Le premier chapitre de l'épître aux Éphésiens est un texte de référence. Il est basé sur la structure mustêrion/apocalupsis et c'est un lieu de gisement pour le vocabulaire concernant cette structure. Sa lecture conduit à lire la résurrection en référence au « Faisons l'homme à notre image ». 

La méditation qui est faite ici par J-M Martin est en partie extraite de la deuxième rencontre du cycle "Plus on est deux, Plus on est un", cycle qui est transcrit sur le blog. Le texte a été modifié pour qu'il puisse être lu par quelqu'un qui n'a pas entendu ce qui précédait, et il a été complété pour avoir l'ensemble des versets[1]. À la fin de ce message figurent trois annexes : la résurrection comme mise en œuvre ; la traduction de Ephésiens 1 dans la version de la TOB ; un schéma récapitulatif de la structure caché/dévoilé.

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 Premier chapitre de l'épître aux Éphésiens

 

Je prends le premier chapitre de la lettre de saint Paul aux Éphésiens. C'est un texte extrêmement complexe au premier abord.

Il y a d'abord une courte introduction :

« 1Paul, apôtre de Jésus Christ par la volonté de Dieu, à ceux qui sont consacrés, ceux qui sont à Éphèse, les fidèles dans le Christ Jésus, 2grâce à vous et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. »

Après cette introduction il y a deux grandes parties composées comme des prières : la première est une bénédiction : « Béni soit… » ; la deuxième commence par : « j'eucharistie pour… ». Ce sont deux nominations d'attitudes de prière. Et les deux parties se répondent de façon très précise.

 

Première partie : versets 3-15

 

Dans cette première partie vous avez un discours constitué d'une seule phrase avec beaucoup de noms, de génitifs et de pronoms relatifs. Dans ce discours se trouve un vocabulaire qui peut paraître purement convenu si on l'entend tel qu'il sonne spontanément à notre oreille. Nous allons voir qu'une structure de pensée éclaire ce texte difficile, et qu'il y a une référence à un épisode.

« 3Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ qui nous a bénis en pleine bénédiction pneumatique dans les lieux célestes, dans le Christ 4selon qu'il nous a choisis en lui avant le lancement du monde pour que nous soyons consacrés et sans tache devant lui dans l'agapê ; 5nous ayant prédéterminés pour être fils par Jésus Christ vers lui, selon l'eudokia (l'agrément) de sa volonté, 6pour la louange de gloire de sa grâce qui nous est gracieusement donnée dans le Bien-aimé 7en qui nous avons la rédemption par son sang, la levée des transgressions, selon la richesse de sa grâce 8qui a découlé sur nous en pleine sagesse et prudence 9nous ayant fait connaître le mustêrion (le moment caché) de sa volonté selon l'eudokia qu'il avait pré-disposée en lui 10pour l'économie de la plénitude des saisons pour récapituler la totalité dans le Christ, soit les choses qui sont au ciel, soit les choses qui sont sur terre, 11en qui nous avons reçu notre part, ayant été pré-déterminés selon la pré-disposition de celui qui œuvre la totalité selon la délibération (le conseil délibérant) de sa volonté, 12 pour que nous soyons à la louange de sa gloire, nous qui avons espéré d'avance dans le Christ 13lui en qui, vous aussi - ayant entendu la parole de vérité, l'Évangile de votre salut – vous avez cru, vous avez été marqués du sceau du pneuma de la promesse, le saint, 14qui est gage de notre héritage, pour la rédemption de la possession, en louange de sa gloire.» [2]

 

Voici un texte où des mots que nous avons l'habitude d'entendre dans une traduction courante, ne sont jamais interrogés profondément pour eux-mêmes.

1°) Versets 3-4.

a) Bénédiction paternelle et référence au Baptême.

Il est question d'une bénédiction. Ce mot bénédiction ne nous dit pas grand-chose, mais c'est un mot de l'accueil, un mot du seuil. Bénir c'est bien-dire, c'est recevoir, c'est recevoir avec bénédiction : c'est le bon accueil. Or la bénédiction en question ici, c'est la bénédiction paternelle. Vous allez voir tous les sous-entendus.

« Béni soit le Dieu et Père. » La bénédiction paternelle consiste premièrement, lorsque l'enfant est né, à le poser sur les genoux du père. Là il le reconnaît, il lui donne le nom et la promesse de l'héritage, au sens spirituel du terme compris puisque le mot héritage est très important – mais au sens spirituel surtout – dans le monde biblique. Quand donc a eu lieu cette bénédiction-là ? Au Baptême du Christ : le ciel s'ouvre à la terre, ciel et terre recommencent à se parler. Le rapport ciel/terre est dans la symbolique du masculin / féminin et au Baptême c'est le rapport Père / Fils. Le Père dit au Fils : « Tu es mon Fils le bien-aimé », le fils de mon "agrément", le fils que j'agrée et que je reconnais comme fils. Ces mots ont été repris par Luc.

Où cette bénédiction a-t-elle lieu ? Elle a lieu « dans les lieux célestes » c'est-à-dire que, dans ce premier verset, nous avons des mots de la scène du Baptême du Christ qui est la scène inaugurale, la scène qui contient en elle tout l'Évangile.

b) Lecture des versets 3-4.

