Au début de ce message figurent des remarques préparatoires sur la vie et la mort, sur la résurrection du Christ, ces thèmes étant repris ensuite lors de la lecture suivie. L'évangile secret de Marc a été lu, mais figure dans un message à part : Résurrection d'un jeune homme dans l'évangile secret de Marc (tag "gnose"). Dans la lecture suivie, J-M Martin fait une traduction littérale pour l'étude. Il n'a devant lui que le texte grec, et sa traduction ne prétend à rien d'autre que de coller au texte grec. Le texte d'évangile qui se trouve en début de certaines parties n'est pas de lui.

Cette méditation du texte de Jn 11 a eu lieu fin 1998 à Saint-Bernard de Montparnasse, J-M Martin avait choisi cette année-là de parler sur le thème de la Vie éternelle. Comme la lecture de Jn 11 s'est étalée sur plusieurs séances espacées par le temps il y a des redites, mais elles permettent d'approfondir. Ceci est la 1ère partie de la méditation sur le chapitre 11, la deuxième partie est ici : 2ème partie : versets 28-45

 

 

Résurrection de Lazare et résurrection du Christ (Jn 11, 1-45) 

Première partie : versets 1-27

 

I – Vie et mort, résurrection

La lecture que nous allons faire en premier pour traiter du thème de la vie est l'épisode de Lazare au chapitre 11 de saint Jean. C'est là que Jésus dit « Je suis la vie ». Avant de parcourir le texte je voudrais faire un certain nombre de remarques préparatoires.

 

1°) Résurrection de Lazare et résurrection du Christ.

Pour introduire à l'intelligence de la résurrection du Christ, on l'oppose très souvent à la résurrection de Lazare, et cela très justement. En effet la résurrection de Lazare est un retour à la vie mortelle impliquant la nécessité de mourir à nouveau, de "remourir" s'il était permis de le dire, tandis que la résurrection du Christ est transformation et passage à une vie qui ne meurt plus. Très souvent nous-même avons eu occasion d'exploiter cette opposition qui reste, à certains égards, éclairante. Cependant, en faisant cela, on oppose la résurrection du Christ à notre idée banale de résurrection imaginée comme réanimation d'un cadavre, ou, à la rigueur, pensée théologiquement comme réunion du corps et de l'âme. Or le texte de Jean ne parle pas à partir de notre idée banale, et il faudrait voir comment la résurrection du Christ se témoigne dans la résurrection de Lazare. En d'autres termes, non contents de nous servir simplement de l'opposition pour les distinguer, il faudrait tenter de voir ce que positivement dit la résurrection de Lazare sur la résurrection du Christ.

Lorsque Jésus guérit un aveugle, ce qu'il raconte, c'est la résurrection dans le grand sens du terme[1], alors, quand il parle de la résurrection de Lazare, pourquoi ne parlerait-il pas de la résurrection dans le grand sens du terme ? C'est de ce côté-là qu'il faut orienter notre recherche.

 

2°) Mort propre et mort d'un proche.

Une autre chose à prendre en compte dans notre lecture, c'est que, sous prétexte que Lazare dans cette affaire est totalement inerte et muet, en tout cas, silencieux, on peut considérer que ce qui fait l'intérêt du texte, c'est le travail de deuil qui s'opère à propos de la mort d'un autre. Autrement dit ce serait considérer que ce texte ne nous dit rien en vérité sur ce qu'il en est de sa propre mort, mais gère la question du deuil. Apparemment c'est cela qui prend beaucoup de place : Jésus, les disciples, les deux sœurs (Marthe d'abord, puis Marie), un certain nombre de Judéens, tout cela s'agite et parle autour de Lazare ! Or je pense que ce texte doit nous dire quelque chose sur la propre mort. Il faudra que nous essayions d'accéder à cela.

 

3°) Les deux sens du mot de "mort" dans l'Évangile.

Je voudrais aussi dire quelque chose de préalable sur l'emploi du mot de mort dans l'évangile de Jean, mais c'est vrai aussi chez saint Paul. Le mot de vie (zoê), qu'il soit accolé avec l'épithète que nous traduisons par "éternel", ou qu'il ne le soit pas, qu'il soit un substantif sujet ou un substantif génitif (par exemple "le pain de la vie"), qu'il soit un verbe ("Ton fils vit"), ce terme de vie ne dit toujours qu'une seule chose, la vie éternelle, alors qu'en revanche le mot de mort est équivoque, car il dit deux choses totalement différentes :

– On a retenu à partir de lectures de Paul, que la mort dit la même chose que le péché, qu'être mortel et être meurtrier se pensent comme appartenant à la même région[2]. Il y aurait beaucoup de choses à dire là-dessus car c'est assez éloigné de notre façon de parler de la mort. Cependant il ne faudrait pas penser que la mort est la punition du péché, ce n'est pas du tout cela. Ce que je dis c'est que ce sont deux noms de la même réalité.

– Et par ailleurs, nous avons très souvent dit que la mort du Christ et sa résurrection c'est la même chose. Ce ne sont pas deux épisodes successifs qui seraient liés, mais c'est la même chose. Je considère cela comme une chose acquise, sur laquelle on pourrait revenir un jour.

Nous avons deux sens du mot de mort : dans un cas la mort c'est le péché, et dans l'autre cas la mort c'est la vie de résurrection. Et il faut bien voir que l'opposition n'est pas entre la vie et la mort, mais entre la vie mortelle et la mort vivifiante. La mort vivifiante est un des tout premiers mots qui se trouvent dans le cœur du Credo : « est mort pour nos péchés (donc pour la vie). » En revanche, ce qui est couramment appelé la mort dans l'Évangile, c'est très souvent ce que nous appelons, nous, la vie.

Ainsi quand saint Jean dit : « Nous avons été transférés de la mort à la vie » (1 Jn 3, 14), mort et vie supposent quatre termes : il y a "cette vie" dans laquelle nous sommes nativement, et il y a “la Vie qui vient”, dans laquelle nous commençons à être transférés, elle correspond à un espace de vie. Dans "cette vie", il y a ce que nous appelons la vie et la mort, mais c'est l'ensemble qui est appelé ici "la mort" : ce que nous appelons "la vie" au sens usuel du terme, c'est ce que saint Jean appelle ici "la mort". En revanche “la mort christique”, c'est la Vie. Autrement dit il y a comme quatre termes : la mort en notre sens et la vie en notre sens ; la mort christique et la vie de résurrection.

 

4°) La mort en philosophie.

Une autre chose préparatoire est alimentée par le souci d'entendre le champ des réflexions humaines sur la mort, et particulièrement dans le champ philosophique, les réflexions portent sur la mort et le temps, deux choses qui sont étroitement liées, mais mon but n'est cependant pas de faire un cours sur l'être-pour-la-mort. Même notre saint Père pense qu'il est bon que la foi rencontre quelque part la philosophie, ce n'est peut-être pas celle que nous envisageons, mais c'est totalement vrai à la mesure où la foi tombe dans quelqu'un qui est préformé culturellement par son appartenance à une tradition. Pour nous il s'agit de la tradition occidentale, et dans celle-ci, ce qu'il y a de plus aigu dans le domaine de la pensée et de la réflexion, s'est nommé philosophie. Il est donc intéressant, spécialement pour une question comme celle-là, de ne pas s'en tenir à l'usage banal du mot de mort, qui est souvent un usage usé quand il s'agit de la mort et quand il s'agit du temps. Je vais simplement vous donner quelques petites choses qui peuvent être utiles.

