La symbolique du vêtement est importante dans le Nouveau Testament. Elle intervient à plusieurs reprises, ne serait-ce que dans l'expression "revêtir le Christ". Comme l'entendre ?

Ce premier message sur la symbolique du vêtement est composé de deux parties qui n'ont pas la même origine. En première partie figure un extrait d'une méditation de Jean-Marie Martin sur le lavement des pieds, récit dans lequel Jésus "dépose son vêtement", et quand il a lavé les pieds des disciples, le "reprend" (extrait de Jn 13, 1-15 : Lavement des pieds ; dialogue avec Pierre). En deuxième partie figure une traduction du Chant de la perle, un texte apocryphe où il est question de quitter son vêtement de fils de roi et de le reprendre ; c'est un texte que connaît J-M Martin mais la traduction ne vient pas de lui.

 

I – Le lavement des pieds (Jn 13, v. 4-5 et 12)

 

Jn 13, Lavement des pieds, icone syriaqueDans le récit du lavement des pieds (Jn 13) les versets 4, 5 et 12 donnent la gestuelle qui contient toute l'essence du chapitre. Il y a plus de sens dans ce simple petit récit que dans la longueur de beaucoup de discours.

« 4Il (Jésus) se lève de table, pose son vêtement, et prenant un linge il se le noue à la ceinture, 5puis il jette de l'eau dans une bassine, et il se met à laver (nipteïn) les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il s'était ceint…. 12Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement.  »

 

1°) La symbolique du vêtement.

« Il pose (tithêsin) son vêtement. » On a ici le verbe poser (déposer) qui se trouve chez saint Jean dans la forme la plus simple, tithêmi. Or c'est l'expression qui est employée par saint Jean pour dire la mort : « Je pose (tithêmi) ma psychê (je pose ma vie) en sorte qu'en retour je la reçoive. Personne ne me l'enlève mais moi, je la pose de moi-même » (Jn 10, 17-18), est évoquée ici la mort-résurrection.

La symbolique du vêtement est une symbolique dont l'acuité nous échappe parce que, pour nous, un vêtement, c'est quelque chose qui s'ajoute par-dessus : le corps c'est l'essentiel, et le vêtement est secondaire. Or il y a un vieux texte gnostique du IIe siècle qui dit ceci : « Chez nous le corps est plus important que le vêtement, mais dans l'Évangile le vêtement est plus important que le corps » [1]. Le vêtement c'est la désignation de la posture intime, c'est la manifestation extérieure de la posture. Or nous avons dit que ce qui permettait d'identifier, ce n'était pas la permanence d'un corps, c'était la posture. L'homme n'est pas pensé à partir de l'idée de nature, mais à partir de l'idée de posture, d'où l'importance de cette symbolique[2].

Quand saint Paul dit : « Vous avez revêtu le Christ » (Ga 3, 27), pour nous c'est une chose banale et à peine compréhensible, mais ça veut dire que la foi, et le baptême de foi, nous configurent dans la posture christique[3]. Ceci est une parenthèse pour montrer que nous ne sommes pas très bien armés pour entendre la symbolique du vêtement, pas plus d'ailleurs que la symbolique du trempage au baptême, pas plus que la symbolique de l'imprégnation ou de l'onction ; et la symbolique de l'investiture, pas davantage. Nous sommes en difficulté par rapport au sens profond de ces choses. De le signaler permet que nous essayions éventuellement progressivement de nous y familiariser.

 

2°) Lecture suivie des versets 4-5.

« Il se lève de table. » Curieusement le verbe "se lever" ici indique l'abaissement alors que traditionnellement les verbes éveiller ou se lever (élever) sont des mots qui disent la résurrection. Cela indique l'abaissement car Jésus va se dépouiller de son vêtement qui n'est apparemment pas celui du service, pour se ceindre du linge qui est le linge du service.

