sous le figuier, tu crois ; tu verrasdes choses plus grandes.51Et il lui dit : “Amen, amen, je vous dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l'Homme.” »

Voici le texte de Gn 28, 11-19 : « Il (Jacob) prit une des pierres du lieu, la mit sous sa tête et dormit en ce lieu. Il eut un songe : Voilà qu’une échelle était dressée sur la terre et que son sommet atteignait le ciel, et des anges de Dieu y montaient et y descendaient ! Voilà que Yahvé se tenait devant lui [...] Jacob s’éveilla de son sommeil et dit : « En vérité, Yahvé est en ce lieu et je ne le savais pas ! » Il eut peur et dit : « Que ce lieu est redoutable ! Ce n’est rien de moins qu’une maison de Dieu et la porte du ciel ! » [...] À ce lieu, il donna le nom de Béthel [...] » (TOB).

Dans le texte de saint Jean, le Fils de l'homme est donc d'une certaine manière l'échelle. Et en effet le Fils de l'homme, l'homme, est cette axialité entre ciel et terre.

 

« Les anges de Dieu montent et descendent » sur l'échelle (ou sur le Fils de l'homme).Les anges ont eu beaucoup de significations. On peut faire l'histoire des anges, c'est très complexe et très intéressant. Apparemment c'est quelque chose qui est dérisoire, qui n'intéresse pas, mais en tant que c'est révélateur de modes de pensée, ce serait infiniment précieux de faire l'histoire des anges. Ici, dans le moment où nous sommes dans le texte, il semble que les anges soient des fragments du Logos en ce qu'ils disent au pluriel le message que le Logos (la Parole) est dans son entier.

À nouveau on peut se poser la question : est-ce que ce sont des messages ou est-ce que ce sont des messagers ? Autrement dit : est-ce que ce sont des individus ou est-ce que ce sont des dénominations ? Vous ne pouvez pas ne pas poser cette question, elle se pose comme cela pour nous, il faut bien l'envisager premièrement comme elle se pose, quitte à montrer ensuite en quoi elle est inepte, au bénéfice de quelque chose d'autre.

J'ai dit que les anges (les messagers), ce sont les messages et les messagers. Ils montent et descendent, ils montent d'autant plus qu'ils descendent et descendent d'autant plus qu'ils montent[11] : ce n'est pas "tantôt et tantôt". On n'a pas en français de mot pour dire le mouvement vertical sans préciser si c'est monter ou descendre, il y a ça en allemand où on a le même verbe avec un préverbe différent suivant qu'on monte ou qu'on descend.

C'est ici une question de point de vue, c'est-à-dire de point d'où voir, de point à partir de quoi on voit. Du point de vue de la plénitude tout est recueilli dans une certaine simultanéité, mais du point de vue de ce qui n'est pas cette unité, c'est-à-dire du point de vue des multiples, cela se fractionne, et aussi se fractionne selon le temps.

Ça ouvre une nouvelle dimension d'espace qui est l'espace de la mémoire. Et qu'est-ce qui tient ensemble des contraires non compatibles simultanément ? C'est la mémoire. Et la mémoire est dans une matière infiniment plus fine et plus ténue que ce que nous appelons couramment matière.

La mémoire n'est du reste pas égale pour tous. Il y a un petit texte que Heidegger cite à la fin du Principe de raison, c'est une lettre de Mozart assez longue. Mozart raconte que quand il a écrit une symphonie, il peut en entendre simultanément par la mémoire tout le détail[12], chose impossible puisque les sons s'effacent et se remplacent

 

4) Jn 3, 13-15. Le serpent d'airain et le rapport ciel-terre

Prenons le passage du chapitre 3 où on trouve deux fois l'expression "Fils de l'homme".

  • « 13Nul n'est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'Homme. 14Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, ainsi il faut que soit élevé le Fils de l'Homme 15pour que quiconque croit en lui ait vie éternelle.»

« Nul n'est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel. » Il est question ici du ciel et de la terre comme l'indiquait d'ailleurs le verset qui précède notre texte : « Si je vous dis les choses terrestres et que vous ne croyez pas, comment si je vous dis les choses célestes croirez-vous ? »

C'est le Christ qui fait l'unité, la jonction des éléments ciel et terre dans leur distance, et accomplit ainsi leur proximité. Le Christ, c'est le chemin ou la hampe dressée entre ciel et terre, le monter et descendre, c'est ce qui établit la proximité qui n'est pas une proximité matérielle.