L'homme meurt, il est remarquable que, pour dire les humains, certains disent « les mortels ». La mort est donc bien d'une certaine façon propre à l'être-homme. Et il serait intéressant de méditer ce que veut dire une expression comme celle-ci : « L'animal périt et l'homme meurt. »

Ce que désigne la mort dans l'homme n'est peut-être pas bien perçu de façon essentielle par le spectacle d'un autre qui est en train de dépérir. En effet le spectacle que nous avons de la mort, c'est celui d'un dépérissement, et même rapidement, ensuite, d'une corruption, d'une dissolution. Nous verrons dans le texte de la résurrection de Lazare que le thème de la corruption est un thème très important – et il l'est aussi dans le Nouveau Testament –, mais ce n'est pas cela que j'envisage en ce moment, et ce n'est peut-être pas cela la mort. Il se pourrait bien que la mort ne soit pas l'événement ponctuel que nous pensons. Bien sûr, c'est un événement ponctuel pour ce qui concerne la mort d'autrui, mais qu'en est-il pour nous-même ? Est-ce que la mort n'est pas toujours un élément constitutif de l'homme ? De la ponctualiser et de la reculer, est-ce que ce n'est pas une façon, et pas forcément une très bonne façon, de prétendre à l'exorciser ? La reculer, ça se fait spontanément. Et en plus, aujourd'hui, non seulement on la recule, mais même on la recouvre, ce qui fait que, d'une certaine façon il n'en est plus question. Or au contraire, la question la plus essentielle n'est-elle pas la question de la mort pour maintenant ? En effet la mort est quelque chose à venir, c'est-à-dire qu'elle est la dimension à venir ou avenante. Notre être est aussi constitué par un venir, et pour les Grecs, ta erkhoména, les choses qui viennent, c'est ce que nous appelons le futur.

Nous avons dit souvent à propos du Christ que les verbes "être" et "venir" disaient la même chose. Je ne veux pas m'avancer plus là-dessus pour l'instant, mais cela signifierait que notre mode usuel d'être au temps n'est pas pertinent pour penser et pour imaginer ce qu'il en est de la mort propre. Peut-être que, acquiescer maintenant à la mort, c'est mourir de la véritable façon.

La mort marque ma finitude, c'est-à-dire que je suis, comme homme, non pas une chose ou un objet clos, mais je suis ouvert à, je suis une sorte d'apparemment indéfinie possibilité. Or elle n'est pas indéfinie cette possibilité puisqu'elle est vouée à une fin : j'ai à mourir. Mais que veut dire la fin ? Nous employons ce mot dans des sens très différents : nous disons que la semaine est finie quand elle n'est plus là, mais nous disons aussi que quelque chose est fini quand c'est totalement accompli. Le mot fini est donc à la fois un mot de plénitude et un mot d'expulsion. De quoi parlons-nous quand il s'agit de la mort ? D'une certaine manière la mort me rend fini.

D'autre part la mort a d'autres traits intéressants. La mort est certaine mais indéterminée : je ne sais pas quand. Autrement dit, pour moi elle n'est pas datable. Et même pour l'Évangile, ce qui n'est pas un hasard, « Personne ne sait quand viendra ce jour ou cette heure (l'heure où le Fils de l'homme paraîtra), pas même les anges dans les cieux, ni même le Fils ; le Père seul le sait. » (Mc 13,32). C'est une phrase très étrange. Il est probablement de l'essence même de cela de ne pas être datable pour moi. Bien sûr les dictionnaires datent la mort des grands hommes. S'agit-il de la même chose ?

Et dernier point, la mort a pour caractéristique de constituer mon propre. En effet nous pouvons la plupart du temps faire des choses ensemble, ou les uns avec les autres, ou les uns pour les autres, mais on meurt seul. Que signifie cette solité ? Il ne faut pas dire « cette solitude » parce que ce mot a une autre connotation qui n'est pas excellente. Et que peut bien signifier cela que le Christ meurt pour nous ?

Voici un certain nombre de suggestions qui nous invitent à être réticents, prudents, devant les repères que nous croyons avoir pour parler de la mort. Et nous savons, en tout cas, que notre mode d'être au temps est inapte à dire le "temps" de la mort, et là, je ne dis pas le "moment". Je veux dire par là que le rapport de la mort à la temporalité, et donc ce que veut dire le mot aïônios (éternel), ne peut être d'emblée élucidé, puisque nous pensons l'éternité comme a-temporalité. Or pour penser la non-temporalité, il faudrait déjà avoir pensé ce qu'il en est de la temporalité, ce que nous sommes loin d'avoir fait.

Je crois que j'ai dit de façon assez simple des choses qui, techniquement regardées, sont très complexes. Nous sommes, par là, alertés à entendre dans l'évangile des choses auxquelles nous n'aurions peut-être pas prêté suffisamment attention.

 

II – Jésus à distance (v. 1-16)

 

Au début du chapitre nous sommes dans une phase préparatoire, Jésus n'est pas arrivé, il est encore à distance, mais un certain nombre de choses sont indiquées. Il arrivera au verset 17.

Lazare est malade, annonce à Jésus, Évangéliaire d'Henrich III, XIe s« 1 Il y avait un homme malade, Lazare de Béthanie, le village de Marie et de sa sœur Marthe. 2Marie était celle qui avait oint de parfum les pieds du Seigneur et qui les avait essuyés avec ses cheveux; c'était son frère Lazare qui était malade. 3 Les sœurs envoyèrent dire à Jésus: «Seigneur, celui que tu aimes est malade4 A cette nouvelle, Jésus dit: «Cette maladie n'est pas pour la mort, mais en vue de la gloire de Dieu, afin qu'à travers elle le Fils de Dieu soit glorifié5 Or, Jésus aimait Marthe, sa sœur et Lazare. 6 Quand il eut appris que Lazare était malade, il resta encore deux jours à l'endroit où il était. 7 Puis il dit aux disciples: «Retournons en Judée8 Les disciples lui dirent: «Maître, maintenant les Juidéens cherchaient à te lapider et tu vas de nouveau là-bas?» 9 Jésus répondit: «N'y a-t-il pas douze heures de jour? Si quelqu'un marche pendant le jour, il ne trébuche pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde; 10 mais si quelqu'un marche pendant la nuit, il trébuche, parce que la lumière n'est pas en lui11 Après ces paroles, il leur dit: «Notre ami Lazare s'est endormi, mais je vais aller le réveiller12 Les disciples lui dirent: «Seigneur, s'il s'est endormi, il sera sauvé13Jésus avait parlé de la mort de Lazare, mais eux pensèrent qu'il parlait de l'assoupissement du sommeil. 14 Jésus leur dit alors ouvertement: «Lazare est mort. 15Et à cause de vous, afin que vous croyiez, je me réjouis de ce que je n'étais pas là. Mais allons vers lui16Là-dessus Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples: «Allons-y, nous aussi, afin de mourir avec lui

 

1°) Introduction (v. 1-6).

a) Lieu, personnages (v.1-2).