« Il pose son vêtement », nous avons vu que ce mot est employé pour dire la mort : déposer sa vie, déposer son être. « Prenant un linge (de service) il se le noue à la ceinture. » La ceinture indique un aspect du service : il faut nouer le linge à la ceinture pour agir librement. Et nous avons quelque chose de ce genre à la fin de l'évangile au chapitre 21 à propos de Pierre : « Quand tu étais jeune tu mettais ta ceinture, quand tu auras vieilli… quelqu'un d'autre te ceindra »[4].

Nous en sommes donc simplement au moment où la posture de service se dévoile en dessous de la posture de gloire (de la posture du vêtement). Quand il reprendra la posture de gloire en revêtant son vêtement, Jésus ne perdra pas la posture du service. Le mot dévoilement peut nous permettre de comprendre cela, puisqu'un dévoilement c'est un déshabillage. Ce qui se dévoile c'est la chose suivante : ce qui est au cœur de la posture du Seigneur, c'est la posture du serviteur. Là nous sommes dans le lieu le plus simple de l'Évangile, et le plus essentiel, c'est-à-dire que le discours qu'on va porter là-dessus ensuite déploie des aspects, mais en aucune façon ne remplace ce moment simple et fondamental.

Au point de vue du principe de lecture, c'est la consigne que je donne quand il s'agit d'un chapitre ainsi constitué : être très attentif à la gestuelle simple qui est pleine, et puis s'intéresser au débat qui suit, mais qui n'a pas pour tâche de remplacer, d'expliquer la totalité de ce qui était dans la gestuelle, mais simplement d'en tirer des éléments et des exemples parmi d'autres possibles.

Ensuite Jésus « jette (balleï) de l'eau dans une bassine. » Curieusement le verbe jeter qui est employé ici est le même verbe qui est employé à propos de ce que le diabolos jette dans le cœur de Judas (v. 2). C'est donc une chose inverse.

La gestuelle du Christ ici est une gestuelle avec de l'eau. Que signifie cette eau ? Alors, une remarque assez générale. Il ne faut jamais aller à une réponse ponctuelle, par exemple dire : c'est l'eau du baptême. L'eau chez Jean a une signification beaucoup plus vaste que quelque attribution particulière qu'on puisse en faire, puisque l'eau quand elle est prise en bonne part, est un nom du pneuma (de l'Esprit). Lors du dialogue avec Nicodème Jésus parle de « naître de cette eau-là qui est le pneuma » (d'après Jn 3). Je fais allusion ici à ce qu'on traduit habituellement par « naître de l'eau et de l'Esprit » qu'on interprète souvent de la façon suivante : naître du rite baptismal et de la grâce intérieure dont il est le signe. Alors je vais justifier ma traduction.

La référence fondamentale est Jn 7, 37-39 à la fête de Soukkot, la fête des Cabanes, qui dure huit jours[5]. « 37Dans le dernier jour qui est le grand jour de la fête, Jésus se tint debout et cria –  il crie, un cri qui est puisé au cri de la Sagesse qui invite à venir boire – disant : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne près de moi, et boive, – boire c'est croire ; on a ce sens dans l'expression "celui qui boit mes paroles" – 38celui qui croit en moi, selon que le dit l'Écriture, des fleuves d'eau vivante couleront de son sein (de son ventre)". – derrière cela il y a l'image du temple central d'où coule toute l'eau c'est-à-dire toute la connaissance ; et Jean explique – 39Il dit ceci à propos du Pneuma que devraient recevoir ceux qui croiraient en lui, –  Quand Jésus dit « eau », il parle du pneuma. Et Jean fait l'exégèse de cette parole de Jésus, car le pneuma on ne sait pas encore ce que c'est, il va nous l'expliquer – car il n'y avait pas encore de pneuma car Jésus n'avait pas encore été glorifié. » Qu'est-ce que c'est que le pneuma ? C'est ce qui sort de la glorification, c'est-à-dire de la résurrection de Jésus. Le pneuma est le découlement de la résurrection. Je vous ai lu ce texte parce qu'il justifie plusieurs choses que nous avons été amenés à dire sur le rapport de la résurrection et du pneuma – ici sur le rapport de l'eau et du pneuma – on ne peut pas à chaque fois montrer dans le détail ce qui est annoncé. Je vous demande souvent une part de crédit, mais il y a des moments où la justification est faite.