« 3Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ qui nous a bénis… » : "nous", bien sûr. La parole « Tu es mon Fils » est une parole de salutation, une parole d'accueil, une parole de reconnaissance de filiation, qui est adressée à Jésus. Mais les premiers chrétiens ont aussitôt compris que cette parole s'adressait à l'humanité en Jésus. C'est la parole par quoi Dieu nous salue. L'Évangile s'ouvre, c'est la première scène : les cieux s'ouvrent donnant à entendre la parole « Tu es mon Fils » adressée au Christ et à l'humanité en lui. Saint Jean a bien marqué cela en distinguant le Fils Monogène (le Fils un) et les tekna (les enfants) de Dieu qui sont enfants dans le Fils un. Et c'est cela qui se révèle d'entrée à l'ouverture de l'Évangile.

« … en pleine bénédiction pneumatique… » En effet au Baptême le pneuma descend sur Jésus, lui qui va être répandu sur l'humanité. Ça ne fait pas difficulté pour les premiers chrétiens parce que l'expression Fils de Dieu existait déjà, et avait déjà un sens collectif : c'est Israël, le peuple, qui était nommé Fils de Dieu. Ici c'est l'humanité tout entière, donc pas simplement un peuple, pas simplement un individu Jésus, mais Jésus dans sa dimension de Résurrection où il se manifeste comme unifiant les enfants de Dieu (ta tekna tou Théou) les déchirés ou dispersés(ta dieskorpisména). Voici une façon d'être multiple : la déchirure.

« dans les lieux célestes » : on peut dire en effet qu'on a été bénis là puisque c'est la voix venue du ciel qui dit « Tu es mon Fils » lors de la scène inaugurale de l'Évangile.

Le verset 3 signifie donc : « Béni soit le Dieu…. qui nous a bénis de pleine bénédiction spirituelle  dans la formule “Tu es mon Fils” ».

Or, comme il n'y a pas de scénographie de la Résurrection – le moment où Jésus ressuscite est insu, il y a des apparitions du Ressuscité, mais la Résurrection n'est pas représentable ni représentée le plus originellement –, elle se célèbre dans l'affirmation “Tu es mon Fils”. Qu'il y ait un lien entre ces deux choses-là est attesté par de nombreux textes. Je pense par exemple au discours de Paul à Antioche de Pisidie : « Ce Jésus que vous avez mis à mort, Dieu l'a ressuscité le troisième jour selon ce qui est écrit dans le Psaume 2 :Tu es mon fils, aujourd'hui je t'engendre” » (Ac 13). Cela suppose que la filiation a sa source de manifestation dans la Résurrection. Alors, comme la Résurrection n'est pas représentable, la scénographie du Baptême du Christ où a lieu cette salutation adressée au Christ et à l'humanité en lui, cette reconnaissance de paternité divine, cela devient le lieu d'ouverture de l'Évangile où est anticipé tout le contenu de la résurrection.

« …4selon qu'il nous a choisis (exelexato) en lui avant le lancement du monde » Ce verset concerne le moment de l'élection (eklogê), du choix. Ce mot eklogê sera très souvent employé en contexte ecclésiologique à la mesure où il y aura un rapport entre ce choix (eklogê) et l'Ekklêsia qui est la convocation (ou l'appel) ensemble. Autrement dit ce sera pour le premier christianisme le moment où s'enracine l'Église.

Il faut noter ici le terme par lequel cette proposition est introduite : kathos (selon). Ce thème est vraiment très important parce que c'est le rapport subtil qui existe entre le moment de la résurrection et le moment de l'élection : la résurrection est selon l'eklogê. Quel type de rapport y a-t-il entre le premier moment et le second moment ? C'est cela qui s'éclaire ensuite comme rapport du caché et du manifesté de la même chose. N'essayez pas de situer le détail de ceci dans votre propre mental, il n'y a pas de place pour l'instant. Il s'agit de voir l'articulation de ce discours comme une chose qui est en face de vous pour l'instant. Car il y a un rapport très intime, mais ce rapport sera le rapport du tout de ce texte au tout de vous-même, et non pas d'une bribe de parole à une bribe d'opinion que vous avez.

C'est donc « selon l'eklogê ». Quand cette élection a-t-elle lieu ? Rappelez-vous que, à propos de la bénédiction tout à l'heure, nous posions la question : où ? Et Paul nous répondait : dans les lieux célestes, ce qui effectivement nous renvoyait au Baptême, et aussi à la résurrection comme exaltation. Et maintenant, quand situer cette éklogê ? La réponse est dans le texte de Paul : « avant le lancement du monde (pro katabolês kosmou) » autrement dit la résurrection dont il est question dans le second moment se réfère d'une certaine façon aux premières choses, à ces premières choses qui "précèdent" ce qu'on appelle la création du monde, mais que veut dire "précéder" ?