« 1Était quelqu'un malade (asthenôn), c'est le même terme "malade" qui est employé à propos du paralysé du chapitre 5. C'est un mot qui signifie littéralement la faiblesse. Et pour saint Paul cette faiblesse est une des caractéristiques de ce qu'il appelle la vie selon la chair, c'est-à-dire le fait d'être soumis à la mort – Lazare... – c'est un nom très courant à l'époque, c'est le même nom que Eliezer ou Eleazar[3]. C'est ici le frère de Marie et Marthe. On le connaît par ailleurs par Luc – de Béthanie, du village de Marie et de Marthe sa sœur. »

La suite du texte va nous situer ce village de Béthanie comme étant proche de Jérusalem, mais il est peut-être intéressant de savoir qu'à la fin du chapitre 10 il est dit : « 40Il s'éloigna de nouveau au-delà du Jourdain à l'endroit où Jean d'abord avait baptisé, et il demeura là. 41Et beaucoup vinrent à lui et disaient que Jean d'une part ne fit aucun signe, et par contre que tout ce que Jean a dit de celui-ci était vrai. " 42Et beaucoup crurent en lui, à cet endroit-là. » Cet endroit-là, c'est celui qui se trouve dans le cours du chapitre 1 ; il est caractérisé comme étant Béthanie, mais c'est une autre Béthanie, Béthanie du Jourdain, et ici c'est Béthanie du Jérusalem : « 28Cela a eu lieu à Béthanie tout près du Jourdain où Jean baptisait. » (Jn 1, 28). Donc nous avons un chemin de Béthanie à Béthanie.

Le verset 2 caractérise Marie qui est une figure[4] de l'évangile de Jean. Et il est très intéressant de voir qu'elle est une figure mais aussi une posture, aussi bien chez Luc que chez Jean : elle est assise, elle est aux pieds, elle écoute[5], elle médite etc. Elle est en outre caractérisée par un attribut qui est un vase de parfum, le verset 2 va nous le dire. Mais est-ce bien la seule raison de cette mention qu'on trouve ici ? C'est-à-dire s'agissait-il simplement de présenter Marie pour ce qu'on en sait ? Nous allons nous poser la question.

« 2 Marie était celle-là qui avait oint le Seigneur de myrrhe et avait essuyé ses pieds avec ses cheveux, (elle) dont Lazare le frère était malade. »

b) Parenthèse : mort et ensevelissement (Jn 12, 3-7 ; Rm 6, 3-4).

Le verset 2 fait allusion à une scène qui est récitée par saint Jean au début du chapitre suivant : « 3Alors Marie prenant une mesure de myrrhe d'un nard authentique, précieux –  authentique traduit le motpistikês. On sait que pistis est le mot qui signifie foi, et on comprend très bien que, si c'est authentique, c'est fiable –, oignit (aleiphô) les pieds de Jésus et essuya de ses cheveux ses pieds ; la maison fut remplie de l'odeur du myrrhe. 4Judas Iscariote, un de ses disciples, celui qui devait le livrer dit : “ 5Pourquoi ce myrrhe n'a-t-il pas été vendu trois cent deniers et donné aux pauvres ?" – ensuite on a l'interprétation de saint Jean – 6Il dit cela non pas parce qu'il eût souci des pauvres, mais parce que, étant voleur et ayant (tenant) la bourse, il prenait ce qu'on y jetait. 7Jésus dit alors : "Laisse-là (tranquille), (elle l'a fait) afin de le garder pour le jour de mon ensevelissement. » La fin est très étrange parce que justement si elle casse le vase et répand le parfum, elle ne le garde pas pour le jour de l'ensevelissement.

► Moi je pense que si elle casse le vase et répand le parfum, cela veut dire que le moment où cela se passe correspond au jour de l'ensevelissement.

J-M M : Quand tu dis cela, c'est probablement vrai, mais c'est beaucoup trop facile puisque Jésus n'est pas encore mort au moment où cela se passe. Et cependant tu indiques quelque chose qui va être de notre préoccupation, c'est-à-dire : est-ce que le récit de la résurrection de Lazare raconte essentiellement la résurrection de Lazare, ou bien est-ce qu'il raconte la mort, la résurrection et l'ensevelissement de Jésus ? Donc quand tu dis que c'est les deux ensembles, c'est sans doute vrai, mais c'est sans doute beaucoup trop vite dit.

Pourquoi est-ce que je dis cela ? Je le dis parce que ce n'est pas prendre assez sérieusement en compte ce qu'il en est de la hantise, de l'angoisse, de la crainte de la mort, de ce qu'il en est de toutes les circonstances d'un décès dans l'ordre ordinaire, que de dire simplement : oui mais c'est autre chose que cela, la mort et la vie. Bien sûr nous seront conduits à dire « c'est autre chose » mais nous ne pourrons le dire en vérité qu'à la mesure où nous garderons très attentivement la capacité de revenir sur l'effectif de ces choses que j'évoque maintenant.

Je fais souvent allusion à ceux-là[6] qui distinguent le périr et le mourir. Peut-être que quand nous parlons de la mort, nous parlons du périr de façon usuelle. Peut-être que la mort n'est pas authentiquement située quand on la situe ponctuellement, au sens où quelqu'un observe le périr d'un autre. Mais ça demande à être médité attentivement. On ne peut pas sauter comme ça rapidement par-dessus. Et par ailleurs, la relecture qui serait faite de ce que veut dire vie et mort dans la perspective chrétienne, est encore autre chose qu'une simple phénoménologie exigeante telle que celle que je viens d'évoquer. Il faut avoir des directions de pensée, et il ne faut surtout pas résoudre les problèmes avant qu'ils soient endurés, qu'ils aient leur poids.

Le thème de l'odeur.

D'autre part il s'agit, au chapitre 12, du thème de l'odeur qui est un thème très important, car il a à voir avec la différence de l'odeur de consécration (on dit de sainteté parfois) et l'odeur de corruption. Et justement il sera question d'odeur dans notre chapitre : « il sent déjà, il est de quatre jours ». Nous reviendrons sur ce thème car ça s'attache à notre texte pour d'autres raisons.

La mort est, comme nous disions, l'acquiescement déjà accompli éventuellement à mon plus propre… ; oui, mais la mort c'est aussi l'agonie, c'est aussi pour ceux qui sont autour, le deuil, le deuil qui suscite des conjectures sur ce qu'il en est (ou sur ce qu'il n'en est pas) de celui-là qui est mort, et donc de ce qu'il en sera (on n'en sera pas) pour moi-même. Il y a tout cela.

Le processus de corruption est autre chose que la mort ; la mort qui, elle-même, est sans doute autre chose que le moment du décès. La mort, qui est mon plus propre parce que je suis seul à mourir quand je meurs, a cependant aussi à voir avec le deuil de ceux qui m'entourent, et même avec l'angoisse que j'ai pour ceux que je laisse.