« Et il commence à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il s'était ceint... » Pourquoi les pieds ? Bien sûr ce geste est un geste d'accueil qui est un geste de service : l'hôte est reçu pour le repas, par ce geste qui, après la marche, assure le repos, l'aisance[6]. Mais il y a aussi une symbolique fondamentale des pieds. Il faudrait rassembler les textes johanniques qui y font allusion. Ainsi le débat va être posé : quel rapport y a-t-il entre laver tout le corps et laver les pieds ? C'est quelque chose qui entre dans la question de Pierre (v. 8-11).

 

3°) Fin de la gestuelle (v. 12).

Donc nous retenons essentiellement une gestuelle de service, mais nous avons l'investiture de la gloire quand Jésus reprend son vêtement au verset 12. D'une certaine manière nous avons le dévoilement de deux aspects qui ont l'air de se contredire, mais qui se confortent mutuellement : l'aspect du service et l'aspect de la seigneurie. De cela il est un peu question dans le débat avec Pierre (v. 6-10).

 « 12Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement. »

Reprenons cette gestuelle :

– déposer son vêtement de gloire dit la Passion du Christ car son service c'est de “mourir pour”. L'effacement de Jésus est la condition pour que nous soyons relevés, re-suscités. Ce thème se dit aussi dans d'autres langages (comme le langage sacrificiel) qui ne nous sont pas familiers.  

– "reprendreson vêtement" dit la Résurrection : il reprend son vêtement de gloire,

Il y a la différence entre le linge de service et le manteau de Résurrection, et cependant, comme nous l'avons toujours dit, mort et résurrection c'est le même.

 

II – Le Chant de la perle

 

Présentation de la traduction :

Le Chant de la perle (appelé aussi Hymne de la perle et Hymne de l'âme) se trouve dans les Actes de Thomas, un ouvrage apocryphe dont on a uun seul manuscrit en syriaque qui date de 936.

J-M Martin n'a jamais lu ce texte devant nous. Il en a parlé une fois à Saint-Bernard de Montparnasse, un soir où il lisait un texte de saint Paul (2 Cor 5). Après la lecture du verset 2 : « Dans celle-ci (dans cette demeure) nous soupirons désirant revêtir la demeure qui est du ciel », il a parlé des mots "revêtir" et "désirer" de ce verset, et a ajouté : « Ça fait penser à un texte, le Chant de la Perle qui se trouve dans les Actes de Thomas. C'est un texte apocryphe un peu plus tardif qui date des IIIe - IVe siècle. C'est un récit mythique dans lequel le père de famille prépare un bel habit[7] pour son fils, puis il envoie son fils en voyage chercher une perle, celui-ci laisse l'habit, etc. à la fin le fils attend ou pense, désirant son être d'habit (l'être que représente cet habit), et on voit l'habit descendre et venir et investir, et rencontrer lui-même. Le Chant de la Perle est un texte très célèbre ».

Comme le Chant de la perle reprend de nombreux thèmes dont parle J-M Martin lorsqu'il médite les textes de saint Jean, de saint Paul et aussi des premiers gnostiques chrétiens, dont certains figurent sur le blog[8], il a semblé intéressant de le publier sans attendre d'avoir une bonne traduction[9]. Celle-ci a été faite à partir de diverses traductions (celle qui figure dans le livre de Jacques Ménard Le chant de la perle, Paris 1991, et des traductions qui figurent sur internet). IL faut savoir que J-M Martin a travaillé avec Jacques Ménard pour la traduction de l'évangile de la vérité (cf Qui est Jean-Marie Martin ?).