Trinité,C'est ce moment qui est également exprimé comme le moment de la délibération (boulê), un mot que nous trouvons au verset 11. En effet « Faisons l'homme à notre image », c'est Dieu délibérant. C'est là, disons provisoirement, le moment d'antériorité. Et cette antériorité est profondément marquée dans le texte par exemple avec le préverbe "pro" qui abonde. Par exemple nous trouvons le mot prooristhentes (ayant été prédéterminés) au verset 11, mot qu'on traduit souvent par « ayant été déterminés d'avance », bien sûr. Seulement, ce qui est en cause ici, c'est la conception de cet avant, c'est-à-dire du temps. Et si nous voulons purement et simplement entendre cela à partir de notre idée banale du temps, nous n'entendons rien du tout. Ce qui va se découvrir ici, c'est une certaine signification neuve de la première chose. Ce "d'avance" n'est donc pas une notion chronologique dans notre sens, mais référence à quelque chose qui est désigné par le symbole de l'antérieur.

c) La structuration du texte selon deux moments.

Ce texte complexe est donc structuré par le double moment de la "délibération" et de la "résurrection", moments qui se donnent à entendre comme le caché et le dévoilé de la même chose[3].

– nous avons vu le second moment au verset 3, c'est le moment de la résurrection qui est aussi le moment de la bénédiction. C'est le moment du dévoilement accomplissant, car c'est le même geste qui fait sortir de l'opacité séminale à visibilité, et qui fait sortir de l'existence purement germinale à l'existence accomplie. Ce qui se passe fait venir la chose, c'est-à-dire l'accomplit, et du même coup la fait voir.

–  nous avons trouvé le premier moment déjà au verset 4, c'est le moment de l'élection (eklogê) qui est souvent marqué par des verbes en "pro".

Cela veut dire qu'à chacun est donné un nom et un avoir-à-être, et cette semence, cette détermination, c'est notre semence la plus intime de laquelle nous naissons de seconde naissance, ce n'est pas la naissance de notre natif. C'est cela qui est naître de cette eau-là qui est le pneuma comme le dit Jésus à Nicodème (d'après Jn 3,5). Là est donné notre nom, notre nom qui est notre essence intime et, par suite, notre avoir-à-être.

d) La "volonté" de Dieu est le plus authentique de mon avoir-à-être.

Au verset 5 nous allons trouver « selon l'eudokia de sa volonté » : la volonté est aussi une façon de désigner le moment du caché.

Vous savez que tous les mots se pensent par rapport à un autre mot. Par exemple nous pensons volonté par opposition à intelligence (intellect et volonté), c'est fondamental dans notre structure de pensée. Or cette distinction n'existe pas dans le Nouveau Testament, le mot volonté ne tire par son sens de là. Ou alors, nous pensons volonté dans un rapport de conflit de volontés : ma volonté et ta volonté. Ce n'est pas non plus le thème du Nouveau Testament où le mot volonté dit le moment séminal de mon être et c'est Dieu qui pose ce moment séminal.

Donc la bénédiction est la venue en clair ici, la parole en clair, de ce qui était "selon" la volonté de Dieu. Autrement dit nous sommes nés de la volonté de Dieu, nous sommes la volonté voulue de Dieu. Je dis “volonté voulue” parce qu'on peut prendre volonté chez nous comme désignant une faculté. Ici ce n'est pas le cas, c'est plutôt comme dans l'expression française “les dernières volontés” : ce n'est pas le dernier acte de volonté, ce sont les choses que je veux comme choses ultimes, choses dernières. Donc nous sommes volonté voulue de Dieu.

« Que ta volonté soit faite » signifie donc : que j'arrive au plus intime et au plus authentique de moi-même. Nous avons là une expression qui est souvent entendue dans un tout autre registre et avec une tout autre tonalité : « Pff... catastrophe, mais que ta volonté soit faite ». Mais pas du tout, la volonté de Dieu c'est mon désir le plus profond : « Parce que la volonté de Dieu est le plus authentique de mon avoir à être, que cela soit. »  Ceci donne un sens différent.

 

2°) Versets 5-14.

« 5Nous ayant prédéterminés pour la filiationpour que nous soyons fils ; les deux termes de prédéterminations et de filiations sont donc liées et ce sera ensuite lié aux considérations de Paul sur le premier-né, le prôtotokos dont il est fait mention en Rm 8 –, par Jésus Christos et vers lui, selon l'eudokia (l'agrément) de sa volonté. » Paul rapproche les deux mots volonté et eudokia. Nous avons vu que le mot thélêma (volonté) désigne le caché, c'est-à-dire le premier moment, celui de la délibération ; et le mot eudokia, qui revient par exemple au verset 9, signifie la bienveillance ou la complaisance. Vous avez ici « selon l'eudokia de sa volonté (kata tēn eudokian autou tou thélêmatos) » où le mot thélêma est au génitif, mais c'est un exemple de génitif à bien entendre, car il faut entendre que c'est deux fois la même chose : « l'eudokia qu'est sa volonté ». En français vous avez aussi un "de" qui n'est pas nécessairement un génitif de provenance ou d'appartenance : la "ville de Paris" c'est la "ville qui est Paris". Ceci se trouve déjà en hébreu où deux substantifs peuvent être accolés l'un à l'autre, et alors on peut traduire le second par un adjectif, par un génitif, etc., il y a un certain mode d'appartenance entre ces deux mots. Cela veut donc dire que les mots thélêma (volonté) et eudokia (agrément) sont deux mots qui disent le même moment ici. Or eudokia se trouve aussi au Baptême : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je me complais (le fils de mon eudokia) », et puisque nous avons dit que le Baptême était le deuxième moment, nous notons que le moment de la délibération et le moment de la bénédiction s'échangent les termes. Que ces termes s'échangent d'un moment à l'autre n'a pas d'importance, au contraire cela implique que, dans les deux moments, il s'agit du même.