« Un laboureur sentant sa mort prochaine, fit venir ses enfants, leur parla sans témoin. » Cela ne se fait pas trop comme ça aujourd'hui, enfin pas souvent. Il y a une histoire des attitudes sociologiques autour du deuil. Elle a été faite. Mais l'histoire du deuil n'est pas véritablement égale au sens le plus propre de la mort, même du point de vue des exigences philosophiques, à plus forte raison cette histoire ne dit pas non plus immédiatement, suffisamment, ce qu'il en est de la mort en perspective christique.

Le thème de l'ensevelissement.

Il y a d'autre part le thème de l'ensevelissement. En effet nous aurons dans ce chapitre maladie, mort et résurrection. Marie, avec le thème du parfum, fait référence à l'ensevelissement. Dans le Credo nous disons « est mort et a été enseveli » : quelle est la signification de cet ensevelissement ? Je vous signale que, quand la page que nous lisons ici est écrite, le thème de la mort et de l'ensevelissement a déjà été traité par saint Paul (il se trouve aussi dans des paroles du Christ dans les Synoptiques) : « Ignorez-vous que nous tous qui avons été plongés (baptisés,) dans le Christ Jésus, c'est en sa mort que nous avons été plongés ? Nous avons donc été co-ensevelis avec lui par la plongée (le baptême) dans sa mort, en sorte que, de même qu'il s'est relevé Christ d'entre les morts par la gloire du Père, ainsi, nous aussi, nous marchions en nouveauté de vie. » (Rm 6, 3-4). Il y a plusieurs choses à remarquer ici. La première chose qu'il ne faut pas oublier, c'est que le thème n'est pas « nous mourrons », mais c'est « nous sommes morts ». Alors, c'est là que ça peut paraître un petit peu léger : est-ce seulement une façon de parler, ou bien s'agit-il de quelque chose qui a plus de poids que ce que nous appelons la mort ? Et tout à l'heure nous allons voir qu'on parle de la mort dans le langage de l'assoupissement.

Souvent on pose la question : est-ce qu'il s'agit du baptême dans ce texte de Paul ? Réponse : Non, il ne s'agit pas directement de ça. Le verbe plonger (baptizeïn) que nous traduisons par baptiser a une signification usuelle qui ne fait pas allusion immédiatement à ce que nous appelons aujourd'hui un sacrement. Pour l'entendre il faut aller voir la parole du Christ : « Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire, ou être baptisés du baptême dont je dois être baptisé ? » (Mc 10, 38). Il y a le langage d'être plongé extérieurement dans sa mort mais aussi de boire sa mort, et ce n'est pas par hasard que cela a donné ensuite lieu à la gestuation sacramentelle baptismale et à la gestuation eucharistique. Cependant ce n'est pas notre idée de sacrement qui nous donne connaissance de cela, c'est même le contraire : la vie christique est essentiellement une plongée dans la mort, ou le fait de boire la mort. Mais nous avons vu que le mot de mort est équivoque, et que l'être christique résidait dans l'inversion du sens de l'acte de mourir : « Ma vie, personne ne la prend, je la donne. » On lui prend sa vie, mais comme elle est donnée, en fait elle est imprenable, et donc la résurrection est inscrite dans le mode de mourir du Christ. Et ceci est très important pour tout notre chapitre.

c) La maladie de Lazare (v. 3-4).

« 3Les sœurs envoyèrent donc auprès de lui (Jésus) pour dire : "Seigneur, celui que tu aimes (phileïn) est malade". 4 Ayant entendu Jésus dit : "Cette maladie (asthénéia,faiblesse) n'est pas vers la mort Ici s'introduit une certaine fluidité du langage carla maladie de Lazare est bien à certains égards une maladie qui conduit à la mort, puisqu'effectivement il mourra, donc Jésus ne dit pas que ce n'est pas une maladie mortelle. Ce qui est désigné comme maladie ici peut être aussi désigné comme vie malade, et on peut l'entendre comme une mort qui n'est pas pour la mort, mais comme une mort qui sera pour la vie. Il y a deux niveaux de dialogue où le mot de mort ne se laisse pas prendre de façon univoque[7] mais (elle est) vers la gloire de Dieu – le pauvre Lazare, il meurt pour la gloire de Dieu ! Mais la gloire de Dieu c'est Lazare vivant, évidemment, puisque la gloire de Dieu c'est l'homme vivant, l'humanité vivante, donc il ne faut pas se tromper sur le sens de cette phrase –, pour que soit glorifié le Fils de Dieu par elle. » Ici à nouveau le rapport du Père et du Fils dans le moment de la gloire, c'est-à-dire dans le moment de la résurrection.

Pour bien comprendre ce dernier verset « pour que soit glorifié le Fils de Dieu par elle » il faut voir que le début du chapitre 9 est de même structure. « Passant il vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent : “Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents en sorte qu'il naquit aveugle ?” – La solution courante c'est de rechercher le responsable – Jésus répond : “Ni lui n'a péché ni ses parents – donc même le péché de l'arrière-arrière grand-parent Adam n'est pas là pour expliquer l'aveuglement. Autrement dit la notion de péché originel a un sens mais elle n'est pas là pour répondre à la question de la responsabilité, car celle-ci est une question viciée, c'est une question de revendication, de vengeance, mais ce n'est pas la question de l'Évangile – mais afin que soient manifestées les œuvres de Dieu en lui. » Le "afin que" tourne le regard hors du champ de la recherche accusatrice, hors de la recherche de la responsabilité, ça tourne le regard vers : « ça peut aller vers quoi ? » Et ça, c'est le bon regard. Nous savons que le "afin que" chez Jean n'a pas le même sens que dans notre grammaire. L'homme est aveugle « pour que soient manifestées les œuvres de Dieu », mais puisque les œuvres de Dieu c'est précisément l'accomplissement de cet aveugle, à savoir le fait qu'il trouve la vue, c'est donc ici la révélation de ce que nous autres, les hommes, nous sommes aveugles, de même que, probablement, dans le chapitre 11 la révélation sera que nous sommes morts et que nous ne le savons pas. Ce qui me fait dire cela à propos de l'aveugle, c'est que le Christ reprend le modelage là où il en était resté, puisqu'il crache sur la terre, fait de la boue, enduit les yeux de l'aveugle et finalement il l'envoie se laver, ce qui est également une référence au baptême[8].

d) Jésus est mis au courant (v. 5-6).

 « 5Jésus aimait (agapan) Marthe et sa sœur et Lazare. » Ici on a le verbe aimer (agapan) alors qu'au verset 1 on avait le verbe aimer (phileïn), mais je pense qu'il n'y a pas de différence entre les deux verbes chez saint Jean.

 « 6Quand donc il eut entendu qu'il est malade, alors à la vérité il resta deux jours dans le lieu dans lequel il était. » Pour interpréter ces deux jours il faut savoir que pour les Juifs la corruption commence au quatrième jour, c'est pour cela que Jésus, qui ressuscite le troisième jour, il n'a pas connu la corruption, accomplissant ainsi la citation donnée en Actes 13 : « Tu ne laisseras pas ton consacré connaître la corruption », citation qui se trouve dans le discours de Paul à Antioche de Pisidie. Donc la mention des deux jours peut avoir deux sens ici :

  • un sens pour Lazare, parce qu'il faut attendre que Lazare meure et qu'il ait ses quatre jours ;
  • mais attendre deux jours c'est aller le troisième jour.