 

Le chant de la Perle

 

1« Encore petit enfant, j'habitais dans mon royaume, la maison de mon Père, 2 et l’abondance des richesses de mes parents me comblaient de joie, 3lorsqu’ils m’envoyèrent loin de l’Orient notre région, après m’avoir équipé ; 4et avec la richesse de notre trésor ils firent un paquet qu’ils m’attachèrent ; 5 il était gros et pourtant si léger qu’à moi seul je pouvais le porter.  6C’était de l’or du pays d’Ellaye, de l’argent du grand royaume de Gasak, 7des chalcédoines d’Inde, des pierres chatoyantes du pays de Kushân.  8Ils me ceignirent du diamant qui taille le fer.

9Ils m’enlevèrent le vêtement resplendissant que, dans leur amour, ils m’avaient fait, 10et de mon manteau de pourpre, tissé et ajusté à ma mesure. 11Ils conclurent un pacte avec moi et le gravèrent dans mon cœur, afin que je ne l’oublie pas : 12 « Si tu descends au fond de l’Égypte, et que tu rapportes la perle, l'unique 13qui est au milieu de la mer, près du serpent sifflant, 14tu revêtiras de nouveau ton vêtement resplendissant et ton manteau qui le recouvre, 15et avec ton frère, notre Second, tu seras héritier de notre royaume. »

 

109.16Je quittai donc l’Orient. Je descendis et avec moi deux compagnons 17car le chemin était difficile et semé d’embûches, et j’étais encore jeune pour un tel voyage. 18Je franchis les frontières de la Mésène, le point de rencontre des marchands de l’Orient. 19J'atteignis le pays de Babel et passai les murs de Sarbug[10]. 20Je descendis au fond de l’Egypte et mes compagnons me quittèrent.  21Je me dirigeai directement vers le serpent et j'habitai aux alentours de sa demeure, 22attendant qu’il s’endorme et se repose afin de lui enlever la perle.  23Alors qu’ainsi j'étais seul, isolé, je fus un étranger par rapport aux habitants.

24Je vis là, venu d’Orient, un fils de ma race, un homme libre, 25un homme jeune, beau et gracieux, 26un fils de l’onction qui vint s'attacher à moi ; 27et je fis de lui mon confident, mon compagnon à qui je confiai mon affaire ; 28suivi d'une mise en garde contre les Égyptiens et le contact avec les êtres impurs ;

29et je revêtis leurs vêtements, afin que personne ne me soupçonnât d’être un étranger venu 30pour s’emparer de la perle, et pour que les Égyptiens ne réveillent pas le serpent contre moi. 31Mais pour une raison ou pour une autre, ils remarquèrent que je n’étais pas de leur pays; 32et par leurs ruses perfides ils me prirent au piège et me donnèrent à manger de leur nourriture. 33J’oubliai que j’étais fils de roi et je fus l’esclave de leur roi.  34J’oubliai la perle pour laquelle mes parents m’avaient envoyé 35et à cause de la lourdeur de leur nourriture, je tombai dans un profond sommeil.

110. 36Mais mes parents surent tout ce qui m’était arrivé, et en furent affligés.  37Un message fut proclamé dans notre royaume, ordonnant à tous de venir à notre porte, 38les rois et les chefs de Parthie, tous les grands de l’Orient, 39Et ils décidèrent de ne pas m’abandonner en Égypte. 40Ils m’écrivirent alors une lettre, que chaque grand signa de son Nom : 41« De ton Père, le Roi des Rois, de ta Mère, la souveraine de l’Orient, 42et de ton Frère, notre second, à toi, notre Fils en Égypte, paix ! 43Lève-toi, sors de ton sommeil et entends les paroles de notre lettre.  44Souviens-toi que tu es fils de roi. Vois dans quel esclavage tu es tombé.  45Souviens-toi de la perle pour laquelle tu as été envoyé en Égypte.  46Rappelle-toi ton vêtement resplendissant, pense au manteau glorieux 47que tu revêtiras et dont tu te pareras, lorsque dans le livre des héros ton nom sera écrit  48et qu’avec ton frère, notre Second, tu hériteras de notre royaume