« … 6pour la louange de gloire de sa grâce qui nous est gracieusement donnée dans le Bien-aimé. » Ce verset continu à commenter l'expression du baptême « Tu es mon Fils bien-aimé » et cette mention de "bien-aimé" se réfère au Fils et à nous dans le Fils.

Il y a une expression qui intervient, presqu'à titre de refrain, au moins trois fois dans ce passage : « pour la louange de la gloire (éïs épaïnon doxês) » (v. 6, 12, 14). La gloire est un terme à mettre en rapport avec ce reflet lumineux qui est aussi bien l'image. C'est cette présence de Dieu qui désignait la kavod (la gloire) dans la mystique juive. Tout cela est attribué au Christ qui est la présence, qui est la gloire, qui est l'image, qui est le Fils, tout cela dit le même.

Et notez bien que, dans l'expression « pour la louange de la gloire », on a eis avec l'accusatif donc il faudrait presque traduire « pour que nous soyons la louange qu'est la gloire ». Être la louange. Le Christ est la gloire, et nous accédons à être ce qu'est le Christ ; en lui nous accédons à être la louange. Autrement dit le salut de l'homme c'est cela qui est la gloire de Dieu. C'est d'ailleurs justement ce que saint Paul est en train de faire dans ce passage qui n'est pas un passage dissertant, mais qui est un passage hymnique, un passage eulogétique : « Béni soit Dieu qui… » Il est précisément en train d'être cette louange de la gloire. Ceci est très important pour la structure du discours chrétien qui a toujours, ou doit toujours avoir, de par soi, cette dimension d'être non seulement dissertation mais aussi prière. Il faudra entendre un jour que l'être vivant de l'homme, c'est cela qui est la gloire de Dieu, c'est cela qui établit sa présence et son reflet lumineux dans le Christ. Seulement là nous anticipons sur le texte précis que nous sommes en train de commenter.

« … Bien-aimé 7en qui nous avons la rédemption par son sang, la levée des transgressions (tên aphésin tôn paraptômatôn) selon la richesse de sa grâce 8qui a découlé sur nous. » Nous avons ici une mention de la levée des péchés qui chez Jean est liée à la filiation : « Je vous écris petits-enfants parce que les péchés vous sont levés » (1 Jn 2, 12). Dans notre verset le rapport de cette levée des péchés avec ce qui précède est marqué par un « selon » qui n'a pas tout à fait le même sens que le précédent. En effet la mention de "la richesse" signifie que le comble (ou l'abondance) du don se manifeste dans le pardon, car celui-ci manifeste encore plus la gratuité. Dans le pardon il n'y a pas lieu à devoir mais à donation gratuite. Vous voyez l'enchaînement. On peut donc noter ici deux choses : l'importance de ce vocabulaire de la richesse et du découlement sur nous ; et aussi une sorte de justification de la dimension du pardon sous la forme de rédemption (apolutrôsis), de la levée des transgressions. En fait ici c'est « laisser tomber » et pas « lever », mais c'est la même signification. Donc cela atteste la dimension éminemment gratuite car le pardon est la perfection du don.

Dans ce verset nous avons tout un vocabulaire qu'il faudrait examiner : que veut dire racheter, pourquoi rédemption ? Pourquoi est-ce qu'on trouve à l'occasion de cela une mention telle que celle-ci : « par le sang de Jésus », ou ailleurs : « par sa mort » ou « par sa croix » qui sont des expressions paulinienne très importantes ? Là il y a un gros paquet à méditer. Il faut d'abord le repérer, et il faut voir ensuite comment il se tient par rapport à l'ensemble du chapitre. Mais ce n'est pas notre sujet aujourd'hui.

« … En pleine sagesse et prudence (phronēsei) » mais le mot "prudence" n'est pas une bonne traduction, il faudrait entendre au sens intellectuel, c'est du côté du discernement, mais ce n'est pas exactement le discernement non plus.

 «  9Nous ayant fait connaître le mustêrion de sa volontéle mustêrion (le secret) qui est sa volonté (thélêma), et ce mot thélêma désigne le cachéselon l'eudokia qu'il a pré-déposé en lui (dans le Christ) 10pour l'économie de la plénitude des saisons…  » La plénitude des saisons désigne l'accomplissement. Nous avons dit tout à l'heure qu'il ne s'agit pas seulement d'un faire-voir mais d'un faire-venir, c'est-à-dire d'un accomplir.