Il s'agit donc, dans ces deux jours, de quelque chose qui concerne à la fois la résurrection de Lazare et la résurrection de Jésus. Ce retard prépare la suite du texte. On reviendra sur ce retard puisque qu'il va lui être reproché par Marthe et Marie ses amies, et par une partie des Judéens aussi, mais dans un autre esprit.

 

2°) Dialogue entre Jésus et ses disciples (v. 7-16).

a) Le jour et la nuit (v. 7-9).

« 7Ensuite, après cela il dit aux disciples : "Allons de nouveau vers la Judée". 8Les disciples lui disent : "Rabbi maintenant les Judéens cherchent à te lapider, et de nouveau tu vas là ? » Monter à Jérusalem, c’est aller à la mort et descendre en Galilée, c’est la résurrection et sa diffusion aux nations. La situation de crise s’aggrave pour Jésus, c’est ce que disent les disciples. Jésus indique qu’il est nécessaire de monter à Jérusalem, et que la mort est, pour lui, nécessaire ; en montant à Jérusalem, Jésus va à la mort : celle de Lazare et la sienne.

Ce thème sera repris quand Jésus dira au verset 15 « Mais allons auprès de lui » et c'est entendu par Thomas, un des disciples : « Allons, nous aussi, mourir avec lui ». C'est ici que commence la mort du Christ pour ce chapitre 11. Car nous verrons que tout ce chapitre commente la mort du Christ : il va à la mort, et ceci donne la direction du chapitre. Ce n'est pas simplement une circonstance qui n'aurait rien à voir avec la résurrection de Lazare. Tout ce qui précède est intentionnellement préparatoire.

« 9Jésus répondit : "N'y a-t-il pas douze heures dans le jour ?ce sont des heures de déploiement, elles seraient assimilées aux douze apôtres et indiquent l'universalité et la plénitude du jour en tant qu'il se déploie – Si quelqu'un marche dans le jour, il ne trébuche pas parce qu'il voit la lumière de ce monde – la lumière c'est Jésus – 10par contre si quelqu'un marche dans la nuit, il trébuche parce que la lumière n'est pas en lui. »

Ces versets sont à mettre en parallèle avec ceux du chapitre 9 : « Il nous faut œuvrer l'œuvre de celui qui m'a envoyé pendant qu'il est jour. Vient la nuit quand personne ne peut œuvrer. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde ». Là nous avons le thème du "jour" et ce jour-là c'est maintenant, c'est le septième jour[9] qui est aussi le dernier jour dont il sera question dans la suite du texte : « Je sais qu'il ressuscitera le dernier jour » (v. 24).

Nous avons aussi au chapitre 9 le thème de l'œuvre qui se fait "pendant qu'il est jour". C'est un thème johannique qui dit ce que fait le Christ, et qui dit finalement ce qu'il est : il est "accomplir l'œuvre". L'œuvre désigne deux choses : d'une part la mort-résurrection du Christ, c'est pourquoi "mon œuvre" désigne la même chose que "mon heure" (ou que "mon jour") ; d'autre part l'œuvre désigne l'accomplissement de toute l'humanité. La difficulté c'est que nous ne voyons pas très bien l'unité qu'il y a entre ces deux choses, nous ne percevons pas comment elles sont le même.

Pour notre chapitre 11, l'œuvre c'est la mort-résurrection du Christ, et nous verrons que c'est ce que ce chapitre raconte, donc c'est le premier sens, nous l'avons déjà indiqué au verset 8. Par ailleurs l'accomplissement de toute l'humanité se joue dans le thème de la résurrection de Lazare. Et tout cela c'est par rapport à ce texte ici et maintenant.

► Les textes des chapitres 9 et 11 que vous avez cités me posent difficulté, car ils semblent dire que la bonne présence de Jésus est là (il y a la lumière), et qu'ensuite ça va être la nuit. Je croyais que c'était le contraire.

J-M M : Effectivement, nous savons que la bonne présence de Jésus n'est pas celle qui précède sa mort, mais que c'est la présence de résurrection, or Jésus a l'air de dire : « Hâtez-vous pendant que je ne suis pas encore absent (mort). » Mais ce n'est peut-être pas du tout cela que le texte dit, car nous nous trompons peut-être sur l'intelligence de la véritable présence et de la véritable absence christique. La mort du Christ, en tant que dans sa présence courte et conviviale que l'on imagine, cette mort-là, c'est la véritable venue du Christ au cœur des hommes. Et il faut que s'efface cette courte présence pour qu'il vienne dans sa présence de résurrection : « Il vous est bon que je m'en aille car si je ne m'en vais, le pneuma (c'est-à-dire ma présence spirituelle) ne viendra pas » (d'après Jn 16, 7). Et justement, si on lit les versets 9-10 après avoir lu ce qui précède comme une anecdote, on constate que la présence de résurrection n'est pas encore là. Or sa présence telle qu'il l'estime dans le moment narré par l'épisode, est présence de résurrection.

Tout ceci est énoncé d'avance, et la question est : qu'allons-nous trouver comme traces des choses ainsi annoncées ? Est-ce que cette vérification donnera sens au chapitre ? Je pense que oui.

b) Le sommeil de Lazare (v. 11-15).

« 11Il dit cela, et après cela il leur dit : "Lazare notre ami dort ; mais je vais le réveiller (exupnisō)." 12Les disciples lui dirent alors : "Seigneur, s'il est endormi il sera sauvé". 13Jésus avait parlé de sa mort, alors que ceux-ci pensaient qu'il parlait à propos de l'assoupissement du sommeil. 14 Alors donc Jésus leur dit ouvertement : "Lazare est mort 15et je me réjouis à cause de vous, pour que vous croyiez, de ce que je n'étais pas là : mais allons auprès de lui." »

Le thème qui intervient ici, c'est le thème du sommeil. Si on ne fait pas attention, on dit : « c'est un euphémisme », car pour dire que quelqu'un est décédé, nous disons parfois qu'il s'est "endormi dans la paix du Seigneur". En effet les termes avec lesquels nous parlons de la mort ont souvent la volonté d'adoucir et d'éviter le mot de mort. Or ce n'est certainement pas le sens chez saint Jean.

► Est-ce que le sommeil ici c'est l'attente de la résurrection ?

J-M M : Là, ce serait une interprétation positive du sommeil. Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne interprétation ici parce qu'il faut aller le réveiller. Comme pour tous les symboles, il y a toujours de nombreuses possibilités, seulement il faut serrer le texte. Or ici, il y a une sorte d'opposition entre le sommeil et l'éveil, donc ça voudrait dire que le sommeil est pris dans un sens négatif. Ceci est d'ailleurs attesté dans la littérature contemporaine du Nouveau Testament. En particulier il y a un texte dans L'Évangile de la vérité sur le sommeil. C'est la lecture métaphorique de ce que nous appelons la vie et en particulier avec toute la thématique des songes puisqu'il y a une énumération de rêves.