Quand nous parlons de proximité ici, nous ne parlons pas simplement d'une proximité mesurable en kilomètres ou en centimètres, nous parlons de la proximité au sens où nous avons à être le proche, le prochain les uns des autres. Être le prochain ne veut pas dire qu'on doive nécessairement habiter ensemble. La proximité c'est d'avoir mutuellement soin.

C'est très important aussi pour comprendre même la mémoire, car la mémoire est la proximité du passé et de l'avenir, ce n'est rien d'autre. La mémoire n'est pas simplement la faculté de se souvenir de choses, mais c'est de retenir ensemble.

 

Ce qui tient le rapport du haut et du bas, du ciel et de la terre, la bi-polarité de toute chose et de tout être, c'est un axe, qui dans la Bible fut présenté sous la figure de l'échelle de Jacob, puis sous la figure du serpent d'airain exalté sur le bois, qui sera figuré par la croix du Christ. Seulement, ce qui est dit de cette axialité, de cette circulation, du rapport ciel-terre, du bon rapport de la bipolarité constitutive de toute chose, c'est très précisément que ça monte et ça descend, et que ça monte du même coup que ça descend.

Il me semble que l'icône du texte ou peut-être même l'icône de l'icône, c'est-à-dire l'épure du texte devant laquelle il importe de se poser pour entendre le texte dans son lieu, c'est le rapport du ciel et de la terre. Elle est initiale dans un double sens : à la mesure où la Genèse, qui est ressaisie dans le texte, pose dans l'arkhê (dans le commencement, au principe) que Dieu fait ciel et terre, et à la mesure où l'initiale de l'Évangile est l'ouverture du ciel et de la terre dans le thème du baptême du Christ, dès le début.

À ce propos, il faut savoir que ciel et terre ne disent pas ce qu'ils disent spontanément chez nous. Il y a un travail à accomplir : si j'ai commencé à dire qu'il fallait nous poser devant cette icône, le travail consiste sans doute à s'assimiler à l'icône de sorte qu'elle ne soit plus devant nous, et que ciel et terre soient en nous. C'est à ce titre qu'une lecture est un événement, qu'une méditation n'est pas un discours sur un texte, mais que le texte a quelque chance de "s'incorporer". C'est la méditation proprement dite.

 

Au début du chapitre 3, saint Jean a dénoncé la capacité d'entendre de Nicodème. Il est dit ensuite, d'une façon plus générale : « Vous ne recevez pas notre témoignage » (v. 11). Et cela se précise sous la forme : « Si je vous dis des choses terrestres vous n'entendez pas, comment, si je vous dis des choses célestes, croirez-vous ? » (v. 13). Ce n'est pas la première fois que nous entendons ce genre de choses chez saint Jean, sous une forme un petit peu différente. Il y avait à propos de Nathanaël : « Parce que je t'ai dit que je t'ai vu sous le figuier tu crois. Tu verras des choses plus grandes » (Jn 1, 50). Les choses plus grandes, c'est la Résurrection, et nous savons précisément que ce sont les choses célestes. En effet ce que signifie "céleste" se pense à partir de la Résurrection.

Le rapport du ciel et de la terre – c'est essentiellement cela qui est en question – c'est-à-dire le rapport de la Résurrection et du reste, ce rapport-là est marqué de façon axiale. Il l'était à la fin du chapitre 1 : « Amen, amen, je vous dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu montant et descendant sur le Fils de l'homme. » (Jn 1, 51). Le rapport est étroit avec le texte qui nous occupe maintenant : « Et personne n'est monté vers le ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme » (Jn 3, 13). Autrement dit c'est l'union précisément, c'est l'ouverture mutuelle de ces deux choses telle que c'est à partir du ciel que s'entend de façon nouvelle ce que signifie la terre. Nous avons tendance à penser que la terre, c'est ce que nous connaissons bien puisque la terre, c'est là où nous sommes. Pas dans ce texte ! Et cette réalité axiale, c'est le Christ ressuscité comme le ciel qui s'ouvre à la terre, comme parole qui nous parle, et qui constitue ainsi ciel et terre dans un rapport vif.

Dans l'épure du chapitre 1, cette union est figurée par l'échelle de Jacob qui est le Fils de l'homme, avec les anges qui montent et qui descendent, et c'est le même thème qu'ici. C'est ainsi que s'introduit tout naturellement dans le verset 14 le thème du serpent d'airain qui est essentiellement un thème d'exaltation, c'est-à-dire de constitution de cette réalité axiale.

 

5) Jn 6, 62 : Voir le Fils de l'Homme monter… c'est là le pneuma (l'Esprit)

Le chapitre 6 est celui de la multiplication des pains et du grand discours sur le Pain de la Vie. L'expression "Fils de l'homme" apparaît deux fois vers la fin du chapitre.