Il y a deux mots grecs pour dire cet accomplir. Le mot préféré de Paul c'est plêrôma (verbe : plêroustaï), la plénitude, l'accomplissement ; le mot préféré de Jean – ils connaissent les deux l'un et l'autre – c'est plutôt téleïoun (nom : téleïôsis), conduire à l'achèvement, conduire à la fin plénière (pas à la fin négative). C'est le même sens que l'accomplissement.

Mustêrion  (secret caché)     ––––-–> apocalupsis (révélation, dévoilement accomplissant)

                                                                  plêrôma (plénitude, accomplissement) chez Paul

                                                                  téleïôsis (achèvement plénier) chez Jean

« … 10pour l'économie – ce mot désigne l'organisation de la maison de la plénitude des saisons – « les saisons » est une façon de traduire le kairos qui n'est pas le Kronos, donc qui n'est pas le temps au sens banal du terme mais toujours un temps qualifié – pour récapituler (ressaisir en tête) la totalité dans le Christ, soit les choses qui sont au ciel, soit les choses qui sont sur terre… » Ici trouve le mot "récapituler" qui est développé dans d'autres lieux. En particulier l'épître aux Colossiens et l'épître aux Éphésiens ont à peu près le même vocabulaire, les mêmes préoccupations, le même ordre des choses. L'épître aux Colossiens est beaucoup plus courte, et on peut penser soit qu'elle est l'esquisse de celle-ci, soit qu'elle est au contraire un résumé pour une autre Église.

Le mot récapitulation (anaképhalaiōsis) vient du mot kephalê (la tête), il concerne les choses du ciel et les choses de la terre. Ceci atteste que c'est une méditation du début de la Genèse, et c'est encore plus clair dans la méditation qui se trouve dans l'épître aux Colossiens. En effet le premier mot de la Genèse en hébreu, c'est bereshit qui a pour racine rosh (la tête), on le traduit en général par « au commencement » mais par exemple Chouraqui le traduit par « entête ».

« …  11en qui nous avons reçu notre part – cette mention va nous conduire au terme d'héritage qui se trouve un peu plus loin ayant été prédéterminés selon la prédisposition de celui qui œuvre la totalité selon le conseil délibérant (kata tên boulên) de sa volonté. »

Le mot boulè désigne le conseil c'est-à-dire le lieu de la délibération, il traduit « Faisons l'homme à notre image », qui est une délibération car cela a l'air de se faire à plusieurs : « Faisons ». C'est quelque chose qui a alerté de toujours la pensée juive et la pensée chrétienne originelle. La pensée juive a été souvent conduite à dire qu'il s'agissait d'une délibération de Dieu et de ses anges (mais le mot ange a une signification tout à fait autre que celle que nous lui accordons aujourd'hui dans une réflexion de ce genre), et dans la première pensée chrétienne cela a souvent été désigné comme une délibération entre le Père, le Fils et l'Esprit, donc indiquant une certaine pluralité de conseil dans le sein de la divinité[4]. Plus précisément les deux mots de thélêma et boulè traduisent soit l'aspect jussif (jussio c'est l'ordre donné), c'est-à-dire l'aspect qui ordonne, soit l'aspect de délibération c'est-à-dire l'aspect qui délibère, c'est pourquoi nous appelons ce moment, le moment de la délibération jussive.

Nous vous signalons que nous avons en fait été alerté à détecter ces aspects du texte par la lecture attentive des premiers pères de l'Église, ceux du IIe - IIIe siècle, qui sont antérieurs à une certaine systématisation qui nous embarrasse plutôt : eux sont restés longtemps très proches de notre texte[5]. Il est important de remarquer que, quand les premiers chrétiens réfléchissent sur le Christ, ce qu'ils cherchent, c'est savoir comment il est "l'homme", c'est-à-dire "l'image de Dieu". Ici nous sommes dans le moment de détection des structures intimes de pensée. Les évangélistes eux-mêmes vont voir comment le Christ est homme, et quel témoignage d'homme il donne. C'est plus important, en un sens, que ce que nous sommes en train de faire en ce moment. Mais ce que nous sommes en train de faire, c'est la justification de la lecture des évangiles.

« … 12pour que nous soyons à la louange de sa gloire, nous qui avons espéré d'avance dans le Christos (dans le Messie). » Ici le passage est en « nous » et il est en « vous » au verset suivant. Ce qui fait la différence de l'un à l'autre, c'est que dans le verset 11 le nom désigne les chrétiens issus du judaïsme : « nous qui avons cru d'avance au messie, qu'il avons attendu » et au verset 13 c'est « vous qui avez entendu la parole de la vérité… ». Et ça désigne les chrétiens issus du paganisme. Et toute la thématique de l'épître est pour dire que c'est une seule et même vocation ultimement. C'était déjà un thème paulinien dans l'épître aux Romains.

 « … 13lui en qui, vous aussi - ayant entendu la parole de vérité, l'Évangile (l'annonce) de votre salut – vous avez cru, vous avez été marqués du sceau (de l'appartenance) du pneuma de la promesse, le saint, 14qui est gage de notre héritage, pour la rédemption de la possession, en louange de sa gloire. » Le « nous » du verset 14 inclut maintenant le nous et le vous des versets 11-12 et 13.