Pour ce qui concerne notre texte, il faut remarquer que la structure du discours se retrouve dans un autre passage de l'évangile de Jean. Dans celui-ci il ne s'agit pas de la mort mais de la naissance, cependant c'est la même chose. Il nous faut en effet apprendre qu'au sens évangélique, naître, mourir, ressusciter, ça dit la même chose. Le texte dont je parle c'est celui du dialogue avec Nicodème : « Si quelqu'un ne naît pas d'en haut il n'entrera pas dans le royaume de Dieu » (Jn 3, 3) et Jean insiste pour marquer que c'est parce que cette parole est énigmatique qu'elle n'est pas comprise. Il y a donc la méprise de Nicodème, comme ici, à propos de Lazare, il y a la méprise des disciples. Pour Lazare la correction est faite par Jean : « Jésus avait parlé de sa mort ». À propos de Nicodème c'est Jésus qui reprend : « Si quelqu'un ne naît pas de cette eau-là qui est le pneuma de résurrection, il n'entre pas dans le royaume de Dieu. »

L'énigme ne porte pas sur le fait que Jésus aurait employé l'expression un peu adoucissante « il s'est endormi », non. C'est qu'il y a la volonté de révéler que, d'une certaine manière, ce qui se dit en clair la mort, est en fait un sommeil. Et nous sommes habitués à entendre que dans l'Écriture ce qui est appelé la mort (ici le sommeil), c'est ce que nous appelons la vie, la vie de ce monde-ci, nous l'avons vu[10]. On trouve ça par exemple : « Réveille-toi, ô toi qui dors, et lève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera. » (Ep 5, 14).

Il faut en conclure que, le sommeil en question ici c'est la vie au sens banal du terme : cette vie est une mort, mais peut-être pas une mort pour la mort. On a vu la différence entre la mort pour la mort, et la mort pour la vie. Ce qui est appelé sommeil ici est un autre nom de la condition mortelle, un nom qui donne comme corrélatif le terme d'éveil.

Ce thème de la vie comme sommeil, c'est-à-dire comme le fait de n'être pas éveillé au véritable jour, c'est un thème qui court dans plusieurs littératures, mais aussi, fortement, dans le Nouveau Testament et dans les premiers écrits patristiques. Ceci nous invite à repenser la mort au sens usuel et banal du terme comme étant quelque chose de la vie, de ce que nous appelons au sens banal la vie. Disons d'un mot que c'est la vie mortelle, que c'est la mortalité, puisque par la mortalité il y a le fait qu'on vive : la mortalité c'est pouvoir mourir ou avoir à mourir.

Il faut que nous nous habituions, bien que ce soit très difficile, à distinguer la mort, le décès et la corruption, ce sont trois choses différentes qui jouent dans notre texte. La distinction de la mort et de la corruption, pour nous, c'est une affaire d'étapes, et pour les Juifs c'est l'affaire d'un jour de différence : le troisième jour ne comporte pas la corruption mais elle commence le quatrième jour, c'est dans le texte et ça a sa raison d'être. De toute façon ces choses-là s'interprètent culturellement. Et la différence de la mort et du décès c'est quelque chose qui demandera réflexion car le décès est un moment ponctuel, qui est ponctuel pour les autres.

Ce qu'est la mort en vérité, c'est sans doute le mode authentique de vivre à chaque fois. Et quand je dis "à chaque fois", je veux dire par là que ce n'est pas en un point. Si je dis que c'est constitutif de la vie, cela signifie que chaque point de notre vie, comme chaque chapitre de Jean, est d'une certaine façon mort et vie. Il peut l'être de façon refoulée, ou de façon assumée. Et la mort dans cette perspective est habilitée à ne pas désigner quelque chose de seulement négatif, mais elle est déjà pensable en tant qu'assumée comme l'accès à mon plus propre.

Ce sont des points sur lesquels il faudra que nous revenions, et sur lesquels on peut avancer partiellement par des réflexions qui nous font sortir de l'immédiateté de ce que ces mots-là disent, c'est-à-dire qui nous font soupçonner que nous sommes dans un temps, et donc un sens du temps, et aussi dans un sens de la vie, qui sont suspectables. À quel titre, comment et pourquoi ? Ce n'est pas aujourd'hui que je vais parler de la distinction de la mort et du décès, cependant c'est la deuxième fois que j'y fais allusion.

c) La parole de Thomas (v. 16).

« 16Thomas donc, celui qu'on appelle Didyme, dit à ses condisciples : "Allons, nous aussi, pour mourir avec lui." »Comme le suggère Thomas, Jésus va à la mort. Nous avons déjà vu d'autres indices au verset 8 dans la parole des disciples, et nous savons qu'aller  à Jérusalem, c'est aller vers la mort. Ce qui nous est raconté dans le chapitre c'est la mort même de Jésus.

C'est Thomas qui parle. Nous savons que les disciples sont toujours à regarder comme des figures qui sont assez constantes[11]. Vous pouvez aller voir les moments où Thomas apparaît dans l'évangile, il y a une constante.

 

III – Dialogue entre Jésus et Marthe (v.17-27)

 

« 17 A son arrivée, Jésus trouva que Lazare était depuis quatre jours déjà dans le tombeau. 18 Béthanie était près de Jérusalem, à moins de trois kilomètres, 19 et beaucoup de Juifs étaient venus chez Marthe et Marie pour les consoler de la mort de leur frère. 20 Lorsque Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. 21 Marthe dit à Jésus: «Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. 22 [Cependant,] même maintenant, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera23 Jésus lui dit: «Ton frère ressuscitera.» 24 «Je sais, lui répondit Marthe, qu'il ressuscitera lors de la résurrection, le dernier jour25 Jésus lui dit: «Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s'il meurt; 26 et toute personne qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela?» 27 Elle lui dit: «Oui, Seigneur, je crois que tu es le Messie, le Fils de Dieu, qui devait venir dans le monde.» »

1°) Introduction (v.17-18).

 « 17Venant donc, Jésus le trouva, étant de quatre jours déjà dans le tombeau. » Dans ce petit verset il y a le thème de la mort mais aussi le thème du tombeau. Nous avons déjà parlé de l'ensevelissement quand nous avons médité le geste de Marie dont il est parlé au verset 2.

Une autre chose : « étant de quatre jours ». Ceci sera repris explicitement par Marthe quand Jésus voudra faire ouvrir le tombeau de Lazare : « il est de quatre jours, il sent déjà » c'est-à-dire que le processus de corruption est commencé au quatrième jour, nous l'avons déjà dit.

« 18Or Béthanie était près de Jérusalem d'environ 15 stades. – Nous sommes dans la proximité de Jérusalem. – 19Beaucoup parmi les Judéens étaient venus près de Marthe et de Marie pour les consoler (paramuthêsôntai) à propos de leur frère. »Beaucoup viennent, et la présence des Judéens aura également une signification. Ils vont devenir progressivement un groupe de personnages importants dans la suite de l'histoire. Le verbe qui est employé ici est un verbe qui est dit la consolation, et qui est employé parfois par saint Paul avec le verbe parakaleïn c'est-à-dire la paraclèse qui est une parole d'assistance, une parole d'aide comme la parole de l'avocat, ou une parole de proximité. Cela a une signification par rapport aux différentes dimensions de la parole de l'Évangile, mais surtout chez saint Paul.