111. 49Le Roi avait scellé la lettre de sa main droite 50loin de la méchanceté des fils de Babel et des démons furieux de Sarbug. 51Elle s’envola comme l’aigle, le roi de tous les oiseaux; 52elle vola, se posa près de moi et devint toute parole. 53À sa voix et au son de son cri je m'éveillais, et je me levai de mon sommeil. 54Je la pris contre moi, l’embrassai, défis son sceau et lus. 55Les paroles de la lettre étaient celles-là mêmes qui étaient gravées dans mon cœur. 56Je me souvins alors que j’étais fils de roi, et que ma naissance libre aspirait à son origine. 57Je me souvins de la perle pour laquelle j’avais été envoyé en Égypte,

58Et je commençais à charmer le terrifiant serpent sifflant. 59 Je le plongeai dans le sommeil en prononçant sur lui le nom de mon Père, 60le nom de notre Second et celui de ma Mère, la reine de l’Orient. 61Je m'emparais alors la perle, et je me retournai vers la maison de mon Père. 62Leur vêtement souillé et impur, je m’en dépouillai et le laissai dans leur pays ; 63je pris le chemin vers la lumière de l’Orient, notre région.  64Ma lettre, qui m’avait tiré hors du sommeil, me précédait sur le chemin ; 65de même qu’elle m’avait éveillé par sa voix, elle me guidait maintenant par sa lumière: 66l’éclat resplendissant de la soie de Séleucie m’éclairait. 67Par sa voix et par sa direction, elle encourageait ma hâte 68et m’attirait dans son amour. 69Je sortis (d’Égypte), passai Sarbug, laissai Babel sur ma gauche 70et parvins à la grande Mésène, le port des marchands  71qui se trouve sur le bord de la mer.

 

72Mon vêtement resplendissant que j’avais quitté, et mon manteau qui le recouvrait, 73mes parents les avaient envoyés là-bas, depuis les hauteurs d'Hyrcanie, 74par leurs trésoriers, à qui on les avait confiés à cause de leur fidélité.

112. 75Alors que je ne me souvenais plus de son arrangement, car j’étais encore enfant lorsque je l’avais laissé dans la maison de mon Père, 76soudainement, lorsque je le rencontrais, tel un  miroir, le vêtement resplendissant me ressembla. 77Tout entier, je le vis en moi-même, comme moi-même je me retrouvai en lui, 78car deux nous avions été dans la division, et à nouveau, nous étions un en une forme unique. 79Il en fut de même pour les trésoriers qui me l’avait apporté, je vis aussi 80qu’ils étaient deux en une seule forme, car unique était le sceau gravé sur eux, celui du roi, 81qui, par leurs mains, me rendait le gage de ma richesse, 82mon vêtement resplendissant, magnifique, orné d’éclatantes couleurs, 83d’or, de béryles, de chalcédoines et de pierres chatoyantes, 84et de teintes variées ; il était achevé conformément à sa grandeur, 85toutes ses coutures bien cousues, rehaussées de diamants. 86L’image du Roi des rois le recouvrait tout entier 87et des pierres de saphir avaient été fixées dans sa partie haute.

 

113. 88Je vis qu'en lui tout entier des mouvements de connaissance palpitaient,  89et comme à parler, je vis aussi qu’il s’apprêtait ; 90j’entendis le son des mélodies qu’il murmurait en descendant : 91« Je suis le plus dévoué des serviteurs, j’ai été taillé au service de mon Père ; 92j’ai senti que ma taille croissait avec ses œuvres. »  93Dans son émotion royale, il se tendait vers moi de tout son être 94et me poussait à le recevoir des mains de ceux qui le présentaient. 95Mon amour me pressait aussi à courir à sa rencontre et à le recevoir.  96Je me tendis vers lui et le reçus. Je me parai de la beauté de ses couleurs, 97et m’enveloppai tout entier de mon manteau aux teintes éclatantes. 98Ainsi revêtu, je remontai à la porte du salut et de la prosternation. 99Je penchai la tête, et je me prosternai devant la splendeur de mon Père qui m’avait envoyé ce vêtement, 100dont j’avais suivi les ordres et qui avait accompli ce qu’il avait promis. 101Et, aux portes du palais qui existait depuis le début, je me mêlai à ses princes.