  • 53Jésus leur dit : "Amen, amen, je vous dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'Homme et ne buvez son sang, vous n'avez pas la vie en vous […]
  • 58C'est ceci le pain qui est descendu du ciel, non pas comme vos pères mangèrent la manne et moururent. Celui qui mâche ce pain vivra pour l'âge qui vient. 59Il dit cela dans la synagogue, enseignant à Capharnaüm. 60Beaucoup parmi ses disciples qui avaient entendu cela s'écrièrent : “Cette parole est dure, qui peut l'entendre ?” 61Jésus sachant en lui-même que ses disciples murmurent à ce sujet leur dit : “Ceci vous scandalise ? 62Quand donc vous verrez le Fils de l'Homme montant là où il était auparavant ?” 63Le pneuma (l'Esprit) vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont pneuma et vie.

La question qui est posée au verset 62, c'est "quand ?", et chez saint Jean elle est identique à la question "où ?" dont j'ai dit que c'était la question essentielle pour Jean alors que chez nous la question essentielle c'est "qu'est-ce que ?".[13]

Ici le Christ se dénomme le Fils de l'homme, c'est-à-dire la manifestation de l'homme essentiel, celui de Gn 1 : « Faisons l'homme à notre image ». On peut dire que c'est l'Homme essentiel, l'Homme primordial, l'Adam Kadmon. Voir le Fils de l'homme monter là où il était auparavant, c'est donc voir le Christ dans sa véritable dimension.

Originellement, "monter au ciel" (ou "aller vers le Père") est un des noms de la Résurrection, ce n'est pas d'abord un nom de l'Ascension. Et chez Jean par exemple, la Pentecôte, c'est-à-dire la remise du pneuma (de l'Esprit), est célébrée sur la croix, quand Jésus « remet le pneuma ». Jean ne dit pas simplement "il rendit l'âme", mais "il remet le pneuma" et de lui découlent "eau et sang", Pneuma, eau et sang étant trois désignations de l'Esprit répandu.

D'après le contexte du chapitre 6 de Jean, la parole de Jésus est tombée sur la méprise, de la même manière que la Samaritaine au début est dans le malentendu. Jésus a parlé de manger la chair du Fils de l'homme et de boire son sang et les disciples n'ont pas entendu ses paroles. Et d'ailleurs ils le diront plus tard : « Ils ne comprirent pas alors la parole que Jésus avait dite »

 

Aux versets 61-63 nous repérons le souci de Jésus de répondre d'une certaine manière à la difficulté des disciples, ce qu'il n'avait pas fait auparavant à propos de la foule. Au verset 63 il donne finalement un principe d'écoute. En effet, « Le pneuma vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont pneuma et vie » signifie : ce que je vous ai dit doit s'entendre à partir du pneuma et non pas à partir de la chair. C'est là que nous avons une attestation que "la chair" et "le pneuma" sont deux comportements, deux sites différents, deux points à partir d'où voir. Le pneuma est un point à partir d'où voir. Les choses du pneuma ne se voient que dans le pneuma. La chair ne voit pas les choses du pneuma, "chair" désignant ici un comportement, une façon d'être, celle de l'homme au sens banal et usuel[14].

Nous apercevons comment là se constitue une réponse, en ce sens que cela indique un site d'où entendre ces paroles, un site qui soit un point d'où voir, un point de vue. Ce que dit Jésus ne s'entend et ne se voit qu'à partir du pneuma de résurrection, ce qui donne sens peut-être au verset 62 : « Quand vous verrez le Fils de l'Homme montant là où il était auparavant ». Il s'agit ici de la révélation du pneuma : à partir de ce site du pneuma on entend et on voit. À partir du site de l'humanité ordinaire qui est l'humanité faible, on ne peut entendre.

« Quand vous verrez le Fils de l'Homme montant là où il était auparavant » : voir Jésus à partir de son lieu qui est attesté par sa montée, par sa résurrection, le voir dans sa dimension de résurrection, c'est là le pneuma. Et le pneuma – ce regard-là – c'est cela qui est vivifiant : le pneuma donne vie. En revanche la chair – entendez ici "le point de vue faible", le regard faible, la vue basse qui constitue l'humanité ordinaire – est nulle par rapport à ce qui est à voir et à ce qui est à entendre dans « les paroles que j'ai dites. »



[1] La Sagesse correspond au Christ. La traduction, calquée sur le grec, est de J-M Martin.