Nous avons dit que le second moment était celui de la résurrection, mais il faut bien voir que c'est la résurrection entendue, car ces choses ne sont jamais séparées : la résurrection a dans sa définition d'être entendue, ce qui la recueille est impliqué dans le terme même de résurrection. Et nous savons aussi que cette entente, ce recueil, est modifiante, c'est là qu'intervient le vocabulaire de la mise en œuvre : d'entendre la résurrection ressuscite, de l'entendre modifie, sauve. Et il faut savoir qu'entendre c'est la même chose que dire.

Il nous reste aussi à comprendre ce mot "selon", ce rapport mystérieux, non encore dénoué, qui existe entre, d'une part, ce qui était figuré comme délibération divine, et d'autre part la résurrection. Il faut bien entendre Paul lorsqu'il parle de ce moment de la délibération de Dieu. Il faut que cela reste pour nous une image, et que nous ne nous hâtions pas de le représenter comme concernant un dieu qui existe et qui se met à délibérer, etc.. Ce qui est dit ici est de toute première importance, et est dit sur le fonctionnement d'un certain symbolisme qui s'articule à une méditation mystique sur « Faisons l'homme à notre image ». Mais nous sommes loin d'avoir dépassé l'imaginaire d'un Dieu qui existe avant le commencement du temps et qui est en train de délibérer. Cette image-même, il faudra qu'elle nous parle autrement. Mais elle nous parlera autrement à la mesure précisément où nous aurons pleinement joué le jeu d'entendre ce que veut dire Paul dans cette image, et non pas on la démythologisant hâtivement, en triant : c'est une image, on n'en parle plus. Quelque chose d'extrêmement important est véhiculé à travers ce symbole.

 

Deuxième partie : versets 15-22

 

Cette deuxième partie commence donc par « j'eucharistie pour… » Et ensuite nous rencontrons explicitement le mot de apocalupsis qui n'a pas été prononcé encore, ce mot est très souvent joint à mustêrion, j'en parlerai ensuite.

 « 15 Pour cela moi aussi, ayant entendu votre foi dans le Christ Jésus, et l'agapé que vous avez à l'endroit de tous les consacrés, 16je ne cesse d'eucharistier pour vous, faisant mémoire dans mes prières 17afin que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de gloire, vous donne un pneuma de sagesse et d'apocalupsis (de dévoilement), dans son épignôse. » Nous avons là une phrase qui cumule le vocabulaire de la connaissance puisque le mot pneuma lui-même a beaucoup de symboliques dont certaines vont du côté de la connaissance[6], et entre autres chez Jean c'est le pneuma de la vérité ; le pneuma c'est ce par quoi je pense. Le mot épignôse c'est le mot gnôsis (connaissance) affecté du préfixe epi, il signifie donc quelque chose comme une connaissance parfaite, une connaissance fine, aigue, c'est un mot qui qualifie en bonne part le mot gnôsis.

« …18Ayant les yeux de votre cœur éclairés – vous avez noté le vocabulaire du dévoilement, de la luminosité, de la connaissance dans ce qui précède. Le mot "cœur" est à prendre au sens hébraïque, il désigne le centre de l'être, et il s'agit donc du regard intérieur – en sorte que vous voyiez – viennent ici trois choses :

- quelle est l'espérance de votre appel – quels sont les biens espérés par la convocation que vous constituez ;

- quelle est la richesse de la gloire de son héritage dans les consacrés – la notion d'héritage est une notion technique de la mystique juive, cela fait partie des réserves que Dieu a constituées pour les consacrés

- 19et quelle est la grandeur suréminente de sa puissance envers nous qui avons cru – croire relève d'une puissance de Dieu ; on a le mot dunamis (puissance) qui est le langage de la force active et qui prélude à une énumération qui va le compléter :

… selon la mise en œuvre (énergéïan) de la force (kratous) de sa puissance (iskhuos) énergeïa, kratos, iskhus, sont trois mots qui disent également la force ; cela indique que le dévoilement est en même temps une mise en œuvre – 20qu'il a mise en œuvre dans le Christ en le ressuscitant des morts, en le faisant asseoir à sa droite dans les lieux célestes – ce qui est essentiellement dévoilement de Dieu, la Résurrection, est aussi mise en œuvre de l'activité par quoi nous croyons. En d'autres termes, croire découle de l'énergie même de la Résurrection du Christ. Autrement dit le dévoilement est simultanément activité : faire voir (faire savoir) le salut est en même temps l'acte de sauver – 21au dessus de toute principauté, autorité, puissance et seigneurie et de tout nom pouvant être nommé – vous avez ici une allusion à des hiérarchies de puissance plus ou moins cosmique qui sont connues à l'époque –  non seulement dans cet aïon mais encore dans l'aïon qui vient – ici mention est faite de la distinction qui est peut-être la plus fondamentale dans l'Évangile, celle qui existe entre ce monde-ci et le monde qui vient. Ce sont deux mondes, mais aussi deux règnes : dans ce monde nous sommes aliénés au prince de la mort et du meurtre ; mais le règne du prince de ce monde est détruit par la victoire annoncée de la résurrection, s'ouvre un espace nouveau, l'espace de Dieu, le royaume de Dieu –, 22et il a placé (hupétaxen) toutes choses sous ses pieds (hupo autou tous podas)  – ceci est pris au psaume 110. Hypotaxis est le mot le plus caractéristique de Paul. En général je le traduis par subordination, et c'est ce qu'on traduit par soumission (« femmes soyez soumises au mari »). C'est un mot qui va jusqu'à dire le rapport du Christ au Père : il est totalement "subordonné" au Père –, et il l'a donné comme tête au-dessus de tout à l'Ekklêsia (l'humanité convoquée) 23qui est son corps, l'accomplissement de celui qui s'accomplit totalement en tous. »