 

2°) Le dialogue de Marthe et Jésus (v. 20-27).

a) Accueil de Jésus par Marthe.

« 20Dès que Marthe entendit que Jésus vient, elle alla au-devant de lui. Marie par contre était dans la maison, assise. Nous avons la posture de Marie, la même qui se trouve chez Luc dans le récit de Marthe et Marie où Marthe s'agite et Marie est assise. Ici Marie est dans la maison et elle est assise. Ces termes ont des significations : "être dans la maison" c'est comme "être sous les tentes", ça désigne celui qui étudie les Écritures. C'est dit de Nathanaël à la fin du premier chapitre : il est assis sous le figuier. Donc Marie sera la disciple, celle qui écoute[12].

21Marthe dit donc à Jésus : "Seigneur si tu étais là, mon frère ne serait pas mort"qu'est-ce que ça veut dire ? Est-ce une tonalité de reproche ? Nous verrons que si c'est un reproche, c'est un reproche amical. Marie dira la même chose quand elle viendra à son tour au-devant de Jésus. Jésus avait la réputation d'être guérisseur, de prendre soin, et ici se prépare la révélation d'une dimension plus grande de l'activité de Jésus qui est la résurrection elle-même –, 22mais je sais maintenant que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. » Il y a ici quelque chose qui tempère, et qui est peut-être comme l'embryon d'une espérance, mais qui ne se déclare pas clairement. C'est une attitude qui laisse ouvert un champ de possibles, et qui est à mettre en rapport avec l'attitude de Marie, mère de Jésus, à Cana : « Faites tout ce qu'il vous dira. »

b) Profession de foi de Marthe.

Les quatre versets qui suivent se terminent par la profession de foi de Marthe. Ils sont telles que, si on les entendait bien, on serait au cœur de la pensée johannique. Il est question de la vie et de la mort, et de la résurrection, ceci dans la formule des « Je suis » : « Je suis la résurrection et la vie », dans un rapport avec le temps, avec le dernier jour. Nous avons dit que l'expression "le dernier jour" n'était pas à entendre comme simplement ce qui serait au bout d'une ligne temporelle, mais que cela donne à penser avec des thèmes essentiels sur le temps chez saint Jean. L'expression "le dernier jour" désigne le septième jour de la Genèse, et c'est toute notre histoire qui est ce septième jour. Pour le voir il faut lire le passage de Jn 5, 9-18[13].

« 23Jésus lui dit : "Ton frère ressuscitera". 24Marthe lui dit : "Je sais qu'il ressuscitera dans la résurrection dans le dernier jour" 25Jésus lui dit : "Je suis la résurrection et la vie"  – la profession de foi de Marthe dit sans doute la persuasion de cette résurrection au dernier jour, et cependant nous essaierons de l'entendre avec la réponse de Jésus :"Je suis la résurrection et la vie" qu'il faut sans doute entendre comme un hendiadys, c'est-à-dire une seule chose pour deux mots[14] : "la Résurrection qui est la vie" ou "la vie qui est la Résurrection" – celui qui croit en moi, même s'il meurtici il s'agit de la mort propre, donc de l'avoir-à-mourirvivra. » La vie en question c'est la vie éternelle. Nous avons un futur dans le texte grec, mais il faut absolument que nous arrivions à ne pas répartir passé, présent et futur, sur le mode sur lequel nous les entendons spontanément, et ceci pour plusieurs raisons. Déjà Jean parle grec, mais il parle à partir d'une écoute hébraïque ; or, en hébreu, il n'y a pas des temps (présent, passé et futur), mais il y a des aspects : accompli et inaccompli. L'inaccompli c'est ce qui a commencé dans le temps qui n'est pas achevé ou qui va venir, donc d'une certaine façon cela peut se traduire par des imparfaits et des futurs. En revanche l'accompli c'est ce qui est à traduire par le parfait, nous l'avons lorsque Marthe dira au verset 27 « je crois (pépisteuka) », qui signifie : je crois de façon acquise. Ici, le « il vivra » signifie "il commence à vivre". C'est quelque chose qui, en un certain sens, est accompli, mais en un autre sens est encore à accomplir.

« 26Et tout homme qui vit et croit en moi ne mourra jamais » Ici, il faut reprendre presque tous les mots pour comprendre. D'abord "celui qui vit" ne signifie pas « de son vivant » mais désigne "celui qui vit de résurrection". De plus " il vit et croit" est un hendiadys : vivre c'est croire. Ensuite « il ne mourra jamais (eis ton aiônia) » est mal traduit car ça signifie qu'il ne mourra pas de cette mort qui est "la mort par rapport à l'Aïôn". Nous voyons une fois encore que le mot de mort est absolument ambigu et ne désigne pas toujours la même chose dans l'évangile de Jean. Ici il faut entendre qu'« il ne mourra pas vers l'aïôn » c'est-à-dire vers "l'âge qui vient", l'âge nouveau qui vient, et c'est maintenant qu'il vient.

En effet le discours de l'Évangile répond à la question « Qui règne ? » c'est-à-dire : sous quel règne sommes-nous ? Est-ce sous le règne de la mort et du meurtre ou bien dans le royaume de Dieu ? C'est un conflit entre deux régions, deux règnes[15]. L'Aïôn c'est le monde qui vient, et l'autre règne c'est ce monde-ci. Or ce monde-ci ne cesse de partir alors que le monde qui vient ne cesse de venir, donc ce n'est pas à répartir dans les catégories historiques par exemple. Il n'y a pas eu un moment de l'histoire de l'humanité où c'était le règne de la mort, et puis un moment qui est désormais le règne de la vie. L'annonce de l'Évangile c'est essentiellement ce que dit saint Jean : « la ténèbre (qui est le prince de la mort, principe de la mort) est en train de passer, et la lumière véridique déjà luit » (1 Jn 2, 8), et ça c'est le chiffre constant de chaque instant de notre vie.

« 27Elle lui dit : "Oui, Seigneur, je crois (pépisteuka) que tu es le Christ, le Fils de Dieu qui vient dans le monde."» Le « je crois » est un verbe au parfait, et le parfait désigne quelque chose qui a été accompli mais qui perdure c'est-à-dire : « je crois définitivement »

Pourquoi y a-t-il maintenant la détermination Christ et Fils de Dieu ? Il faut se poser la question, parce que si on regarde les multiples professions de foi qui jalonnent les chapitres de Jean, on peut voir qu'à chaque fois elles sont différentes, et que Jean n'emploie pas une expression pour une autre. Dans la Samaritaine la profession de foi finale c'est « Il est le sauveur du monde » ; la profession de Pierre à la fin du chapitre 6 c'est « Tu es le consacré de Dieu. » Même si je ne sais pas dire pourquoi il y a "Christ" et "Fils de Dieu" ici, je sais que ça a un sens éclairant pour l'ensemble du chapitre. Je rappelle simplement que Christ désigne le Roi oint, et que la signification la plus originelle de Fils de Dieu c'est "Ressuscité" – mais d'une certaine façon tous les titres du Christ sont repensés à partir de l'événement de la résurrection.

c) "La résurrection dans le dernier jour".