[2] « Les deux Adam, vous les trouvez en 1 Cor 15 : regardez bien comment ils sont caractérisés l'un et l'autre. L'un est céleste et l'autre terrestre, il est même boueux c'est-à-dire formé de la boue, de la poussière de la terre. Le premier Adam, pour Paul, c'est Adam terrestre, et le deuxième Adam, c'est le Christ qui est pourtant celui de Gn 1,» (J-M Martin, retraite sur le "Signe de croix" Nevers 2010). On trouve cela par exemple dans la lecture de 1 Cor 15, 45 (ch III, 1 b). Voir aussi Les deux Adam : Christ de Gn 1 / Adam de Gn 2-3 ; Relecture de Image et ressemblance de Gn 1, 26 d'après Ph 2, 1Cor 15, Rm 5.

[3] On pourrait dire aussi que "fils de l'homme" est la manifestation de l'homme au sens faible. Mais alors ce n'est pas cela qui est en saint Jean où le fils de l'homme est glorifié, exalté….

[4] Dans « Faisons l'homme à notre image » "l'homme" c'est ha·'a·dam en hébreu c'est-à-dire "l'adam".

[5] Cf le commentaire du texte de Paul :  1 Corinthiens 15 : la résurrection en question.

[7] Il faut ajouter ce que disait J-M Martin dans un cours. Dans la Bible le mot d'"homme" n'est jamais un concept neutre qui peut être caractérisé en péché ou en mal sous la forme adamique, et en bien ou en don sous la forme christique. Ce concept neutre de "nature" ne fonctionne pas. Par exemple dans le texte de Ph 2 le terme d'anthropos (d'homme) est pris au sens d'adamité, il s'ensuit que le Christ est dit être « comme un homme »[7] et non pas « homme ». Je ne dis pas qu'il n'est pas homme : si on me pose la question à partir de "la notion de nature", il faudra bien répondre "oui". Ce que je veux dire, c'est que précisément cette question ne se pose pas.

[8] Il s'agit du Credo, il a été étudié dans la session sur Credo et joie (tag CREDO). J-M Martin propose une autre approche : Penser la Trinité.

[9] « Ce qui est désigné par « Israël de Dieu », ce n'est pas une réalité géographique ou raciale mais c'est le projet que Dieu a de cela. Pour Paul, Israël ce n'est pas les Juifs : Israël est justement ce qui est tenu en réserve de toujours, c'est l'Israël mystique.  Et les prophètes ont pu dire aux Juifs quelque chose comme : « Vous n'êtes pas l'Israël de Dieu ». Vous pensez si cette parole des prophètes sera retenue et recueillie par le premier christianisme ! C'est dans cette faille, dans cette distanciation entre l'Israël de Dieu et la réalité juive qui a été si souvent vitupérée, vilipendée par les prophètes, qu'un certain christianisme va s'infiltrer, reprenant la formule des prophètes mêmes et disant aux Juifs : vous n'êtes pas l'Israël de Dieu, l'Israël ou le peuple de Dieu ce sont ceux du Christ. » (J-M. Martin, Institut Catholique 1975-76).

[10] En Ex 3, 13-17, à Moïse qui lui demande de lui donner son nom, Dieu répond : "ehyeh asher ehyeh" (Je suis qui je suis). Les quatre lettres de YHWH (Yahvé) en hébreu sont issues de la racine du verbe « être ».

[11] Ici il est question du monter-descendre sur le Fils de l'homme. Dans une rencontre sur l'épitre aux Éphésiens J-M Martin disait aussi ceci : « "Il est monté", qu'est-ce (à dire) sinon qu'il est aussi descendu vers les régions inférieures de la terre. » (Ep 3, 9) Monter et descendre ne dit pas un fait historique mais désigne premièrement la réalité de l'espace spirituel dont le premier christianisme prend conscience en sachant que cet espace est mesuré à la dimension de son principe qui est le Christ qui le parcourt. C'est peut-être pour cela que la première attestation de tout le discours chrétien, c'est l'extension des bras et la station debout comme attestation de la Résurrection. » (J-M. Martin)

[12] « Même s'il s'agit d'un long morceau […] je l'embrasse tout entier d'un seul coup d'œil dans mon esprit, pas comme cela vient quand c'est joué, [c'est-à-dire] dans l'ordre de la succession. Au contraire j'entends pour ainsi dire à égalité tout ensemble en imagination. » (Mozart cité par Heidegger dans le Principe de raison)

[14] L'homme au sens banal et usuel est Adam psychique de Gn 2. Il ne peut entendre le Fils de l'homme qui correspond à Adam pneumatique de Gn 1.