Klêsis, c'est l'appel, la convocation ; l'Ekklêsia, c'est l'humanité convoquée dont le Christ est la tête. Tout le monde connaît la pensée paulinienne du Christ tête de l'Ekklêsia, mais il faut bien entendre ceci, nous n'avons pas ici simplement une métaphore organique. Comme je l'ai dit, le mot de "tête" est médité dans le mot hébreu bereshit (en arkhê en grec) qui est le premier mot de la Genèse et dont la racine hébraïque est la racine même du mot tête : rosh (la tête) et bereshit (au commencement, en tête). Donc "la tête de la totalité" : ta panta (la totalité) ; ou l'Ekklêsia ; ou le sôma (la venue à corps accompli).

Je ne vais pas dire beaucoup plus à propos de ce texte, mon intention étant de montrer des nervures secrètes qui constituent l'architecture intime du discours paulinien. Et vous vous rendez bien compte que tous ces mots-là, pris à part, ont subi des déperditions de sens considérables, qu'ils n'ont plus le même sens s'ils sont posés dans une autre structure de base ; et nos structures natives ne sont pas les structures que je viens d'évoquer. C'est ce que je voudrais marquer ici rapidement par une petite réflexion.

Les différences entre les structures caché/manifesté et prévu/réalisé.

Nous vivons dans la structure du prévu / réalisé (c'est-à-dire dans une structure du faire), et pas dans la structure du caché / manifesté. La différence entre faire et accomplir, voilà ce qu'il faut méditer.

À ce propos je donne souvent deux sentences, toujours les mêmes, mais qui sont des lieux de méditation infinie :

  • on ne peut faire que ce qui n'est pas, on ne peut accomplir que ce qui est déjà.  Accomplir, c'est faire venir à fruit ce qui est déjà sur mode séminal, sur mode de semence.
  • nous disons encore : “on ne peut pas être et avoir été,” alors que dans cette perspective on ne peut être que si on a de toujours été, de manière cachée.

Il y aurait beaucoup de choses à dire. Ce non-dit, ce qui est hérité dans notre moment de langue, fait que nous ne pouvons pas, du premier coup, entendre ce texte. Il nous faut faire l'effort d'entrer dans les structures mêmes de ce discours. Ça peut paraître dommage, ça peut paraître peineux. Et cependant, c'est source de la plus grande joie, des plus grandes découvertes qu'on puisse faire. Découvrir la pertinence, le sens intime, comment les mots se mettent à chanter au lieu d'être des mots rebattus. Ils prennent un sens tout d'un coup, ils prennent couleur (pour prendre une autre métaphore).

Lire, je crois que c'est cela : ce n'est pas amener à moi, ce n'est pas traduire à moi ; lire c'est que je me traduise au texte, comme on se traduit devant un tribunal – mais là ce n'est pas un tribunal – devant une audience, une écoute.

 

 

Annexe 1 : La résurrection comme mise en œuvre.

Ce texte indique que ce qui est essentiellement dévoilement (apocalupsis) c'est la résurrection qui est aussi mise en œuvre de l'activité par quoi nous croyons : croire découle de l'énergie même de la résurrection du Christ, c'est-à-dire que ce dévoilement est simultanément activité. Ceci met en cause notre compréhension spontanée de la connaissance comme distinguée de l'activité. Nous savons que si nous voulons entendre ces textes il faut nous défaire de ces chaînes qui nous constituent. Et c'est à cette seule condition qu'on peut comprendre le mot de Paul selon lequel la foi est le salut. La foi ne parle pas seulement sur le salut, c'est le salut. Les vicissitudes de la compréhension des mots de connaissance et d'agir au cours des siècles en Occident, ont créé les problèmes bien connus de la foi seule, de la foi qui sauve, de la foi sans les œuvres, de "la foi ou les œuvres", etc. tout cela provenant précisément d'une méconnaissance du sens authentique et premier de apocalupsis et pisteueïn, de dévoilement et de croire.

 Pour le dire autrement, se lever, marcher, s'éveiller, connaître, tels sont les mots qui développent le plus souvent la nouvelle naissance ou la résurrection. C'est avec ces mots-là que Paul parle à notre expérience. Egeireïn que nous traduisons par ressusciter, signifie "faire lever" : « Éveille-toi, ô toi qui dors » ; anastasis que l'on traduit par résurrection, désigne le fait de se remettre debout : « Lève-toi et marche », et c'est ce qui donne sens à la nouvelle naissance. Le surgissement du nouveau sur l'ancien, l'émerveillement de la lumière après la ténèbre, le trait de la connaissance après l'ignorance, la liberté après la servitude, tout le vocabulaire de Paul commente la résurrection.

