Lors de la session "Pain et parole" (Jean 6), à la suite d'une question qui lui a été posée, J-M Martin a été amené à parler des figures de disciples : qu'est-ce qu'être disciple, quels disciples trouve-t-on dans l'évangile de Jean (Pierre, Jean, Thomas, Marie -Madeleine...), quelles sont leurs figures ? Une courte annexe aborde la question : peut-on dire que ça s'est passé comme ça ?

 

Figures de disciples, figures de la foi

Première approche

 

Ce message est constitué d'un extrait de la session "Jean 6, Pain et parole" (ch 2, II, 3°) transcrite sur le blog (tag JEAN 6). D'autres messages traitent des "figures" et complètent celui-ci : Pierre et Jean ; Pierre et Judas ; personne et fonction (tag figures).

 

► Dans le chapitre 6 de Jean il y a des disciples présents. Est nommément cité Philippe qui pose la question « où ? », André qui est le frère de Simon-Pierre qui prend la parole. Il y a Simon-Pierre qui répond à une question comme porte-parole à la fin, et puis il y a Judas qui ne parle pas mais qui est cité. Quels sont leurs rôles ?

J-M M : Ceci ouvre à plusieurs questions. La première c'est la question des disciples, et ceci sous deux formes : que signifie être disciple ? Pourquoi différentes figures ?

 

1°) Que signifie disciple ?

Dernier repas, Antoine Gélineau Tamié

La première chose c'est qu'il est très important d'étudier chez Jean ce qui signifie le mot disciple. Ceux auxquels nous faisons allusion s'appellent aussi les Douze, s'appellent aussi les Apôtres, mais le terme que Jean emploie préférentiellement c'est le terme de disciples.

Est-ce que disciple, par exemple, dit d'abord une fonction particulière, ou est-ce que c'est une dénomination de toute foi ? Pourquoi spécialement chez Jean ? Jean est « le disciple que Jésus aimait » ; ça ne signifie pas que Jésus avait une amitié particulière ou même une particulière amitié pour Jean. Ça signifie qu'il est le disciple par excellence, le disciple qui accomplit pleinement le concept de disciple, le mot de disciple.

Ce thème du disciple a quelque chose de caractéristique qu'il faudrait étudier, comme : entendre (entendre est un verbe du disciple), akoloutheïn (suivre ou accompagner), marcher avec (le disciple marche avec).

Ceci est d'ailleurs une chose très importante car il en est ainsi de toute foi. La foi est un cursus, une course, une marche, un discursus, une parole distendue dans le temps, et l'accompagnement d'une parole. C'est la présence auprès : être auprès, venir auprès, et dans certains cas même être assis aux pieds (ou assise aux pieds). Ce sont des termes ici qui désignent l'entendre propre qui est la caractéristique de la posture, la posture constituant le disciple comme disciple. Nous n'avons pas le temps de développer cela, c'est un sujet à soi-même pour une session.

 

2°) Différentes figures de disciples.

La deuxième chose que je voulais dire c'est que les disciples ont des noms propres. Et ils sont nommés les uns ou les autres dans certains épisodes et dans certaines conditions.

a) Les énumérations.

Vous n'avez jamais l'énumération des Douze chez Jean comme vous l'avez dans les Synoptiques. En revanche vous avez une énumération de sept disciples à la fin du chapitre premier, et vous retrouvez les sept mêmes dans le dernier chapitre. Car il y a aussi un rapport entre le chapitre premier et le chapitre dernier chez Jean, comme il y a un rapport du reste entre le chapitre 6 et le chapitre dernier, le chapitre 21. C'est aussi un chapitre avec épisode maritime, un chapitre sur la plage, avec repas, manducation de pain et poisson, donc un chapitre qui a un rapport très étroit avec le chapitre 6.

b) Les figures émergentes.

Ensuite vous avez des figures émergentes prises parmi les sept ou quelquefois hors des sept (autrement dit Jean connaît des disciples qu'il n'a pas énumérés). Il y a Pierre, Philippe, Nathanaël qui a une place spéciale chez Jean (qui est assimilé au Barthélemy des Synoptiques), vous avez Thomas à plusieurs reprises, vous avez Judas (pas le traître mais un autre Judas) etc. Il serait intéressant de voir quels sont leurs lieux d'émergence, quelle est leur façon de se situer. Nous en avons ici un exemple : il y en a quatre qui apparaissent dans le cours du chapitre 14 dont Philippe et Thomas qui posent des questions : les disciples questionnent car un disciple questionne et parfois ne reçoit pas de réponse.

c) Figures d'étapes (ou de modes) de la même foi.