Les mots que Marthe prononce à propos de la résurrection peuvent nous paraître relativement familiers, mais il faut essayer d'entrer dans le lieu où ils prennent leur cohérence, leur tenant, tout ce qui en modifie le sens, donc la teneur, par rapport à notre usage banal. Quand Marthe dit : « Il (mon frère) ressuscitera », elle est d'une certaine façon encore dans la méprise, car elle dit : « Je sais qu'il ressuscitera dans la résurrection dans le dernier jour », ce qui donne lieu à correction par Jésus : « Je suis la résurrection ».

Nous avons vu que les raisons de se méprendre ou les provocations à se méprendre sont nombreuses par rapport à la mort :

– la première a été « cette maladie n'est pas une maladie pour la mort ». Mais si, puisqu'il meurt ! Il y a ce que nous appelons la vie, la maladie, la mort pour la mort, et ce qui est en question ici, ce n'est pas cela.

– L'autre méprise était intentionnellement provoquée par Jésus, comme il arrive lorsqu'il veut donner à penser. Quand l'état de Lazare mort est appelé un sommeil, et que Jésus dit : « Je vais aller le réveiller », les disciples se méprennent. Nous avons vu que ce qui est nommé sommeil ici c'est la vie mortelle. Et en cela saint Jean n'invente rien puisqu'on trouve la même chose en Mc 5, 22-43 pour la résurrection de la jeune fille, quand Jésus, entrant avec fureur dans le lieu où tous pleuraient, dit : « Elle n'est pas morte, elle dort » (v. 39). Évidemment il ne s'agit pas ici d'entendre que le sommeil est une façon adoucie de dire la mort, comme on lisait dans les journaux : « Il s'est pieusement endormi dans la paix du Seigneur ». Non, c'est un mot sur lequel nous sommes invités à réfléchir. En effet nous avons ici une structure qui se retrouve ailleurs, où un mot énigmatique dit par Jésus donne lieu à une méprise immédiate de la part des disciples, et à correction ensuite de la part de Jésus. Or ceci précède toujours une révélation importante.

Ici, quelle est la situation de Marthe lorsqu'elle dit : « Je sais qu'il ressuscitera dans la résurrection dans le dernier jour » ? Eh bien Marthe est, on pourrait dire presque, une excellente pharisienne. Elle est dans cette portion du peuple des Judéens qui croit à la résurrection : les saducéens non, les pharisiens oui.

Sur quoi porte la correction de Jésus ? Il dit « Je suis la résurrection » et cela signifie : la résurrection c'est maintenant, le dernier jour c'est maintenant, nous sommes dans le dernier jour.

"Je" et "maintenant".

Alors il serait intéressant ici d'étudier ce que veulent dire ensemble le "Je" de résurrection et le "maintenant" de la résurrection. Bien sûr ce "Je" n'est pas notre "je" usuel. C'est très important, pour lui et pour nous, d'entendre la signification de ce "Je" parce que nous gardons toujours à l'idée d'entendre mieux quels rapports il y a dans ce texte entre la mort-résurrection de Jésus et la mort-résurrection de l'humanité. Ce récit n'est pas simplement le récit de la résurrection de Lazare, c'est le récit de la mort et de la résurrection du Christ.

Par ailleurs le "maintenant" est difficile à penser parce que nous ne réfléchissons pas assez que, pour l'homme, le "maintenant" ne s'entend que par rapport à ce qui vient, alors que nous pensons tout à partir du présent usuel, pour situer par rapport à lui du passé, et du futur (entendu comme l'avenir). J'ai déjà dit que demeurer et venir sont deux mots qui disent essentiellement la même chose chez Jean : « d'où je viens et où je vais » c'est l'être même christique. Mais sur ce sujet, il ne faut pas se tromper à nouveau, parce que nous pensons que venir c'est l'Incarnation, et que la Résurrection et l'Ascension c'est le départ. Or c'est le contraire, car le Christ vient quand il vient dans sa dimension de Ressuscité : c'est cela qui est venir. C'est ce venir-là qui est en question ici, et ce venir implique en lui un départ. Ce thème est explicite chez Jean sous la forme de "voir" et de "ne plus constater" en Jn 16, 16 sq[16]. Le lieu où cette différence s'articule, c'est près du tombeau avec Marie-Madeleine : elle "constate" au début, et à la fin elle peut dire « J'ai vu le Ressuscité » c'est-à-dire "J'ai vu celui qui vient".

Donc le Christ vient vers nous pour autant qu'il va au Père. Aller au Père c'est venir vers nous. En effet c'est venir vers nous dans sa dimension de Fils, puisque son être au Père révèle sa dimension de Fils, et que sa dimension de Fils c'est sa proximité à nous-mêmes. Peut-être que là j'anticipe des choses qui sont trop vite dites.

Ici nous avons « Je suis la résurrection » qui fait partie des « Je suis » avec attribut, et il faudrait étudier ce qu'il en est chez saint Jean[17].



[2] Cf. "Ce monde-ci" / "le monde qui vient" : espace régi par mort et meurtre / espace régi par vie et agapê . Les termes vie, mort, monde sont aussi longuement médités dans ce message.

[3] Eliezer est l'héritier présumé d'Abraham (Gn 15, 2). Et אלעזר, El-azar, signifie Dieu a aidé, Dieu vient en aide.

[5] Allusion à la scène de Marthe et Marie en Luc 10, 38-42.

[6] Allusion à la phénoménologie de Heidegger.

[7] Voir dans la première partie les doubles sens des mots vie et mort.

[9] J-M Martin lit les sept jours de Gn 1 en distinguant l'œuvre des six jours et l'œuvre du septième jour, le septième jour étant le jour dans lequel nous sommes. Il s'appuie sur la lecture de Jn 5, 9-18 (cf Caché/dévoilé, semence/fruit, sperma/corps, volonté/œuvre... à la fin, il y a la lecture de trois textes de Jean, le premier est Jn 5, 9-18)

[10] Voir la première partie.

[11] Voir les messages du tag figures.

[12] Marie la mère de Jésus est aussi celle qui écoute. Sur les figures féminines en saint Jean voir la 2ème partie de "L'Exégèse de l'âme", les figures féminines en st Jean. Jésus avait trois Marie…

[13] Cf. La lecture de Jn 5, 9-18 est faite rapidement dans Caché/dévoilé, semence/fruit, sperma/corps, volonté/œuvre... (à la fin du message, c'est le premier des 3 textes de Jean qui sont lus)

[14] Par exemple « naître d'eau et esprit » est à entendre au sens de « naître de cette eau-là qui est l'Esprit » voir le message : La rencontre de Jésus avec Nicodème (Jn 3, 1-10).

[16] Voir par exemple dans les rencontres sur "La Prière": 7ème rencontre. Jn 16, 16-28 : Première approche du texte. ainsi que les 8ème et 9ème rencontres.

[17] Jean-Marie Martin a passé un quart d'heure à faire cette étude que nous n'avons pas encore transcrite. Cela fera l'objet d'un autre message. Sur l'étude des « je suis » on peut déjà lire la troisième partie du message Que veut dire voir chez saint Jean ? Jn 9, 1-7 : La guérison de l'aveugle-né. , partie intitulée "Titres de Jésus et gestes".