 

Annexe 2 : Traduction de la T O B

 «1 Paul, apôtre de Jésus Christ par la volonté de Dieu, aux saints et fidèles en Jésus Christ: 2à vous grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

3 Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : Il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ. 4Il nous a choisis en lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans l'amour. 5Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ; ainsi l'a voulu sa bienveillance 6à la louange de sa gloire, et de la grâce dont il nous a comblés en son Bien-aimé : 7en lui, par son sang, nous sommes délivrés, en lui, nos fautes sont pardonnées, selon la richesse de sa grâce. 8Dieu nous l'a prodiguée, nous ouvrant à toute sagesse et intelligence. 9Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, le dessein bienveillant qu'il a d'avance arrêté en lui-même 10pour mener les temps à leur accomplissement: réunir l'univers entier sous un seul chef, le Christ, ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. 11En lui aussi, nous avons reçu notre part: suivant le projet de celui qui mène tout au gré de sa volonté: nous avons été prédestinés12pour être à la louange de sa gloire ceux qui ont d'avance espéré dans le Christ. 13En lui, encore, vous avez entendu la parole de vérité, l'Évangile qui vous sauve. En lui, encore, vous avez cru et vous avez été marqués du sceau de l'Esprit promis, l'Esprit Saint, 14acompte de notre héritage jusqu'à la délivrance finale où nous en prendrons possession, à la louange de sa gloire.

15 Voilà pourquoi, moi aussi, depuis que j'ai appris votre foi dans le Seigneur Jésus et votre amour pour tous les saints, 16je ne cesse de rendre grâce à votre sujet, lorsque je fais mention de vous dans mes prières. 17Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père à qui appartient la gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître; 18qu'il ouvre votre cœur à sa lumière, pour que vous sachiez quelle espérance vous donne son appel, quelle est la richesse de sa gloire, de l'héritage qu'il vous fait partager avec les saints, 19quelle immense puissance il a déployée en notre faveur à nous les croyants; son énergie, sa force toute-puissante, 20il les a mises en œuvre dans le Christ, lorsqu'il l'a ressuscité des morts et fait asseoir à sa droite dans les cieux, 21bien au-dessus de toute Autorité, Pouvoir, Puissance, Souveraineté et de tout autre nom qui puisse être nommé, non seulement dans ce monde, mais encore dans le monde à venir. 22Oui, il a tout mis sous ses pieds et il l'a donné, au sommet de tout, pour tête à l'Église 23qui est son corps, la plénitude de Celui que Dieu remplit lui-même totalement. »

 

Annexe 3 : le schéma

schéma de la structure caché - dévoilé



[1] La plupart des compléments viennent du cours d'Ecclésiologie fait par J-M Martin à l'Institut catholique de Paris en 1974-75. La structure mise en évidence dans ce texte est méditée plus longuement dans  Caché/dévoilé, semence/fruit, sperma/corps, volonté/œuvre... . La transcription du grec est souvent faite phonétiquement (mustêrion, apoaclupsis, iskhus... pour mystêrion, apocalypsis, ischus...) mais pas toujours.

[2] J-M Martin n'a devant lui que le texte grec, et sa traduction ne vise qu'à faciliter l'étude. 

[3] Voir le tableau qui est mis à la fin, et le message où cette structure est longuement méditée : Caché/dévoilé, semence/fruit, sperma/corps, volonté/œuvre.....

[4] « Faisons l'homme… Cette parole de Dieu, que pouvait-elle signifier ? Les réponses se réduisaient essentiellement à deux : l'une sans rapport aux personnes de la Trinité ; l'autre trinitaire. Réponse non trinitaire (celle des juifs et de leurs sympathisants) : le créateur s'adresse à ses anges, à ses archontes, à ses dynameis, pour faire l'homme avec leur aide… […]. Réponse trinitaire : en disant Faisons l'homme… Dieu le Père s'adresse au Verbe et à l'Esprit Saint. On ne saurait envisager aucune économie où les archontes (ou d'autres créatures) auraient la possibilité de faire l'homme « à l'image et à la ressemblance de Dieu ». Cela n'est possible qu'au Verbe, image (personnelle) de Dieu, et à l'Esprit Saint, ressemblance (personnelle) de Dieu. » (Antonio Orbe, Introduction à la théologie des IIe et IIIe siècles  Cerf 2012, coll Patrimoines,  tome 1 p. 364-366).

[5] « Ces premiers pères de l'Église ont développé ce que l'on peut appeler une théologie des puissances de Dieu (des dunameis de Dieu), théologie qui énumère la sagesse de Dieu, le conseil de Dieu, la délibération, la volonté, la parole, le pneuma, qui sont autant de noms opératifs de Dieu, de dunameis de Dieu (Tertullien dans son premier latin lesappelle vires). La théologie trinitaire va d'abord être enclose dans cette théologie des puissances, historiquement. Elle s'y trouvera du reste fort à l'aise mais on ne les laissera pas. Elle a d'ailleurs gagné sous d'autres aspects » (J-M Martin).