102Il se réjouit à mon sujet et me reçut, et je fus avec lui dans son royaume. 103Tous ses serviteurs le louaient devant son [trône] en l’invoquant. 104Il me promit que j’irai aussi avec lui à la porte du Roi des rois, 105et que je paraîtrai en même temps que lui devant notre Roi, avec l’offrande de ma perle.

 



[1] « En ce monde 20 ceux qui portent les vêtements sont supérieurs aux vêtements, dans le royaume des cieux, les vêtements sont supérieurs à ceux qui les portent.» (Évangile de Philippe n° 24, traduction Louis Painchaud).

[2] Il y a essentiellement deux postures, cf Ph 2, 6-11 : Vide et plénitude, kénose et exaltation , ce texte ayant d'abord été médité lors de la session de Nevers d'où est tiré cette méditation sur Jn 13.

[3] À ce sujet voir un témoignage de fin de session sur le signe de croix à Nevers : Témoignage de sœur Paule Farabollini.

[4] « 18Amen, amen, je te dis, quand tu étais jeune, tu te ceignais toi-même et tu marchais où tu voulais. – Ce qui est important ici c'est le « toi-même » : il dispose de son corps, de la présentation de son corps, et aussi de le mettre en mouvement – Quand tu auras vieilli, tu étendras les mains – on peut voir ici le geste d'étendre les mains pour qu'un autre passe la ceinture, mais il ne faut pas oublier que tendre les mains dans le christianisme est le rappel de la croix, et ceci dans un double sens chez Jean : c'est le rappel de la crucifixion mais ça désigne également la stature cruciforme de l'homme accompli. C'est aussi le mot qui servira à dire l'action de grâces. On a donc un groupement de la figure de l'Orant et de la figure du Cruciforme – et un autre te ceindra et te conduira où tu ne veux pas. » (D'après la session sur la Résurrection).

[5] Ce texte de référence est médité dans Jn 7, 37-39 : fleuves d'eau vive.

[6] Dans l'ancien Orient, pour honorer un hôte qui arrive par des chemins poussiéreux, on lui lavait les pieds. On connaît l'apparition des anges à Abraham aux chênes de Mambré : « Permettez qu'on apporte un peu d'eau, pour vous laver les pieds; et reposez-vous sous cet arbre. » (Gn 18, 4). D'après un commentaire du Targum Néofiti, c'est Abraham lui-même qui lave les pieds de son hôte. Mais ici Jésus fait ce geste « au cours d’un repas », donc pas avant.

[7] J-M Martin aime employer le terme habit. Souvent il aime dire que le verbe avoir est bien plus beau que le verbe être. En effet habere (avoir en latin) est à l'origine de la symbolique du comportement (habitudo), de la symbolique de l'habitation, et de celle du vêtement (habit).

[8] Symbolique du vêtement, thème de l'oubli, du sommeil et de l'éveil (un nom de la résurrection),  différence des deux mondes (ce monde-ci régi par le prince de ce monde, où on est asservi à la mort et au meurtre ; le monde qui vient qui est un espace de filiation et de liberté), thème de la voix et aussi du Nom, thème de la ressemblance, thème du deux qui devient un tout en restant deux, thème de l'héritage, thème de la lumière…On peut également mettre la parabole du fils prodigue (Lc 15, 11-32) en rapport avec ce texte.

[9] Cette traduction ne se veut pas exacte et ne le peut pas ! Le but est de donner à lire un texte difficile écrit dans une langue qui est très éloignée de la nôtre, où se trouve de nombreux thèmes chers à J-M Martin et importants pour une véritable approche de l'Évangile lui-même.

[10] Le terme Sarburg du texte syriaque est  rendu dans le texte grec par Labyrinthe, mot qui désigne peut-être un quartier de Babylone.