Quels sont les traits ? Bien sûr saint Jean ne se préoccupe pas de faire de la caractérologie pour le plaisir. Les disciples ne sont pas simplement des individus qui sont présentés dans leurs caractéristiques individuelles. Cependant ce sont des figures de postures possibles de la foi, des différents modes ou des différentes étapes de vivre la même foi. Et souvent ces figures sont traitées en opposition, ce qui est une façon de les mettre en valeur.

Vous avez par exemple l'opposition de Pierre et Jean – le mot opposition ne signifie pas ici animosité ou agressivité, elle marque les différences. Elle intervient à plusieurs reprises dans l'évangile de Jean. C'est un grand souci des chapitres 20 et 21. Pierre et Jean sont caractérisés comme concurrents, c'est-à-dire qu'ils courent ensemble. Il y en a un qui court plus vite que l'autre. Il y a probablement une gestion du rapport entre les premières communautés issues de Pierre et les premières communautés issues de Jean, pour savoir qui l'emporte et comment on établit le propre de l'un et de l'autre. Jean est éminent à certains égards et Pierre est éminent à d'autres égards. Cette question-là est reprise dans le chapitre 21 où il y a la triple confession de Pierre, puis « Toi, suis-moi » ; et ensuite Pierre pose la question : « mais qu'en est-il de celui-ci ? » où "celui-ci" désigne Jean qui est en train de marcher. Et il est dit quel est le propre de Jean (d'ailleurs en levant une méprise qui avait dû courir dans les premières communautés chrétiennes selon laquelle Jean ne mourrait pas). Le mot caractéristique c'est : « il demeure ». Qu'est-ce que c'est que ce demeurer ? « Toi, suis-moi », « il demeure » : il y a comme une gestion du rapport de pouvoir dans les premières communautés chrétiennes, mais aussi une indication des façons de vivre différemment des choses qui sont fondamentalement les mêmes.

Tout le chapitre 20, chapitre de la Résurrection qui est réparti entre le matin et le soir, le premier jour et le huitième jour, dans des distances, marque différents modes : le mode de vivre la résurrection de Marie-Madeleine, celui de Pierre, celui de Jean, celui de Thomas ne sont pas les mêmes et cependant… Les Douze rassemblés le soir du premier jour : à chaque fois ce sont des modes de vivre l'être à la résurrection, c'est-à-dire à la foi, ce n'est rien d'autre, et cependant ils sont différents. Donc recherchez les occurrences.

D'ailleurs Philippe et André sont très souvent liés : par exemple dans le chapitre 12 où les Hellènes viennent et disent « Nous voulons voir Jésus ». C'est à regarder.

Je fais droit à la question, je l'ouvre, je lui donne un sens, mais pas plus, le travail est à faire.

 

 

ANNEXE VENANT D'UNE AUTRE SESSION :

Les figures chez Jean.

Les personnages de Jean ne cessent pas d'être vrais parce qu'ils seraient en plus et essentiellement et d'abord des figures, c'est-à-dire des représentations d'un mode d'être.

– Pierre est une figure, il dit un mode de vivre la foi ; Jean est une figure qui dit un mode de vivre la foi ; Marie-Madeleine est une figure qui dit un mode de vivre la foi.

– Vous avez aussi des traits de caractère. On connaît le caractère de Pierre : il est rapide en ce sens qu'il est téméraire, prétentieux, présomptueux. C'est vrai puisque tous les évangiles soulignent ce trait. Seulement cela n'intéresse pas Jean de faire de la caractérologie. De quoi ceci est-il le signe ou l'indice ? Quelle posture humaine se révèle par-là ? Voilà ce qui l'intéresse.

Et même, je vais vous dire une chose : le récit de l'apparition à Marie-Madeleine s'est-il passé comme cela ? Radicalement : oui, mais peut-être, bien que non aux yeux d'une caméra. Qu'est-ce que Jean en sait ? Il le sait parce que c'est la structure d'accession à la foi d'un certain type d'être à Jésus. Ceci est très important pour que nous ne lisions pas simplement ces textes psychologiquement, mais pour qu'ils soient susceptibles de décrire ce qu'il en est éventuellement de nous-mêmes, pour que nous soyons interprétés par le texte. Nous en avons la preuve au chapitre 16 dans lequel tout ce qui se passe pour Marie-Madeleine est écrit d'avance comme structure fondamentale de l'accession à la foi.

 


 Voir en particulier les 2 messages : Les figures de Pierre et Jean. La question du maître intérieur. : La question de Satan. Les différentes facettes de la figure de Judas..